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arcaneslyriques
Description du blog :
Cercle littéraire "Arcanes Lyriques" retranscription des réunions.
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
13.07.2007
Dernière mise à jour :
02.11.2009

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L'AMOUR

Publié le 24/08/2009 à 16:43 par arcaneslyriques
L'AMOUR
L'AMOUR


d'Adélaïde Dufrénoy (1765-1825)



Passer ses jours à désirer,
Sans trop savoir ce qu'on désire ;
Au même instant rire et pleurer,
Sans raison de pleurer et sans raison de rire.

Redouter le matin et le soir souhaiter
D'avoir toujours droit de se plaindre,
Craindre quand on doit se flatter,
Et se flatter quand on doit craindre.

Adorer, haïr son tourment ;
À la fois s'effrayer, se jouer des entraves ;
Glisser légèrement sur les affaires graves,
Pour traiter un rien gravement.

Se montrer tour à tour dissimulé, sincère,
Timide, audacieux, crédule, méfiant ;
Trembler en tout sacrifiant,
De n'en point encore assez faire.

Soupçonner les amis qu'on devrait estimer ;
Être le jour, la nuit, en guerre avec soi-même ;
Voilà ce qu'on se plaint de sentir quand on aime,
Et de ne plus sentir quand on cesse d'aimer.




Peinture : Gérard François Pascal Simon (1770-1837) - Psyché et l amour (1822).





LA DECLARATION

Publié le 19/08/2009 à 10:53 par arcaneslyriques
LA DECLARATION
LA DECLARATION

de Gemma Malley


En 2140, en Angleterre, un traitement a été découvert pour lutter contre la vieillesse et la maladie. De ce fait, les gens ne meurent plus et si la terre ne veut pas se retrouver en état de surpopulation avec toutes les conséquences que cela implique, une politique restrictive absolue est mise en place : il est interdit d’avoir des enfants à moins de renoncer soi-même à l’immortalité. C’est ce que relate la Déclaration que chaque parent doit donc accepter et signer, autrement il serait placé instantanément en prison. Signer la Déclaration revient donc à prendre quotidiennement des pilules de longévité en renonçant pour toujours à la possibilité d’enfanter.

Plusieurs couples arrivent tout de même à mettre au monde des enfants en toute illégalité mais quand ces enfants sont retrouvés on les place à l’orphelinat de Grange Hall, une sorte de maison de correction, afin qu’ils payent toute leur vie la faute de leurs parents. Dès leurs arrivées, ils sont baptisés « Surplus » et ne feront que subir les pires traitements et les pires humiliations.

Anna, l’héroïne de ce roman, fait partie des surplus et c’est donc son terrifiant quotidien qui nous est relaté. Elle ne se souvient plus de ses parents ni de son passé, elle a tout oublié sous la violence des coups de la directrice Mrs Pincent et de ses acolytes. Jusqu’au jour où elle fait la connaissance de Peter, un autre Surplus, qui lui prétend la connaître, connaître aussi ses parents et souhaite plus que tout retrouver sa liberté.

Anna et les autres enfants « surplus » ont subi un véritable lavage de cerveau ce qui fait qu’ils n’ont plus aucune estime d’eux et de leurs semblables. Dès leur réveil ils doivent réciter des phrases comme « Je suis nul, je ne sers à rien, je ne suis rien et je ne vaux rien… » On leur a appris à détester leurs parents en leur disant que c’était leurs fautes s’ils étaient là et qu’ils devaient souffrir un peu plus chaque jour.

Les surplus sont parfois mis en contact volontairement avec des enfants dont les parents se sont sacrifiés pour qu’ils puissent vivre. Ces enfants-là sont appelés «les légaux » et ont pour seul plaisir dans la vie de torturer les surplus ou de s’en servir comme esclave.

Bien sûr plusieurs parents et adultes vont décider de ne plus se laisser faire et de s’opposer à la politique mise en place, pour cela ils vont constituer « La résistance » et former des réseaux souterrains afin de sauver tous ces enfants martyrisés par un gouvernement totalitaire qui ne cesse d’endoctriner l’ensemble de la population.

