Créer un nouveau blog :

A propos de ce blog


Nom du blog :
arcaneslyriques
Description du blog :
Cercle littéraire "Arcanes Lyriques" retranscription des réunions.
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
13.07.2007
Dernière mise à jour :
16.11.2011

RSS

Rubriques

>> Toutes les rubriques <<
· Art pictural et illustration (7)
· Auteurs (1)
· Cinéma (3)
· Contes (4)
· Critiques de livres (53)
· Dossiers (9)
· Musique (8)
· Mystères et Enigmes (4)
· Mythes et Légendes (12)
· Nouvelles d'auteurs classiques (20)
· Nouvelles de nos membres (6)
· Poèmes d'auteurs classiques (65)
· Poèmes de nos membres (16)

Navigation

Accueil
Gérer mon blog
Créer un blog
Livre d'or arcaneslyriques
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !

Articles les plus lus

· Le Romantisme littéraire
· La tuberculose, maladie romantique du 19ème siècle
· La nuit de décembre
· LA FEMME NUE DES PYRENEES
· LE CORBEAU

· La mort du Loup
· LE BARON PERCHE
· LA MOLDAU
· LE PHENIX
· Des fleurs pour Algernon
· La Banshee
· Mon rêve familier
· LE CORBEAU D'EDGAR ALLAN POE
· Le sang dans l'histoire (Porphyrie)
· heroic fantasy

Voir plus 

Blogs et sites préférés

· chaosdei
· elissandre
· nosferatuttiquanti
· Nintaka
· La Fille d'Octobre
· Blog de Patrick S. Vast
· Une étérnité à lire
· Reflets d'Ombres


Statistiques 209 articles


Derniers commentaires

de passage par hasard, cherchant un résumé de ce livre que j'ai lu il y a quelque mois. merci pour ce résumé c
Par anneso, le 12.05.2014

les notions, mises en contexte, sont très claires. bravo!
Par Anonyme, le 23.03.2014

saveur de ce poème en mon coeur transparent : n’allons point nous livrer à la mélancolie, le bonheur chan
Par Cochonfucius, le 21.02.2014

j'aimerais aussi que vous mettiez d'avantage d'information , par exemple vous pourriez donnez votre point de v
Par jade , le 03.01.2014

c'est un bon document http://2647498 .centerblog.ne t
Par abdou dieng, le 27.12.2013

Voir plus

RSS
Recherche
Recherche personnalisée

POEMES DE JOHN KEATS

Publié le 23/12/2009 à 14:51 par arcaneslyriques
POEMES DE JOHN KEATS
Poèmes de John Keats (1795-1821 )



Cette main vivante, à présent chaude et capable

D’ardentes étreintes, si elle était froide

Et plongée dans le silence glacé de la tombe,

Elle hanterait tes journées et refroidirait tes nuits rêveuses

Tant et tant que tu souhaiterais voir ton propre cœur s’assécher de son sang

Pour que dans mes veines coule à nouveau le flot rouge de la vie,

Et que le calme revienne dans ta conscience – regarde, la voici, –

Je te la tends.



Hypérion

Extrait du livre premier


Tout au fond de la tristesse d'une obscure vallée,
Dans une retraite éloignée de la brise vivifiante du matin,
Loin de l'ardent midi et de l'étoile solitaire du soir,
Etait assis Saturne aux cheveux gris, immobile comme un roc,
Aussi muet que le silence planant autour de son repaire ;
Forêts sur forêts s'inclinaient autour de sa tête
Comme nuées sur nuées. Aucun souffle dans l'air,
Pas même autant de vie qu'il n'en faut un jour d'été,
Pour faire envoler de l'herbe effilée la graine la plus légère ;
Où la feuille morte tombait, là elle demeurait.
Un ruisseau coulait à côté sans voix, dont le susurrement était encore assourdi
Par respect pour la divinité déchue
Qui projetait une ombre sur lui : une Naïade parmi ses roseaux
Pressait son doigt humide appuyé sur ses lèvres.


Le long du sable de la rive, de larges empreintes étaient marquées,
Aussi loin que les pieds du dieu avaient marché,
Puis s'étaient fiés là. Sur le sol détrempé
Sa main droite ridée reposait inerte, nonchalante, morte,
Privée de son sceptre ; et ses yeux de souverain détrôné étaient clos ;
Tandis que sa tête penchée semblait écouter la terre
Son antique mère, attendant d'elle quelque consolation encore.


Il semblait qu'aucune force ne pût le faire mouvoir de sa place ;
Cependant vint là quelqu'un, qui d'une main familière
Toucha ses vastes épaules, après s’être courbé très bas
Avec déférence, quoique ce fût pour quelqu'un qui ne la connaissait plus.
C'était une déesse du monde à son enfance ;
Auprès d'elle la stature de l'énorme Amazone
Aurait paru de la taille d'un pygmée : elle eût saisi
Achille par la chevelure et lui eût ployé le cou,
Ou, d'un doigt, eût arrêté la roue d'Ixion.
Sa face était grande comme celle du Sphinx de Memphis,
Hissée sur quelque piédestal dans la cour d'un palais,
Lorsque les sages étudiaient 1'Egypte pour s’instruire.
Mais, oh ! comme cette figure différait du marbre !
Quelle beauté ! si la tristesse n'avait pas rendu
La tristesse plus belle que la Beauté elle-même !
Il y avait dans son regard une crainte aux aguets,
Comme si le malheur venait seulement de la frapper :
Comme si les nuages, avant-gardes des jours néfastes.
Avaient épuisé leurs maléfices et les arrière-gardes acharnées
Allaient amasser péniblement leurs provisions de tonnerres.
D'une main elle pressait le point douloureux
Où bat le cœur humain, comme si juste là
Quoique immortelle, elle ressentait une cruelle souffrance :
L'autre main sur le cou penché de Saturne
Était appuyée, et au niveau de son oreille
Tendant ses lèvres ouvertes, elle proféra quelques mots
D'un ton solennel, avec la sonorité profonde de l'orgue :
Quelques mots désespérés qui dans notre faible Iangue
Se traduiraient à peu prés en ces ternes – O combien frêles
En comparaison de la puissante voix des Dieux primitifs ! –
« Saturne, relève la tête ! Cependant pourquoi. Pauvre vieux Roi ?
Car je n'ai pas de Consolation pour toi, non, je n'en ai pas :
Je ne peux pas dire : Oh pourquoi dors-tu ?
Puisque le ciel s'est séparé de toi, et que la terre
Ne te reconnaît plus, dans cette affliction, pour un Dieu :
L'Océan, aussi, avec son bruit solennel,
A rejeté ton sceptre, et toute l'atmosphère
Est vide de ta majesté surannée.
Ta foudre, sachant qui commande maintenant,
Gronde contrainte au-dessus de notre demeure en ruine,
Et ton éclair éblouissant entre des mains inexpérimentées
Dévaste et brûle notre domaine autrefois paisible.
Ô douloureuse époque ! Ô minutes longues comme des années !
Tout, pendant que vous passez, accroit la monstrueuse vérité,
Et comprime tellement nos horribles angoisses
Que l'incrédulité n'a plus de champ pour respirer.
Saturne, continue à dormir – Oh ? pourquoi, étourdiment ai-je ainsi
Violé ton sommeil solitaire ?
Pourquoi ai-je rouvert tes yeux mélancoliques ?
Saturne, continue à dormir ! tandis qu’à tes pieds je pleure ! »





CONTE DE BARBE BLEUE - Explications et Analyse

Publié le 16/12/2009 à 16:10 par arcaneslyriques
CONTE DE BARBE BLEUE - Explications et Analyse
BARBE BLEUE


Le personnage de Barbe Bleue est le plus souvent connu grâce au conteur Charles Perrault qui inséra ce conte dans son recueil « Les contes de ma mère L’Oye » datant de 1697. Mais ce conte se rattache également à deux autres variations de cette histoire. La première version se serait répandue au Canada puis dans le reste de l’Europe et elle raconterait la vie mouvementée d’un monstre qui aurait enlevé successivement trois sœurs pour les enfermer dans une même chambre. L’une parviendrait à s’échapper et donc à libérer ses deux sœurs. Tandis que l’autre version, née dans le centre de la France, raconterait une histoire similaire mais dans une forme beaucoup plus christianisée : Deux sœurs sont enlevées par un être diabolique mais des êtres divins arrivent à leur secours et les sauvent ainsi du Malin.


La version de Perrault met davantage l’accent sur la vie maritale et ses devoirs. En effet, Barbe Bleue aurait l’apparence d’un homme riche et veuf qui cherche à se marier. Parvenu à ses fins, il deviendra un mari distant et méfiant. Mystérieux et secret, il décide un beau matin de partir pour ses affaires et donne des instructions strictes à sa femme avant son départ en lui remettant un trousseau de clé. Elle pourra donc aller et venir à sa guise dans les nombreuses pièces du château à l’exception d’une pièce qui doit à tout prix rester fermée. La jeune mariée acquiesce mais bien vite la curiosité la ronge et elle décide alors de désobéir à son mari en allant visiter cette mystérieuse salle. Elle ouvre donc la porte à l’aide d’une des clés et là ce qu’elle voit dépasse toutes ses craintes : des cadavres de femmes sont éparpillés dans la pièce, le sol est maculé de sang. La panique la prend et dans une sensation de vertige, elle laisse la clé tomber sans faire exprès. Puis elle se ressaisit, récupère la clé et ressort aussitôt de cette chambre de l’horreur. Tout pourrait se terminer ainsi mais voilà que la clé est tachée de sang et qu’après diverses tentatives pour la nettoyer elle n’y parvient pas, comme si la clé était magique et qu’elle symboliserait ainsi sa désobéissance. Barbe Bleue revient quelques jours après, elle se sent alors perdue mais avant qu’il n’ait pu corriger sa femme et lui faire subir le même sort qu’à ses autres femmes ; les Frères de la mariée surgissent, prévenus par on ne sait pas trop quel miracle(la jeune femme aurait probablement réussi à envoyer un message de détresse avant le retour de son mari), et viennent sauver leur sœur des griffes de cette bête sanguinaire. Barbe Bleue est alors assassiné et la jeune femme sauvée.


Aux temps de Charles Perrault, les contes et les chansons abordent souvent ce motif de l’époux meurtrier qui a les pleins pouvoirs sur sa femme. Dans ces histoires, les hommes sont d’ailleurs le plus souvent déguisés de manière symbolique en serpents, d’autres en loups mais qui auraient tout de même une apparence d’hommes.


Cette histoire aborde également d’autres thèmes :


- Celui du mariage forcé qui s’arrange en fonction des besoins des familles et où les sentiments des deux époux ne sont pas du tout pris en compte.

- Celui du devoir d’obéissance qu’une femme doit avoir à l’égard de son mari. D’ailleurs on peut penser que c’est la désobéissance des précédentes épouses qui les ont conduit à leur perte.

- Celui de la « terrible » curiosité des femmes qui est explicité par le péché originel d’Eve dans la Bible ou dans la Mythologie grecque avec la boîte de Pandore.


Bruno Bettelheim, dans son livre « La psychanalyse des contes de fées » explique que le Conte de Barbe Bleue reprend des thèmes anciens de contes russes ou scandinaves en traitant par exemple de la mise à l’épreuve de la femme et de la correction qu’un mari doit infliger à celle-ci si elle désobéit. Dans certains contes, l’infidélité conjugale autorisait même le mari à tuer sa femme. Le fait de demander à sa femme de ne pas ouvrir une certaine pièce sans lui en indiquer les raisons équivaudrait à une mise en garde pour celle-ci de ne pas fouiller dans son passé amoureux et de préserver son jardin secret.


Afin d’écrire son conte, il semblerait que Perrault ait puisé son inspiration dans des faits authentiques et anciens. En effet, le personnage de Barbe Bleue aurait été inspiré par le redoutable Gilles de Rais qui se rendit coupable d’une multitude de crimes dans son château de Tiffauges en Bretagne au 15ème siècle. Personnage démoniaque, il sacrifia des centaines d’enfants qu’il faisait enlever pour assouvir ses perversions. Egalement traité par l’écrivain J.K. Huysmans dans son roman « Là-bas » qui stipule que Barbe Bleue est bel et bien une sorte de descendant imaginaire de Gilles de Rais mais aussi du breton Comor, qui aurait la mauvaise réputation au VIème siècle d’égorger ses femmes. Fréquemment veuf, il aurait même demandé à Guerock, comte de Vannes de lui donner la main de sa fille Triphine, mais celui-ci aurait bien sûr refusé compte-tenu de sa mauvaise réputation.

D’autres personnages, bien réels, pourraient faire penser à Barbe Bleue comme Henri VIII par exemple qui épousa 6 femmes et en fit condamner deux à mort pour adultère et trahison : Anne Boleyn et Catherine Howard.

Henri Désiré Landru, célèbre tueur en série français fut aussi surnommé à maintes reprises Barbe Bleue pour avoir tué un nombre considérable de femmes qu’il séduisait et emmenait ensuite dans sa maison de campagne afin de les assassiner.

Egalement proche de l’image de l’ogre, Barbe Bleue serait une sorte de Cronos et Médée de la mythologie grecque.

Au niveau de la symbolique des couleurs, on pourrait se demander pourquoi ce personnage terrifiant et extrêmement violent a une barbe bleue. En fait, il s’agirait plutôt d’un bleu corbeau donc très proche du noir et cette couleur est souvent associée à la cruauté.

Quant à la clé tâchée de sang indélébile elle est le symbole parfait de la défloration.


Mais plus qu’un simple conte, Barbe Bleue est aussi l’objet de nombreuses adaptations que ce soit au cinéma, à l’opéra ou au théâtre (Sources prises dans Wikipédia) :

Opéra :

Raoul Barbe-Bleue, opéra d'André Grétry, livret de Michel-Jean Sedaine (1789) est probablement le premier des nombreux opéras sur le personnage

Barbe-Bleue est un opéra-bouffe de Jacques Offenbach (livret de Meilhac et Halévy) de 1866. L'héroïne s'appelle Boulotte, tendance nymphomane ; Barbe-Bleue confie à un alchimiste (Popolani) le soin de faire disparaître ses épouses successives - ce qu'il fait, mais en les enfermant dans un gynécée à son usage.

