Créer un nouveau blog :

A propos de ce blog


Nom du blog :
arcaneslyriques
Description du blog :
Cercle littéraire "Arcanes Lyriques" retranscription des réunions.
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
13.07.2007
Dernière mise à jour :
02.11.2009

RSS

Rubriques

>> Toutes les rubriques <<
· Art pictural et illustration (7)
· Auteurs (1)
· Cinéma (2)
· Critiques de livres (48)
· Dossiers (7)
· Musique (8)
· Mystères et Enigmes (3)
· Mythes et Légendes (12)
· Nouvelles d'auteurs classiques (20)
· Nouvelles de nos membres (6)
· Poèmes d'auteurs classiques (54)
· Poèmes de nos membres (15)

Navigation

Accueil
Gérer mon blog
Créer un blog
Livre d'or arcaneslyriques
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !

Articles les plus lus

· Le Romantisme littéraire
· La tuberculose, maladie romantique du 19ème siècle
· La nuit de décembre
· LA FEMME NUE DES PYRENEES
· La mort du Loup

· LA MOLDAU
· LE CORBEAU
· banshee
· Mon rêve familier
· Le phénix
· La Fantasy : approche
· Le sang dans l'histoire (Porphyrie)
· Puisque j'ai mis ma lèvre...
· des fleurs pour algernon analyse
· LE CORBEAU D'EDGAR ALLAN POE

Voir plus 

Statistiques 184 articles


Derniers commentaires

c'est une beua poésie...
(Voir la suite)
Par safaa, le 29.10.2009

bonjour, votre blog est très intéressant, j'aurais voulu avoir plus d'informations : quels sont les principaux...
(Voir la suite)
Par adeline, le 29.10.2009

venez découvrire le grimoire des contes et retombez en enfance ! à bientôt...http: //legrimoiredesc ontes.cent...
(Voir la suite)
Par jumper, le 27.10.2009

quelque un connait le plan de commentaire de ce texte ...
(Voir la suite)
Par clem moute, le 27.10.2009

une petite visite dans ton blog qui m'a emmerveillé ....je vous encourage et remerci pour tous les beaux table...
(Voir la suite)
Par charfy, le 13.10.2009

il y avait longtemps que je n'étais pas passé. très bien, votre blogue, intéressant, rempli de moments culture...
(Voir la suite)
Par étienne P., le 01.10.2009

bonsoir, j'aurais juste vulu savoir ou il serais possible de trouver la mandragore. je vous remercie d'avance....
(Voir la suite)
Par lemaire, le 01.10.2009

comment puis-je écouter un extrait de "moldau" merci...
(Voir la suite)
Par GOILLOT, le 11.09.2009

ecoutez le premier mouvement de "la suite mascarade" de katchaturian (valse qui dégage une inquiétante ivresse...
(Voir la suite)
Par fleur, le 09.08.2009

j'ai beaucoup aimé ce poème... très beau....
(Voir la suite)
Par sébastien, le 24.07.2009

bonjour, je suis tomber sur votre site par hasard en cherchant des images... jai vraiment aimer ce texte,...
(Voir la suite)
Par Roxane, le 19.07.2009

c tres interessant et récapitulatif ...
(Voir la suite)
Par najma, le 02.07.2009

belle description, bravo!...
(Voir la suite)
Par Anonyme, le 23.06.2009

bonjour j'aurais voulu avoir un renseignement si c'est possible biensur . j'ai une amie qui es a la recherche...
(Voir la suite)
Par Carole, le 21.06.2009

un livre que j'ai trouvé d'occase et acheté "comme ça", ce fut une reellement bonne, voir excellente surprise ...
(Voir la suite)
Par Arnault, le 18.06.2009

RSS

Recherche

Blogs et sites préférés

· nosferatuttiquanti
· elissandre
· chaosdei
· reflets d'ombres
· une étérnité à lire
· blog de patrick s. vast
· la fille d'octobre


ARLIS DES FORAINS - Mélanie FAZI

Publié le 16/12/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
ARLIS DES FORAINS - Mélanie FAZI
Arlis des forains
Mélanie Fazi

Biographie

Mélanie Fazi est née le 29 novembre 1976 à Dunkerque. A 17 ans, elle a commencé à écrire des nouvelles de style fantastique. Après des études d’anglais, elle a obtenu, en 1997, un DESS de traduction littéraire professionnelle.

En 1998, elle a écrit Le Nœud cajun (nouvelle) et l’a envoyée, avec Ghost Town Blues (nouvelle), à Ténèbres, revue trimestrielle consacrée au fantastique. Les deux nouvelles ont été publiées dans des anthologies en 2000. D’autres ont suivi le même chemin. Dans la foulée, Mélanie a commencé à traduire des nouvelles, toujours pour Ténèbres.

Son job de réceptionniste dans un hôtel parisien, pendant trois ans, lui a permis de beaucoup lire. Puis, en 2002, les éditions Bragelonne l’ont engagée comme traductrice. Elle a traduit des œuvres de Lois McMaster Bujold, Elizabeth Moon, Poppy Z. Brite, Graham Joyce, etc.

Trois pépins du fruit des morts, Arlis des forains et Serpentine ont été publiés sur une même année. Ensuite, trois de ses nouvelles sont parues sur des supports anglo-saxons. Mélanie Fazi vit toujours à Paris, où elle partage son temps entre l’écriture et la traduction.