Ce roman se présente donc en très grande partie comme un huis clos oppressant et très réaliste où l’on assiste impuissant à de véritables scènes de violences physiques et de tortures morales dont Anna, jeune fille de 15 ans, est là pour en témoigner. Elle ne sait quasiment rien de son passé, mis à part que des Rabatteurs sont venus l'enlever de sa cachette à l’âge de trois ans pour lui faire vivre son existence de Surplus à Grange Hall. Appliquée et consciencieuse, Anna a acquis la certitude que ses parents étaient des égoïstes et qu’elle devait racheter leur faute en travaillant toujours un peu plus dur chaque jour de son existence inutile et douloureuse.

Nous voilà donc plongés dans un univers futuriste horriblement gris et sans espoir. Cet univers dénonce ainsi les failles de la société actuelle avec son obsession de la jeunesse et donc son angoisse de la vieillesse. Truffé de tout un tas de petits détails, cette histoire apparaît comme très réaliste et nous fait froid dans le dos. De plus les personnages sont très attachants et le lecteur ne peut que se prendre d’amitié pour Anna et Peter submergés d’émotions contradictoires. Après La Déclaration roman d’une intelligence et d’un intérêt certain vient de sortir La Résistance qui est la suite et plus particulièrement l’histoire de Peter : il est donc à espérer que ce second tome soit à la hauteur du premier !


La Déclaration, l’histoire d’Anna par Gemma Malley, chez Naïve, 2007.


Odéliane, pour la réunion du 7 juin 2009.





AUTOMNE

Publié le 13/08/2009 à 11:49 par arcaneslyriques
AUTOMNE
Automne

De Jules Breton (1827-1906)


A Jules Dupré.


La rivière s'écoule avec lenteur. Ses eaux
Murmurent, près du bord, aux souches des vieux aulnes
Qui se teignent de sang ; de hauts peupliers jaunes
Sèment leurs feuilles d'or parmi les blonds roseaux.

Le vent léger, qui croise en mobiles réseaux
Ses rides d'argent clair, laisse de sombres zones
Où les arbres, plongeant leurs dômes et leurs cônes,
Tremblent, comme agités par des milliers d'oiseaux.

Par instants se répète un cri grêle de grive,
Et, lancé brusquement des herbes de la rive,
Etincelle un joyau dans l'air limpide et bleu ;

Un chant aigu prolonge une note stridente ;
C'est le martin-pêcheur qui fuit d'une aile ardente
Dans un furtif rayon d'émeraude et de feu.

Courrières, 1875

(Recueil : Les champs et la mer)

Peinture "Avenue en Automne" de Vincent Van Gogh (1853-1890).





GENESIS ALPHA

Publié le 05/08/2009 à 17:11 par arcaneslyriques
GENESIS ALPHA
GENESIS ALPHA


Genesis Alpha est le premier roman de Rune Michaels passionnée de psychologie. Ce roman raconte les péripéties d’une famille constituée de deux enfants : Josh, 13 ans et de son grand frère Max. Les deux frères sont très complices et s’aiment énormément même si Max étudie et loge dans une autre ville, ils restent toujours en contact grâce à un jeu vidéo en réseau nommé : Genesis Alpha. Plus que de la fraternité, Max et Josh se sentent liés comme de véritables jumeaux sans doute du fait que Max fut atteint d’un cancer dans sa petite enfance et que Josh devint « le bébé médicament » idéal pour le sauver. Donc Max continue d’exister grâce à Josh et Josh existe grâce à Max.

Mais un jour, la connexion entre les deux internautes est rompue car Max est placé en détention provisoire pour le meurtre d’une jeune fille appelée Karen Crosse. L’univers de Josh si paisible et si réconfortant s’effondre ! Comment prouver son innocence ? Comment faire taire ces journalistes qui proclament que Si Max est un tueur Josh le deviendra aussi ? Y a t-il un gêne du tueur ? Peut-on avoir des prédispositions à tuer ? Quelle place peut-on accorder au libre arbitre ?

Alors que Josh est plongé dans une réflexion périlleuse il fait la curieuse connaissance de Rachel Crosse, la sœur de Karen. Que lui veut-elle ? Sait-elle des choses qui pourront faire avancer l’enquête ?

Si au début on pourrait croire que ce roman va traiter essentiellement du thème de l’addiction aux jeux vidéos, la seconde partie oriente le lecteur vers une véritable trame policière centrée sur les recherches en médecine et l’éthique de leurs utilisations. Mais plus qu’un roman policier, Genesis Alpha constitue une réelle réflexion philosophique sur les origines du mal, la génétique et l’identité propre à chacun. Que Max soit coupable ou pas n’est pas la chose la plus importante à retenir de ce livre car ce qui fait sa richesse c’est le cheminement mental de Josh, de sa capacité à tenter de se détacher de son frère pour découvrir son identité à lui et son histoire.