Ariane et Barbe-Bleue est l'unique opéra de Paul Dukas sur un livret de Maurice Maeterlinck (1907)

Le Château de Barbe-Bleue est l'unique opéra de Béla Bartók (1911), livret de Béla Balázs. La Barbe bleue n'est pas ici le monstrueux personnage traditionnel, mais un idéaliste sombre et renfermé. C'est sa nouvelle fiancée (Judith) qui l'oblige à ouvrir les sept portes secrètes, pour découvrir dans la dernière les trois premières épouses de Barbe-Bleue, qu'elle ira rejoindre, laissant l'Homme à son éternelle solitude

La Huitième Femme de Barbe-Bleue (L'Ottava moglie de Barbablù) est un opéra de Frazzi (1940)
Ballet :

Barbe-Bleue est un ballet de Marius Petipa (1896)

Cinéma :

Barbe-Bleue, film muet réalisé par Georges Méliès, sorti en 1901

Barbe-Bleue, court-métrage réalisé par Jean Painlevé, sorti en 1936

La Huitième Femme de Barbe-Bleue (Blue Beard's Eighth Wife), comédie de Ernst Lubitsch avec Claudette Colbert et Gary Cooper

Barbe-Bleue, film réalisé par Christian-Jaque, sorti en 1951

Barbe-Bleue, film réalisé par Edward Dmytryk, sorti en 1972

Barbe-Bleue, court-métrage réalisé par Baptiste Belleudy, sorti en janvier 2008


Télévision :

Barbe-Bleue, téléfilm musical (réalisateur non connu), diffusé en 1972 à la télévision française

Barbe-Bleue, téléfilm musical, réalisé par Jean Bovon, diffusé en 1984 à la télévision française


Roman :

Les Sept femmes de la Barbe-Bleue et autres contes merveilleux est un recueil d'Anatole France (Paris, Calmann-Lévy, 1909).

L'Affaire Barbe-Bleue est un roman de Yak Rivais (2000)


Théâtre :

L'histoire de la Barbe bleue a été adaptée au théâtre sous le nom de Beards (« Barbes »)

La Petite Pièce en haut de l'escalier (2008), de Carole Fréchette, mise en scène de Lorraine Pintal, thriller contemporain inspiré du mythe de la Barbe bleue


Musique :

Barbablù : Barbe-Bleue est le nom d'une chanson d'Angelo Branduardi (Album « Pane E Rose » 1996) - chantée en Italien ou en Français


Sources : Wikipédia.



Odéliane, pour la réunion du 13/12/09


Illustration de Gillot pour La Barbe-Bleue par Charles Perrault. Épinal, imprimerie Pellerin, 1860.
BnF, Estampes et photographie.



Conte de Barbe Bleue

Publié le 14/12/2009 à 11:44 par arcaneslyriques
Conte de Barbe Bleue
Conte de Barbe Bleue

De Charles Perrault (1628- 1703)


Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la Campagne, de la vaisselle d'or et d'argent, des meubles en broderie, et des carrosses tout dorés ; mais par malheur cet homme avait la Barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu'il n'était ni femme ni fille qui ne s'enfuît de devant lui.


Une de ses Voisines, Dame de qualité, avait deux filles parfaitement belles. Il lui en demanda une en Mariage, et lui laissa le choix de celle qu'elle voudrait lui donner. Elles n'en voulaient point toutes deux, et se le renvoyaient l'une à l'autre, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. Ce qui les dégoûtait encore, c'est qu'il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu'on ne savait ce que ces femmes étaient devenues. La Barbe bleue, pour faire connaissance, les mena avec leur Mère, et trois ou quatre de leurs meilleures amies, et quelques jeunes gens du voisinage, à une de ses maisons de Campagne, où on demeura huit jours entiers. Ce n'était que promenades, que parties de chasse et de pêche, que danses et festins, que collations : on ne dormait point, et on passait toute la nuit à se faire des malices les uns aux autres; enfin tout alla si bien, que la Cadette commença à trouver que le Maître du logis n'avait plus la barbe si bleue, et que c'était un fort honnête homme.


Dès qu'on fut de retour à la Ville, le Mariage se conclut. Au bout d'un mois la Barbe bleue dit à sa femme qu'il était obligé de faire un voyage en Province, de six semaines au moins, pour une affaire de conséquence ; qu'il la priait de se bien divertir pendant son absence, qu'elle fît venir ses bonnes amies, qu'elle les menât à la Campagne si elle voulait, que partout elle fît bonne chère. Voilà, lui dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles, voilà celles de la vaisselle d'or et d'argent qui ne sert pas tous les jours, voilà celles de mes coffres-forts, où est mon or et mon argent, celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements : Pour cette petite clef-ci, c'est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l'appartement bas : ouvrez tout, allez partout, mais pour ce petit cabinet, je vous défends d'y entrer, et je vous le défends de telle sorte, que s'il vous arrive de l'ouvrir il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. Elle promit d'observer exactement tout ce qui lui venait d'être ordonné ; et lui, après l'avoir embrassée, il monte dans son carrosse, et part pour son voyage.


Les voisines et les bonnes amies n'attendirent pas qu'on les envoyât quérir pour aller chez la jeune Mariée, tant elles avaient d'impatience de voir toutes les richesses de sa Maison, n'ayant osé y venir pendant que le Mari y était, à cause de sa Barbe bleue qui leur faisait peur. Les voilà aussitôt à parcourir les chambres, les cabinets, les gardes-robes, toutes plus belles et plus riches les unes que les autres. Elles montèrent ensuite aux gardes-meubles, où elles ne pouvaient assez admirer le nombre et la beauté des tapisseries, des lits, des sophas, des cabinets, des guéridons, des tables et des miroirs, où l'on se voyait depuis les pieds jusqu'à la tête et dont les bordures, les unes de glaces, les autres d'argent et de vermeil doré, étaient les plus belles et les plus magnifiques qu'on eût jamais vues. Elles ne cessaient d'exagérer et d'envier le bonheur de leur amie, qui cependant ne se divertissait point à voir toutes ces richesses, à cause de l'impatience qu'elle avait d'aller ouvrir le cabinet de l'appartement bas. Elle fut si pressée de sa curiosité, que sans considérer qu'il était malhonnête de quitter sa compagnie, elle y descendit par un petit escalier dérobé, et avec tant de précipitation, qu'elle pensa se rompre le cou deux ou trois fois.


Étant arrivée à la porte du cabinet, elle s'y arrêta quelque temps, songeant à la défense que son Mari lui avait faite, et considérant qu'il pourrait lui arriver malheur d'avoir été désobéissante ; mais la tentation était si forte qu'elle ne put la surmonter : elle prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet. D'abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées ; après quelques moments elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que dans ce sang se miraient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs (c'étaient toutes les femmes que la Barbe bleue avait épousées et qu'il avait égorgées l'une après l'autre).


Elle pensa mourir de peur, et la clef du cabinet qu'elle venait de retirer de la serrure lui tomba de la main.
Après avoir un peu repris ses esprits, elle ramassa la clef, referma la porte, et monta à sa chambre pour se remettre un peu ; mais elle n'en pouvait venir à bout, tant elle était émue. Ayant remarqué que la clef du cabinet était tachée de sang, elle l'essuya deux ou trois fois, mais le sang ne s'en allait point ; elle eut beau la laver et même la frotter avec du sablon et avec du grais, il y demeura toujours du sang, car la clef était Fée, et il n'y avait pas moyen de la nettoyer tout à fait : quand on ôtait le sang d'un côté, il revenait de l'autre.


La Barbe bleue revint de son voyage dès le soir même, et dit qu'il avait reçu des lettres dans le chemin, qui lui avaient appris que l'affaire pour laquelle il était parti venait d'être terminée à son avantage. Sa femme fit tout ce qu'elle put pour lui témoigner qu'elle était ravie de son prompt retour. Le lendemain il lui redemanda les clefs, et elle les lui donna, mais d'une main si tremblante, qu'il devina sans peine tout ce qui s'était passé. D'où vient, lui dit-il, que la clef du cabinet n'est point avec les autres ? Il faut, dit-elle, que je l'aie laissée là-haut sur ma table. Ne manquez pas, dit la Barbe bleue, de me la donner tantôt. Après plusieurs remises, il fallut apporter la clef. La Barbe bleue, l'ayant considérée, dit à sa femme : Pourquoi y a-t-il du sang sur cette clef ? Je n'en sais rien, répondit la pauvre femme, plus pâle que la mort. Vous n'en savez rien, reprit la Barbe bleue, je le sais bien, moi ; vous avez voulu entrer dans le cabinet ! Hé bien, Madame, vous y entrerez, et irez prendre votre place auprès des Dames que vous y avez vues. Elle se jeta aux pieds de son Mari, en pleurant et en lui demandant pardon, avec toutes les marques d'un vrai repentir de n'avoir pas été obéissante.


Elle aurait attendri un rocher belle et affligée comme elle était; mais la Barbe bleue avait le coeur plus dur qu'un rocher Il faut mourir Madame, lui dit-il, et tout à l'heure. Puisqu'il faut mourir, répondit-elle, en le regardant les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu. Je vous donne un quart d'heure, reprit la Barbe bleue, mais pas un moment davantage.


Lorsqu'elle fut seule, elle appela sa soeur, et lui dit : Ma soeur Anne (car elle s'appelait ainsi), monte, je te prie, sur le haut de la Tour pour voir si mes frères ne viennent point; ils m'ont promis qu'ils me viendraient voir aujourd'hui, et si tu les vois, fais-leur signe de se hâter.
La soeur Anne monta sur le haut de la Tour, et la pauvre affligée lui criait de temps en temps : Anne, ma soeur ne vois-tu rien venir ? Et la soeur Anne lui répondait : Je ne vois rien que le Soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie.


Cependant la Barbe bleue, tenant un grand coutelas à sa main, criait de toute sa force à sa femme : Descends vite ou je monterai là-haut. Encore un moment, s'il vous plaît, lui répondait sa femme ; et aussitôt elle criait tout bas : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? Et la soeur Anne répondait: Je ne vois rien que le Soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie. Descends donc vite, criait la Barbe bleue, ou je monterai là-haut. Je m'en vais, répondait sa femme, et puis elle criait : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir? Je vois, répondit la soeur Anne, une grosse poussière qui vient de ce côté-ci. Sont ce mes frères ? Hélas ! non, ma soeur, c'est un Troupeau de Moutons. Ne veux-tu pas descendre ? criait la Barbe bleue. Encore un moment, répondait sa femme ; et puis elle criait : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? Je vois, répondit-elle, deux Cavaliers qui viennent de ce côté-ci, mais ils sont bien loin encore : Dieu soit loué, s'écria-t-elle un moment après, ce sont mes frères, je leur fais signe tant que je puis de se hâter. La Barbe bleue se mit à crier si fort que toute la maison en trembla. La pauvre femme descendit, et alla se jeter à ses pieds toute épleurée et toute échevelée. Cela ne sert de rien, dit la Barbe bleue, il faut mourir, puis la prenant d'une main par les cheveux, et de l'autre levant le coutelas en l'air, il allait lui abattre la tête. La pauvre femme se tournant vers lui, et le regardant avec des yeux mourants, le pria de lui donner un petit moment pour se recueillir. Non, non, dit-il, recommande-toi bien à Dieu ; et levant son bras...


Dans ce moment on heurta si fort à la porte, que la Barbe bleue s'arrêta tout court : on ouvrit, et aussitôt on vit entrer deux Cavaliers, qui mettant l'épée à la main, coururent droit à la Barbe bleue. Il reconnut que c'était les frères de sa femme, l'un Dragon et l'autre Mousquetaire, de sorte qu'il s'enfuit aussitôt pour se sauver ; mais les deux frères le poursuivirent de si près, qu'ils l'attrapèrent avant qu'il pût gagner le perron. Ils lui passèrent leur épée au travers du corps, et le laissèrent mort. La pauvre femme était presque aussi morte que son Mari, et n'avait pas la force de se lever pour embrasser ses Frères.


Il se trouva que la Barbe bleue n'avait point d'héritiers, et qu'ainsi sa femme demeura maîtresse de tous ses biens.


Elle en employa une grande partie à marier sa soeur Anne avec un jeune Gentilhomme, dont elle était aimée depuis longtemps; une autre partie à acheter des Charges de Capitaine à ses deux frères ; et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu'elle avait passé avec la Barbe bleue.


PANTOUM

Publié le 26/11/2009 à 10:48 par arcaneslyriques
PANTOUM
Pantoum


d'Albert Glatigny (1839-1873)



Par les soirs où le ciel est pur et transparent,
Que tes flots sont amers, noire mélancolie !
Mon coeur est un lutteur fatigué qui se rend,
L'image du bonheur flotte au loin avilie.


Que tes flots sont amers, noire mélancolie !
Oh ! qu'il me fait de mal ton charme pénétrant !
L'image du bonheur flotte au loin avilie,
L'espoir qui me berçait râle ainsi qu'un mourant.


Oh ! qu'il me fait de mal ton charme pénétrant
Morne tristesse, effroi voisin de la folie !
L'espoir qui me berçait râle ainsi qu'un mourant ;
Tout en moi, hors la peine effroyable, s'oublie.


Morne tristesse, effroi voisin de la folie,
Fleuves sombres, mon oeil plonge en votre courant,
Tout en moi, hors la peine effroyable, s'oublie,
La peine, gouffre avide et toujours m'attirant.



Peinture : John Martin (1789-1854)




FABLES

Publié le 09/11/2009 à 10:39 par arcaneslyriques
FABLES
Fables


Fables est une série de comics créée par Bill Willingham (scénario). Ian Median (épisodes 1 à 5 US) puis Mark Buckingham (à partir du 6) se sont succédés au dessin sous des couvertures de James Jean.


La série est éditée aux États-Unis chez Vertigo, un label de DC Comics. En France, après deux albums publiés par Semic, c'est Panini qui continue la traduction, après l'attribution par DC Comics de la licence française à cet éditeur.


