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arcaneslyriques
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Cercle littéraire "Arcanes Lyriques" retranscription des réunions.
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13.07.2007
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La Banshee

La Banshee

Publié le 28/11/2007 à 12:00 par Odéliane
La Banshee
La Banshee

« Banshee » est un terme anglais dérivé du gaélique Bean Si ( En Irlande) ou Bean Sith (En Ecosse) signifiant « Femme du Sidhe » (le Sidhe représentant la demeure des fées qui se situe sur une colline).
C’est une créature du Folklore celtique qui porte aussi le nom de « Kannered–noz » en Bretagne, de Dame blanche dans d’autres régions françaises et de « Weir ladies » pour les peuples anglo-saxons.
Avant tout, la Banshee est considérée comme une messagère de la mort, son rôle étant de prévenir du décès d’une personne aux autres membres de sa famille. Pour cela, elle émet un cri perçant ou tout au moins de lascives lamentations qui laissent présager les conditions du décès imminent. En effet, si les gémissements sont doux et plaintifs, la Banshee annonce une fin paisible ; si au contraire elle pousse des cris perçants, la personne succombera à une mort violente. Pour ceux qui l’ont entendu, ils déclarent que son cri est le plus horrible qui puisse s’imaginer. Il tient à la fois du hurlement du loup, des appels de l’enfant abandonné, des plaintes de la femme qui accouche et des cris de l’oie sauvage. Il semblerait que ce cri réveillerait n’importe qui dormant d’un sommeil profond et qu’il resterait parfaitement audible au milieu d’une violente tempête. D’ailleurs, ses cris portent le nom de Keening et les notes qui les constituent montent et descendent comme les vagues de la mer.

Lorsqu’une Banshee émet ce cri, celui qui l’entend sait donc qu’un membre de sa famille est mort ou s’apprête à mourir. Il arrive aussi parfois que des Banshees se réunissent pour hurler à l’unisson, annonçant l’arrivée d’une grande catastrophe ou le décès d’une personne célèbre et importante.

Selon plusieurs sources la Banshee peut revêtir plusieurs apparences. Ainsi on peut la rencontrer sous la forme d’une belle jeune fille au visage dévoré par les pleurs ou au contraire sous les traits d’une vieille femme hideuse aux longs et maigres cheveux, vêtue d’une robe verte ou d’un manteau gris.
En Ecosse, elles peuvent prendre la forme d’une douce vierge chantante, morte jeune ou bien sous la forme d’une femme enveloppée d’un suaire et tapie sous les arbres, en train de se lamenter derrière sa face voilée. Leurs cheveux sont souvent auburn mais peuvent aussi parfois être blancs. Dans presque toutes les croyances, leurs yeux sont rouges du fait de leurs larmoiements continuels et intarissables. Par ces changements d’apparences, elles reprennent la singularité de la Déesse irlandaise de la nature, aux trois noms et trois visages : Babd, Morrigan et Macha. Tout comme elles, les Banshees ont de nombreux pouvoirs et savent généralement voler et pour ce faire, elles se transforment en corbeau : cet animal qui a toujours symbolisé la mort chez les peuples celtes mais peuvent apparaître aussi sous la forme d’une corneille, d’un rouge-gorge ou d’un roitelet.

Du point de vue du lieu où l’on peut l’apercevoir, elle marche souvent dans les landes la nuit ou se situe près d’un cours d’eau où elle se lamente en lavant le linceul du futur décédé. C’est notamment le cas pour les lavandières de nuit bretonnes souvent assimilées aux Banshees.

Chaque grande famille irlandaise avait sa propre Banshee et celle-ci suivait la famille si elle déménageait dans un autre pays.
Des évolutions données à ces créatures de légendes ont montré plus tard que c’est la personne qui entendait la Banshee qui allait mourir dans un avenir proche. Dans d’autres contrées celtiques, elles deviennent carrément celles qui viennent chercher une âme lorsque l’heure dernière a sonné. Dans ce cas, elles sont convoyées par un carrosse fantomatique, guidé par un cocher sans tête.