Bibliographie

- Trois pépins du fruit des morts (roman), Éditions Nestiveqnen, 2003
- Serpentine (recueil de nouvelles), Éditions de l’Oxymore, 2004 & Éditions Bragelonne, 2008
- Arlis des forains (roman), Éditions Bragelonne, 2004
- Notre-Dame-aux-Ecailles (recueil de nouvelles), Éditions Bragelonne, 2008

Prix

- 2002 : Prix Merlin, meilleure nouvelle pour Matilda
- 2004 : Prix Merlin, meilleur roman pour Trois pépins du fruit des morts
- 2005 : Prix Masterton, meilleur roman pour Arlis des forains
- 2005 : Grand Prix de l’Imaginaire, meilleure nouvelle pour Serpentine
- 2007 : Grand Prix de l’Imaginaire, meilleure traduction pour Lignes de Vie de Graham Joyce

Arlis des forains

Arlis, 11 ans, fait partie d’une troupe de forains. Lorsque ces derniers s’installent dans la petite ville de Bailey Creek, en Arkansas, Arlis attire, comme partout ailleurs, la convoitise des autres enfants. Ceux-ci aimeraient, comme lui, avoir un ours comme animal de compagnie, mener une vie nomade et ne jamais aller à l’école. Puis il rencontre Faith, la fille du pasteur, qui l’envie, quant à elle, de ne pas avoir de famille. Elle l’initie à la magie nocturne des champs de blé, où d’étranges bruissements s’élèvent sous les rayons de la lune, et lui montre un affreux épouvantail, aux pieds duquel se cacheraient des créatures d’un autre monde. C’est dans cette atmosphère inquiétante qu’Arlis, enfant trouvé par les forains, va décider de découvrir le secret de ses origines.

La couverture, avec l’illustration de Didier Graffet, traduit bien l’ambiance des champs de blé sous la lune, telle qu’elle est décrite dans le livre.

L’histoire est très différente et beaucoup plus originale que celle à laquelle on pourrait s’attendre en lisant la quatrième de couverture.

Le style de Mélanie Fazi est fluide, l’intrigue est bien menée, rien dans le texte n’est superflu, à part peut-être quelques redondances, au début : l’auteur passe en effet beaucoup de temps à présenter la troupe de forains avant de démarrer l’intrigue. Comme dans ses autres textes, elle s’attache à décrire ses personnages et les liens qui se tissent entre eux.

Mélanie Fazi choisit assez souvent des enfants ou des adolescents comme personnages principaux de ses écrits. En effet, ils ont souvent, grâce à leur innocence et à leur curiosité dépourvue de préjugés, accès à un monde « surnaturel » que les adultes ont oublié. Arlis n’est pas un garçon comme les autres. Tout au long du livre, l’auteur nous fait partager ses questionnements, ses doutes et ses émotions. Le fantastique est d’abord diffus, puis s’immisce lentement dans la vie du héros pour croître tout au long de l’histoire et prendre des proportions vraiment conséquentes à la fin.

Les forains sont tous des personnages brisés, liés par leur passé et pour lesquels le bonheur est plus ou moins une illusion :
- Lindy, qui boite suite à un accident de cheval, se comporte comme une mère pour Arlis.
- Emmett, le cavalier de la troupe, est intimement lié à Lindy, qui supporte sa violence, ce qui révolte Arlis. Il représente la figure paternelle pour le garçon, qui le déteste, car il est sans cœur et ses remarques méprisantes.
- Aaron est dresseur de singes et alcoolique.
- Katrina danse, enlacée par des serpents aussi froids qu’elle. Elle porte sur le corps les cicatrices d’un drame dont elle refuse de parler.
- Jared est un dompteur d’ours cul-de-jatte.

Emmett est décrit comme dominateur, froid, brutal, lâche et égoïste. Il représente pour Arlis ce qu’il y a de pire dans la virilité et il est d’ailleurs comparé à un centaure (qui symbolise notamment l’animalité, la concupiscence et l’alcoolisme). Son l’intimité avec Lindy attise la jalousie de l’enfant, qui rêve un jour d’acheter une maison à sa mère adoptive, pour laquelle il éprouve autant d’amour et de respect que si elle était sa véritable mère. Il souhaiterait ainsi lui apporter la sédentarité, la tranquillité et le bonheur. Les sentiments d’Arlis envers Emmett relèvent du complexe d’Œdipe.

Arlis va peu à peu deviner le drame humain dont il est le centre et découvrir les mystères qui se cachent derrière les non-dits. Vers la fin, l’histoire sombre dans le drame. Arlis est un personnage attachant dont on aimerait savoir s’il atteint finalement son but. Le roman s’arrête malheureusement juste avant de nous renseigner sur ce point…

Webographie

Le site web de Mélanie Fazi :

http://www.noosfere.org/heberg/auteursdiv/sommaire.asp?site=59

Rachel Gibert, pour la réunion du 30 novembre 2008

L'EXTRACTION DE LA PIERRE DE FOLIE

Publié le 03/12/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
L'EXTRACTION DE LA PIERRE DE FOLIE
L’EXTRACTION DE LA PIERRE DE FOLIE


Jheronymus Bosch (1460-1516) dit en français Jérôme Bosch est un célèbre peintre hollandais dont les tableaux les plus connus sont : « L’enfer », « Le paradis terrestre », « Le jardin des plaisirs », « Le jugement dernier »… Issu d’une famille de peintres, il se place à ces débuts sous le signe du gothique international. Puisant ses sources multiples et complexes dans l’alchimie, la magie, les diableries, les mystiques, les farces et le théâtre…Son œuvre, alliant onirisme et réalité sociale, demeure une lutte acharnée entre le bien et le mal.