Blanche Neige, le Grand Méchant Loup, le Prince Charmant, Barbe Bleue, les Trois Petits Cochons, Pinocchio, etc… Ils sont parmi nous ! Ils, ce sont les personnages des histoires de notre enfance, les Fables. Chassés de leurs royaumes par un mystérieux et puissant Adversaire, ils se sont réfugiés dans le seul monde qui ne semble pas intéresser leur ennemi, le monde des Communs, le nôtre. Depuis des siècles maintenant ils vivent discrètement parmi les humains. Et leur vie n'est plus vraiment un conte de fées ! À Fableville, New York, se regroupent ceux qui peuvent s'intégrer, tandis que les autres (cochons qui parlent, singes volants, géants, …) vivent à l'écart de l'humanité à La Ferme. Blanche Neige est une des responsables de cette communauté dont les ennemis d'autrefois ont été amnistiés et où le moindre problème conjugal entre la Belle et la Bête peut menacer l'anonymat des Fables.

Dans la première saga, dessinée par Ian Medina, Rose Rouge, la sœur rivale de Blanche neige, est supposée morte. Le Grand Méchant Loup enquête, et les suspects sont nombreux : Barbe bleue, le Prince Charmant, Blanche-Neige elle-même… Bref, c'est une histoire sympathique qui introduit le concept de façon originale avec un dénouement assez surprenant.

Dans la seconde histoire, le décor change, et le dessinateur aussi, c'est Mark Buckingham qui s'installe sur la série sans que cela ne marque de grosse rupture avec le tome précédent. Cette fois-ci, direction la Ferme, ferme en ébullition où la révolte gronde. Goupil, les Trois Petits Cochons, Boucle d'Or et autres créations de Kipling, Carroll ou La Fontaine sont de la fête, et ça va saigner ! Blanche-Neige va devoir se débrouiller pour régler la crise, quel qu'en soit le prix.


Christophe Colin, pour la réunion du 22/02/09


LE VAMPIRE

Publié le 02/11/2009 à 15:02 par arcaneslyriques
LE VAMPIRE
Le Vampire


De John William Polidori (1795-1821)


Dans ce temps-là parut au milieu des dissipations d’un hiver à Londres, et parmi les nombreuses assemblées que la mode y réunit à cette époque, un lord plus remarquable encore par ses singularités que par son rang. Son œil se promenait sur la gaieté générale répandue autour de lui, avec cette indifférence qui dénotait que la partager n’était pas en son pouvoir. On eût dit que le sourire gracieux de la beauté, savait seul attirer son attention, et encore n’était-ce que pour le détruire sur ses lèvres charmantes, par un regard, et glacer d’un effroi secret un cœur où jusqu’alors l’idée du plaisir avait régné uniquement. Celles qui éprouvaient cette pénible sensation de respect ne pouvaient se rendre compte d’où elle provenait. Quelques-unes, cependant, l’attribuaient à son œil d’un gris mort que, lorsqu’il se fixait sur les traits d’une personne, semblait ne pas pénétrer, au fond des replis du cœur, mais plutôt paraissait tomber sur la joue comme un rayon de plomb qui pesait sur la peau sans pouvoir la traverser. Son originalité le faisait inviter partout : chacun désirait le voir, et tous ceux qui avaient été longtemps habitués aux violentes émotions, mais à qui la satiété faisait sentir enfin le poids de l’ennui, se félicitaient de rencontrer quelque chose capable de réveiller leur attention languissante. Sa figure était régulièrement belle, nonobstant le teint sépulcral qui régnait sur ses traits, et que jamais ne venait animer cette aimable rougeur fruit de la modestie, ou des fortes émotions qu’engendrent les passions. Ces femmes à la mode avides d’une célébrité déshonorante, se disputèrent, à l’envi, sa conquête, et à qui du moins obtiendrait de lui quelque marque de ce qu’elles appellent penchant. Lady Mercer qui, depuis son mariage, avait eu la honteuse gloire d’effacer, dans les cercles, la conduite désordonnée de toutes ses rivales, se jeta à sa rencontre, et fit tout ce qu’elle pût, mais en vain, pour attirer son attention. Toute l’impudence de lady Mercer échoua, et elle se vit réduite à renoncer à son entreprise. Mais quoi qu’il ne daignât pas même accorder un regard aux femmes perdues qu’il rencontrait journellement, la beauté ne lui était cependant pas indifférent ; et pourtant encore, quoi qu’il ne s’adressât jamais qu’à la femme vertueuse ou à la fille innocente, il le faisait avec tant de mystère que peu de personnes même savaient qu’il parlât quelquefois au beau sexe. Sa langue avait un charme irrésistible : soit donc qu’il réussit à comprimer la crainte qu’inspirait son premier abord, soit à cause de son mépris apparent pour le vice, il était aussi recherché par ces femmes dont les vertus domestiques sont l’ornement de leur sexe, que par celles qui en font le déshonneur.


Vers ce même temps vint à Londres un jeune homme nommé Aubrey : la mort de ses parents l’avait, encore enfant, laissé orphelin, avec une sœur et de grands biens. Ses tuteurs, occupés exclusivement au soin de sa fortune, l’abandonnèrent à lui-même, ou du moins remirent la charge plus important de former son esprits, à des mercenaires subalternes. Le jeune Aubrey songea plus à cultiver son imagination que son jugement. De là, il prit ces notions romantiques d’honneur et de candeur qui perdent tant de jeunes écervelés. Il croyait que le cœur humain sympathise naturellement à la vertu, et que le vice n’a été jeté ça et là, par la Providence, que pour varier l’effet pittoresque de la scène : il croyait que la misère d’une chaumière n’était qu’idéale, les vêtements du paysan étant aussi chauds que ceux de l’homme voluptueux ; mais mieux adaptés à l’œil du peintre, par leurs plis irréguliers et leurs morceaux de diverses couleurs, pour représenter les souffrances du pauvre. Enfin, il croyait qu’on devait chercher les réalités de la vie dans les rêves singuliers et brillants des poètes. Il était beau, sincère et riche : par tous ces motifs, dès son entrée dans le monde, un grand nombre de mères l’environnèrent, s’étudiant à qui lui ferait les portraits les plus faux des qualités qu’il faut pour plaire ; tandis que leurs filles, par leur contenance animée, quand il s’approchait d’elles, et leurs yeux pétillant de plaisir, quand il ouvrait la bouche, l’entraînèrent bientôt dans une opinion trompeuse de ses talents et de son mérite ; et bien que, rien dans le monde ne vint réaliser le roman qu’il s’était créé dans sa solitude, sa vanité satisfaite fut une espèce de compensation de ce désappointement. Il était au moment de renoncer à ses illusions, lorsque l’être extraordinaire que nous venons de décrire vint le croiser dans sa carrière.


Frappé de son extérieur, il l’étudia et l’impossibilité même de reconnaître le caractère d’un homme entièrement absorbé en lui-même, et qui ne donnait d’autre signe de son attention à ce qui se passait autour de lui, que son soin d’éviter tout contact avec les autres, avouant par là tacitement leur existence, cette impossibilité même permit à Aubrey de donner cours à son imagination pour se créer un portrait qui flattait son penchant, et immédiatement il revêtit ce singulier personnage de toutes les qualités d’un héros de roman, et se détermina à suivre en lui la créature de son imagination plutôt que l’être présent à ses yeux. Il eût des attentions pour lui, et fit assez de progrès dans cette liaison, pour en être du moins remarqué chaque fois qu’ils se trouvaient ensemble. Bientôt il apprit que les affaires de lord Ruthven étaient embarrassées, et, d’après les préparatifs qu’il vit dans son hôtel, s’aperçut qu’il allait voyager.


Avide de plus précises informations sur cet étrange caractère qui, jusqu’à présent, avait seulement aiguillonné sa curiosité, sans aucun moyen de la satisfaire, Aubrey fit sentir à ses tuteurs qu’il était temps pour lui de commencer son tour d’Europe, coutume adoptée depuis nombre d’années par nos jeunes gens de famille, et qui ne leur offre que trop souvent l’occasion de s’enfoncer rapidement dans la carrière du vice, en croyant se mettre sur un pied d’égalité avec les personnes plus âgées qu’eux, et en espérant paraître comme elles au courant de toutes ces intrigues scandaleuses, sujet éternel de plaisanteries ou de louanges, suivant le degré d’habileté déployée dans leur conduite. Les tuteurs d’Aubrey donnèrent leur assentiment, et immédiatement il fit part de ses intentions à lord Ruthven dont il fut agréablement surpris de recevoir une invitation à voyager avec lui. Aubrey flatté d’une telle marque d’estime d’un homme qui semblait n’avoir rien de commun avec l’espèce humaine, accepta cette proposition avec empressement, et quelques jours après, nos deux voyageurs avaient passé la mer. Jusqu’ici Aubrey n’avait pas eu occasion d’étudier à fond le caractère de lord Ruthven, et maintenant il s’aperçut que, bien que témoin d’un plus grand nombre de ses actions, les résultats lui offraient différentes conclusions à tirer des motifs apparents de sa conduite : son compagnon de voyage poussait la libéralité jusqu’à la profusion : le fainéant, le vagabond, le mendiant recevait de lui des secours plus que suffisants pour soulager ses besoins immédiats : mais Aubrey remarquait avec peine, que ce n’était pas sur les gens vertueux, réduits à l’indigence par des malheurs, et non par le vice, qu’il versait ses aumônes : en repoussant ces infortunés de sa porte, il avait peine à supprimer de ses lèvres un sourire dur ; mais quand l’homme sans conduite venait à lui, non pour obtenir un soulagement de ses besoins, mais pour se procurer les moyens de se plonger plus avant dans la débauche et dans la dépravation, il s’en retournait toujours avec un don somptueux. Aubrey, cependant, croyait devoir attribuer cette distribution déplacée des aumônes de lord Ruthven à l’importunité plus grande des gens vicieux, qui trop souvent réussit de préférence à la modeste timidité du vertueux indigent. Néanmoins, à la charité de lord Ruthven se rattachait une circonstance qui frappait encore plus vivement l’esprit d’Aubrey : tous ceux en faveur de qui cette générosité s’exerçait, éprouvait invariablement qu’elle était accompagnée d’une malédiction inévitable ; tous, bientôt, finissaient par monter sur l’échafaud, ou par périr dans la misère la plus abjecte : à Bruxelles, et autres villes qu’ils traversèrent, Aubrey vit avec surprise l’espèce d’avidité avec laquelle son compagnon recherchait le centre de la dépravation : dans les maisons de jeu, il s’élançait de suite à la table de Pharaon ; il pariait et jouait toujours avec succès, excepté lorsqu’il avait affaire à l’escroc connu, et alors il perdait plus qu’il ne gagnait ; mais c’était toujours sans changer de visage, et avec cet air indifférent qu’il portait partout, mais non lorsqu’il rencontrait le jeune homme sans expérience, ou le père infortuné d’une nombreuse famille ; alors la fortune semblait être dans ses mains : il mettait de côté cette impassibilité qui lui était ordinaire, et son œil étincelait de plus de feu que n’en jette celui du chat, au moment où il roule entre ses pattes la souris déjà à moitié morte. Au sortir de chaque ville, il laissait le jeune homme, riche avant son arrivée, maintenant arraché du cercle dont il faisait l’ornement, maudissant, dans la solitude d’un cachot, son destin qui l’avait mis à portée de l’influence pernicieuse de ce mauvais génie ; tandis que le père, désolé et l’œil hagard, pleurait assis au milieu de ses enfants affamés, sans avoir conservé, de son immense fortune, une seule obole pour apaiser leurs besoins dévorants. Lord Ruthven cependant ne sortait pas finalement plus riche des tables de jeu, mais perdait immédiatement, contre le destructeur de la fortune d’un grand nombre de malheureux, la dernière pièce d’argent qu’il venait d’arracher à l’inexpérience, ce qui ne pouvait provenir que de ce qu’il possédait un certain degré d’habileté incapable toutefois de lutter contre l’astuce des escrocs expérimentés. Aubrey souvent fut sur le point de faire là-dessus des représentations à son ami, et de le prier en grâce de renoncer à l’exercice d’une charité et d’un passe-temps qui tournaient à la ruine de tous sans lui être du moindre avantage à lui-même : mais il différait de jour en jour ses représentations, se flattant à chaque moment que son ami lui donnerait enfin quelque occasion de lui ouvrir son cœur franchement et sans réserve ; toutefois cette occasion ne se présentait jamais. Lord Ruthven, dans sa voiture, et quoique traversant sans cesse de nouvelles scènes intéressantes de la nature, restait toujours le même : ses yeux parlaient encore moins que ses lèvres ; et bien que vivant avec l’objet qui excitait si vivement sa curiosité, Aubrey n’en recevait qu’un constant aiguillon à son impatience de percer le mystère qui enveloppait un être que son imagination exaltée se représentait de plus en plus comme surnaturel.


Bientôt ils arrivèrent à Rome, et Aubrey, pour quelque temps, perdit de vue son compagnon ; il le laissa suivant assidûment le cercle du matin d’une comtesse italienne, tandis que lui-même se livrait à la recherche d’anciens monuments des arts. Cependant, des lettres lui parvinrent d’Angleterre ; il les ouvrit avec impatience. L’une était de sa sœur, et ne renfermait que l’expression d’une tendre affection ; les autres étaient de ses tuteurs, et leur contenu eut lieu de frapper son attention : si déjà, auparavant, son imagination avait supposé qu’une influence infernale résidait dans son compagnon, ces lettres durent bien fortifier ce pressentiment. Ses tuteurs insistaient pour qu’il se séparât immédiatement de son ami, dont le caractère, disaient-ils, joignait à une extrême dépravation, des pouvoirs irrésistibles de séduction qui rendaient tout contact avec lui d’autant plus dangereux. On avait découvert, depuis son départ, que ce n’était pas par haine pour le vice des femmes perdues, qu’il avait dédaigné leurs avances ; mais que pour que ses désirs fussent pleinement satisfaits, il fallait qu’il rehaussât le plaisir de ses sens par le barbare accompagnement d’avoir précipité sa victime, la compagne de son crime, du pinacle d’une vertu intacte au fond de l’abîme de l’infamie et de la dégradation. On avait même remarqué que toutes les femmes qu’il avait recherchées en apparence, à cause de leur chaste conduite, avaient, depuis son départ, mis le masque de côté, et exposé sans scrupule, au public, toute la difformité de leurs mœurs.


