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arcaneslyriques
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Cercle littéraire "Arcanes Lyriques" retranscription des réunions.
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Blog Livre
Date de création :
13.07.2007
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05.07.2008
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Nourriture spirituelle

Nourriture spirituelle

Posté le 13.07.2007 par Olivier Bourdy
Nourriture spirituelle


Benoît ne se sentait pas franchement à l’aise assis devant l’imposant bureau du directeur d’école, entouré de son père et de sa mère. Chétif, un peu courbé, sa tête dépassait tout juste au-dessus du rebord du meuble De l’autre côté, le directeur, assis sur un siège bien plus élevé que le sien, le dominait de toute sa hauteur. Et la conversation, bien que courtoise, n’était pas de nature à le rassurer.

« Oh bien sûr, la situation n’est pas désespérée, Madame Loganov », était en train de raconter le gros homme à son propos. « l’institutrice de votre fils loue sa vivacité d’esprit en classe ; et cela nous conduit à nous demander pourquoi il n’atteint pas le niveau requis.
– Sachez que nous comprenons vos interrogations ; nous-mêmes sommes extrêmement préoccupés par l’état de ses notes. », répondit sa mère qui paraissait bien plus concernée que son interlocuteur. « Benoît fait correctement ses devoirs, nous nous en assurons chaque soir. Veuillez croire que ces difficultés ne sont que temporaires : grâce à ses efforts, ses résultats vont décoller, j’en suis persuadée. » Elle regarda son fils ; Benoît, sentant qu’elle avait besoin qu’il lui signifie son accord, lui sourit brièvement. Elle se tourna ensuite vers son mari, en quête de soutien. Il la rassura du regard et prit la parole.
– Je ne doute pas de ce que vient de dire ma femme, monsieur Garibian ; il est évident que Benoît fait de gros efforts, qui vont payer.
– Mais je n’en doute pas non plus, bien sûr ! » Le directeur semblait sincère. Toujours inquiète, la jeune mère avança :
– Peut-être Benoît devrait-il moins sortir ? Il part souvent chez des amis, au moins trois après-midi par semaine. » Benoît sentit un grand frisson lui parcourir l’échine, et, devant le mensonge involontaire de la jeune femme, ne put retenir une moue de gêne.
Monsieur Garibian sourit en secouant la tête. « Si votre fils fait son travail, je ne vois pas vraiment pourquoi vous devriez l’empêcher d’avoir des relations avec ses camarades, Madame. Au contraire ! »
Le directeur se leva se son siège, qui parut soulagé d’être débarrassé de l’imposante masse de son occupant. Il fit le tour du bureau, et serra la main des parents de Benoît. « Bien sûr, comme depuis le début de l’histoire de l’école », dit-il en tapotant la tête du jeune garçon de ses doigts boudinés, « notre petit bonhomme est au final le seul responsable de sa réussite. Mais je suis persuadé qu’il peut faire de grandes choses, et qui sait, par exemple, devenir directeur d’école ? » Il cligna de l’œil à l’intention de Benoît, qui se permit un petit sourire. Mais à la vue du gros homme qui passait difficilement par sa propre porte, il n’était pas sûr d’en avoir envie.