Son tableau « L’extraction de la pierre de folie », qu’il peignit en 1485, en est un parfait exemple : Au milieu d’un paysage d’été, nous pouvons voir un chirurgien extraire un objet du crâne d’un homme, assis sur une chaise. Un moine et une religieuse observent la scène d’opération. Celle-ci a lieu en plein air et sa forme circulaire peut soit faire penser à un miroir, soit représenter l’œil de l’observateur ou soit symboliser la terre. La forme ronde doit aussi nous rappeler la terre en harmonie avec l’être humain et le cosmos. Le fait que Bosch ait précisément choisi cette forme pour son tableau et pour ensuite y représenter une accusation de la stupidité humaine n’est pas le fruit du hasard.
Quant à l’espace, il est divisé en bandes de couleurs : dégradés de vert, d’ocre, de jaune puis d’ocre jusqu’au bleu du ciel très lumineux. Au loin on devine une ville. Ces formes et ces couleurs donnent donc à cette nature une harmonie et une quiétude qui contraste avec la folie des hommes.


Le chirurgien ou le « tailleur de pierres » comme il est communément appelé au Moyen–âge est représenté avec un entonnoir de savoir porté à l’envers sur sa tête en guise de chapeau. C’est précisément ce symbole qui le caractérise comme médecin des fous. On peut également remarquer que la nonne ici présente fait un usage particulier du livre de la connaissance médicale puisqu’elle le laisse poser sur sa tête sans même le consulter. Et l’opéré nous fixe de son regard pathétique de bourgeois corpulent et niais.
Il est à noter que le soi-disant médecin (contrairement au titre de l’œuvre) n’extrait non pas une pierre de la tête du malade mais une plante tenue pour responsable de ses maux. Un objet similaire est déposé sur la table. On ne sait pas si cet objet est issu d’une opération précédente ou s’il est là pour servir à une prochaine supercherie.
L’inscription en lettres gothiques, tout autour du tableau, signifie « Maître ôte la pierre, mon nom est Lubbert Das » ce qui peut être traduit en Flandres par « Personne simple ».


L’intention allégorique du peintre devient alors évidente, il s’agit de dénoncer la naïveté et la bêtise humaine mais aussi de se moquer de l’ignorance et la tromperie faites aux malades. La lithotomie, puisque tel est son véritable nom, faisait en effet partie à l’époque de Jérôme Bosch des remèdes de charlatan. La folie, symbolisée par une pierre dans la tête, disparaissait au moment où la fameuse pierre en était extraite.


Fiction artistique, charlatanisme, symbole ou geste thérapeutique, l’opération des pierres de folie demeure problématique. En effet, il n’a été retrouvé aucun texte médical traitant de la question, la seule source est iconographique et se limite aux écoles hollandaises et flamandes du 15ème, 16ème et 17ème siècle. A ces époques, la folie donnait l’idée répandue d’être matérialisée par la présence d’un corps étranger, souvent minéral dans le cerveau. Tenter de guérir la folie en supprimant sa cause revenait donc à l’extirpation de ce corps minéral et devenait ainsi une pratique légitime.


D’autres tableaux y font également référence d’un point de vue satirique. C’est notamment le cas de certains tableaux de Van Der Bruggen. Mais aucun de ces tableaux ne font allusion à l’authentique trépanation, pratique pourtant bien existante.
D’après ce que l’on peut tirer de ces illustrations, il s’agit d’une intervention superficielle non d’une chirurgie osseuse. Une incision verticale est pratiquée au milieu du front ou sur le cuir chevelu pour extraire des pierres de diverses grosseurs, attestant de la dextérité de l’opérateur. La réalité historique d’une telle opération mérite d’être mise en doute. En effet, après cette petite incision, le soigneur, par un tour de passe-passe, pouvait faire apparaître une petite pierre pour « prouver » au patient la complète réussite de l’opération. La pierre, la plupart du temps, sortait directement de la poche du soigneur !


C’est en partie, grâce à l’expérience du médecin grec Claudius Galenos (129-199) qui dit que l’ouverture du crâne ne devait pas obligatoirement avoir la mort pour conséquence que l’idée se propagea que « la méchante pierre du haut mal » pouvait être extraite cliniquement.


J. Bosch, peintre hollandais, n’est pas à proprement parler un humaniste mais son œuvre reflète les bouleversements de la pensée de son époque. Epoque où les certitudes spirituelles, les règles de conduite propres du moyen-âge vacillent. Ainsi son œuvre obéit à cet esprit nouveau tout en restant fidèle aux formes artistiques traditionnelles.
« L’extraction de la pierre de folie » nous montre qu’en dehors des péchés il y a aussi d’autres menaces comme : la crédulité, la stupidité, l’absurdité, la bêtise ou encore la folie qui conduisent les hommes à s’en remettrent à des charlatans ou à des médecins peut-être aussi fous qu’eux. Le fait aussi que l’église participe à une opération aussi grotesque, alors qu’elle devrait détenir le savoir, montre à quel point il est temps pour le peuple de se débarrasser des croyances médiévales au profit de l’esprit nouveau.


Odéliane, pour la réunion du 30/11/08


CHARON, passeur d'âmes

Publié le 26/11/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
CHARON, passeur d'âmes
CHARON


Trouver l’origine du mythe de Charon semble délicate. En effet un poème « Minyen » (Grec), cité par Pausanias donne aux Egyptiens la primeur de cette légende. Celle-ci sera confirmée par Diodre de Sicile mais aucune autre mention sérieuse ne viendra étayer cette affirmation.