Aubrey se décida à se séparer d’un personnage dont le caractère ne lui avait pas encore présenté un seul point de vue brillant. Il se détermina à inventer quelque prétexte plausible pour l’abandonner tout-à-fait, se proposant, dans l’intervalle, de le veiller de plus près, et de faire attention aux moindres circonstances. Il entra dans le même cercle de sociétés que lord Ruthven, et ne fut pas long à s’apercevoir que son compagnon cherchait à abuser de l’inexpérience de la fille de la dame dont il fréquentait surtout la maison. En Italie, il est rare qu’on rencontre dans le monde les jeunes personnes encore à marier. Lord Ruthven était donc obligé de mener cette intrigue à la dérobée ; mais l’œil d’Aubrey le suivait dans tous ses détours, et bientôt il découvrit qu’une entrevue avait été fixée, et il ne prévit que trop que la ruine totale de cette jeune imprudente en serait le résultat infaillible. Sans perdre un seul instant, il entra dans le cabinet de son compagnon, et le questionna brusquement sur ses intentions à l’égard de la jeune personne, le prévenant en même temps qu’il savait de source certaine qu’il devait avoir un rendez-vous avec elle cette même nuit. Lord Ruthven répliqua que ses intentions étaient celles naturelles en pareil cas ; et étant pressé de déclarer s’il avait des vues légitimes, sa seule réponse fut un malin sourire. Aubrey se retira, et lui ayant de suite écrit quelques lignes pour l’informer qu’à compter de cette heure il renonçait à l’accompagner, suivant leur accord, dans le reste de ses voyages, il ordonna à son domestique de lui procurer d’autres appartements, et se rendit lui-même, sans perdre une minute, chez la mère de la jeune personne, pour lui faire part, non seulement de ce qu’il avait appris sur sa fille, mais aussi de tout ce qu’il savait de défavorable aux mœurs de lord Ruthven. Cet avis vint à temps pour faire manquer le rendez-vous projeté. Lord Ruthven, le lendemain, écrivit à Aubrey, pour lui notifier son assentiment à leur séparation ; mais ne lui donna pas même à entendre qu’il le soupçonnait d’être la cause du renversement de ses plans.


Aubrey, au sortir de Rome, dirigea ses pas vers la Grèce, et traversant le golfe, se vit bientôt à Athènes. Il y choisit pour sa résidence la maison d’un Grec, et ne songea plus qu’à rechercher les traces d’une gloire passée sur des monuments qui, honteux sans doute d’exposer le souvenir des grandes actions d’hommes libres, aux yeux d’un peuple esclave, semblent chercher un refuge dans les entrailles de la terre, ou se dérober aux regards sous une mousse épaisse. Sous le même toit que lui, respirait une jeune fille de formes si belles et si délicates, qu’elle aurait offert à l’artiste le plus digne modèle pour représenter une de ces houris que Mahomet promet, dans son paradis, au crédule Musulman ; mais, non ! ses yeux possédaient une expression qui ne peut appartenir à des beautés que le Prophète représente comme n’ayant pas d’âme. Lorsqu’Ianthe dansait sur la plaine, ou effleurait dans sa marche rapide, le penchant des collines, elle faisait oublier la légèreté gracieuse de la gazelle. Et quel autre qu’un disciple d’Épicure, en effet, n’eût pas préféré le regard animé et céleste de l’une à l’œil voluptueux mais terrestre de l’autre ? Cette nymphe aimable, souvent accompagnait Aubrey dans ses recherches d’antiquités. Que de fois, ignorante de ses propres charmes, et toute entière à la poursuite du brillant papillon, elle développait toute la beauté de sa taille enchanteresse, flottant, en quelque sorte, au gré du zéphir, aux regards avides du jeune étranger, qui oubliait les lettres, presque effacées par le temps, qu’il venait avec peine de déchiffrer sur le marbre, pour ne plus contempler que ses formes ravissantes : que de fois, tandis qu’Ianthe voltigeait à l’entour, sa longue chevelure flottant sur ses épaules, par ses tresses onduleuses d’un blond céleste, n’offrait que trop d’excuse à Aubrey pour abandonner ses poursuites scientifiques, et laisser échapper de son idée le texte d’une inscription qu’il venait de découvrir, et qu’un instant auparavant son utilité, pour l’interprétation d’un passage de Pausanias, avait rendue à ses yeux de la plus haute importance. Mais pourquoi tenter de décrire des charmes plus aisés à sentir qu’à apprécier ? Innocence, jeunesse, beauté, tout respirait en elle cette fraîcheur de la nature, étrangère à l’affectation de nos salons à la mode.


Lorsqu’Aubrey dessinait ces augustes débris, dont il désirait conserver l’image pour l’amusement de ses heures futures, Ianthe, debout, et penchée sur son épaule, suivait avec avidité les progrès magiques de son pinceau, retraçant les sites pittoresques des lieux où elle était née. Elle lui racontait alors, avec tout le feu d’une mémoire encore toute fraîche, ses compagnes foulant avec elle, dans leur danse légère, la verte pelouse des environs, ou la pompe des fêtes nuptiales, dont elle avait été témoin dans son enfance. Quelquefois encore, tournant ses souvenirs sur des objets qui évidemment lui avaient laissé une impression plus profonde, elle lui redisait les contes surnaturels dont sa nourrice avait effrayé sa jeune attention. Son ton sérieux et son air de sincérité, quand elle faisait ce récit, excitaient une tendre compassion pour elle, dans le cœur d’Aubrey : souvent même, comme elle lui décrivait le Vampire vivant qui avait passé des années au milieu d’amis, et des plus tendres objets d’attachement, forcé chaque an, par un pouvoir infernal, de prolonger son existence pour les mois suivants, par le sacrifice de quelque jeune et innocente beauté, Aubrey sentait son sang se glacer dans ses veines, tout en essayant de tourner en ridicule de si horribles fables ; mais Ianthe en réponse lui citait le nom de vieillards qui avaient fini par découvrir un Vampire vivant au milieu d’eux, seulement après que plusieurs de leurs filles avaient succombé victimes de l’horrible appétit de ce monstre ; et, poussée à bout par son apparente incrédulité, elle le suppliait ardemment de prêter foi à ses récits ; car on avait remarqué, ajoutait-elle, que ceux qui osaient douter de l’existence des Vampires, ne pouvaient éviter quelque jour d’être convaincus de leur erreur par leur propre et funeste expérience. Ianthe lui dépeignait l’extérieur que l’on accordait à donner à ces monstres, et l’impression d’horreur qui avait déjà frappé l’esprit d’Aubrey, redoublait encore par un portrait qui lui rappelait, d’une manière effrayante, lord Ruthven. Il persistait néanmoins dans ses efforts pour lui persuader de renoncer à des terreurs aussi vaines, quoiqu’en lui-même il frémit de reconnaître ces mêmes traits, qui avaient tous tendu à lui faire voir quelque chose de surnaturel dans lord Ruthven.


Aubrey, de jour en jour, s’attachait davantage à Ianthe ; son innocence, si différente de ces vertus affectées qu’il avait rencontrées jadis dans ces femmes, parmi lesquelles il avait cherché à retrouver ces notions romanesques sucées dans son jeune âge, séduisait incessamment son cœur ; et tandis qu’il se représentait à lui-même le ridicule d’une union conjugale entre un jeune homme élevé suivant les usages de l’Angleterre, et une jeune Grecque sans éducation, il sentait s’accroître de plus en plus son affection pour la jeune enchanteresse avec qui s’écoulaient tous ces moments. Quelquefois il voulait s’éloigner d’elle ; et, bâtissant un plan de recherches d’antiquités, il projetait de partir, décidé à ne pas reparaître à Athènes avant d’avoir rempli l’objet de son excursion ; mais il trouvait toujours impossible de fixer son attention sur les ruines des environs, tandis que l’image fraîche d’Ianthe vivait au fond de son cœur. Ignorant l’amour qu’elle lui avait inspiré, elle avait toujours avec lui cette même franchise enfantine, qu’elle lui avait montrée dès le premier abord. Elle semblait toujours ne se séparer de lui qu’avec une extrême répugnance ; mais c’était uniquement parce qu’elle n’avait plus alors de compagnon pour parcourir avec elle ces sites favoris où elle errait, tandis que non loin d’elle Aubrey s’occupait à retracer ou découvrir quelque fragment échappé à la faux destructive du temps. Elle avait appelé en témoignage de ce qu’elle avait raconté à Aubrey, au sujet des Vampires, son père et sa mère, qui tous deux, ainsi que plusieurs autres personnes présentes, avaient affirmé leur existence, en pâlissant d’horreur à ce nom seul. Peu de temps après, Aubrey se décida à entreprendre une petite excursion qui devait l’occuper plusieurs heures : lorsque ses hôtes l’entendirent désigner l’endroit, d’un commun accord ils se hâtèrent de le supplier de revenir à Athènes avant la nuit tombante ; car il devait, lui dirent-ils, traverser nécessairement un bois où nul Grec ne se hasarderait à entrer, pour aucune considération au monde, après le coucher du soleil. Ils le lui dépeignirent comme le repaire des Vampires dans leurs orgies nocturnes, et le menacèrent des malheurs les plus épouvantables, s’il osait troubler, par son passage, ces monstres dans leur cruelle fête. Aubrey traita légèrement leurs représentations, et essaya même de leur faire sentir toute l’absurdité de pareilles idées ; mais pourtant, quand il les vit tressaillir de terreur à son audacieux mépris d’un pouvoir infernal et irrésistible, dont le nom seul suffisait pour les faire frissonner, il se tut.


Le lendemain matin Aubrey se mit en route sans suite ; à son départ, il observa avec peine et surprise l’air mélancolique de ses hôtes, et l’impression de terreur que ses railleries sur l’existence des Vampires avait répandue sur leurs traits. A l’instant même où il montait à cheval, Ianthe vint près de lui, et d’un ton sérieux le conjura, par tout ce qu’il avait de plus cher au monde, de retourner à Athènes avant que la nuit vînt rendre à ces monstres leur pouvoir. Il promit de lui obéir : mais ses recherches scientifiques absorbèrent tellement son esprit qu’il ne s’aperçut même pas que le jour était prêt à finir, et qu’à l’horizon se formait une de ces taches qui, dans ces brûlants climats, grossirent avec une telle rapidité que, bientôt devenues une masse épouvantable, elles versent sur la campagne désolée toute leur rage. A la fin cependant il se décida à remonter à cheval, et à compenser, par la vitesse de son retour, le temps perdu. Mais il était trop tard. Le crépuscule est, pour ainsi dire, inconnu dans ces contrées méridionales, et la nuit commence avec le coucher du soleil. Avant qu’Aubrey fut loin dans la forêt, l’orage avait éclaté sur sa tête avec fureur. Le tonnerre grondait coup sur coup, et répété par les nombreux échos d’alentour, ne laissait presque point d’intervalle de silence. La pluie, tombant à torrent, forçait son passage jusqu’à Aubrey à travers l’épais couvert du feuillage, tandis que les éclairs brillaient autour de lui, et que la foudre même venait quelque fois éclater à ses pieds. Son coursier épouvanté tout à coup l’emporta à travers le plus épais du bois. L’animal hors d’haleine à la fin s’arrêta, et Aubrey, à la lueur des éclairs, remarqua près de lui une hutte presque enterrée sous des masses de feuilles mortes et de broussailles, qui l’enveloppaient de tout côté. Aubrey descendit de cheval, et approcha de la hutte, espérant y trouver quelqu’un qui lui servirait de guide jusqu’à la ville, ou du moins s’y procurer un abri contre la tempête. Au moment où il s’en approchait, le tonnerre s’étant ralenti pour quelques instants, il put distinguer les cris perçants d’une femme répondus par un rire amer et presque continu : Aubrey tressaillit, et hésita s’il entrerait ; mais un éclat de tonnerre, qui soudain gronda de nouveau sur sa tête, le tira de sa rêverie ; et, par un effort de courage, il franchit le seuil de la hutte. Il se trouva dans la plus profonde obscurité ; le bruit qui se prolongeait lui servit pourtant de guide ; personne ne répondait à son appel réitéré. Tout à coup il heurta quelqu’un qu’il arrêta sans balancer ; quand une voix horrible fit entendre ces mots : Encore troublé…auxquelles succéda un éclat de rire affreux ; et Aubrey se sentit saisi avec une vigueur qui lui parut surnaturelle. Décidé à vendre chèrement son existence, il lutta, mais en vain : ses pieds perdirent, en un instant, le sol ; et, enlevé par une force irrésistible, il se vit précipiter contre la terre, qu’il mesura de tout son corps. Son ennemi se jeta sur lui ; et, s’agenouillant sur sa poitrine, portait déjà ses mains à sa gorge, quand la réverbération d’un grand nombre de torches, pénétrant dans la hutte par une ouverture destinée à l’éclairer pendant le jour, vint troubles le monstre dans son épouvantable orgie ; il se hâta de se relever, et, laissant là sa proie, s’élança hors de la porte : le bruit qu’il fît en s’ouvrant un passage à travers l’épaisse bruyère cessa au bout de quelques instants.


L’orage cependant s’était calmé tout à fait, et les nouveaux venus purent entendre, du dehors, les plaintes d’Aubrey que l’épuisement total de ses forces empêchait de remuer. Ils entrèrent dans la hutte : la lumière de leurs torches vint se réfléchir sur ses voûtes mousseuses, et ils se virent tous couverts de flocons d’une suie épaisse. A la prière d’Aubrey ils s’éloignèrent de lui pour chercher la femme dont les cris l’avaient attiré ; et comme ils s’avançaient sous les replis caverneux de la hutte, il se vit replonger encore dans les plus profondes ténèbres ; mais bientôt de quelle horreur ne fût-il pas frappé quand, à la lueur des torches qui revenaient fondre sur lui, il reconnut le corps inanimé de la charmante Ianthe, porté par ses compagnons ! Vainement il ferma les yeux, se flattant que ce n’était qu’une vision, fruit de son imagination dérangée ; mais quand il les rouvrit, il revit encore les restes de son amante étendus sur la terre à côté de lui : ces joues arrondies et ces lèvres délicates, qui naguère auraient fait honte à la rose par leur fraîcheur, étaient maintenant d’une pâleur sépulcrale : et cependant encore il régnait à présent, sur les traits charmants d’Ianthe, un calme admirable et presque aussi attachant que la vie qui jadis les animait : sur son cou et sa poitrine on voyait des traces de sang, et sa gorge portait les empreintes des dents cruelles qui avaient ouvert ses veines ; les villageois avaient porté le corps, indiquant du doigt ces marques funestes, et comme frappés simultanément d’horreur, s’écrièrent : Un Vampire ! un Vampire ! Ils formèrent à la hâte une litière, et placèrent dessus Aubrey à côté de celle qui naguère avait été pour lui l’objet des rêves de félicité les plus flatteurs, mais dont maintenant la vie venait de s’éteindre dans sa fleur. Aubrey ne pouvait plus retrouver le fil de ses idées, ou plutôt semblait chercher un refuge contre le désespoir dans une totale absence de pensées. Il tenait, presque sans le savoir dans sa main, un poignard nu d’une forme extraordinaire, qu’on avait ramassé dans la hutte : bientôt le triste cortège fut rencontré par d’autres paysans, qu’une mère alarmée envoyait encore à la recherche de son enfant chérie : mais les cris lamentables que poussait la troupe désolée, au moment où ils approchaient de la ville, furent pour cette mère et son époux infortuné l’avant-courreur de quelque horrible catastrophe. Décrire l’angoisse de leur attente inquiète serait impossible ; mais quand ils eurent découvert le corps de leur fille adorée, ils regardèrent Aubrey, lui firent remarquer du doigt les indices affreux de l’attentat qui avait causé sa mort, et tous deux expirèrent de désespoir.