Classé roman ado, ce livre très prenant peut également séduire un grand nombre d’adulte par sa documentation en psychologie très fouillée et sa capacité à faire sortir le lecteur des sentiers battus. Un livre donc très original qui a le mérite de placer les découvertes en médecine au cœur de son action.


Génésis Alpha par Rune Michaels, chez Milan Jeunesse, 2008.


Odéliane, pour la réunion du 7 juin 2009.


PRIKOSNOVENIE

Publié le 29/07/2009 à 09:29 par arcaneslyriques
PRIKOSNOVENIE
Prikosnovénie


Prikosnovénie est un label de disques associatif indépendant français créé en 1990 par le musicien et ingénieur du son Frédéric Chaplain (Lys) et Sabine Adélaide (artwork et pochettes). Ce label se consacre aux genres Heavenly voices (voix féminines célestes), trip hop et « world musics métissées ». C’est aussi un label marqué par le fantastique et la féerie, proche des mouvements gothique et néo-classique. Il s’agit également d’un label qui vend plus à l'international qu'en France. Il a publié des artistes français (Orange Blossom, Antrabata, Ashram music, Prajna, Misstrip, Lys, 17eme Vie, Rajna), anglais (Ivo, Maple Bee), australiens (Louisa John-Krol), italiens (Gor), grecs (Daemonia Nymphe), etc.

Prikosnovénie est né à Nantes, en 1990, de la rencontre de Frédéric Chaplain, passionné de son, et de Sabine Adelaïde, photographe avertie. Le nom du label qu’il fonde alors signifie douce caresse, effleurement. Son but sera de présenter des musiques originales de la mouvance alternative dans un packaging plutôt luxueux. A cette époque des débuts, on aurait facilement pu définir Prikosnovénie comme le croisement du label Visa ((pour son militantisme indépendant) et du label anglais 4AD (pour son esthétisme énigmatique). La première cassette éditée se nomme « Sacrilège » et réunit 12 groupes aux tendances new-wave, poétique et romantique. C’est un succès. En 1993, Prikosnovénie sort sa première compilation CD intitulée « Très Hors » réunissant 13 groupes underground de l’époque dont Clair Obscur, Von Magnet, Dazibao, etc. C’est aussi l’occasion, pour la première fois, d’être distribué dans le circuit commercial des grandes chaînes de diffusion.

En 1994, Prikosnovénie édite son premier CD complet d’un groupe. Il s’agit de Cherche-Lune, formation nantaise néo-classique avec basse, violon, hautbois et voix féminine. Ce CD rencontre un véritable succès au-delà des frontières hexagonales, et notamment en Allemagne, au Mexique, au Japon et à Hongkong. Il exprime aussi fortement l’image de marque que le label veut instaurer. Frédéric et Sabine ont trouvé leur ligne éditoriale: la féminité, la légèreté, la mélancolie et la féérie. Cette ligne donnera naissance à la collection Iris centrée sur les voix féminines avec orchestrations acoustiques (XVIIème vie, Rajna, Les Secrets de Morphée, Jack Or Jive...).
En 1997, sous l’influence de Frédéric Chaplain, Prikosnovenie étend subitement son registre à des musiques n’entrant jusque là pas du tout dans son champ d’intérêt, ce qui aura de très heureuses conséquences. En effet, c’est cette année-là que Frédéric enregistre l’album d’Orange Blossom en 15 jours dans le studio de la STPO à Rennes tandis que Sabine crée une de ses plus belles pochettes. L’album de ce groupe nantais de trance-electro-trip-hop dépassera les 10000 ventes et ce succès permettra à Prikosnovénie de prendre véritablement son envol et de se professionnaliser. La preuve en est qu’après 6 ans de bénévolat, Frédéric reçoit enfin son premier salaire en temps que CES et que le label ouvre, enfin aussi, ses premiers bureaux officiels rue Jean Jaurès à Nantes. De 1997 à 2000, parallèlement à la collection Iris, Prikosnovénie surfera sur la vague du succès d’Orange Blossom et créera la subdivision Lytch qui sortira les albums de groupes tels qu’Atlas Project, Phil Von et Mimetic. Le point culminant de cette subdivision sera la soirée Lytch organisée au Batofar en Mai 2000.