Personnage d’abord ignoré des Grecs, il faut plutôt le rapprocher du peuple Etrusque qui le nommait « CHARUN ». Toutefois il faut noter une différence importante entre les deux « CHARON ». Celui des Etrusques se démarque par son aspect et sa fonction. Simple serviteur des enfers, il ne se distingue d’aucun autre démon. Figure effrayante au dos ailé, agitant des serpents, armés soit de marteaux, de fouets et autres « charmant ustensiles » qui lui servent à saisir, garder mais surtout tourmenter les morts. D’aspect hirsute, au nez crochu et aux dents de sanglier, ce démon apôtre de la mort fût représenté assez souvent sur divers support comme des fresques, des sarcophages, des urnes et des vases. Enfin les Etrusques mentionnent aussi Charon accompagnant Mars sur les champs de bataille.


Conception nouvelle venue probablement du nord d’un courant étranger apparu vers l’époque « Pélasgique », le mythe de Charon chez les Grecs ne reprend que quelques traits généraux par rapport à celui des Etrusques.
Apparu tardivement, ignoré d’Homère, nommé « CARON » en Grec ancien, on retrouve une première trace de Charon dans la littérature Grecque avec le poème de « Pausanias ». Charon fils d’Erèbe (les ténèbres) et de Nyx (la nuit) était le « Nocher des enfers ».


Personnage mythologique très populaire pendant la grande période du théâtre d’Athènes, les auteurs dramatiques d’alors ont permis à encrer au sein de l’imagination populaire une image forte et familière.
Divinité secondaire du monde des enfers, serviteur impassible du dieu des ténèbres, son rôle consiste à faire franchir les fleuves marécageux tel le Styx ou l’Achéron ou encore le Cocyte (suivant les diverses sources), aux âmes qui devaient payer entre une et trois oboles, ni plus ni moins (c’est pour cela qu’il était de coutume de mettre une pièce de monnaie sous la langue des morts).
Choisissant parmi les âmes diverses entassées sur la rive, Charon repoussait impitoyablement les ombres de ceux qui avait été privé de sépulture et ceux qui était dans l’incapacité de monnayer leurs traversées. Ainsi démunies les âmes erraient sans repos pendant 100 ans sur le bord du fleuve avant que l’on ne décide de leurs sorts.


Charon souvent décrit comme un vieillard morose, avare, fort laid et barbu. Vêtu de haillons foncés, sale il est néanmoins encore fort et solide.
Devant cet aspect inquiétant les âmes sont néanmoins mises à contribution et doivent ramer, Charon se contentant de « barrer » sa barque mais tout en les réprimant sévèrement !
Sur celle-ci est dessiné un œil censé protéger des mauvais esprits, il rappelle aussi la peinture figurant sur la proue des navires de guerre Grecs. A l’origine la barque est simplement la métaphore de la mort.


Virgile lui consacre un véritable portrait en 7 vers ! Avec des caractéristiques mentionnées nulle part ailleurs comme : des yeux incandescents, effrayant, monstre ricanant au nez crochu, aux dents de sangliers et pourvu d’un énorme maillet ! Cette description rappelle étrangement celle des Etrusques !


En plus d’être passeur Charon empêche les âmes de s’échapper des enfers et il partage avec Hermès le qualificatif de « conducteur des morts ».Il doit aussi refuser ses services aux vivants. Charon symbolise la mort imminente, il attend celui qui ne peut lui échapper, il l’appelle, le presse, lui intime l’ordre de s’embarquer, « Charon t’appelle, tu l’empêches de gagner le large » tel le scandait « Aristophane », menaçant le commissaire du peuple !


Charon dans la chanson populaire Grecque est une des figures de la mort. Mis en scène dès le Xème Siècle les chants dits « Akrites » représentent des héros tel que « Digénis » voulant prouver son courage défie la mort à travers les traits de Charon.


Il était très rare que Charon laisse passer un mortel mais néanmoins plusieurs cas sont à noter dans la mythologie Grecque. Quand Héraclès descendit aux enfers, il se heurta à Charon, mais devant cet obstacle bien gênant Héraclès utilisa la manière forte en lui donnant de fort coup de rame sur la tête, forçant ainsi le passage ! Le pauvre Charon subit les foudres suprêmes devant ce sacrilège en étant emprisonné et enchaîné pendant 1 an ! On prétend même que Charon avait été puni et exilé pendant un an dans les profondeurs du Tartare pour avoir laissé passer Hercule ! Il aurait fallu que ce dernier obtienne un rameau d’or consacré à Prospérine et détaché d’un arbre fatidique, paiement habituel que devait s’acquitter les vivants. C’est ainsi que la Sybelle de Cumes dut donnée un rameau d’or à Enée pour pouvoir accéder au royaume des morts. D’autres mortels passèrent néanmoins mais de façon différente, Psyché venue pour demander à Perséphone un précieux flacon, dut payer avec deux pièces de monnaies pour son aller et son retour, Charon accepta sans rien dire…Enfin utilisant la ruse, Orphée venue chercher son Eurydice, le charma avec sa harpe.