Le jeune garçon rejoignit sa salle de classe ; la réunion avec ses parents et le directeur l’avait mis en retard, et tous étaient déjà rentrés. Madame Lagrange, sa maîtresse d'école, lui ouvrit et il alla s’asseoir à sa place, juste en face de la masse imposante de Wilfred, le premier de la classe, que Benoît ne pouvait supporter. Il s’assit, essayant d’éviter le regard de celui dont il était le souffre-douleur personnel.
« Alors, c’était sympa ? Il t’a dit combien de jours il te donnait avant de te virer ? Remarque, ça m’étonne pas, moi ; faut voir combien t’en fous pas une !
— Il a pas parlé de ça, » dit Benoît qui ne connaissait pas grand-chose en répliques cassantes. « il était presque sympa, en fait. »
— Ouais, c’est ça, et mon père, il joue du violon ! Aahh, enfin ! » s’écria le garçon grassouillet en avisant l’institutrice qui apportait la leçon du jour.
Cette fois-ci, la leçon avait une couleur bleue un petit peu fluo.
« Zut, de la Géo ! » Se plaignit Wilfred lorsqu’une pleine assiettée de gelée azur lui fut servie. « La menthe, c’est pas super. On en aura quand, du citron ?
— L’histoire est prévue pour demain après-midi, après le contrôle de connaissances », répondit la maîtresse. Elle servit à Benoît une part nettement plus petite, et lui fit un clin d’œil avant de passer aux autres élèves.
Wilfred pestait tant et plus. « c‘est vraiment pas de pot, moi qui avais faim aujourd’hui ! J’te dis, minus, on veut que j’reste un tout fin comme toi, quelqu’un qui va pas réussir. Mais j’me laisse pas abattre ! » conclut-il. Benoît observa son voisin de classe. Des mains graisseuses, un visage autrefois plus franc dont les yeux semblaient désormais s’enfoncer dans les replis des joues, modelant chaque semaine une face de plus en plus porcine… cela ne faisait que six mois qu’on leur servait de la nourriture spirituelle à l’école ; mais la substance avait déjà transformé Wilfred. Le maigrelet jeta un coup d’œil sur les visages de ses autres camarades, et y décela, en moins marqué, les mêmes changements. Ses yeux revinrent sur le gros garçon qui enfournait une énorme cuillérée à soupe de gelée bleue dont une bonne partie rebondit sur ses lèvres avant de retomber dans l’assiette dans un bruit de succion. Benoît décida que, pour sa part, il n’avait déjà plus faim.

Il était huit heures du soir, et il était assis devant l'étroit bureau de sa chambre, en théorie pour faire ses devoirs. En vérité, le tupperware contenant sa leçon du soir —ainsi que celle du jour qu’il avait à peine touchée dans la salle de classe— était sagement rangé dans son petit réfrigérateur personnel. Il avait entrouvert la porte et écoutait, venant du salon attenant, la conversation de ses parents.
La discussion tournait souvent autour de lui ces temps-ci. Ses parents n'avaient pas expérimenté la nourriture spirituelle; nés trop tôt, ils avaient suivi un enseignement classique. Malgré tout ce qu'ils avaient lu sur le sujet, la manière dont leur fils apprenait à l'école relevait presque de la magie. Certes, on pouvait trouver cette substance en librairie; des réfrigérateurs bien achalandés présentaient à travers leurs parois transparentes ce moyen très simple de s'instruire de la vie au dix-neuvième ou vingtième siècle, des us et coutumes des esquimaux ou de ce que pensait tel ou tel intellectuel de la société contemporaine. Mais ces préparations coûtaient encore fort cher, et s'offrir cette expérience n'était pas dans leurs moyens. Par ailleurs, goûter aux devoirs de leur fils leur semblait être un crime: qui sait si la bouchée qu'ils soutireraient ne contiendrait pas une information primordiale pour le contrôle suivant? Ainsi ils ne pouvaient que conjecturer sur ce qui n'allait pas.
C'était d'autant plus incompréhensible pour eux que leur fils avait survolé ses deux premières années d'études; il avait adoré apprendre à lire, écrire et compter. Il s'était révélé être un élève remarquablement doué, et son institutrice actuelle, Madame Labrune, ne tarissait pas d'éloges sur son application en classe.
Tout avait été super, jusqu’à ce qu’il arrive en CE2. Et que la nourriture spirituelle fasse irruption, et ne devienne le seul moyen d’apprentissage.