En 2001, Frédéric Chaplain et Sabine Adélaide décide de quitter Nantes pour s’installer dans le cadre somptueux de la Garenne Valentin à Clisson. Cette envoûtante ville médiévale va devenir la nouvelle et merveilleuse muse inspiratrice de Prikosnovénie. Dans le même mouvement, non seulement le label va aussi s’ouvrir sur le monde en signant des artistes venant de la Terre entière mais il va également créer ses propres studios d’enregistrement. C’est dans ceux-ci que le label organisera, en 2002, une rencontre entre Louisa John-Krol (Australie), Francesco Banchini (Italie) et Spyros Giasafakis (Grèce), se qui aboutira à l’enregistrement d’un album entier de chansons nouvelles intitulé « Love Sessions ». C’est un rêve qui prend forme pour Prikosnovénie, devenir un centre catalyseur de création et de rencontre d’artistes. Cette même année 2002, Sabine Adélaide crée une borne musicale accompagnée de cadres photographiques présentant tout son travail graphique et les albums édités par le label. Cette exposition se présente sous la forme d’une borne musicale accompagnée de cadres photographiques. Depuis lors, cette borne d’exposition voyage de médiathèque en médiathèque.

En 2003, avec l’arrivée d’Arno, le label se dynamise et refond son image de marque. C’est sous la bannière World-Féérique que Prikosnovenie réunira désormais ses artistes. Ce qui impliquera que c’est à la fois sous l’angle des racines culturelles et dans la perspective de l’imaginaire que le label tracera sa nouvelle route éditoriale. C’est ainsi que naîtra la compilation-livre Fairy World 1 qui résumera les dix premières années d’activité du label dans un déluge de couleurs et de fées. 2003 sera également l’occasion d’une tournée européenne de Louisa John-Krol et Francesco Banchini qui se terminera à Rennes lors du concert Prikosnovenie de « La nuit des fées ».
Depuis, l’aventure continue…


Frédéric Gerchambeau, pour la réunion du 7 juin 2009.
Illustration d'Adelaïde, "Belladone" pour la galerie "Spirits of nature" du Label Prikosnovénie.




BOHEME - Mathieu GABORIT

Publié le 14/07/2009 à 09:42 par arcaneslyriques
BOHEME - Mathieu GABORIT
Bohème
Mathieu Gaborit

Bohème, de Mathieu Gaborit, est paru aux éditions Mnémos en 2008.

Biographie

Mathieu Gaborit est né en 1972.

Il est auteur de romans de fantasy et de science-fiction.

Il a également écrit des nouvelles et contribue à des jeux de rôle.

Bibliographie non exhaustive

Les Chroniques des Crépusculaires, éditions Mnémos
- Souffre-Jour, 1995
- Les Danseurs de Lorgol, 1996
- Agone, 1996

Abyme, éditions Mnémos
- Aux ombres d’Abyme, 1996
- La Romance du démiurge, 1997

Bohème, éditions Mnémos
- Les Rives d’Antipolie, 1997
- Revolutsyia, 1997

Confessions d’un automate mangeur d’opium, co-écrit avec Fabrice Colin, éditions Mnémos, 1999

Les Chroniques des Féals, éditions Bragelonne
- Cœur de phénix, 2000
- Le Fiel, 2001
- Le Roi des cendres, 2002

Arcanes féeriques, carnets de voyage de Sinane l’enchanteur, éditions Tournon, 2005

Prix

Prix Bob Morane – Imaginaire 2000, meilleur roman francophone pour Confessions d’un automate mangeur d’opium

Bohème

Bohème comprend Les Rives d’Antipolie et Revolutsyia.

Après la révolution industrielle, le territoire européen est recouvert par l’écryme, une substance acide qui ronge et détruit tout ce qui le touche. Les cités sont fragilement reliées par des traverses en acier. Louise Kechelev, une avocate-duelliste, est envoyée par ses parents, des révolutionnaires, pour tenter de récupérer la cargaison d’un de leur dirigeable, le Lysänder. L’équipage du dirigeable semble s’être entretué, tout comme les hommes du commandant Léon Radurin, qu’elle rencontre peu après. L’écryme est-elle à l’origine de ces morts ? Louise étudie des documents rares qui lui en apprennent un peu plus sur la mystérieuse substance. Et peu à peu s’ébauche le nom d’une cité perdue nommée Bohème.