- Les peintres et Charon


Il existe plusieurs représentations de Charon en peinture. Celle de Joachim Panetier, peint entre 1515/1524 avec son « Charon traversant le Styx » est visible au musé du Prado à Madrid. Une autre toile peinte par le Français Pierre Subleyras (1699-1749) titré « Charon passant les ombres » nous donne comme composition une scène fort inquiétante, jugez plutôt : Un gibet, de nombreux corps suppliciés, une chauve souris au sombre présage, le décor lugubre est planté ! Charon peint de dos vogue sur le Styx emportant les âmes drapées de leur linceul vers le lieu de leur dernier repos…Enfin le peintre Anglais John Roddam Spencer Stanhope de l’école PréRaphaélite (1829-1908) nous livre avec sa toile intitulé « Charon prend l’argent de la bouche de Psyché » une œuvre tirée de la mythologie Grecque.


- Charon et la poésie


Le célèbre poème de Gérard de Nerval « El Desdichado » cite implicitement Charon, pour preuve :


EL DESDICHADO


Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.
Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.
Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...
Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.


Ce vers évoquerait les deux crises de démence, celle de 1851 et de 1853, que le poète a vécu comme une « petite mort ». Tel Orphée, il est revenu par deux fois du royaume des morts…


Lexique :

- Minyen : Céramique de l’antiquité Grecque
- Diodre de Sicile : Historien et chroniqueur Grec du 1er siècle Av J.C. auteur entre autre de la bibliothèque historique.
- Pélasgisque : Ancien peuple et premier habitants de Grèce et d’Italie
- Cocyte : Affluent du Styx, fleuve des lamentations alimenté par les larmes des voleurs


Illustration de John Roddam Spencer Stanhope


Perceval, pour la réunion du 21/09/08

LA DAME NOIRE par Alexandre DUMAS

Publié le 17/11/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LA DAME NOIRE par Alexandre DUMAS
La Dame Noire