Certains pensent qu’il s’agit d’une dégénérescence d’une autre déité de la mythologie celtique, la Bandish qui initialement était une messagère de l’autre monde (le Sidh) et servait d’intermédiaire entre les Dieux des Thuata Dé Danann et les hommes.
Mais dans tous les cas, les Banshees ne sont pas des esprits malfaisants, ce sont des esprits neutres qui remplissent leur rôle de messager de la mort et en ceci elles sont respectées.

Plus tard, en France, on a voulu rapprocher la Banshee de la Dame Blanche et il est clair que dans certains cas leur personnage trouble et complexe possède les même caractéristiques, notamment cela a été le cas pour la Dame du palais des Bourbons qui se manifestait la veille de la mort d’un des membres de cette famille. Mais la plupart du temps, la Dame Blanche de nos régions se différencie aisément de la Banshee car son rôle est de prévenir d’un danger, d’être sur un lieu où la mort a déjà frappé pour éviter que le drame ne se répète ou alors dans le pire des cas, la Dame Blanche est un fantôme de l’au-delà qui a été fauchée lors d’un terrible accident et qui veut entraîner avec elle d’autres personnes pour se venger.

Aujourd’hui, la légende de la Banshee est toujours présente dans le monde littéraire de la Fantasy, dans certains jeux de rôles et jeux vidéo mais aussi dans certains comics comme « Les X-Men » où le personnage de la Banshee se prénomme « Le Hurleur », sait voler et détruit ce qu’il veut sur son passage grâce à son cri strident qui peut aussi endormir ou assommer ses ennemis.


Odéliane.





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:: Les commentaires des internautes ::

sebastien le 02/12/2007
Je ne connaissais pas ce mythe. Très intéressant, il me permet de comprendre beaucoup de choses.


Jade le 08/01/2008
L'article était super!!! Vous vous démarquez bien comparé aux autres sites internets qui parlent de la dame blanche.
Est-ce que vous saviez qu'ils ont fait un livre à propos de la dame blanche, c'est plutôt une histoire, mais ils parlentde la dame blanche le tire est : La dame blanche, le diable et moi de L.M. Falcone. éditions la courte échelle


robin le 14/02/2008
bonjour, j'ai viens de lire votre billet très intéressant, je ne connaissais pas ce mythe; pouvez-vous me donner des références littéraires sur lui (romans, nouvelles, etc) Merci encore


dark legend / legendiagoth le 08/04/2008
bonjour

je vois que vous aimez l'univers gothique etle fantastisque (fée, elfes, licorne, dragons...)

et j'en profite pour vous
inviter à découvrir une nouvelle boutique et un forum ...dark legend

lien vers le forum
http://dark-legend.leforum.eu

lien du site de la boutique
http://www.e-monsite.com/darklegend


rejoignez nous vite on vous attends
amicalement dark
Mon blog


Stephan LEWIS le 12/01/2009
hello ! Voici "L'Enigme de la Dame Blanche", une nouvelle fantastique que j'ai écrite il y a plusieurs années et avec laquelle j'avais remporté mon premier concours littéraire :

cordialement, Stephan LEWIS


L'Enigme de la Dame Blanche
Stephan LEWIS


12 juin 2002 ...
Il est un peu plus de vingt deux heures ...

Un sexagénaire à l’aspect distingué reflétant visiblement le flegme britannique, roule tranquillement pleins feux au volant de sa Jaguar E sous un ciel piqueté d’une myriade d’étoiles vers Lavelanet, petite commune de l’Ariège, région Midi-Pyrénées.

Il vient de dépasser la bretelle de Foix et il ne lui reste qu’une dizaine de kilomètres à parcourir. D’un geste machinal, notre homme allume la radio et prête une oreille distraite aux nouvelles condensées, que donne une speakerine à la voix agréable. La nuit est lumineuse, l’air tiède et malsain. Le véhicule vient de négocier un virage serré, lorsque dans le faisceau de ses projecteurs le chauffeur distingue une forme blanche plantée au milieu de la chaussée à moins d’une cinquantaine de mètres de distance. Surpris, il décélère jusqu’à stopper à hauteur d’une jeune fille toute de blanc vêtue.