Aubrey étendu sur sa couche de douleur et en proue à une fièvre ardente, au milieu des accès de son délire, appelait lord Ruthven et Ianthe. Quelquefois il suppliait son ancien compagnon d’épargner celle qu’il aimait : d’autres fois il accumulait les imprécations sur sa tête, et le maudissait comme le destructeur de sa félicité. Lord Ruthven se trouvait justement alors à Athènes ; et, ayant eu connaissance de la triste situation d’Aubrey, pour quelque motif secret, vint se loger sous le même toit, et devint son compagnon assidu. Quand son ami sortit de son délire, il tressaillit d’horreur à l’aspect de celui dont l’image s’était maintenant confondue dans sa tête avec l’idée d’un Vampire ; mais lord Ruthven, par son ton persuasif, ses demi-aveux qu’il regrettait la faute qui avait causé leur séparation, et encore plus par les attentions soutenues, l’anxiété et les soins qu’il prodigua à Aubrey, le réhabilita bientôt à sa présence. Lord Ruthven semblait tout-à-fait changé ; ce n’était plus cet être dont l’apathie avait tellement étonné Aubrey ; mais aussitôt que ce dernier commença à faire des progrès rapides dans sa convalescence, il s’aperçut avec chagrin que son compagnon retombait dans son phlegme ordinaire, et il retrouva en lui tout-à-fait l’homme de leur première liaison, si ce n’est que de temps à autre, Aubrey observait avec surprise que lord Ruthven semblait fixer sur lui un regard pénétrant, tandis qu’un sourire cruel de dédain voltigeait sur ses lèvres. Il se perdait en conjectures sur l’intention de cet affreux sourire, si souvent réitéré. Lorsqu’Aubrey entra dans le dernière période de son rétablissement, lord Ruthven s’éloignant de plus en plus de lui, semblait exclusivement occupé à contempler les vagues soulevées par la brise rafraîchissante, ou à suivre la marche de ces planètes, qui, ainsi que notre globe, meuvent autour d’un astre immobile ; mais le fait qu’il semblait chercher principalement à se soustraire aux yeux de tous.


La tête d’Aubrey avait été très affaiblie par le choc qu’il venait d’éprouver ; et cette élasticité d’esprit, qui avait tant brillé en lui jadis, semblait s’être évanouie pour toujours. Il était maintenant aussi épris de la solitude et du silence que lord Ruthven lui-même. Mais c’est en vain qu’il soupirait après cette solitude ; pouvait-elle exister pour lui dans le voisinage d’Athènes ? La cherchait-il parmi ces ruines qu’il avait jadis fréquentées, l’image d’Ianthe l’y accompagnait comme autrefois ; la cherchait-il au fond des bois, il s’imaginait y voir encore la démarche légère d’Ianthe, voltigeant au milieu des taillis, à la découverte de la modeste violette ; quand par une transition subite, sa sombre imagination lui représentait son amante, la figure pâle, la gorge soignante, et ses lèvres décolorées, mais qu’un sourire toujours aimable, malgré le trépas, venait encore orner.


Il se détermina enfin à fuir des sites dont chaque trait était, pour sa raison affaiblie, une source de tableaux douloureux. Il proposa à lord Ruthven, qu’il croyait ne devoir point quitter, après tous les soins qu’il en avait reçus pendant son indisposition, de visiter ensemble ces parties de la Grèce qui leur étaient encore inconnues à tous deux. Ils partirent donc, et allèrent à la recherche de chaque lieu auquel se rattachait un ancien souvenir ; mais, quoiqu’ils courussent constamment d’une place à une autre, ils ne semblaient cependant, ni l’un ni l’autre, prêter une attention réelle aux objets variés qui passaient sous leurs yeux. Ils entendaient souvent parler de voleurs infestant le pays ; mais, graduellement, ils en vinrent à mépriser ces rapports, qu’ils regardaient comme une pure invention de gens intéressés à exciter la générosité de ceux qu’ils défendaient de prétendus dangers. Entre autres occasions, ils voyageaient un jour avec une garde si peu nombreuse, qu’elle pouvait plutôt servir de guide que de défense. Au moment, cependant, où ils venaient d’entrer dans un étroit défilé, au fond duquel était le lit d’un torrent qui roulait, confondu avec des masses de roc, dans les précipices voisins, ils eurent raison de regretter leur imprudente confiance ; à peine étaient-ils engagés dans ce pas dangereux, qu’une grêle de balles vint siffler à leurs oreilles, tandis que les échos d’alentour répétaient le son de plusieurs armes à feu. Bientôt une balle vint se loger dans l’épaule de lord Ruthven, qui tomba du coup. Aubrey vola à son assistance ; et, ne songeant plus à se défendre, ni à son propre péril, se vit bientôt entouré par les brigands. L’escorte, aussitôt qu’elle avait vu tomber lord Ruthven, avait jeté ses armes et demandé quartier. Par la promesse d’une forte récompense, Aubrey décida les voleurs à transporter son ami blessé, à une cabane voisine ; et, étant convenu avec eux d’une rançon, il ne fut plus importuné de leur présence, les bandits se bornant à surveiller la chaumière jusqu’au retour de l’un d’eux, qui alla recevoir, dans une ville voisine, le montant d’une traite qu’Aubrey leur donna sur son banquier.


Les forces de lord Ruthven déclinèrent rapidement ; au bout de deux jours la gangrène parut, et l’instant de sa dissolution sembla s’avancer à grand pas. Sa manière d’être et ses traits étaient toujours les mêmes. On aurait dit qu’il était aussi indifférent à la douleur, qu’il l’avait été autrefois à tout ce qui se passait autour de lui : mais, vers la fin de la seconde soirée, il sembla préoccupé de quelque idée pénible ; ses yeux se fixaient souvent sur Aubrey, qui, s’en apercevant, lui offrit, avec chaleur, son assistance. Vous voulez m’assister, lui dit son ami ! vous pouvez me sauver ! vous pouvez faire plus encore ! Je ne parle pas de ma vie ; je regarde d’un œil aussi insouciant le terme de mon existence, que celui du jour prêt à finir ! mais vous pouvez sauver mon honneur, l’honneur de votre ami ! Comment ! oh ! dites-moi comment ! lui répondit Aubrey, je ferais tout au monde pour vous être utile. Je n’ai que peu de chose à vous demander, répliqua lord Ruthven. Ma vie décline rapidement, et il me manque le temps pour vous développer toute mon idée ; mais si vous vouliez cacher tout ce que vous savez de moi, mon honneur serait, dans le monde, à l’abri de toute atteinte : et si ma mort était ignorée pour quelque temps en Angleterre… Je la cacherai, dit Aubrey ! Mais ma vie ! s’écria lord Ruthven ! j’en tairai l’histoire, ajouta Aubrey… Jurez donc, cria son ami expirant, se relevant par le dernier effort d’une avide joie ; jurez par tout ce que votre âme révère ou redoute ; jurez que pour un an et un jour, vous garderez un secret inviolable sur tout ce que vous savez de mes crimes, et sur ma mort, vis-à-vis de quelque personne que ce puisse être, quelque chose qui puisse arriver, quelque objet qui puisse arriver, quelque objet extraordinaire enfin qui puisse frapper vos regards : En prononçant ces mots, ses yeux pétillant semblaient sortir de leurs orbites. Je le jure, dit Aubrey… et lord Ruthven, retombant sur son chevet, avec un éclat de rire horrible, exhala son dernier soupir. Aubrey se retira dans son appartement, pour se reposer ; mais il n’y put trouver le sommeil. Les circonstances extraordinaires qui avaient accompagné toute sa liaison avec lord Ruthven se pressaient involontairement dans sa mémoire frappée ; et quand il en venait à son serment, un frissonnement irrésistible s’emparait de lui, comme un pressentiment de quelque chose d’horrible qui l’attendait. S’étant levé de bonne heure le lendemain, au moment où il allait entrer dans la chambre où il avait laissé le corps de son ami, il rencontra un des bandits qui le prévint qu’il n’était plus à cette place, et qu’avec l’aide de ses compagnons, il avait transporté le cadavre immédiatement après qu’Aubrey s’était retiré chez lui, et suivant la promesse qu’ils en avaient faite à lord Ruthven, sur le sommet d’une colline voisine, afin de l’y exposer au premier pâle rayon de la lune, qui se lèverait après sa mort. Aubrey, surpris, et prenant avec lui quelques-unes de ces hommes, se décida à gravir cette colline, et à s’y ensevelir, sur le lieu même, son compagnon ; mais quand il eut atteint le faîte de la montagne, il n’y trouva de trace, ni du corps ni des vêtements, quoique les bandits lui assurassent qu’il était sur la roche même où ils avaient déposé les restes de lord Ruthven. D’abord, son esprit se perdait en conjectures sur cet étrange événement ; mais il finit par se persuader, en retournant chez lui, que les voleurs avaient tout simplement enseveli le corps pour s’approprier les vêtements.


Las d’une contrée où il avait rencontré de si terribles catastrophes, et où tout semblait conspirer pour approfondir cette mélancolie superstitieuse qui avait frappé son esprit, il prit le parti de s’éloigner de la Grèce, et bientôt arriva à Smyrne. Tandis qu’il y attendait un navire pour le transporter à Otrante ou à Naples, il s’occupa de l’inspection des divers effets qui avaient appartenu à lord Ruthven : entre autres choses, il remarqua une caisse contenant des armes offensives, toutes singulièrement adaptées pour porter une prompte mort dans le sein de ses victimes. Il observa plusieurs poignards ; et, pendant qu’il les retournait dans cet examen, et admirait leurs formes curieuses, quelle fut sa surprise à l’aspect d’un fourreau, dont les ornements étaient exactement du même goût que le poignard ramassé dans la fatale hutte ? Il tressaillit à cette vue ; et se hâtant d’acquérir une nouvelle preuve à l’appui de la présomption qui frappait déjà son âme, il chercha de suite le poignard, et qu’on juge l’horreur qui vint le saisir à la découverte désespérante que l’arme cruelle, quelque extraordinaire que fût sa forme, remplissait justement le foureau qu’il tenait à la main ! Ses yeux semblaient ne plus demander d’autres témoins pour le confirmer dans son affreux soupçon, et paraissaient ne pouvoir se détacher de l’instrument de mort : il désirait cependant se faire encore illusion ; mais cette ressemblance d’une forme aussi singulière, cette même variété de couleurs qui ornaient le manche du poignard et le foureau, et plus que tout cela encore, quelques gouttes de sang empreintes sur l’un et sur l’autre, détruisaient toute possibilité d’un doute. Il quitta Smyrne, et en passant par Rome, son premier soin fut de recueillir quelques informations sur le sort de la jeune personne qu’il avait essayé de sauver de la séduction de lord Ruthven. Ses parents, d’une brillante fortune, étaient tombés maintenant dans une extrême détresse, et on ne savait ce que leur fille elle-même était devenue depuis le départ de son amant. Il n’eut que trop lieu de craindre que la jeune Romaine n’eût succombé victime du destructeur d’Ianthe.


Tant d’horreurs réitérées avaient enfin désolé le cœur d’Aubrey. Il devint hypocondre et silencieux : son unique soin était d’accélérer la marche des postillons, comme s’il s’agissait d’aller sauver la vie de quelqu’un qui lui fût cher. Bientôt il arriva à Calais ; une brise, qui semblait obéir à ses désirs, le porta promptement à la côte d’Angleterre ; il se hâta de se rendre à l’antique manoir de ses pères, et y parut pour quelque temps perdre dans les tendres embrassement de sa sœur, le souvenir du passé : si jadis ses caresses enfantines l’avaient vivement intéressé, maintenant qu’elle avait atteint sa dix-huitième année, ses manières avaient acquis avec l’âge une nuance plus douce et encore plus attachante.