Benoît avait beaucoup de mal à supporter la pression créée par les espoirs que ses parents plaçaient en lui. Pour eux, il était un trésor ; un être intelligent, dont les tests avaient révélé un QI de 125, ce qui n’en faisait pas un génie mais néanmoins quelqu’un de nettement au-dessus de la moyenne. Sa famille était de condition modeste, et ses parents espéraient que lui allait pouvoir s’envoler d’ici. C’est pourquoi ils étaient prêts à bien des sacrifices. Le garçon regarda autour de lui ; bien que de taille réduite, sa chambre était identique à celle de ses parents, qui étaient deux, eux. Elle était mieux aménagée que la leur : sa commode, son lit étaient même en chêne véritable, ce qui avait coûté une fortune. Il avisa aussi, sur son bureau, la superbe cuillère de devoir à manche en nacre que ses parents lui avaient offert pour son anniversaire. Il la prit, la fit tourner pour admirer les délicates ciselures. Rien n’est trop beau pour moi, se dit-il.
Il régla son réveil et se mit au lit, très tôt.

L’appareil sonna vers trois heures ; Benoît s’empressa de l’arrêter, de peur qu’il n’éveille aussi ses parents qui dormaient dans la pièce d’à côté. Ensommeillé, il alluma sa veilleuse, se leva et alla s’asseoir à son bureau pour faire ses devoirs.
Cela devrait marcher ce coup-ci, se dit-il en sortant les boîtes bleues du réfrigérateur. Le timing était calculé au plus juste. Il ouvrit les tupperware et commença à enfourner de belles cuillérées de gélatine.