Le texte est bien écrit, les personnages hauts en couleur et bien campés. Le décor est original et contribue pleinement au charme de l’histoire (il est un personnage), mais il reste difficile à imaginer. En effet, si l’écryme a tout recouvert, en restant toutefois à l’écart des villes, comme si elle les redoutaient, où les paysans font-il de l’élevage et de la culture ? Le cadre politique et social est imaginatif. Les Dieux que l’on prie, à cette époque où règne la révolution industrielle, sont l’électricité, le charbon, etc. La première allusion à Bohème arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, au début du second tome. Le personnage de la Terre, vers la fin, ne me semble pas très logique, plutôt confus, faisant des choix à l’aveuglette, aimant les hommes et n’hésitant pas à les sacrifier, etc. La chute de l’histoire me semble précipitée : que va faire Bohème après avoir joué son rôle ? Bref, le livre est agréable à lire, l’ambiance est intéressante, mais il ne faut pas trop chercher à comprendre.

Webographie

Le site web de Mathieu Gaborit :

http://www.souffre-jour.com/

Rachel Gibert, pour la réunion du 7 juin 2009

LES CYDALISES - Gérard de NERVAL

Publié le 07/07/2009 à 09:17 par arcaneslyriques
LES CYDALISES - Gérard de NERVAL
Les Cydalises
Gérard de NERVAL (1808-1855)

Où sont nos amoureuses ?
Elles sont au tombeau.
Elles sont plus heureuses,
Dans un séjour plus beau !

Elles sont près des anges,
Dans le fond du ciel bleu,
Et chantent les louanges
De la mère de Dieu !

Ô blanche fiancée !
Ô jeune vierge en fleur !
Amante délaissée,
Que flétrit la douleur !

L'éternité profonde
Souriait dans vos yeux...
Flambeaux éteints du monde,
Rallumez-vous aux cieux !

Illustration : Caspar David Friedrich

Interview de Valéry Coquant

Publié le 01/07/2009 à 12:07 par arcaneslyriques
Interview de Valéry Coquant
Interview de l'Auteur Valéry Coquant


Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?


Je suis né dans le Nord de la France, il y a une trentaine d’années. Je suis d’origine polonaise par ma mère, et méditerranéenne par mon père.

Mon parcours est plutôt atypique. Diplômé en Sciences Politiques, j’ai exercé plusieurs métiers… Agent immobilier, chargé de communication dans l’industrie automobile et dans le milieu associatif. Un temps, j’ai même été stagiaire dans l’administration.

Ces différentes expériences m’ont permis d’aiguiser mon regard sur le monde, sur les gens… Cela m’aide beaucoup dans l’écriture.


Quel chemin t’a conduit à l’écriture ?


Je suis venu à l’écriture tout naturellement. Pour moi, écrire, c’est comme respirer, ça coule de source.

Il faut dire aussi que j’ai très tôt baigné dans un milieu où l’on aime raconter des histoires. Enfant, je me suis nourri des anecdotes de mon grand-père. Comme il a eu une vie assez trépidante (né en Pologne, il est arrivé en France à l’âge de 14 ans), il avait de la matière. C’est lui qui m’a donné le goût des personnages, des rebondissements. En plus, il savait faire revivre tous ces moments. En comparaison, les contes de fée m’ont toujours parus un peu fades.

Sur cette base, s’ajoute la scolarité. Les rédactions au collège, les textes écrits pour le journal du lycée… C’est là que j’ai pris conscience d’aimer cela. Très vite, j’ai estimé que les quelques lignes accordées dans les pages de ce journal n’étaient pas suffisantes. Je voulais aller plus loin. Mon premier vrai manuscrit est né là.

J’y ai découvert une liberté… Je mettais en scène les personnages, je créais leur décor, façonnais l’intrigue. Et quel plaisir de constater que j’étais allé au bout… Tant pis pour les doutes, et autres difficultés ! Je devais avoir une quinzaine d’années. Une fois que l’on a goûté à toutes ces émotions…


Quels sont les auteurs que tu préfères et ceux qui t’ont réellement influencé ?