Miss Aubrey n’avait pas cette grâce brillante qui captive l’admiration et l’applaudissement d’un cercle nombreux. Il n’y avait rien dans sa contenance de cette teinte animée qui n’existe que dans l’atmosphère échauffée d’un salon tumultueux. Son grand œil bleu n’était jamais visité par cette gaîté insouciante qui n’appartient qu’à la légèreté d’esprit ; mais il respirait cette langueur mélancolique, qui provient moins de l’infortune que d’une âme religieusement empreinte de l’attente d’une vie future, et plus solide que notre existence éphémère. Elle n’avait pas cette démarche aérienne qu’un papillon, une fleur, un rien suffit pour mettre en mouvement. Son maintien était calme et pensif. Dans la solitude ses traits ne perdaient jamais cet air sérieux et réfléchi qui leur était naturel ; mais était-elle près de son frère, tandis qu’il lui exprimait sa tendre affection et s’efforçait d’oublier en sa présence ces chagrins qu’elle savait trop bien avoir détruit sa félicité sans retour, qui aurait voulu échanger alors le sourire reconnaissant de miss Aubrey contre le sourire même de la Volupté ? Ses yeux, ses traits, respiraient alors une céleste harmonie avec les douces vertus de son âme. Elle n’avait pas encore fait sa première entrée dans le monde, ses tuteurs ayant jugé plus convenable de différer cette grande époque jusqu’au retour de son frère, pour qu’il pût lui servir de protecteur. Il fut donc maintenant décidé que le cercle qui allait sous peu se tenir à la Cour serait choisi pour son introduction dans la société. Aubrey eût préféré ne pas quitter la demeure de ses ancêtres, et y nourrir cette mélancolie qui le consumait sans cesse. Quel intérêt, en effet, pouvaient avoir pour lui les frivolités des réunions à la mode, après les impressions profondes dont les évènements passés avaient empreint son âme ? mais il n’hésita pas à faire le sacrifice de ses propres goûts à la protection qu’il devait à sa sœur. Ils se rendirent à Londres, et se préparèrent pour le cercle qui devait avoir lieu dès le lendemain de leur arrivée. La foule était prodigieuse. Il n’y avait pas eu de réunion à la Cour depuis long-temps, et tous ceux qui étaient jaloux de briguer la faveur d’un sourire royal étaient là. Tandis qu’Aubrey se tenait à l’écart, insensible à ce qui se passait autour de lui, et que justement il venait de se rappeler que c’était à cette même place qu’il avait vu pour la première fois lord Ruthven, il se sentit tout à coup saisi par le bras, et une voix qu’il ne reconnut que trop bien fit retentir ces mots à son oreille : Souvenez-vous de votre serment ! Tremblant de voir un spectre prêt à le réduire en poudre, il eut à peine le courage de se retourner, quand il aperçut près de lui cette même figure qui avait tellement attiré son attention justement au même endroit, le premier jour de son début dans la société. Il la regarda d’un air effaré jusqu’à ce que ses jambes se refusant presque à le soutenir, il se vit obligé de prendre le bras d’un ami, et , se frayant un chemin à travers la foule, il se jeta dans sa voiture. Rentré chez lui, il arpentait son appartement à pas précipités, et portait ses mains sur sa tête, comme s’il eût craint que la faculté de penser ne s’en échappât sans retour. Lord Ruthven était toujours devant ses yeux : les circonstances se combinaient dans sa tête dans un ordre désespérant ; le poignard, son serment… Honteux de lui-même et de sa crédulité, il cherchait à secouer ses esprits abattus, et à se persuader que ce qu’il avait vu ne pouvait exister : un mort sortir du tombeau ! son imagination seule avait sans doute évoqué du sépulcre l’image de l’homme qui occupait incessamment son esprit : enfin, il en vint à se convaincre que cette vision était certainement sans réalité. Quoi qu’il en pût être, il se décida à retourner encore dans la société ; car, quoiqu’il essayât vingt fois de questionner ceux qui l’entouraient, sur lord Ruthven, ce nom fatal restait toujours suspendu sur ses lèvres, et il ne pouvait réussir à recueillir aucune information sur l’objet qui l’intéressait si fortement. Quelques soirées après, il conduisit encore sa sœur à une brillante assemblée, chez quelqu’un de ses parents. La laissant sous la protection d’une dame d’un âge respectable, il se plaça lui-même dans un coin isolé des appartements ; et là, se livra tout entier à ses tristes pensées. Un long-temps s’écoula ainsi, et enfin il s’aperçut qu’un grand nombre de personnes avaient déjà quitté les salons ; il sortit forcément de cet état de stupeur, et entrant dans une pièce voisine, il y vit sa sœur environnée de plusieurs personnes, avec qui elle paraissait en conversation soutenue ; il s’efforçait de s’ouvrir route jusqu’à elle, et venait de prier une personne devant lui de le laisser passer, quand cette personne, se retournant, lui montra les traits qu’il abhorrait le plus au monde. Tout hors de lui-même, à cette fatale vue, il se précipita vers sa sœur, la saisit par la main, et, à pas redoublés, l’entraîna vers la rue. Sur le seuil de l’hôtel il se trouva arrêté quelques instants par la foule de domestiques qui attendaient leurs maîtres ; et tandis qu’il traversait leurs rangs, il entendit cette voix qui ne lui était que trop bien connue, faire résonner à son oreille ces mots terribles : Souvenez-vous de votre serment ! Éperdu, terrifié, il n’osa pas même lever les yeux autour de lui ; mais, accélérant la marche de sa sœur, il s’élança dans sa voiture, et bientôt fut chez lui.


Le désespoir d’Aubrey maintenant alla presque jusqu’à la folie. Si déjà auparavant son esprit avait été absorbé par un seul objet, combien en devait-il être frappé plus profondément à présent que la certitude que le monstre était encore vivant, le poursuivait sans relache. Il était devenu insensible aux tendres attentions de sa sœur, et c’était en vain qu’elle le suppliait d’expliquer la cause de ce changement subit qui s’était opéré en lui. Il ne lui répondait que par quelques mots entrecoupés, et ce peu de mots toutefois suffisait pour porter la terreur dans l’âme de sa sœur. Plus Aubrey réfléchissait à tout cet horrible mystère et plus il s’égarait dans ce cruel labyrinthe. L’idée de son serment le faisait frémir. Que devait-il faire ? devait-il permettre à ce monstre de porter son souffle destructeur parmi toutes les personnes qui lui étaient chères, sans arrêter d’un seul mot ses progrès ; sa sœur même pouvait avoir été touchée par lui ! mais quoi ! si même il osait rompre son serment, et découvrir l’objet de ses terreurs, qui y ajouterait foi ? quelquefois il songeait à employer son propre bras pour débarrasser le monde de ce scélérat : mais l’idée qu’il avait déjà triomphé de la mort l’arrêtait. Pendant nombre de jours, il resta plongé dans cet état de marasme : enfermé dans sa chambre il ne voulait voir personne, et ne consentait même à prendre quelque nourriture que lorsque sa sœur, les larmes aux yeux, venait le conjurer de soutenir son existence par pitié pour elle. Enfin incapable de supporter plus long-temps la solitude, il sortir de chez lui, et courait de rue en rue comme pour échapper à l’image qui le suivait si obstinément. Insouciant sur l’espèce de vêtements dont il couvrait son corps, il errait ça et là aussi souvent exposé aux feux dévorants du soleil de midi qu’à la froide humidité des soirées. Il était devenu méconnaissable ; d’abord il rentrait chez lui pour y passer la nuit ; mais bientôt il se couchait sans choix partout où l’épuisement de ses forces l’obligeait de prendre quelque repos. Sa sœur, inquiète des dangers qu’il pouvait courir, voulut le faire suivre ; mais Aubrey laissait promptement derrière lui ceux qu’elle avait chargés de cet emploi, et échappait à ses surveillants plus vite qu’une pensée ne nous fuit. Il changea néanmoins tout d’un coup de conduite. Frappé de l’idée que son absence laissait ses meilleurs amis sans le savoir dans la société d’un être aussi dangereux, il se décida à paraître de nouveau dans le monde et à veiller de près lord Ruthven, avec l’intention de prévenir, en dépit de son serment, toutes les personnes dans l’intimité desquelles il chercherait à s’immiscer. Mais lors qu’Aubrey entrait dans un salon, son regard effaré et soupçonneux était si remarquable, ses tressaillements involontaires si visibles, que sa sœur se vit à la fin réduite à le solliciter de s’abstenir de fréquenter, uniquement par condescendance pour elle, un monde font la seule vue paraissait l’affecter si fortement. Quand ses tuteurs s’aperçurent que les conseils et les prières de sa sœur étaient inutiles, ils jugèrent à propos d’interposer leur autorité ; et craignant qu’Aubrey ne fut menacé d’une aliénation mentale, ils pensèrent qu’il était grandement temps qu’ils reprisent la charge qui leur avait été confiée par ses parents.


Désirant ne plus avoir à craindre pour lui le renouvellement des souffrances et des fatigues auxquelles ses excursions l’avaient souvent exposé, et dérober aux yeux du monde ces marques de ce qu’ils nommaient folie, ils chargèrent un médecin habile de résider auprès de lui pour le soigner, et de ne le jamais perdre de vue. A peine Aubrey s’apperçut-il de toutes ces mesures de précaution, tant ses idées étaient absorbées par un seul et terrible objet. Renfermé dans son appartement, il y passait souvent des jours entiers dans un état de morne stupeur dont rien ne pouvait le retirer. Il était devenu pâle, décharné ; ses yeux n’avaient plus qu’un éclat fixe : le seul signe d’affection et de réminiscence qu’il déployait encore, était à l’approche de Miss Aubrey ; alors il tressaillait d’effroi, et pressant les mains de sa sœur avec un regard qui portait la douleur dans son cœur, il lui adressait ces mots détachés : oh ! me le touchez pas : par pitié, si vous avez quelque amitié pour moi, n’approchez pas de lui. Et cependant quand elle le suppliait de lui indiquer du moins de qui il parlait, sa seule réponse était : Il est trop vrai ! il est trop vrai ! et il retombait dans un affaiblissement dont elle ne pouvait plus l’arracher. Cet état pénible avait duré nombre de mois ; cependant lorsque l’année fatale fut au moment d’être éculée, l’incohérence de ses manières devint moins alarmante ; son esprit parut être dans des dispositions moins sombre, et ses tuteurs observèrent même que plusieurs fois le jour il comptait sur ses doigts un nombre déterminé, tandis qu’un sourire de satisfaction s’épanouissait sur ses lèvres.


L’an était presque passé, quand le dernier jour un de ses tuteurs étant entré dans son appartement, entretint le médecin du triste état de santé d’Aubrey, et remarqua combien il était fâcheux qu’il fut dans une situation aussi déplorable, tandis que sa sœur devait se marier le lendemain. Ces mots suffirent pour réveiller l’attention d’Aubrey ; et il demanda avec empressement, à qui ? Son tuteur, charmé de cette marque de retour de sa raison, dont il craignait qu’il n’eût été à jamais privé, lui répondit, avec le comte Marsden. Pensant que c’était quelque jeune noble qu’il avait rencontré en société, mais que sa distraction d’esprit ne lui avait pas permis de remarquer dans le temps, Aubrey parut fort satisfait, et surprit encore davantage son tuteur, par l’intention qu’il exprima d’être présent aux noces de sa sœur, et son désir de la voir auparavant. Pour toute réponse, quelques minutes après, sa sœur était près de lui : il semblait être redevenu sensible à son sourire aimable : il la serra contre son cœur, et pressa tendrement de ses lèvres ses joues humides de larmes de plaisir que lui causait l’idée que son frère avait retrouvé toute son affection pour elle. Il lui parla avec chaleur, et la félicita vivement sur son union avec un personnage d’une naissance aussi distinguée et aussi accompli, lui avait-on dit, quand, soudain, il remarqua un médaillon sur son sein : l’ayant ouvert, quelle fut son horrible surprise à la vue des traits du monstre qui, depuis si long-temps, avait un tel ascendant sur son existence. Il saisit le portrait dans un accès de rage, et le foula aux pieds ; et, comme sa sœur lui demanda, pourquoi il détruisait l’image de l’homme qui allait devenir son mari, il regarda d’un air effaré, comme s’il n’avait pas compris sa question ; et alors, lui serrant les mains, et jetant sur elle un coup d’œil désespéré et frénétique, il la supplia de lui promettre, sous serment, qu’elle n’épouserait jamais ce monstre ; car il… Mais, là, il fut contraint de s’interrompre : il lui sembla comme si la voix fatale lui recommandait encore de se rappeler son serment. Il se retourna brusquement, pensant que lord Ruthven était là ; mais il ne vit personne. Cependant, les tuteurs et le médecin qui avaient entendu tout ce qui s’était passé, et qui s’imaginèrent que c’était un retour de désordre d’esprit, entrèrent tout à coup, et l’éloignant de sa sœur, la prièrent de quitter la chambre. Il tomba sur ses genoux, et les conjura de différer la cérémonie, ne fût-ce que d’un seul jour. Mais eux, supposant que tout cela n’était qu’un pur accès de folie, s’efforcèrent de le tranquilliser, et se retirèrent. Lord Ruthven, dès le lendemain du cercle de la Cour, s’était présenté chez Aubrey ; mais la permission de le voir lui avait été refusée ainsi qu’à tout le monde. Lorsqu’il apprit, bientôt après, l’état alarmant de sa santé, il sentit immédiatement que c’était lui qui en était la cause ; mais quand on lui dit qu’Aubrey paraissait être tombé en démence, il eut peine à cacher sa triomphante joie à ceux qui lui donnaient cette information. Il se hâta de se faire introduire auprès de miss Aubrey ; et, par une cour assidue, et l’intérêt qu’il semblait prendre sans cesse à la déplorable situation de son frère, il réussit à captiver son cœur. Qui, en effet, aurait pu résister à ses pouvoirs de séduction ? Sa langue insinuante avait tant de fatigues, de dangers inconnus à raconter ; il pouvait avec tant d’apparence de raison, parler de lui-même comme d’un être tellement différent du reste du genre humain, et n’ayant de sympathie qu’avec elle seule : il avait tant de motifs plausibles pour prétendre que ce n’était que depuis qu’il pouvait savourer les délices de sa voix charmante, qu’il commençait à perdre cette insensibilité pour l’existence qu’il avait dénotée jusqu’alors : enfin, il savait si bien mettre à profit l’art dangereux de la flatterie, ou du moins tel était l’arrêt de la destinée, qu’il conquit toute sa tendresse. Dans ce même temps l’extinction d’une branche aînée, lui transmit le titre de comte de Marsden ; et dès que son union avec miss Aubrey fut convenue, il prétexta des affaires importantes qui l’appelaient sur le continent, pour presser la cérémonie, nonobstant l’état affligeant du frère, et il fut décidé que son départ aurait lieu le jour même de son mariage. Aubrey ayant été abandonné à lui-même par ses tuteurs, et même par son médecin, essaya de corrompre, à force de présents, les domestiques, mais inutilement ; n’ayant pu obtenir qu’ils le laissassent sortir, il demanda une plume et du papier, et il écrivit à sa sœur, la conjurant, par considération pour sa propre félicité, son honneur et celui de ses parents renfermés dans la tombe, de différer seulement de quelques heures, une union qui devait être accompagnée des plus grands malheurs. Les domestiques lui promirent de remettre la lettre à sa sœur ; mais ils la portèrent au médecin, qui jugea plus convenable de ne pas la chagriner davantage, par ce qu’il considérait comme de purs actes de démence.