Il y avait contrôle ce matin. Tous les élèves étaient présents, sages; n'eurent été les impacts des stylets sur les écrans tactiles, on aurait entendu une mouche voler. Benoît était de loin le plus rapide. Il lisait plus vite, comprenait mieux les questions, qui lui semblaient d'une trivialité sidérante. Comme d'habitude, c'était du par cœur et rien de plus; et il savait, il avait l'impression d'avoir toujours su les réponses aux questions qui s'inscrivaient sur l'écran. Ces QCM sont complètement stupides, pensait-il; quand on sait que Robespierre est mort en 1795, on ne va pas répondre 92, 94 ou 1800 ! Tout en sélectionnant la date correcte et en validant la réponse, il se demanda ce que cet homme aurait bien pu faire pour rester plus longtemps au pouvoir. Ne pas essayer d'imposer sa nouvelle religion, qui avait été un flop total? Tenter de forger d'autres alliances? Il reprit ses esprits, se morigéna de perdre ainsi sa concentration. Il devait terminer le plus vite possible, après tout, ça pouvait arriver à tout moment.
Il en était au tiers du devoir, aux alentours de la cent cinquantième question, quand de petites gênes se déclarèrent dans son estomac. Il les ignora tout d'abord; cela n'eut d'autre conséquence que de l'inciter à se hâter encore davantage. Mais rester concentré devint progressivement impossible au fur et à mesure que les démangeaisons se muaient en douleurs, plus intenses, moins localisées; bientôt tout son ventre se plaignait, hurlait même. Mais il se tenait toujours droit, stoïque, sur sa chaise, et, lors des rares moments où l’insupportable vague refluait, il arrivait péniblement à répondre à une question. Il mettait un point d'honneur à ne pas lever la tête ; il savait que s'il le faisait, il verrait par-dessus l’écran tactile la figure cruelle et souriante du gros Wilfred qui se délectait du spectacle. Vint le moment qu'il redoutait. Il fut pris de violents haut-le-cœur, se leva précipitamment de son siège, et chercha à sortir de la classe. Il ne parvint pas jusqu'à la porte. Plié en deux, il s'affala entre deux rangées de chaises et, à quatre pattes, régurgita longuement ce qu'il avait ingéré quelques heures plus tôt.
Benoît vomit encore et encore. Cela semblait ne jamais avoir de fin, il avait l'impression que tout en lui voulait sortir. Pourtant, après quelques instants le flot de vomi jaunâtre parut se tarir; alors qu'il pensait que c'était fini, une douleur venant d'encore plus loin l'avertit qu'il n'en était rien. Une poignée de secondes plus tard, une belle bile claire vint rejoindre sa leçon d'histoire de la veille sur le carrelage.
Il était encore à genoux quand deux escarpins entrèrent dans son champ de vision. Il se redressa, deux mains fines mais fermes lui essuyèrent le visage à l'aide d'un kleenex. La voix de sa maîtresse fut douce à son oreille.
« Ça va, Benoît ? »
Celui-ci fit oui de la tête.
« Alors relève-toi et retourne à ta place. Et je ne veux pas entendre de commentaire! Ajouta-t-elle, faisant taire derechef les rires étouffés qui naissaient.
– Je suis désolé... je vais ranger tout ça...
– Pas la peine, je vais le faire. Retournes à ta place et travailles. » Bien que calme, la voix était pourtant d’une grande fermeté. Elle ne souffrirait pas d’objection. Benoît regagna sa chaise le plus vite qu'il put.
Il reprit son stylet et s'attaqua à la question suivante. « En quelle année Napoléon fut-il couronné empereur? » Facile, c'était en... en...
Ça ne venait pas. Benoît était bloqué. Fou de rage, il donna un grand coup de poing sur la table. Il avait su la réponse! Il s'en rappelait encore il y a cinq minutes! Et maintenant, elle se retrouvait par terre, au beau milieu de la salle de classe, et sa maîtresse la faisait disparaître à grands coups de serpillière. Il envisagea un instant de se lever et de demander s'il pouvait tout ravaler. Mais, en regardant l'immonde mixture qu'étaient devenues ses connaissances sur la révolution française, il sut qu'il en serait incapable. Abattu, il fit défiler les questions suivantes, qui lui donnèrent toutes la même impression de familiarité, sans réussir à rallumer l'étincelle du savoir.
Il se creusa les méninges. Cherchant ce qui serait logique, il allait voir les réponses qu'il avait déjà données et s'appuyait dessus pour choisir les dates et les faits les plus probables. Mais il n'avançait pas; un clignotement orange en bas à droite de son écran lui rappela qu'il ne disposait plus que d'un quart d'heure pour répondre à la centaine de questions qui restaient. Avec un soupir, Benoît se mit à faire comme d'habitude lors d'un contrôle: quand il ne savait pas, il cochait les cases au hasard.
Le compte à rebours passa au rouge dans les ultimes minutes; le jeune garçon se hâta autant qu'il put, et venait de terminer quand les chiffres passèrent à « 00:00:00 ». L'écran coulissa immédiatement, se réinsérant dans la table dont il faisait partie. Certains élèves, n'ayant pas fini, essayèrent de retenir le leur, acte stupide car il était impossible de valider une fois le temps écoulé; mais Benoît savait que, à part quelques fautes d'inattention ou de compréhension de la question, toutes leurs réponses seraient bonnes, ce qui serait loin d'être son cas. Les poings serrés, il vit Wilfred se lever en face de lui et le darder d'un oeil méprisant. Un sourire apparut sur les lèvres de l'obèse, qui rangea sa trousse et se leva pour partir en récréation. Passant tout à coté de Benoît pour sortir, il lui glissa:
« T'as encore fait ton show, aujourd'hui! Tout le monde s'est bien marré...
– Connard. » répliqua Benoît, incapable de trouver autre chose. Il parvenait avec peine à
contenir sa fureur. Vexé, le gros garçon lui agrippa l'avant-bras avec force et haussa la voix.
– Eh, tu m'insultes pas! P'tit merdeux, je vais...
– Wilfred, qu'est-ce que c'est que ça! Veux-tu lâcher ton camarade tout de suite, ou tu auras affaire à moi ! » La voix de l'institutrice avait résonné haut et clair ; la main qui emprisonnait Benoît se desserra. Wilfred se rapprocha encore de lui pour murmurer : « On règlera ça à la récré.
– Quand tu veux. »
Le jeune garçon n'avait plus envie de se dégonfler devant l'énorme masse de son adversaire. Celui-ci eut un rire méprisant, puis s'éloigna en roulant des mécaniques. Toujours à sa place, Benoît était le dernier élève encore en classe. Il s'attendait à se faire sérieusement sermonner.
Cela ne tarda pas. Alors qu'il restait penché sur son pupitre, la tête inclinée, découragé, une ombre vint obscurcir le beige de la table. Sa maîtresse se décida enfin à lui parler.
« Ainsi, Benoît, ça s'est passé comme d'habitude?
– oui. » Il avait levé les yeux vers celle qui le soutenait, mais n'avait pas le courage d'en dire
plus.
– Et as-tu révisé les leçons que je t'ai données?
– Ben... » Il hésita, avant d'opter pour la sincérité. « Non.
– Tu pensais que ça allait passer? Que tu ne vomirais qu'à la fin du contrôle? »
Benoît était pris en flagrant délit de feignantise. Il baissa la tête. « Oui.
– Tu ne peux pas apprendre comme tout le monde, Benoît, tu le sais. Et l'examen de fin
d'année? Comment feras-tu, si tu n'apprends pas vraiment les choses?
– Je sais.
– Bon. » Madame Labrune balaya ses dires d'un geste de la main. « Oublions ce devoir. En Histoire, le prochain aura lieu dans trois semaines. Nous devons réserver les lundis et mardis après-midi à la géographie, mais je pourrais passer les jeudis après-midi à te faire la leçon, ça te va?
– Oui! » Benoît adorait les leçons d'histoire. Cela compensait, en quelque sorte, les contes d'après dîner que ses parents ne lui lisaient pas. Après, ce qui était dur, c'étaient les soirs où il s'évertuait à apprendre par cœur ce qui lui avait été dit. Mais rien que pour ces moments, cela valait la peine.
La maîtresse de Benoît eut une moue interrogative. « Tu penses avoir combien, cette fois-ci?
– Et bien... » il se livra à un petit calcul mental. Entre les réponses qu'il avait eu le temps de
donner, celles déduites sur lesquelles il avait deux chances sur trois, les autres... « Environ
douze.
– Bien. » l'institutrice réfléchissait elle aussi: ça n'était pas si mal, ça restait dans la moyenne du jeune garçon. « Il faudra peut-être combiner l'apprentissage et l'ingestion, à l'avenir. »
Benoît sourit, heureux que la volée de bois vert ne vienne pas. Son institutrice conclut l'entretien.
« Allez, c'est l'heure de la récré! Va jouer avec tes camarades. »
Le garçon obtempéra et sortit de la salle de classe d'un pas incertain. Il n'était jamais sûr de la manière dont les autres enfants allaient l'inclure dans leurs jeux, et ce coup-ci, en plus, Wilfred allait en avoir après lui.