Il fait aussitôt coulisser sa vitre...

- Bonsoir mademoiselle ... Vous allez vous faire renverser ! Que faites-vous donc par ici à pareille heure ?... s’étonne ce dernier en s’exprimant avec un léger accent anglo-saxon.

- Je me rends à Lavelanet... Pouvez-vous m’emmener enville ? C’est là que j’habite... indique la jeune personne d’une voix sourde et mécanique, dont le visage reflète une pâleur des plus singulières.

Avec un léger haussement d’épaules, le conducteur lui retourne un sourire pincé, mais indulgent. Il s'incline pour lui ouvrir galamment la portière et l’invite à s’installer sur le siège avant. Puis le véhicule poursuit aussitôt sa route...

Chemin faisant, notre homme détaille furtivement sa passagère à la dérobée, d’un œil réservé et discret par-dessus ses petites lunettes qu’il porte sur le bout du nez ... 19-20 ans. Vêtue d’une robe blanche très années 60. Plutôt agréable à regarder, bien que curieusement pâlotte et ... peu bavarde, ne soufflant même le moindre mot ; l’autoradio qui diffuse un programme de musique légère meublant à lui seul cette morne atmosphère.

Le chauffeur fait encore quelques tentatives pour nouer conversation, mais ses efforts demeurent toutefois infructueux, sa passagère ayant adopté une passivité quasi alarmante. Elle demeure inexplicablement silencieuse et immobile, un peu raide sur son siège, étrangement indifférente à tout ce qui l’entoure, presque absente.

Ils roulent depuis maintenant une dizaine de minutes. Un silence gênant, presque pesant règne à bord, lorsqu’une pluie tiède et pénétrante se met soudainement à tomber avec une extrême violence. De grosses gouttes s’écrasent sur le pare-brise, alors que la berline vient de dépasser le panneau signalant leur destination.

La pluie s'abat en un véritable déluge, comme si une main géante avait ouvert un titanesque robinet. Une bourrasque souffle même soudainement sur la commune, tandis que la Jaguar emprunte la rue totalement désertée, éclairée succinctement par quelques enseignes au néon restées allumées.

La jeune fille désigne bientôt une habitation à peine distincte, perdue au fond d’un grand parc.

- C’est ici que j’habite... indique-t-elle d’une voix plutôt froide en remuant à peine les lèvres.

N'y accordant aucune attention particulière, le conducteur lui propose courtoisement son imperméable, le temps pour sa passagère occasionnelle d’aller quérir un parapluie afin d’être en mesure de lui restituer son bien.

Sans la moindre formule de remerciement pour son bienfaiteur, elle a jeté le vêtement de pluie sur ses frêles épaules avant de se diriger d’un pas lent vers le lourd portail qui s’est ouvert en grinçant sinistrement. Puis, elle s'est fondue dans la nuit.

Son moteur tournant au ralenti et après avoir essuyé la buée qui se déposait sur la vitre d’un revers de la main, le chauffeur enfonce une allumette craquante dans le fourneau de son brûle-gueule. Il décide de patienter en écoutant distraitement la radio, sous l’égrenage incessant des va-et-vient monotones de ses balais d’essuie-glace qui se sont emballés pour chasser le voile hydrique ruisselant en continu sur le pare-brise.

La rue est à présent balayée par des trombes d’eau qui se déversent sur la bourgade prise au sein d’un violent orage.

Dix minutes se passent au cœur d’un silence seulement troublé par les battements de la pluie torrentielle qui a redoublé d’intensité, sans que la jeune fille n’ait refait son apparition.

Après avoir réprimé un mouvement d’impatience assorti d’un soupir de lassitude, le conducteur s'est rangé prudemment sur le côté de la chaussée contre la bordure du trottoir, avant de couper les gaz et d'éteindre ses phares. Puis, il relève frileusement le col de son veston pour se ruer, la tête rentrée dans les épaules, sous la pluie battante et le vent qui souffle en rafales, en direction du portail resté entrouvert.