La nuit se passa dans les préparatifs pour la cérémonie du lendemain. Aubrey entendait le tout avec une horreur plus aisée à imaginer qu’à décrire. La fatale matinée n’arriva que trop tôt : déjà le bruit des nombreux équipages venait frapper l’oreille d’Aubrey. Il délirait presque de rage. Heureusement la curiosité des domestiques chargés de le veiller, l’ayant emporté sur leur zèle à remplir leur devoir, ils s’éloignèrent tous l’un après l’autre, le laissant imprudemment sous la garde d’une femme âgée et sans force. Il saisit avidement l’occasion, et d’un seul bond était hors de son appartement ; dans un instant il se trouva dans le salon, où presque tout le monde était déjà rassemblé. Lord Ruthven fut le premier à l’apercevoir. Il s’approcha immédiatement d’Aubrey, et prenant son bras de force, l’entraîna de la chambre hors d’état de parler de rage. Quand ils furent sur l’escalier, lord Ruthven lui murmura ces mots à l’oreille : Souvenez-vous de votre serment, et sachez que votre sœur, si elle ne devient pas mon épouse aujourd’hui même est déshonorée ; la vertu des femmes est fragile… Après ce peu de mots, il le repoussa violemment entre les bras des domestiques chargés de le surveiller, et qui, dès qu’ils se furent aperçus de son évasion, étaient accourrus à sa poursuite.


Aubrey n’était plus en état de soutenir le poids de son propre corps, et, par un effort extraordinaire pour exhaler son désespoir forcéné, il se rompit un vaisseau dans la gorge, et, baigné dans son sang, fut transporté au lit.


On laissa ignorer tout ce qui venait de se passer à sa sœur, qui malheureusement était hors du salon quand il y était entré. La cérémonie fut célébrée, et les deux époux quittèrent de suite Londres.


L’état de faiblesse d’Aubrey alla en s’accroissant rapidement ; et la vaste quantité de sang qu’il avait perdu ne produisit que trop tôt des indices d’une prompte dissolution. Il fit donc appeler ses tuteurs, et la rage qui l’avait presque suffoqué s’étant un peu appaisée ; dès que minuit sonna, il raconta avec calme ce que le lecteur vient de lire, et expira immédiatement après ce récit.


Ses tuteurs se hâtèrent de voler au secours de miss Aubrey ; mais il était trop tard ; lord Ruthven avait disparu, et le sang de son infortunée compagne avait assouvi la soif d’un Vampire.



SOULAGEMENT

Publié le 25/10/2009 à 17:56 par arcaneslyriques
SOULAGEMENT
Soulagement


Eudore EVANTUREL (1854-1919)



Quand je n'ai pas le coeur prêt à faire autre chose,
Je sors et je m'en vais, l'âme triste et morose,
Avec le pas distrait et lent que vous savez,
Le front timidement penché vers les pavés,
Promener ma douleur et mon mal solitaire
Dans un endroit quelconque, au bord d'une rivière,
Où je puisse enfin voir un beau soleil couchant.

O les rêves alors que je fais en marchant,
Dans la tranquillité de cette solitude,
Quand le calme revient avec la lassitude !
Je me sens mieux.

Je vais où me mène mon coeur.
Et quelquefois aussi, je m'assieds tout rêveur,
Longtemps, sans le savoir, et seul, dans la nuit brune,
Je me surprends parfois à voir monter la lune.


Peinture de Charles Blechen (1798-1840)


WATCHMEN

Publié le 12/10/2009 à 09:01 par arcaneslyriques
WATCHMEN
Watchmen


Difficile pour moi de parler de la version cinématographique de Watchmen tant je ne m’en sens pas le droit au vu de mon ignorance plutôt considérable en matière de bandes dessinées, comic books et autres romans graphiques. Certes, j’en ai lu, et même beaucoup, mais c’est un sujet à la fois si vaste et si pointu que je m’en exclus d’emblée ne serait-ce même qu’en tant qu’amateur. Ceci dit, il me reste un angle de réflexion, un droit, celui d’avoir adoré le film, d’avoir lu ensuite le roman graphique qui en a été à l’origine et de m’être aussi énormément intéressé à tout ce sujet.


Pour ceux et celles qui n’auraient jamais entendu parler de Watchmen de quelque manière que ce soit, de quoi s’agit-il ? Si je résume rapidement la chose, il s’agit d’une volonté de récupération ou de recyclage assez anodine au départ, et même assez peu glorieuse tout bien considéré, mais qui vire finalement au chef-d’œuvre. En effet, l’idée de départ, pour DC Comics, était de réutiliser, en les adaptant un peu, des personnages rachetés à Charlton Comics. C’est ainsi que Peacemaker devint le Comédien, que Captain Atom devint Dr Manhattan, que Blue Beetle devint le Hibou, que Thunderbolt devint Ozymandias et The Question devint Rorschach. En fait, seul le personnage du Spectre Soyeux était une nouveauté. Cependant, et c’est là tout le génie d’Alan Moore, le scénariste à l’origine de Watchmen, il va faire d’anciens personnages des personnages tout neufs et les embarquer dans une histoire complexe, profonde, passionnante et bouleversante bien que souvent désespérante, calculée au micron près, structurée à la perfection, et surtout complètement originale.


De quoi parle Watchmen ? C’est une uchronie doublée d’un compte à rebours triplée d’un récit le plus souvent raconté à l’envers voire parfois conté d’une manière palindromique. Bref, c’est un tour de force permanent. Mais ce n’est pas seulement pour la beauté du geste, cela participe réellement à l’action, à la tension et à l’intérêt du récit.


Nous sommes le 12 octobre 1985. Après avoir gagné la guerre du Vietnam (grâce au Dr Manhattan qui a servi d’arme absolue), Richard Nixon entame maintenant son 5ème mandat. La troisième guerre mondiale est sur le point d’éclater. La corruption est partout. La violence est la règle. Les voleurs portent des masques. Certains policiers aussi. Et certains ont même constitué des bandes, un peu à la manière des voleurs, mais dans le sens inverse. Or une loi a justement interdit il y a déjà quelques années la création de ces ligues de justiciers devenues, aux yeux du grand public, très manipulable et donc très manipulé, incontrôlables. Et cette même loi a démembré dans le même mouvement les ligues de justiciers qui existaient alors. Dont celle des Watchmen. Nous sommes donc le 12 octobre 1985, tard le soir. Cette nuit-là, un homme est defenestré et va s’écraser au bas d’un gratte-ciel. Un meurtre comme un autre ? Non, car la victime est (ou plutôt était) le Comédien, un ex-watchman. Rorschach, le seul watchman encore en activité, une sorte mystère vivant à la fois extrêmement lucide et parfaitement névrosé, y voit là le début d’une série de meurtres destinée à anéantir les watchmen. Qui ? Pourquoi ? C’est là l’énigme périlleuse et labyrinthique que devront résoudre les watchmen dans un climat d’écroulement total des valeurs et de fin thermonucléarisée du monde.


Autant dire que Watchmen n’a rien à voir avec Mickey ou Spirou. C’est sanglant, poisseux, tordu, paranoiaque et par moment un tantinet porno. Mais c’est en même temps extraordinaire, décapant et complètement fascinant. D’ailleurs, en plus d’un accueil triomphal, les plus hautes récompenses ont salué la sortie de Watchmen, dont le prix Hugo en 1988. Mieux encore, Watchmen a été classé par le journal américain Time parmi les 100 meilleurs romans en langue anglaise depuis 1923 !


Avec une telle histoire, une telle renommée et de tels honneurs, comment aurait-on voulu que Watchmen ne soit pas dans la ligne de mire de l’industrie cinématographique ? Mais qui oserait finalement s’attaquer à cette monstruosité dessinée ? On a parlé à un moment d’un projet de Terry Gilliam. Mais ça a capoté. Il y a eu aussi un autre projet où devaient jouer Robin Williams et Arnold Schwarzenegger. Ça a capoté aussi. Watchmen devenait un projet maudit, promettant les pires difficultés et au bout la ruine à qui voudrait en faire un film. Mais le miracle a eu lieu. Zack Snyder, après avoir réalisé L’armée des morts et 300, a fait du chef-d’œuvre graphique Watchmen un chef-d’œuvre de film.


Venons en donc à cette adapation cinématographique. Certains ont parlé de transposition à l’écran, de décalque. C’est exactement ça. A tel point qu’on pourrait croire, si comme moi on ne la connaissait pas avant, que c’est la bande dessinée qui est tirée du film ! En fait, et au risque de me mettre à dos les puristes, je dirais même que le film est même supérieur à la bande dessinée dans le sens où l’on peut dire le film a porté à l’écran ce que la bande dessinée ne faisait que rêver. Bon, bien sûr, en vérité il faudrait séparer le film et la bande dessinée, et même avouer qu’Alan Moore s’est tout à fait opposé à l’idée que Watchmen devienne un film. Pour autant, je n’en démords pas, Zack Snyder a superbement, spectaculairement, supérieurement réussi son coup. Watchmen, c’est ce que j’appellerais du « cinéma augmenté ». Il y des acteurs, des paysages, des décors mais il y a aussi toute la machinerie impalpable mais impressionnante du cinéma virtuel. Certes, ce n’est pas nouveau, même si c’est encore très récent. Mais là, c’est admirablement fait. Bon, là, je pourrais aussi vous parler des acteurs, tous parfaits, de l’actrice Malin Akerman, parfaite dans son rôle et dans toutes ses courbes, etc, etc, mais non, je crois en avoir assez dit. Toutefois je veux bien me répéter sur un point : courez voir le film ! Ou, comme moi, après l'avoir vu 2 fois sur grand écran, redégustez-le et reredégustez-le en DVD. Lisez aussi, bien évidemment, la bande dessinée.


Frédéric Gerchambeau, pour la réunion du 7 juin 2009.


LE SPHINX DES GLACES

Publié le 07/10/2009 à 18:31 par arcaneslyriques
LE SPHINX DES GLACES
Le sphinx des glaces

Jules Verne

1897


Quand on pense à l’œuvre de Jules Verne, plusieurs titres nous viennent immédiatement à l’esprit. 20000 lieues sous les mers, L’île mystérieuse, Robur le conquérant ou les 500 millions de la Bégum. Et pour cause… Les sujets traités, les formidables découvertes ou inventions mises en avant par l’écrivain, avaient de quoi fasciner des générations de lecteurs. Le cinéma ou la télévision s’en sont emparés, les ancrant un peu plus dans la culture populaire.

On aurait vite fait de penser que l’œuvre de Verne se résume à ces quelques volumes. Au risque de passer à côté de créations plus rares. C’est un peu le cas avec Le sphinx des glaces.

Ce roman, publié en 1897, occupe une place très particulière dans la bibliographie de l’écrivain. Certes, on y retrouve sa « patte ». Le voyage, le mystère, avec des données scientifiques qui étayent le scénario. Mais cette fois, Verne ne crée pas une énième aventure inédite. Le ton y est différent, volontiers plus grave. En fait, avec Le sphinx, Verne s’approprie l’univers d’un écrivain qu’il admire et qu’il considère comme un maître : Edgar Poe.

Plus exactement, Verne propose une suite au livre de Poe, Les aventures d’Arthur Gordon Pym. En aucun cas il ne s’agit d’un plagiat. Bien au contraire, avec le sphinx, Verne entend rendre un hommage à l’auteur qui l’a beaucoup influencé dans ses jeunes années.

Et puis surtout, c’est aussi une façon pour lui, de se prouver qu’il peut aller plus loin que son modèle. En quelque sorte, il faut voir dans Le sphinx, le roman de la maturité. En 1897, Jules Verne à 69 ans. Sa réputation est faite. Il a la légitimité suffisante pour pouvoir se lancer dans cet exercice.

Dans un premier temps, nous allons découvrir l’histoire présentée dans Le sphinx des glaces. Ensuite, nous verrons en quoi au-delà de l’hommage de Jules Verne pour Edgar Poe, ce livre est un défi adressé au maître.


L’histoire

L’action du livre se passe en 1839-1840.

Nous sommes dans l’hémisphère sud. Plus précisément dans l’archipel des Kerguelen. Un savant américain, Joerling y a passé plusieurs mois, afin de faire des études géologiques. Son travail accompli, Joerling n’aspire plus qu’à une chose : revenir aux Etats-Unis. Pour se faire, il lui faut trouver une place sur l’un des rares bateaux qui fréquentent cette région du globe.

Une opportunité se présente avec l’arrivée d’un navire anglais, venu faire relâche dans les Kerguelen : l’Halbrane. Les premiers contacts avec le capitaine sont plutôt orageux. L’officier refuse purement et simplement d’accueillir à son bord le scientifique. Pour quelle raison ? Le capitaine n’en donne aucune.

Joerling est assez vexé par cette attitude, et surtout le mutisme du marin. Il se résout à attendre l’arrivée d’un prochain navire… Quand le capitaine Len Guy lui fait savoir, la veille du départ, qu’il accepte de le prendre comme passager. Pourquoi un tel revirement ?

Len Guy s’en explique une fois que son bateau est en pleine mer. Il a appris que Joerling est originaire du Connecticut. Comme Arthur Gordon Pym, l’homme qui a inspiré à Poe, son livre. Joerling est choqué par cette révélation. Lui aussi a lu le roman d’Edgar Poe… Il s’agit d’une œuvre de fiction. Comment un homme comme Len Guy peut-il accorder du crédit à une histoire imaginaire ?... Mon Dieu ! Le capitaine n’est pas en pleine possession de ses moyens…

Très vite, différents événements amenent Joerling à revoir sa vision des choses. En faisant escale sur une île, Joerling rencontre des personnes qui ont croisées Pym et ses compagnons… Les détails qu’ils donnent ne souffrent pas la critique…

Joerling réalise alors que le capitaine Len Guy n’est autre que le frère de l’officier du navire sur lequel naviguait Arthur Gordon Pym. Ce même navire qui a disparu dans des conditions tragiques 11 ans auparavant. Len Guy est persuadé que son frère, et peut-être des membres de son équipage sont encore en vie, quelque part dans l’Antarctique. Il n’a de cesse de les retrouver, et de les ramener à la civilisation.

Joerling est bouleversé par ces révélations. Il décide d’apporter son aide au capitaine Guy. Ce qui était au départ, un « retour à la maison », devient une mission humanitaire de sauvetage.

