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arcaneslyriques
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Cercle littéraire "Arcanes Lyriques" retranscription des réunions.
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
13.07.2007
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05.07.2008
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La quête de la plume feu

La quête de la plume feu

Posté le 13.07.2007 par Olivier Bourdy
La Quête de la Plume-feu

La pièce plongée dans l’obscurité s’éclaira un peu quand Damian entra en poussant la monumentale porte de chêne qui constituait son unique accès. Il resta un petit moment sur le seuil, attendant que ses yeux s’habituent à la pénombre ; ce n’était pas le moment de faire des maladresses.

Le jeune prince avait été choisi par son père pour une mission de la plus haute importance, ramener au Royaume la légendaire Plume-feu, dont on racontait qu’elle apportait joie et prospérité à ses possesseurs. Après avoir perdu ses hommes dans la montagne, bravé les multiples dangers de la forêt, il parvenait enfin au terme de sa quête. Il apercevait au bout de la grande salle l’objet qu’il désirait comme d’autres le Graal, qui trônait sur un autel fait d’or massif. Il se retint de s’élancer bêtement pour le prendre ; le jeune prince était déjà sage, il chercha des yeux un hypothétique gardien du joyau. Son cœur fit soudain un bond dans sa poitrine : le monstre était là.
Posé au beau milieu de la salle, l’immense serpent semblait dormir pour le moment. L’empilement de ses innombrables anneaux bloquait en grande partie le passage vers la Plume-feu. Il était si grand que Damian se jugea heureux de l’avoir trouvé assoupi. S’estimant un peu juste face à une telle force de la nature, il décida d’essayer d’aller chercher l’objet de sa quête sans éveiller le reptile.

Il progressait à tout petits pas, comme s’il devait marcher sur des œufs d’esturgeon sans les casser. Il testait prudemment le sol du pied avant de porter son poids dessus, et s’efforçait de respirer calmement malgré les battements frénétiques qui assaillaient continuellement sa poitrine. Il se concentrait surtout sur l’endroit qu’il foulait, tout en jetant au monstre de fréquents coups d’œil. Passer celui-ci s’avéra le plus difficile ; il dégageait une puanteur atroce qui procura à Damian de violents haut-le-cœur. Il se mit dos à la paroi de la salle et progressa en pas chassés, l’espace laissé par le reptile étant tout juste suffisant pour se faufiler ainsi. Son estomac se rebellait tellement contre l’odeur, qu’il se demandait s’il n’allait pas réveiller le gardien en lui rendant dessus son dernier repas.
Une fois passé l’obstacle, il parvint sans problème jusqu’à l’autel. Après une inspection de routine pour voir si aucun piège n’allait se déclencher, il prit respectueusement l’objet dans ses mains. Il ressentit une grande fierté à le sentir au creux de sa paume : il allait bientôt apporter la prospérité à son père et à son peuple. Après avoir soigneusement rangé la Plume-feu dans sa tunique, il entama le trajet de retour de la même démarche prudente qu’à l’aller.

Plus encore qu’au premier passage, l’appréhension le saisit aux abords de l’énorme bête endormie. Il se colla de nouveau contre le mur et commença de se glisser le long des anneaux. Tout semblait bien se passer ; comme il avait pu le constater à l’aller le sol n’était pas traître, et il devait s’habituer peu à peu à l’odeur écoeurante, car elle lui posait moins de problèmes. Il jeta un regard en direction du reptile et sentit confusément que son énorme tête n’était plus tout à fait la même ; il lui fallut cependant faire encore deux petits pas latéraux pour se rendre compte de ce qui avait changé. Les yeux étaient ouverts. Et ils le fixaient, lui.
Homme et serpent se regardèrent pendant quatre ou cinq secondes, peut-être le temps nécessaire à Damian pour assimiler cette information et ses implications, et au serpent pour se rendre compte que ce n’était pas qu’un rêve. Puis le prince s’élança vers la sortie ; il n’avait dégainé aucune arme, et n’était pas prêt au combat. Sa plus grande chance de s’en sortir vivant était d’atteindre la sortie avant que le monstre ne le rattrape.
Il n’alla pas bien loin. A peine eut-il fait deux foulées qu’une forme dissimulée sous le sol devant lui se souleva et vint à sa rencontre ; La queue du serpent lui faucha les jambes et il tomba durement sur le flanc. Le temps qu’il se relève, un premier anneau s’était enroulé autour de son corps, vite rejoint par un second. Sa vie ne tenait plus qu’à un fil, celui, aiguisé comme un rasoir, de sa dague dont il était parvenu à saisir la poignée et qu’il avait à moitié dégainée. Elle était sa seule chance ; son épée, longue et encombrante, ne servirait à rien dans ce genre de combat au « corps à corps ».
S’ensuivit une terrible lutte, à la fois de force et de volonté, entre l’homme et l’animal. Le serpent réussit à placer un troisième anneau autour de sa proie, usant de tout le poids de son corps pour le faire basculer. S’arquant de toutes ses forces, Damian tint bon. Il savait que s’il tombait il ne se relèverait pas ; son désir de vivre décuplait ses forces. Centimètre par centimètre, il souleva les anneaux du reptile pour dégager la lame de sa dague ; il crut que cela n’arriverait jamais, et poussa un petit cri de triomphe lorsque, dans un dernier crissement, elle put enfin sortir du fourreau.

Soudain derrière lui la porte à moitié refermée s’ouvrit en grand, et Damian vit avec horreur la haute silhouette de son père se découper dans l’ouverture. L’homme s’avança dans l’atelier de jardin, s’arrêta, interdit, et lança :
« Mais, Damien, qu’est-ce que tu fous avec ce tuyau ? »
Empêtré dans les méandres du tube en caoutchouc, tenant à la main sa dague en noisetier véritable, le garçon ne sut que répondre. Le nouvel arrivant vint à lui et débarrassa prestement son fils du nouveau système d’arrosage qu’il venait d’acquérir.
« Bon sang, Damien, c’est pas possible ! Ça fait trois plombes que je t’ai demandé d’aller chercher l’allume-feu. T’as dix ans, tu dois savoir quand t’arrêter de jouer comme un gamin ! »
Il jeta un coup d’œil à l’établi au fond de l’atelier.
« Tu l’as, l’allume-feu ? »
« Oui ! » et Damien sortit la petite boîte de sa poche, tout fier. Son père le lui prit des mains.
« Heureusement que je suis venu, parce que sinon, on l’aurait mangée au dîner, l’entrecôte ! »
« Mais… j’avais presque fini ! » avança timidement Damien.
La figure paternelle le regarda de travers.
« Tu ranges ce tuyau. Et si tu n’es pas à l’apéro dans deux minutes, ça va barder ! » puis il sortit.
Damien poussa un soupir, et entreprit d’obéir. Et… vite, cette fois-ci. Lorsqu’il eut fini de bien tout remettre en ordre, il sentit que le pistolet d’arrosage qu’il venait de lâcher lui adressait un petit sourire narquois.
« Oh, tu peux te marrer, » lança-t-il, vexé. « T’as vraiment eu de la chance, parce que j’allais gagner ! »
Et il sortit en claquant rageusement la porte.

Olivier ‘1091’ Bourdy.



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