Il traverse à présent le parc d’un pas pressé en frissonnant dans la nuit froide. Après avoir gravi les quelques marches menant au perron de l’habitation, il a trouvé refuge sous le porche protecteur de la porte d’entrée.

Un léger trait de lumière filtre à travers les volets de l’une des grandes baies vitrées. Avec un geste d’humeur, il s’éponge succinctement le visage, chasse nerveusement une mèche rebelle collée sur son front partiellement dégarni et essuie précautionneusement les verres de ses binocles. Sa redingote ruisselle de pluie, aussi se décide-t-il sans plus attendre et au risque qu’on le prenne pour un importun, à utiliser la sonnette ...

- Quel toupet !... murmure-t-il entre les dents... La jeunesse d’aujourd’hui est d’une ingratitude !

Le parc vient de s’illuminer, dévoilant ses pelouses verdoyantes et les massifs fleuris qui le tapissent… Mais la porte s'entrouve craintivement sur un homme âgé et squelettique, au faciès en lame de couteau et aux cheveux blancs. Il porte un vêtement d’intérieur. La mine étonnée et méfiante qu’il affiche ne surprend pas outre mesure son visiteur, étant donné l’heure avancée de la nuit.

- Cher monsieur, pardonnez mon intrusion à cette heure tardive ... s’excuse ce dernier sur un ton empressé en prenant un air navré assorti d’un sourire gaufré... J’aurais souhaité récupérer la gabardine que j’ai prêtée il y a un quart d’heure à la jeune personne que je viens de déposer.

Le vieil homme le dévisage d’un air interloqué à l’instant où surgit à sontour une femme d’un âge avancé, certainementl’épouse venue à la rescousse. Elle lui retourne elle aussi un regard sans équivoque, empreint d’une évidente suspicion.

- Il n’y a aucune jeune personne ici... rétorque le vieillard d’une voix sèche et courroucée, visiblement sur ses gardes... Vous devez vous tromper d’adresse monsieur. Il y a assurément erreur... ajoute-t-il d’un air farouche en ébauchant même un geste d’indifférence, voire de mauvaise humeur.

Poussée par une main rageuse, la porte a claqué au nez de ce visiteur visiblement indésirable.

L’attitude du maître de maison, aussi inconvenante qu’inattendue, a pour conséquence d’exaspérer notre homme, lui faisant même perdre une bonne partie de son flegme naturel. Après avoir haussé les sourcils et s’être difficilement contenu, il ne renonce pas pour autant, mais fait aussitôt une seconde tentative avec un air déterminé.

Et la sonnette tinte une nouvelle fois...

La porte s’est de nouveau ouverte sur le maître de maison, visiblement agacé. Son visage est empourpré du rouge d’une colère naissante et reflète à présent la mauvaise humeur. Sa voix se hausse même au diapason de l’exaspération ...

- Que voulez-vous enfin monsieur ! ... Permettez-moi de vous faire remarquer que votre insistance s’avère des plus déplacées ! Allez-vous continuer encore longtemps cette plaisanterie de mauvais goût ?... fulmine-t-il, exaspéré, saisi d’un énervement manifestement incontrôlable.

L’autre paraît littéralement secoué par la surprise...

- Calmez-vous mon ami ! Je m’excuse encore une fois de devoir vous importunerde la sorte et je conçois parfaitement l’incongruité de ma visite à pareille heure. Mais j’ai cru faire plaisir à cette jeune personne qui errait sur la route en la ramenant chez elle. Avec ce fichu temps, je lui ai même prêté mon imperméable. Et voici le résultat !... argumente ce dernier en se passant une main agitée sur ses vêtements mouillés.

- J’habite seul ici avec mon épouse... s’emporte maintenant le vieil homme sur un ton irrité et peu amène, assorti d’une agressivité à peine masquée... Vous n’allez quand même pas nous rejouer cette comédie à tour de rôle !