Et puis aussi, quelle opportunité extraordinaire d’explorer une zone du globe inconnue… Car les différents calculs du marin laissent entendre que les naufragés ont pu découvrir le pôle sud. Les courants ont pu les entraîner sous des latitudes qu’aucun homme avant eux n’a pu atteindre. À ce propos, il faut rappeler que dans les années 1830/1840, les expéditions se succèdent pour reconnaître cette partie du monde. Ces explorations sont très compliquées, compte tenu des moyens techniques de l’époque, et de la dureté du climat… Il faut affronter les icebergs, le blizzard…

Les différents rebondissements vont très vite mettre en évidence un autre personnage. Un matelot assez mystérieux… Il s’appelle Hunt. Agé d’une quarantaine d’années, il apparaît très vite comme l’un des meilleurs hommes d’équipage…

En fait, Hunt porte un secret… Il était le compagnon d’Arthur Gordon Pym. S’il a rejoint la troupe de Len Guy et de Joerling, c’est dans l’unique but de retrouver Pym.

Hunt a un statut un peu spécial dans cette histoire. Dans la mesure où il apparaît très tôt dans Le sphinx, on peut considérer qu’il porte sur ses épaules la véritable jonction entre le roman d’Edgar Poe, et cette suite qu’établit Verne. Hunt est un survivant. Il peut témoigner. Et c’est sur la base des quelques informations qu’il donne, que l’expédition Guy/Joerling va parvenir à ses fins.


Alors, à ce stade, il serait peut-être temps de se pencher sur cet étrange Gordon Pym…

Le roman d’Edgar Poe, relate les aventures d’un jeune américain, qui, influencé par un ami, fils de marin, décide de partir à l’aventure sur les mers. En cachette, il s’embarque sur un navire. Son idée est de se manifester une fois que le bateau est en pleine mer… Sauf que le navire est victime d’une mutinerie… Les luttes intestines ne tardent pas à décimer l’équipage… Le navire dérive, avant de faire naufrage… Les survivants essayent de s’organiser… Ils sont peu nombreux : Pym qui a sympathisé avec Hunt, le frère du capitaine Guy et quelques hommes fidèles…

Ils parviennent sur une île, vraisemblablement proche de l’Antarctique. Ils sont décimés par les autochtones… Enfin, c’est ce que pensent Pym et Hunt qui parviennent à s’échapper de cet enfer… Sur un canot qu’ils ont dérobés à cette peuplade.

Là les choses se compliquent, car Hunt et Pym sont séparés. Hunt est récupéré par un navire baleinier. Par contre Pym semble avoir disparu corps et âme.

Revenu aux Etats-Unis, Hunt aurait été amené à rencontrer Edgar Poe, et lui aurait confié les notes prises par Pym lors de son voyage…

Toujours est-il que le roman de Poe s’achève sur l’hypothétique mort d’Arthur Gordon Pym, sans donner de plus amples explications. Cette fin est tellement floue, qu’elle laisse au lecteur l’impression qu’il manque deux ou trois chapitres au livre… Détail que ne manque pas de rappeler à plusieurs reprises Joerling dans le Sphinx…

Détail qui a pu jouer dans les motivations de Verne pour se lancer dans cette entreprise.


Le sphinx des glaces, plus qu’un hommage au maître, un hymne au mystère


L’hommage au maître…

Ce n’est pas la première fois qu’un livre de Verne rend hommage à un écrivain qu’il admire particulièrement. On peut ainsi citer Matthias Sandorf, qui est dédicacé à Alexandre Dumas. Entre les lignes, on peut y voir même, une reprise du thème du Comte de Monte Cristo…

Verne connaît très bien l’œuvre de Poe. Les traductions de Baudelaire lui ont permis d’y avoir accès très facilement. Il apprécie l’aspect fantastique qu’il y a dans l’univers de l’américain. Il lui consacre un essai où il analyse son œuvre. Cette étude, publiée en 1864 s’intitule sobrement Edgar Poe et ses œuvres.

Un hommage critique

Mais Le sphinx va beaucoup plus loin qu’un simple clin d’œil ou un hommage. Ici, Jules Verne se propose de reprendre le roman de Poe, et de le continuer… Même de le conclure, puisqu’il apporte toutes les réponses relatives au mystère de la disparition de Pym. Tout ce que laisse en suspens Poe, Verne le reprend, le développe, et y apporte un point final.

Le personnage de Joerling rationalise chaque épisode de l’épopée de Pym. Avec une rigueur froide qui ne doit rien au climat, il démonte chacune de ses péripéties. Le fait d’avoir reconnu que le roman de Poe était réel ne change rien. Joerling est un scientifique, et c’est en tant que tel qu’il aborde les situations. Il ne se gène pas d’ailleurs pour critiquer Poe, qui à ses yeux, serait presque un affabulateur…

L’attitude de Joerling est si catégorique, ses jugements sont si nets et définitifs, qu’ils n’admettent pas la contradiction. Une telle attitude amène peu à peu le lecteur à se demander si, en créant un tel personnage, Jules Verne n’a pas voulu confronter deux visions du monde.

La première serait celle de Poe. Elle témoignerait de l’état d’esprit du début du XIXème siècle. Elle cultive un goût du mystère, empreint d’une certaine forme de poésie. Il y a le monde que l’on connaît, certes… Mais il représente peu de chose, en regard de l’inconnu qui nous entoure. Arthur Gordon Pym assiste à des phénomènes qui sortent de l’ordinaire. Il les accepte, fasciné par ce qu’il voit.

À l’opposé, Joerling marque un changement. Par sa façon d’appréhender chaque élément de manière cartésienne, il rompt avec une vision poétique du monde. La science a fait des progrès considérables, réduisant les zones d’incertitudes. Le flou artistique de Pym en subit les conséquences. Joerling n’accepte pas le monde, il l’explique. Il tranche, à l’aune de ce qu’il a appris ou expérimenté. Au final, le monde de Joerling est terne. Sans réelle saveur ni entrain. C’est une suite logique de détails qui s’articulent entre eux.

Ce manque d’enchantement dépasse les personnages eux-mêmes. Il se retrouve dans l’écriture du livre. Dans Le sphinx, on ne retrouve pas l’optimisme, ou l’élan positif qui existent dans l’œuvre de Verne. Comme si l’auteur lui-même était las de tout ce mouvement. La magie du progrès qu’il met en toile de fond de ses Voyages Extraordinaires n’est plus. Place à un monde sérieux, sans fantaisie.

Un hymne au mystère

Pourtant, il ne faut pas croire que tout soit fini. Bien au contraire. Le sphinx n’est pas un bilan dressé par un écrivain qui se retourne sur son parcours. C’est davantage le constat d’un homme qui regarde ses contemporains. Dans cette optique, Jules Verne finit son livre par un tour de sa façon…

Joerling veut tuer le mystère de Pym ? Soit. Mais il devra faire face à un phénomène qu’il sera bien en peine de tirer au clair.

C’est en cela que l’on peut penser que Verne, au-delà de l’hommage, cherche à dépasser le maître. Car le roman de Verne débouche sur un nouveau mystère. Et pas des moindres, dans la mesure où même la science est incapable d’y apporter un éclaircissement. Là, Verne s’affranchit de l’état d’esprit de son temps, puisqu’à son époque, une confiance inébranlable envers la science émerge. En étant trivial, on peut estimer qu’il mouche le brave Joerling !

Ce mystère est matérialisé par le sphinx… Poe le décrit à peine… Plus exactement, il parle d’une effigie humaine qui apparaît à Pym à la toute fin de son livre. Ce serait un visage… On ne sait pas très bien si c’est une hallucination… Un rêve…

Cette silhouette plus ou moins humanoïde, devient chez Verne un sphinx. Un sphinx en plein Pôle Sud… Il sort de nulle part. Ses dimensions sont colossales… Est-il un vestige d’origine humaine ? Est-il le résultat de l’érosion ?... Le lecteur est laissé dans le doute, l’imagination prête à toutes les spéculations.

L’une de ces spéculations porte justement sur cet élément… Pourquoi Verne a-t-il justement choisi un sphinx ?

D’autant plus qu’aux pieds du monstre, se trouve le corps d’Arthur Gordon Pym… Mort. La boucle serait-elle bouclée ? Compte tenu de la symbolique de cet animal, on peut effectivement se poser la question. Le sphinx est un animal mythique qui donne la mort à celui qui ne sait pas répondre à l’énigme qu’il pose. Le sphinx est aussi un gardien. En tant que tel, il sous entend le passage vers un autre endroit, peut être même une autre dimension. Si c’est le cas, sur quel secret veille-t-il ?


En conclusion

Le sphinx des glaces est donc une réelle curiosité dans l’œuvre de Jules Verne. Rarement, l’écrivain a été aussi critique, aussi grave. Comme si ce roman avait été surtout un prétexte pour nous présenter une réflexion sur un siècle finissant. Ici, point de politique comme dans les 500 millions de la Bégum, ou de philosophie, comme dans les Indes Noires, Jules Verne prend de la hauteur. Est-il désabusé ? Une lecture rapide pourrait le croire… S’il n’y avait cette fin…

Le moins que l’on puisse dire, est que l’Antarctique excite l’imagination des hommes. Depuis la carte de Piri Reis, jusqu’aux curieuses expéditions de l’amiral Byrd, cette terre semble nimbée d’un étrange parfum. Poe l’a très bien compris. Jules Verne l’a développé à son tour. D’une certaine façon, il a amplifié sa valeur d’ultime terra incognata du globe. Plus proche de nous, Lovecraft complète le trait avec Les montagnes hallucinées. Chacun à sa façon, a contribué à consolider une tradition. Peut-être un héritage… Dans un sens, pourquoi pas ? Le populaire ne dit-il pas « il n’y a pas de fumée sans feu »…


Valéry Coquant, pour la réunion du 5 septembre 2009.



LES FEES DE COTTINGLEY

Publié le 01/10/2009 à 13:01 par arcaneslyriques
LES FEES DE COTTINGLEY
Les fées de Cottingley


Dans le yorkshire, en 1916 Frances Girffith, 10 ans, rentre trempée après être tombée dans l’eau d’un étang. Craignant de se faire gronder, elle explique que c’est à cause des fées avec lesquelles elle jouait.

Sa mère la punit tout de même et la consigne dans la chambre qu’elle partage avec sa cousine Elsie Wright, 16 ans.

Les deux cousines décident alors de prendre des photos pour prouver qu’elles fréquentent bien des fées. Elles empruntent, avec son accord, l’appareil à plaque du père d’Elsie, Arthur Wright. Et elles se rendent à l’étang.

Elles prennent deux photos.

Le père soupçonne un montage et refuse de croire qu’il s’agit de fées. Il connaît d’ailleurs les talents de dessinatrice de sa fille qui fréquente le Bradford Art Collège depuis l’âge de 13 ans et qui dessine des fées assez régulièrement.

Les mères des filles quoique s’intéressant à l’occulte (en particulier la théosophie, très à la mode à l’époque) refusent de croire à ce que leur racontent Frances et Elsie.


Mais en 1919, la mère d’Elsie assiste à une conférence de la Société de thésophie qui traite justement des fées. Elle parle des photos et suscite l’intérêt de Edward Gardner, un membre éminent de la théosophie. Celui-ci demande à voir les photos. Il les confie alors à différentes personnes dont un expert en photographie, Harold Snelling qui les juge authentiques. Une contre-expertise est demandée au laboratoire Kodak qui ne trouve aucune preuve de contrefaçon mais refuse tout de même d’accorder un certificat d’authenticité.


En 1920 Arthur Conan Doyle entend parler de cette histoire alors qu’il a pour projet de se consacrer à un ouvrage sur les mythes et légendes. Gardner et lui confient un appareil photo aux deux filles et leur demandent de prendre d’autres photos : 3 nouvelles photos sont prises. Conan Doyle est convaincu, il réfute les objections de certains photographes (les fées sont des êtres éthérés dont émane une faible luminosité, il est donc impossible d’obtenir des clichés précis, explique-t-il, par exemple pour justifier la piètre qualité des clichés… ) et il se charge d’ailleurs de l’écriture et de la publication d’un article sur la question dans le Strand magazine , en novembre 1920. Cependant il veut plus de preuves et procure aux deux cousines un appareil photo de pointe. Mais en août 1921 celles-ci déclarent n’avoir désormais plus le cœur assez pur pour mériter la compagnie des fées…


En 1921 il publie tout de même un autre article et puis un livre ; The coming of the fairies. La polémique se poursuit, au détriment de Conan Doyle qui passe finalement pour fou et sénile.


Et puis on n’entend plus parler de cette affaire pendant de longues années.


En 1971 Elsie Wright fait l’objet d’un long reportage d’une équipe de la BBC. Frances y déclare qu’on ne garde tout de même pas pendant un demi-siècle le secret d’une supercherie et maintient donc ce qu’elle avait prétendu, enfant.


En 1983 elle avoue finalement qu’il s’agissait d’une supercherie (les fées avaient été découpées dans des magazines et plantées dans les herbes) Frances corrobore ses propos mais elle les nuance en expliquant que certes les photos étaient fausses mais qu’elles fréquentaient tout de même bien les fées, simplement elles n’étaient pas arrivées à les prendre en photo…


Elsie décède en 1988 après avoir fait l’aveu qu’elle regrettait toute cette histoire qui l’avait entre autre contrainte à émigrer deux fois pour tenter, mais en vain, d’échapper aux medias. Frances était décédée en 1986.


L’appareil photo avec lequel les premières photos ont été prises se trouve exposé maintenant au National Photography Museum à Bradford. Quant aux photos, elles faisaient partie de la collection présentée lors de l’exposition Controverses à la Bibliothèque nationale de Paris ce printemps 2009.


Cette histoire a fait l’objet de deux films :


-The fairy tale : a true story, 1997 GB / USA, interprété par Peter O Toole (Conan Doyle) et Harvey Keittel entre autres.

-Photographing Fairies interprété par Ben Kingsley)


Sources


Wikipedia

Télérama, 15 avril 2009

-Les sites :

-Zetetique : www.zetetique.ldh.org/cottingley.html

-Dark stories : http://www.dark-stories.com/cottingley.htm

-Castalies : http://www.castalie.over-blog.com/article-1430559.html



Elissandre pour la réunion du 7 juin 2009.