Alexandre DUMAS

Il y avait déjà deux cents ans que le château n’était plus qu’un monceau de pierres écroulées, et au milieu de ces pierres avait poussé un magnifique érable que plusieurs fois les paysans des environs voulurent abattre sans pouvoir y réussir, tant son bois était dur et noueux. Enfin, un jeune homme, nommé Wilhelm, vint à son tour pour tenter l’aventure ; comme les autres, et après avoir jeté bas son habit, saisissant une hache qu’il avait fait affiler tout exprès, il frappa le tronc de l’arbre de toute sa force, mais l’arbre repoussa le fer comme s’il eut été d’acier. Wilhelm ne se rebuta point et frappa un second coup, la hache fut repoussée de nouveau ; enfin, il leva le bras et, rassemblant toutes ses forces, il frappa un troisième coup, mais à ce troisième coup, ayant entendu comme un soupir, il leva les yeux et aperçut devant lui une femme de vingt-huit à trente ans, vêtue de noir, et qui eût été parfaitement belle si sa pâleur n’eut donné à toute sa personne un aspect cadavéreux qui indiquait que depuis longtemps cette femme n’appartenait plus à ce monde.
– Que veux-tu faire de cet arbre ? demanda la Dame Noire.
– Madame, dit Wilhelm en la regardant avec étonnement, car il ne l’avait pas vue venir, et il ne pouvait deviner d’où elle sortait ; madame, j’en veux faire une table et des chaises, car je me marie à la Saint-Martin prochain avec Roschen, ma fiancée, que j’aime depuis trois ans.
– Promets-moi d’en faire un berceau pour ton premier-né, répondit la Dame Noire, et je lèverai le charme qui défend cet arbre contre la hache du bûcheron.
– Je vous le promets, madame, dit Wilhelm.
– Eh bien ! frappe ! répondit la dame.
Wilhelm leva sa hache, et du premier coup il fit dans le tronc une entaille profonde ; au second coup, l’arbre trembla depuis son faîte jusqu’à ses racines ; au troisième, il tomba entièrement détaché de sa base et roula sur le sol. Alors Wilhelm leva la tête pour remercier la Dame Noire, mais la Dame Noire avait disparu.
Wilhelm n’en tint pas moins la promesse qu’il lui avait faite, et quoiqu’on le plaisantât fort de ce qu’il faisait le berceau de son premier-né avant que le mariage ne fût accompli, il ne s’en mit pas moins à l’ouvrage avec tant d’ardeur et d’adresse, qu’avant que huit jours se fussent écoulés, il avait achevé un charmant berceau.
Le lendemain il épousa Roschen, et neuf mois après, jour pour jour, Roschen accoucha d’un beau garçon, que l’on déposa dans son berceau d’érable.
La même nuit, comme l’enfant pleurait et que sa mère, de son lit, le berçait dans son berceau, la porte de la chambre s’ouvrit, et la Dame Noire parut sur le seuil, tenant à la main un rameau d’érable desséché ; Roschen voulut crier, mais la Dame Noire mit un doigt sur sa bouche, et Roschen, craignant d’irriter l’apparition, resta muette et immobile, les yeux fixés sur elle. La Dame Noire alors s’approcha du lit d’un pas lent et qui n’avait aucun écho.
Arrivée à l’enfant, elle joignit les mains, pria un instant tout bas, puis, après l’avoir embrassé au front :
– Roschen, dit-elle à la pauvre mère tout effrayée, prends cette branche sèche et qui vient de l’érable même dont est fait le berceau de ton fils, garde-la avec soin, et dès que ton enfant aura atteint sa seizième année, mets-la dans l’eau pure, puis, quand sur cette branche auront repoussé les feuilles et les fleurs, donne-la à ton fils, et qu’il aille avec elle toucher la porte de la tour du côté de l’Orient, ce sera pour son bonheur et pour ma délivrance.
Puis, à ces mots, laissant la branche sèche aux mains de Roschen, la Dame Noire disparut.
L’enfant grandit et devint un beau jeune homme ; en tout ce qu’il faisait, un bon génie semblait le garder ; de temps en temps Roschen jetait les yeux sur la branche d’érable qu’elle avait mise au-dessous du crucifix, avec les buis bénits des dimanches des Rameaux. Et comme la branche se desséchait de plus en plus, elle secouait la tête, en doutant qu’un rameau si desséché pût jamais porter ni feuilles ni fleurs.
Cependant, le jour même où son fils eut seize ans, elle n’en obéit pas moins aux injonctions de la Dame Noire, et prenant la branche au-dessous du crucifix, elle alla la planter au milieu d’une source d’eau vive qui coulait dans le jardin.
Le lendemain, elle alla visiter le rameau, et il lui sembla que la sève commençait à se glisser sous l’écorce ; le surlendemain, elle vit poindre les bourgeons, le jour d’après les bourgeons s’ouvrirent, puis les feuilles grandirent, les fleurs parurent, et au bout de huit jours que la branche était dans la source, on eût dit qu’on venait de la cueillir à l’érable voisin.
Alors Roschen prit son fils, le conduisit à la source, et lui raconta ce qui s’était passé le jour de sa naissance. Le jeune homme, aventureux comme un chevalier errant, prit aussitôt la branche, et s’inclinant devant sa mère, il lui demanda sa bénédiction, car il voulait tenter l’aventure à l’instant même. Roschen le bénit, et le jeune homme s’achemina aussitôt vers les ruines.
C’était au moment de la journée où le soleil en s’abaissant à l’horizon fait monter l’ombre des endroits profonds aux endroits élevés. Le jeune homme, tout brave qu’il était, n’était point exempt de cette inquiétude qu’éprouve l’homme le plus courageux au moment où il va au-devant d’un évènement surnaturel et inattendu ; en mettant le pied dans les ruines, son coeur battait si fort qu’il s’arrêta un instant pour respirer. Le soleil alors était caché tout à fait, et l’obscurité commençait à atteindre le pied des murailles, dont les derniers rayons du jour doraient encore le sommet.
Le jeune homme s’avança, son rameau d’érable à la main, vers la tour de l’Orient, et à l’orient de la tour il trouva une porte ; il y frappa trois coups, et au troisième coup la porte s’ouvrit, et la Dame Noire parut sur le seuil. Le jeune homme fit malgré lui un pas en arrière, mais l’apparition étendit la main vers lui, et d’une voix douce et avec un visage souriant :
– N’aie point peur, jeune homme, lui dit-elle, car ce jour est un jour heureux pour toi et pour moi.
– Mais qui êtes-vous, madame, et ne puis-je savoir quel est le service que je vous ai rendu ?
– Je suis la dame de ce château, reprit le fantôme, et comme tu le vois, notre sort est le même ; il n’est plus qu’une ruine et je ne suis plus qu’une ombre. Jeune, je fus fiancée au jeune comte de Windeck, qui demeurait à quelques lieues d’ici, dans le château dont les débris portent encore son nom. Après m’avoir dit qu’il m’aimait, après s’être assuré que je partageais son amour, il m’abandonna pour une autre femme dont il devint l’époux ; mais leur bonheur ne fut pas de longue durée. Le comte de Windeck était ambitieux ; il entra dans la ligue contre l’empereur, et il fut tué dans un combat où son parti fut vaincu ; alors les impériaux se répandirent dans les montagnes, pillant, brûlant les châteaux de leurs ennemis. Le château de Windeck fut pillé et brûlé comme les autres, et la jeune comtesse se sauva, son enfant dans les bras ; mais bientôt épuisée de fatigue, elle cueillit une branche d’érable pour soutenir sa marche. Elle avait vu de loin les tours du château que j’habitais, et comme elle ignorait ce qui s’était passé entre moi et son mari, elle venait me demander l’hospitalité ; mais si elle ne me connaissait pas, je la connaissais, moi ; je l’avais vue passer dans une chasse, enivrée d’amour, ardente au plaisir, suivie au loin de beaux jeunes gens, qui, échos de mon ingrat amant, lui disaient qu’elle était belle. À sa vue, au lieu de prendre pitié d’elle comme devait le faire une chrétienne, toute ma haine se réveilla. Je la vis avec joie écrasée sous le poids de son fardeau maternel, monter les pieds nus et déchirés à travers le sentier rocailleux qui conduisait à la porte de mon château. Mais bientôt elle s’arrêta sur le plateau qui domine cette pièce d’eau sombre que tu vois ; par un dernier effort, enfonçant son bâton en terre pour s’appuyer dessus, elle tendit vers moi ses deux bras chargés de son fils, et mourante, se laissa tomber sans force et serrant encore son pauvre enfant sur sa poitrine. Alors, oui, je le sais bien, j’aurais dû descendre de mon balcon, j’aurais dû aller à elle, la relever dans mes bras, la soutenir sur mon épaule, la conduire en ce château et en faire ma soeur. C’eût été beau et charitable devant Dieu ; oui, je le sais, mais j’étais jalouse du comte, même après sa mort. Je voulus me venger sur sa pauvre femme innocente de ce que j’avais souffert. J’appelai mes valets, et je leur ordonnai de la chasser comme une bohémienne. Hélas ! ils m’obéirent : je les vis s’approcher d’elle, l’insulter, lui dénier jusqu’à cette couche de terre où elle reposait un instant ses membres fatigués. Alors, elle se releva folle, insensée, et prenant son enfant dans ses bras, je la vis courir tout échevelée vers le rocher qui domine le lac, monter jusqu’à son sommet, puis jetant une malédiction terrible sur moi, se précipiter dans l’eau, elle et son enfant. Je poussai un cri. En ce moment je me repentis, mais il était trop tard. La malédiction de ma victime était montée jusqu’au trône de Dieu. Elle avait crié vengeance, et vengeance devait être faite.