- Que voulez-vous dire ?

- Ne faites donc pas l’innocent ! Il y a plus d’un mois que cette mauvaise farce persiste ! ... Et à chaque fois qu’il pleut !... indique-t-il avec âcreté, la moue exaspérée, en tendant un doigt accusateur en direction de celui qu’il considère certainement comme un plaisantin de mauvais goût, flanqué d’un importun personnage.

- Mais ... Je vous assure que je ne comprends pas !

- Bon ... Je veux bien vous croire... admet enfin le vieillard d’une voix soudain déconfite, assortie d’un soupir d’énervement... Vous êtes peut-être sincère après tout. Mais rendez-vous compte ! Vous êtes la quatrième personne à nous réclamer soit un parapluie, soit un ciré, ou encore un imperméable prêtés à je ne sais quelle jeune personne censée habiter cette demeure !

Devant l’air ahuri affiché par son interlocuteur de passage, le maître de maison paraît cette fois perplexe. Sa lèvres’est gonflée en une moue d’ennui. Il semble tout à coup enclin à demeilleures intentions. Le ton employé s’est même subitement radouci ...

- Bon... Entrez ... Nous serons mieux à l’intérieur ... Quel temps de chien ! Et cette maudite bourrasque ! Pardonnez mon emportement, mais nous sommes sur les nerfs. Si cette plaisanterie au demeurant stupide persiste, nous finirons par aller déposer une plainte au commissariat.

- Je vous certifie pourtant avoir vu cette jeune personne s’introduire dans votre propriété et je puis vous assurer qu’elle n’en est pas ressortie. Je suis formel... insiste le visiteur.

- Nous ne comprenons rien à cette comédie... confie à présent l’homme d’une voix crispée, visiblement au comble de la contrariété... Et je vous garantis que personne, à part vous, n’est entré ici ce soir.

Ils sont à présent dans le couloir. Le visiteur a croisé le regard hostile de la femme qui, sans la moindre indiscrétion, a retourné un œil désapprobateur envers son époux, lui signifiant certainement par là qu’il avait eu tort d’ouvrir leur demeure à cet étranger dont elle désapprouve visiblement la présence, la jugeant même manifestement désobligeante.

- Permettez au moins que je me présente... suggère toutefois ce dernier, plutôt confus, en lui adressant un sourire contraint, conscient de jouer ici et involontairement le rôle de l’intrus, de l’indésirable... Je suis le professeur Joseph Winter. Je reviens d’un congrès qui s’est déroulé à Perpignan et ...

- Le professeur Winter ! Le célèbre archéologue ! J’aurais dû vous reconnaître ! On parle si souvent de vous à la télévision et dans les journaux... s’enthousiasme subitement le mari d’une voix confuse, la mine soudain penaude... Vous êtes Britannique n’est-ce-pas ? Mais vous possédez une propriété près d’ici. A Montségur, si je ne m’abuse ?... et le vieil homme semble à présent ne plus vouloir tarir d’éloges sur son visiteur.

- J’étais justement en route pour regagner mes pénates... précise ce dernier avec un sourire discret, à la fois soulagé et visiblement satisfait de la notoriété dont il semble jouir en ces lieux.

- Excusez-nous professeur, mais depuis quelque temps, nous sommes devenus méfiants... s'empresse de bredouiller à son tour la femme, au terme d'un silence gêné... Pas plus tard que la semaine dernière, un jeune homme d’une vingtaine d’années peut-être, plutôt vulgaire d’ailleurs, nous a dérangés à peu près à la même heure pour nous conter à peu de chose près les mêmes faits, alors qu’il faisait également un temps épouvantable. Il prétendait lui aussi avoir raccompagné une jeune femme jusqu’à la grille du parc et lui avoir prêté son parapluie. Cette jeune personne l’aurait aussi prié d’attendre qu’elle revienne avec le sien pour lui restituer son bien.

- C’est étrange ... vous me dites que les conditions climatiques étaient identiques à cette nuit... relève Winter, perplexe.