Sans réfléchir, je citerai trois écrivains : Romain Gary, Georges Simenon et Stephen King. Ils forment la trilogie sur laquelle je m’appuie. J’apprécie d’autres auteurs, comme Jacques Bergier, ou Tolkien. Mais eux, vraiment, je les place au dessus. En particulier Romain Gary. Je suis très sensible à sa trajectoire. Chez lui, l’œuvre est si imbriquée dans la vie, que souvent tout se mélange. On ne sait pas si c’est sa vie qui a débordé sur le roman, ou si c’est l’inverse.

Je veux dire par là que Gary était un écrivain très exigeant. Dans la vie, il était fidèle aux valeurs, aux idéaux qu’il défendait dans ses romans. Il était d’un bloc. Il n’admettait pas qu’on puisse être humaniste le stylo à la main, et qu’une fois sorti de son bureau, on se comporte comme un « salaud ». Forcément, une telle exigence a énervé pas mal de ses contemporains.

Et puis, Gary est un magicien. Il parle de l’existence avec une simplicité, une force. Le plus fort est que ses personnages sont en général des gens ordinaires. On peut donc s’y reconnaître très facilement. À partir de là, tout devient possible. Les histoires les plus folles, les plus fantasques, servies avec un humour au napalm… Gary va si loin que souvent, on a l’impression qu’il ne respecte personne. Il s’en prend même à lui-même, en jonglant avec un sens aigu de l’auto dérision.

Ma rencontre avec Gary a donc été un grand moment. À tel point que je me suis demandé ce que moi, petit scribouillard, je pourrais bien écrire après un type pareil. Pendant près d’un an, je suis resté sur ce constat. Avant de comprendre qu’un auteur est d’abord un témoin de son époque. Gary correspond à la seconde moitié du XXème siècle. Toute proportion gardée, moi, je témoigne d’une autre période.


As-tu d’autres sources d’inspiration, si oui, lesquelles ?


J’ai beaucoup d’intérêt pour le cinéma. Les films de Jean-Pierre Melville, ceux de Sergio Leone sont pour moi d’heureuses rencontres. Il y a un esthétisme de l’image… Et puis, il y a la musique… Bon sang !!!

Ce cinéma m’influence par sa sobriété. Chez Melville, il n’y a rien qui dépasse. Tout est calibré, chaque effet est à sa place. Le personnage n’a pas besoin de discourir pendant deux heures pour justifier son action. Il s’explique par ses gestes, par ses silences ou ses regards. Au final, on obtient quelque chose d’efficace, de prenant.

À mon sens, on a la même chose, mais en plus poétique, en moins tragique surtout, dans les films de Jacques Tati.


Pourrais-tu, si tu en as, nous dévoiler tes rituels d’écrivain ?


Je n’ai pas vraiment de rituel à proprement parler. Pas de stylo fétiche ni de goût particulier pour un papier spécial.

Je suis plus attentif à ce qu’il y ait une certaine tranquillité. J’écris donc plus facilement en fin de journée. Le téléphone ne sonne plus. Il y a moins de bruit dans l’air…

Je m’efforce de « travailler » chaque jour. Même si ce n’est pas pour écrire, il y a toujours une correction, une bricole à revoir. C’est une façon de faire le point sur l’histoire en cours.

Quand je suis en panne, je ne m’acharne pas. Je laisse passer jusqu’au moment où je retrouve le fil des idées. C’est parfois délicat…

Quand je commence à travailler sur une histoire, j’ai déjà une idée précise de la chute. Mais on ne peut pas vraiment parler de plan. En effet, je connais le début, je connais la fin, mais entre les deux, tout est possible.


Combien as-tu écrit de romans ou de nouvelles ? Pourrais-tu nous en parler brièvement ?


À ce jour, j’ai écrit cinq ouvrages. Un recueil de nouvelles, trois romans et un essai (sur devinez qui… Romain Gary !) Ça fait un peu inventaire à la Prévert. Mais bon… Je ne vois pas pourquoi je me mettrais des œillères, afin de rester dans un type d’écrits bien définis. Je vais là où j’ai envie d’aller.


Dans tes écrits, y a-t-il des thèmes récurrents ? (Personnages, sujets, ambiances…)


Mes livres fonctionnent indépendamment les uns des autres. Mais il y a des fils rouges. Le premier concerne les thèmes abordés. Mes fictions sont des histoires d’aujourd’hui. Avec des personnages simples, ordinaires, qui regardent le monde autour d’eux, et se posent des questions. Je suis très sensible à cet instant où tout bascule pour eux. Ils font une rencontre, ou font face à un événement qui chamboule tout… Et les voilà plongés dans une aventure qui va les obliger à se dépasser.

