SILENCE de Comès
L’auteur :
Dieter COMÈS est né en 1942 dans un petit village belge, à la frontière allemande. Pendant l’Occupation, le village est annexé par l’Allemagne. A la Libération, son prénom est francisé : Dieter devient Didier, malgré lui. Il se définit dès lors comme « bâtard de 2 culture ». De plus, COMÈS s’avère être gaucher, mais à l’école on l’oblige à écrire de la main droite. Aujourd’hui, il écrit toujours de la main droite, mais dessine de la main gauche, ce qui participe à l’utilisation récurrente des ambivalences et des oppositions dans son œuvre. Ainsi le questionnement identitaire qui découle de sa propre histoire va guider sa plume et ses dessins pour raconter avec tendresse et poésie des personnages mal compris, méprisés, marginalisés.
Silence, dont le premier chapitre est publié en 1979 dans la revue A suivre, est l’œuvre magistrale de COMÈS. En noir et blanc, jouant avec les ombres et les lumières, cet ouvrage de 150 pages prend le temps d’être lu, regardé et savouré.
Le cadre :
BEAUSONGE, petit village du pays ardennais, dans les années 60’-70’, où la vie paysanne est rythmée par la sorcellerie telle qu’elle était pratiquée dans nos campagnes.
L’histoire :
« Silence », c’est le nom du personnage principal. Muet, Silence est attachant car simple et au cœur pur. Mais sa simplicité naïve pousse les villageois à se moquer de lui, à le mépriser, à l’exploiter. Silence ne comprend pas la méchanceté et jamais il ne se plaint. Il ne connaît pas la colère.
Son histoire est narrée à travers ses yeux. On lit ce qu’il pense… on entend sa voix intérieure (« Je mapel Silence é je sui genti. »). On voit ce qu’il regarde. Tout ce qu’il voit est beau, jusqu’au jour où « La Sorcière » éveille l’esprit de Silence à la réalité et parle au nom de leurs racines communes. Elle lui révèle qui il est et ce qui les unit tous deux dans un destin tragique.
3 personnages, 3 personnalités qui s’opposent ou se complètent, qui s’affrontent ou qui s’unissent :
• Silence, qui représente la bonté, l’amour pur et simple.
• Abel Mauvy, « le Maître », incarnation de la cruauté et de la violence.
• La Sorcière, Tzigane mise au ban du village, qui n’aspire qu’à la vengeance.
Avec ces 3 personnalités, COMÈS dresse un portrait exacerbé des sentiments humains en les mêlant à des pratiques oniriques.
La magie :
En effet, une trame fantastique se dessine adroitement dans un paysage rustique. La nature et ses éléments sont au cœur de l’histoire, merveilleusement illustrés. Par le fantastique, thème récurrent dans les ouvrages de COMÈS, celui-ci raconte le lien étroit qui existe entre l’homme et l’âme du monde, tel un passeur de rêves.
Les incompris :
Avec Silence, il cherche à « illustrer le problème de l’incommunicabilité, et plus précisément de la méfiance instinctive à l’égard des gens « différents », méfiance qui débouche souvent sur la violence. »
Les vrais amis de Silence sont les personnages rencontrés qui le comprennent, l’acceptent et l’aiment pour ce qu’il est et à qui il ressemble… tous des marginaux, des exclus. Alors que le mépris des villageois envers Silence, et plus largement envers les marginaux, nourrit le mal et la cruauté des uns envers les autres ; une solidarité et une amitié fortes naissent entre Silence et ces personnages exclus :
• La Sorcière, de qui il tombe amoureux et à qui il doit la vérité sur sa vie.
• Blanche-Neige, le Nain, qui devient son ami et son compagnon de route.
• Zelda, une naine travaillant dans un cirque, avec qui il partage le même amour sincère pour les serpents.
• Enfin le serpent, animal rejeté par les hommes, qui marquera le dénouement de l’histoire… la signature de Silence.
Autres ouvrages :
Ergün l’Errant (de 1974 à 1982), L’Ombre du Corbeau (1981), Les Cahiers de la BD (1983), La Belette (1983), Eva (de 1985 à 2003), L’arbre-Cœur (1988), Iris (1991), La Maison où Rêvent les Arbres (1995), Les Larmes du Tigre (2000), Dix de Der (2006).
Tatiana K.