» Le lendemain, un pêcheur en jetant ses filets dans le lac en tira la mère et l’enfant qui se tenaient encore embrassés. Comme selon le rapport de mes valets elle avait attenté elle-même à sa vie, le chapelain du château refusa de l’enterrer en terre sainte, et elle fut déposée à l’endroit même où elle avait enfoncé son bâton d’érable ; bientôt ce bâton, qui était vert encore, prit racine, et, au printemps suivant, il portait des fruits et des fleurs.
» Quant à moi, dévorée de repentir, sans tranquillité pendant mes jours, sans repos pendant mes nuits, je passais mon temps à prier, agenouillée dans la chapelle, ou à errer autour du château. Peu à peu je sentis ma santé s’affaiblir, et j’eus la conscience que j’étais atteinte d’une maladie mortelle. Bientôt une langueur insurmontable s’empara de moi et me força de garder le lit. On fit venir les meilleurs médecins de l’Allemagne, mais tous secouaient la tête en me regardant, et disaient : « Nous n’y pouvons rien, la main de Dieu est sur elle. » Ils avaient raison, j’étais condamnée. Et le jour anniversaire de la troisième année où était morte la comtesse, je mourus à mon tour. On me revêtit de ma robe noire, que je portais toujours, afin, comme je l’avais recommandé, de porter même après ma mort le deuil de mon crime ; et comme, toute coupable que j’étais, on m’avait vu mourir en sainte, on me déposa dans la chapelle funéraire de ma famille, et l’on scella sur moi la pierre de ma tombe.
» La nuit même du jour où je m’y étais couchée, il me sembla, au milieu de mon sommeil mortel, entendre sonner l’heure à l’horloge de la chapelle. Je comptai les coups du battant, et je l’entendis frapper douze fois.
» Au dernier coup, il me sembla qu’une voix me disait à l’oreille :
» – Femme, lève-toi.
» Je reconnus la voix de Dieu et je m’écriai :
» – Seigneur ! Seigneur ! ne suis-je donc pas morte, et quand je croyais être à jamais endormie dans votre miséricorde, allez-vous me rendre à la vie ?
» – Non, dit la même voix, ne crains rien, on ne vit qu’une fois ; oui, tu es bien morte, mais avant d’implorer ma miséricorde, il faut que tu satisfasses à ma justice.
» – Mon Dieu, Seigneur ! m’écriai-je tout en frissonnant, qu’allez-vous ordonner de moi ?
» – Tu erreras, pauvre âme en peine, répondit la voix, jusqu’à ce que l’érable qui ombrage la tombe de la comtesse soit assez gros pour fournir les planches du berceau de l’enfant qui doit te délivrer. Lève-toi donc de la tombe et accomplis ton jugement.
» Alors, du bout de mon doigt je levai la pierre de mon sépulcre, et je descendis pâle, froide, inanimée, et j’errai ainsi autour de mon château jusqu’à ce que se fit entendre le premier chant du coq ; aussitôt, de moi-même, et comme poussée par un bras irrésistible, je rentrai dans cette tour dont la porte s’ouvrit toute seule devant moi, et je me couchai dans mon tombeau, dont le couvercle se referma de lui-même. La seconde nuit ce fut la même chose, et toutes les nuits qui suivirent la seconde nuit, il en fut ainsi.
» Cela dura près de trois siècles. Je vis chaque année tomber une à une toutes les pierres du château, et pousser une à une toutes les branches de l’érable. Enfin, du bâtiment et des quatre tours, il ne resta que celle-ci ; enfin, l’arbre grandit et grossit au point que je vis l’heure de ma délivrance approcher.
» Un jour ton père vint une hache à la main. L’érable, qui jusque-là avait résisté à l’acier le plus tranchant, amolli par moi, céda au fer de sa cognée ; à ma prière, il fit du tronc un berceau où tu fus couché le jour de ta naissance.
» Le Seigneur m’a tenu parole, le Seigneur soit béni, car il est puissant et miséricordieux.
Le jeune homme se signa.
– Et maintenant, dit-il, ne me reste-t-il rien à faire ?
– Si fait, répondit la Dame Noire, si fait, jeune homme, il vous reste à achever votre oeuvre.
– Ordonnez, madame, dit le jeune homme, et j’obéirai.
– Creusez au pied de l’érable, et vous trouverez les ossements de la comtesse de Windeck et de son fils ; faites enterrer ces ossements en terre sainte, et quand ils seront enterrés, levez la pierre de mon tombeau, mettez-moi un rameau de buis béni de la dernière Pâque dans la main, et faites sceller hardiment le couvercle, car je ne le soulèverai plus qu’au jour du jugement dernier.
– Mais comment reconnaîtrai-je votre tombeau ?
– C’est le troisième à droite en entrant ; d’ailleurs, ajouta la Dame Noire en étendant vers le jeune homme une main qui eût été parfaite sans son extrême pâleur, regardez cette bague, vous la reconnaîtrez à mon doigt.
Le jeune homme regarda et vit une escarboucle si pure qu’elle éclairait non seulement la main de la dame, mais encore son beau et mélancolique visage, auquel, comme à la main, on ne pouvait reprocher qu’une trop grande blancheur.
– Il sera fait comme vous le désirez, dit le jeune homme en couvrant ses yeux avec sa main, ébloui qu’il était par les feux que jetait l’escarboucle, et cela dès demain matin.
– Ainsi soit-il ! répondit la Dame Noire.
Et elle disparut comme si elle s’était abîmée dans la terre.
Le jeune homme sentit bien qu’il venait de se passer quelque chose d’étrange, il retira sa main de dessus ses yeux et regarda autour de lui, mais il était seul au milieu des ruines, son rameau d’érable à la main, en face de la porte de la tour de l’Orient, et cette porte était fermée.
Le jeune homme revint chez lui, et raconta tout à son père et à sa mère, qui reconnurent la main de Dieu dans tout cela ; le lendemain, on prévint le curé d’Achern, qui se rendit à l’endroit indiqué par le jeune homme, chantant le Magnificat, tandis que deux fossoyeurs creusaient au pied de l’érable. À cinq ou six pieds de profondeur, comme l’avait dit la Dame Noire, on trouva les deux squelettes, les os des bras de la mère serraient encore l’enfant contre les os de sa poitrine.
Le même jour, la comtesse et son fils furent inhumés en terre sainte.
Puis, en sortant de l’église, le jeune homme prit au-dessous du crucifix un rameau béni à la dernière Pâque, et appelant deux de ses amis dont l’un était maçon et l’autre serrurier, il les emmena avec lui vers la tour de l’Orient. Quand ils virent où on les conduisait, les deux compagnons hésitèrent, mais le jeune homme leur dit avec une telle confiance qu’en lui obéissant ils obéissaient à Dieu lui-même, qu’ils n’hésitèrent plus et le suivirent.
En arrivant à la porte de la tour, le jeune homme s’aperçut qu’il avait oublié le rameau d’érable avec lequel il l’avait touchée la veille, mais il pensa que son rameau bénit aurait sans doute la même puissance ; il ne se trompait pas. À peine du bout de la branche sèche eut-il effleuré la porte massive qu’elle tourna sur ses gonds, comme si un géant l’eut poussée, et que l’escalier s’offrit à lui et à ses deux compagnons.
Alors ils allumèrent chacun une torche dont ils s’étaient munis à l’avance, et descendirent : à la vingtième marche, ils se trouvèrent dans le caveau.
Le jeune homme marcha droit au troisième tombeau, et appela ses deux compagnons pour qu’ils l’aidassent à en soulever le couvercle ; encore une fois ils hésitèrent, mais leur camarade leur assura que ce qu’ils allaient faire, au lieu d’être une profanation, était une piété, ils réunirent donc leurs efforts aux siens, et découvrirent la tombe.
Elle renfermait un squelette décharné dans lequel le jeune homme hésita d’abord à reconnaître cette belle femme qui lui avait parlé la veille, et à laquelle, comme nous l’avons dit, on ne pouvait reprocher qu’une trop grande pâleur. Mais à l’os de son doigt, il vit briller cette escarboucle si magnifique qu’il n’y en avait pas deux pareilles au monde ; il lui mit donc à la main le rameau bénit et, refermant la pierre de la tombe, il invita ses deux amis à la sceller le plus solidement qu’il leur était possible. Les deux compagnons obéirent.
C’est dans cette tombe, que l’on montre encore aux voyageurs assez courageux pour se hasarder sous les voûtes croulantes de la chapelle souterraine, que repose la dame Noire, dans l’attente du dernier jugement.