Je pense notamment à Maxime Jacoby, un jeune homme que l’on rencontre dans mon livre Hôtel de France. Il se rend compte que les études, franchement… Il ne se sent plus à l’aise dans sa famille. Sur un quiproquo, il est embauché par un curieux individu. Jacoby a une vingtaine d’années. Il ne vient pas des banlieux, il n’a jamais incendié de voitures. En même temps, il n’est pas issu d’une jeunesse dorée, fils d’acteur ou de milliardaire. Personne ne l’attend, et s’il veut s’en sortir, il devra faire ses preuves…

Je suis très frappé quand des lecteurs qui ont l’âge de Jacoby, m’expliquent qu’ils se sont reconnus dans les péripéties de ce type. Cela me touche.

L’autre fil rouge, c’est qu’il n’est pas rare que des personnages principaux d’un livre, apparaissent dans une autre histoire. Ils donnent de leurs nouvelles. On les voit évoluer… Il y en a deux comme ça… Alexandre Kolin est au centre de mon roman Tous les Possibles. On le retrouve dans Reine d’Argent, où il est au second plan. Un autre est Camille Verjat, Il apparaît justement dans Hôtel de France. Il y tient un petit rôle assez ambigu d’ailleurs. Dans Reine d’Argent, c’est lui qui occupe le devant de la scène. C’est lui qui mène l’enquête…


Quel est le roman dont tu es le plus fier ?


Je suis toujours très fier du livre que je viens de terminer. Parce que c’est le petit nouveau, qu’on a passé pas mal de temps ensemble. Il y a le sentiment aussi d’avoir été au bout de la démarche. J’ai été capable de mener à bien une intrigue, et de gérer les personnages. Ouf !

Cela dure jusqu’au moment où l’on me transmet les épreuves. Là, je redécouvre le texte avec un œil neuf. Petit à petit, je me dis que ça et ça, j’aurais pu le traiter autrement, ou donner davantage de vigueur à tel passage… J’y pense beaucoup. Puis, une nouvelle idée prend forme et porte en elle un nouvel ouvrage. L’excitation revient, je passe à autre chose.


Parviens-tu à vivre de ta plume ?


Vivre de ma plume ? J’aimerais bien. Encore que… J’ai sur la question un avis nuancé. Dans un sens, vivre de sa plume, c’est accéder à une reconnaissance certaine. Donc, à première vue, c’est plutôt valorisant pour son œuvre.

Cette reconnaissance permet de se consacrer pleinement à son œuvre. Mais à ce stade, n’y a-t-il pas un risque de se couper de la réalité pour ne plus vivre que dans sa bulle ? À long terme, je pense que cela peut nuire à l’authenticité de la création. On ne s’intéresse plus qu’à ça. On perd de vue le reste.

À l’opposé, mener de front sa vie d’auteur, et une vie professionnelle, c’est la garantie de rester en prise directe avec son environnement. On est en phase avec ses contemporains. On voit la vie telle qu’elle est, avec ses joies, ses peines. Ses colères aussi.


En matière d’écriture, quels sont tes projets pour l’avenir ?


J’ai déposé chez mon éditeur un nouveau texte. Un polar. Un truc assez pesant, assez noir. On y trouvera encore une fois Verjat… Je pense que cette intrigue va le calmer. Nous verrons bien ce qu’en dit le comité… Si ça passe, rendez-vous en 2010, pour de nouvelles émotions !

Sinon, je commence à penser à un nouvel ouvrage. Une rencontre entre un jeune auteur et un éditeur un peu sur le retour. Là, ce sera beaucoup plus joyeux, plus vivant. Un peu plus fou aussi. Je crois fort que l’on va y croiser Alexandre Kolin.

Enfin, je serai présent du 20 au 22 novembre 2009 au Salon du Livre Indépendant, organisé à Paris. Bien entendu, ce sera un plaisir de vous y rencontrer.


À part l’écriture, quelles sont tes autres passions ?


J’adore déambuler sans but précis, en ville, essentiellement. Ce peut-être Paris, Lille, Anvers ou Athènes. Je me pose quelques jours, et je bats le pavé. C’est très différent des circuits touristiques expédiés à la va-vite. Je fais des rencontres, j’observe…

À part ça, j’ai une passion pour la bonne chair, accompagnée d’un vin sympathique. Avec des personnes de bonne compagnie, c’est plus rigolo.