Madame Labrune regarda Benoît s’éloigner dans le couloir et se demanda pour la millième fois ce qu’elle était en train de fabriquer. Ca n‘avait pas la moindre chance de durer encore longtemps ; il était impensable que quelque parent d’élève alerté par son bambin ne finisse pas par attirer l’attention sur les crises de vomissement de ce garçon. L’année ne pourrait pas se terminer avant que le directeur de l’établissement ne demande à réaliser un test de compatibilité qui révélerait à coup sûr que, au-delà des quelques cuillérées ingérées comme test d’admission à toute école, l’organisme de Benoît était réfractaire à une dose massive de nourriture spirituelle. Alors commencerait pour lui l’apprentissage d’un métier manuel pour lequel il n’était pas fait.
Puis elle s’assit sur son bureau et embrassa du regard la salle de classe et ses longues tablées, les chaises qui se faisaient face, les armoires au fond qui contenaient assiettes, couverts et serviettes. Il y avait vingt ans, cette salle ne ressemblait pas à un réfectoire, et elle-même ne faisait pas le travail d’une cantinière. Aujourd'hui, les leçons qu'elle prodiguait à Benoît étaient l’ultime satisfaction qu'elle tirait de son travail. Nostalgique, elle se dit que, très bientôt, elle se souviendrait du jeune garçon comme de son dernier véritable élève.

Olivier '1091' Bourdy.




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