- Je vous prépare une tasse de thé professeur. Cela aidera peut-être à vous faire oublier notre emportement... propose cette fois la femme, devenue soudainement prévenante, invitant même son visiteur à pénétrer dans la salle à manger avec un geste d’insistance.

Winter consulte rapidement son bracelet-montre...

- Vous êtes très aimable chère madame ?... observe-t-il en esquissant un sourire d’amabilité, butant volontairement sur le patronyme.

- Devaux ... Monsieur et madame Devaux... se hâte de préciser le mari.

- Je vous remercie de votre obligeance madame Devaux, mais j’ai déjà perdu un temps précieux et vous m’en voyez sincèrement navré. Je ne puis m’attarder davantage ... Tant pis pour ma gabardine. Il faut croire que cette jeune personne qui vous joue cette farce collectionne, à votre insu, les vêtements et les accessoires de pluie... présume Winter avec un sourire contraint... N’excluons toutefois pas la possibilité d’une plaisanterie d’un goût dirons-nous ... douteux. Mais enfin ...

Sans autre commentaire, il s’est déjà hâté vers la sortie, lorsqu’il jette un œil oblique et distrait sur le bahut de la salle à manger … Il n’a pu retenir un tressaillement, tandis que son regard accroche et s’attarde sur l’une des photos encadrées qui garnissent le buffet. Fronçant les sourcils dans un tic qui lui est familier, il a marqué un temps d’arrêt. Ses hôtes de circonstance, sans comprendre, ont à leur tout dirigé leurs regards dans la même direction, sans cependant interpréter la réaction étrange du professeur.

- La jeune fille, sur cette photo !... s’étonne ce dernier en se penchant sur le portrait.

L'ombre d'une profonde tristesse est passée dans les yeux gris du vieil homme et son visage s’est subitement creusé.

- C’est notre petite Sarah... murmure-t-il, en étouffant un soupir haché.

- Elle nous a quittés il y aura bientôt trente ans ... Elle est décédée dans un accident de la circulation... complète la femme d’une voix rendue rauque par l’émotion, détournant presque aussitôt son regard... Elle venait d’avoir ses vingt ans. Elle repose dans le petit cimetière, près de notre maison.

Cette fois, le professeur a haussé les sourcils ... Sans en demander l’autorisation, il s’est emparé du cadre renfermant la photographie qui représente une jeune fille au sourire moqueur et insouciant, assise en amazone sur une moto.

- Ou votre fille a une sœur jumelle, ou... extrapole-t-il en hésitant, détaillant les Devaux d’un œil indiscret par-dessus ses binocles.

Les intéressés ont échangé des regards interdits et Paul Devaux considère tout à coup Winter d’un air interloqué.

- Nous n’avons eu que cette enfant... murmure-t-il, la lèvre inférieure légèrement tremblante en exhalant un nouveau soupir.

- Que voulez-vous dire professeur ?... s’étonne à son tour l’épouse.

Un embarras marqué s'est dessiné sur le visage de Winter qui examine à présent la photographie avec une attention soutenue.

- Cela va certainement vous paraître absurde, mais la personne qui se trouvait tout à l’heure dans ma voiture ressemble à s’y méprendre à votre fille... finit-il par avouer avec une moue de tergiversation.

La femme a pâli. Son époux a sursauté. Ils échangent maintenant tous deux des regards effarés.

- C’est impossible... objecte ce dernier d’une voix étranglée et mal assurée... Vous avez... tente-t-il d’ajouter sans cependant pouvoir terminer sa phrase, ses yeux gris semblant implorer une explication.

Le désarroi s’est manifestement emparé du couple, visiblement paralysé par l’émotion. Le coup a été rude et difficilement encaissable, accentuant l’embarras du professeur. Celui-ci se trouve à présent dans la plus totale expectative, regrettant amèrement d’avoir ainsi jeté le trouble dans la demeure pour avoir remué involontairement des souvenirs depuis longtemps enfouis et par trop pénibles à évoquer.