Enfin, j’ai une passion pour les autos. Tout petit déjà, je repérais les voitures qui sortent, pour une raison ou une autre, de l’ordinaire. Certaines carrosseries trimbalent avec elles une poésie… Elles vous racontent des histoires. Cela commence dès l’énoncé de leur nom… Bugatti, Hispano-Suiza, Jaguar… Quand je n’écris pas, et que j’en ai marre des bouquins, je me penche sur une vieille 2CV à remettre en route. Il y a du boulot, mais d’ici 2175, je devrais y arriver…


Valéry Coquant, notre invité à la réunion du 7 juin 2009.
Photo : Valéry Coquant.



LA SEVE ET LE GIVRE - Léa Silhol

Publié le 24/06/2009 à 10:48 par arcaneslyriques
LA SEVE ET LE GIVRE - Léa Silhol
La Sève et le Givre
Léa SILHOL

La Sève et le givre est un roman de Léa Silhol paru aux éditions de l’Oxymore en 2002.

Biographie

Léa Silhol est née à Casablanca en 1967.

Elle est écrivain (romans et nouvelles) et anthologiste.

Pendant 8 ans, elle a été éditrice aux éditions de l’Oxymore.

Bibliographie non exhaustive

Romans

La Glace et la Nuit, opus un : Nigredo, éditions Les moutons électriques, 2007

Avant l’Hiver, éditions Les moutons électriques, 2008

Recueils

Contes de la Tisseuse, éditions Nestiveqnen, 2000

Conversations avec la Mort, éditions de l’Oxymore, 2003

La Tisseuse, Contes de fées, contes de failles, éditions de l’Oxymore, 2004

Musiques de la Frontière, éditions de l’Oxymore, 2004

Fo/Véa : Leçons de Gravité dans un Palais des Glaces, éditions Le Calepin jaune, 2007

Elle a également publié des nouvelles et dirigé dans anthologies.

Plusieurs de ses nouvelles explorent le même univers que La Sève et le Givre.

Prix

Prix Merlin 2003, meilleur roman fantasy pour La Sève et le givre

La Sève et le Givre

Finstern, l’Obscur, roi de la Cour de Dorcha, voit son avenir menacé par les prophéties des trois Parques. Une femme peut le sauver, Angharad la Blanche, née de la sève et du givre, du Printemps et de l’Hiver. Mais celle-ci veut être libre de choisir son destin. Renoncerait-elle pour cela à son amour pour Finstern ?

La Sève et le Givre est à la fois un conte et un roman de fantasy.

Le style est dense et poétique : les phrases sont travaillées comme de la dentelle, avec un vocabulaire recherché, de nombreux adjectifs et des métaphores filées (p 127). Les tournures de phrases sont typiques du conte.

Léa Silhol s’est inspirée des légendes celtiques, mais aussi du christianisme, pour créer son propre univers. Certain noms sont empruntés à l’allemand (Finstern : de Finsternis, ténèbres ; unseelie : un, préfixe privatif et Seele, l’âme ; Frost : le gel).

L’univers est complexe, pas toujours facile à comprendre (nombreux royaumes et créatures). Il semblerait, pour l’appréhender plus facilement, qu’il faille commencer par certaines nouvelles de l’auteur qui l’évoquent également.

En tout cas, c’est un livre qu’il vaut mieux lire au calme, car il nécessite un minimum de concentration.

Webographie

Site web personnel :

http://www.unseelie.net/

Rachel Gibert, pour la réunion du 7 juin 2009

CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR - Arthur RIMBAUD

Publié le 19/06/2009 à 19:22 par arcaneslyriques
CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR - Arthur RIMBAUD
Chanson de la plus haute tour
Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par délicatesse
J'ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les coeurs s'éprennent.

Je me suis dit : laisse,
Et qu'on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t'arrête,
Auguste retraite.

J'ai tant fait patience
Qu'à jamais j'oublie ;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Ainsi la prairie
A l'oubli livrée,
Grandie, et fleurie
D'encens et d'ivraies
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.

Ah ! Mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n'a que l'image
De la Notre-Dame !
Est-ce que l'on prie
La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par délicatesse
J'ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les coeurs s'éprennent !

Illustration : Sir Lawrence Alma-Tadema