- J’avoue toutefois qu’avec l’obscurité... argumente-t-il alors gauchement avec une maladresse quasi étudiée, conscient de cette équivoque et tentant à présent de se reprendre avec un frisson de regret dans la voix... Et puis, il est vrai que cette jeune personne est restée de marbre durant le trajet. Nous n’avons échangé que quelques brèves banalités ... Après tout, j’ai très bien pu me tromper ... Et si vous me dites qu’elle était votre unique enfant ... Pardonnez mon erreur... finit-il par bredouiller, visiblement contrarié de s’être fourré dans une situation aussi délicate. Puis, après un ultime instant d’hésitation... Il est temps que je reprenne la route... argumente-t-il en toussotant... Fort heureusement, il ne me reste qu’une douzaine de kilomètres d’ici Montségur. Ravi d’avoir fait votre connaissance... ajoute-t-il en esquissant un sourire gêné, saluant ses hôtes occasionnels d’une main tendue, masquant maladroitement sa déconvenue. Puis, sans plus se faire prier, il s’est dirigé vers la sortie, suivi du couple qui semble à présent agir à la façon de deux automates, absent et le regard lointain, vide de toute expression.

Trempé de la tête aux pieds, le professeur Winter a repris place au volant de sa Jaguar. La mine dubitative, son regard erre d’abord au hasard, épiant les alentours de la propriété. Puis, il détaille les environs avec une attention soutenue, guettant l’hypothétique apparition de la mystérieuse et audacieuse jeune fille. Mais l’endroit reste désert.

Plus qu’à son tour partie prenante pour les intrigues et dévoré par une curiosité quasi pathologique, une étrange intuition vient de lui traverser l’esprit ...

Les époux Devaux lui ont bien précisé que leur fille était enterrée dans le petit cimetière contigu à leur habitation ! Celui-ci doit donc se trouver dans le voisinage.

Il se gratte pensivement la nuque, la mine réfléchie, étouffant trois ou quatre bâillements. Puis, avec des gestes lents trahissant sa perplexité, il a allumé sa courte pipe et contemple durant un instant les volutes de fumée bleue qui s’étirent paresseusement vers le plafonnier, en tapotant machinalement le cuir de son volant. Notre homme est visiblement intrigué, hésitant encore sur la décision à prendre, mais qui maintenant s’impose malgré l’heure avancée ... Dehors, la pluie a cessé de tomber ... Après une dernière hésitation et bien qu’il ne soit pas loin de vingt trois heures, son sens inné de la curiosité finit par prendre le dessus. Aussi se décide-t-il brusquement à en avoir le cœur net. Après avoir emprunté une lampe électrique dans le vide-poches, il abandonne une nouvelle fois son véhicule pour longer les murs du parc des Devaux.

Il n’a parcouru qu’une cinquantaine de mètres, qu’il est déjà rendu devant l’entrée du cimetière. Les grilles sont ouvertes, mais les lieux ne sont pas éclairés. La nuit est noire, épaisse et inquiétante, aussi se glisse-t-il comme une ombre dans l’allée menant aux tombes.

La silhouette sombre des arbres et la brise un peu forte qui agite les branches qui bruissent dans les ténèbres créent une atmosphère angoissante. On ne perçoit plus que le léger bruit de son pas qui crisse sur le gravier. C’est le cœur battant la chamade, qu’il est arrivé en vue des premiers tombeaux.

Les pinceaux de sa lampe fouillent fébrilement l’obscurité. Impressionné par le silence et la solitude qui règnent dans l’endroit, il inspecte minutieusement chaque sépulture, à la recherche de celle portant le nom de Sarah Devaux … Mais il vient de tressaillir à l’approche d’un tombeau ... Il en reste même figé de saisissement ... Une boule d’angoisse lui bloque la gorge ... Ce n’est pas le patronyme gravé sur la pierre qui en est responsable. C’est le vêtement de pluie qu’il vient de reconnaître pour être le sien et qui recouvre le caveau sur lequel il lit avec stupéfaction ... « Ici repose Sarah Devaux. »

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