Alexandre DUMAS, Excursions sur les bords du Rhin, 1841.

Recueilli par Francis Lacassin dans
Contes et légendes des grands chemins,
Édition établie et préparée par
Francis Lacassin, Bartillat, 2000.

Illustration : Victor Hugo, Le Gai Château, 1897

LA LORELEI - PARTIE 5/5

Publié le 12/11/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LA LORELEI - PARTIE 5/5
La Lorelei à travers plusieurs poèmes allemands et français des 19e et 20e siècles

Partie 5/5 - Le mythe détourné

Erich KÄSTNER (1899-1974) est un célèbre écrivain allemand né à Dresde. Il est connu en France notamment pour ses romans pour la jeunesse (Emile et les détectives, 1929).

En 1932, il écrivit un poème ironique sur la Lorelei, inspiré du poème de HEINE :

Der Handstand auf der Loreley

Nach einer wahren Begebenheit 1932

Die Loreley, bekannt als Fee und Felsen,
ist jener Fleck am Rhein, nicht weit von Bingen,
wo früher Schiffer mit verdrehten Hälsen,
von blonden Haaren schwärmend, untergingen.

Wir wandeln uns. Die Schiffer inbegriffen.
Der Rhein ist reguliert und eingedämmt.
Die Zeit vergeht. Man stirbt nicht mehr beim Schiffen,
bloß weil ein blondes Weib sich dauernd kämmt.

Nichtsdestotrotz geschieht auch heutzutage
noch manches, was der Steinzeit ähnlich sieht.
So alt ist keine deutsche Heldensage,
daß sie nicht doch noch Helden nach sich zieht.

Erst neulich machte auf der Loreley
hoch überm Rhein ein Turner einen Handstand!
Von allen Dampfern tönte Angstgeschrei,
als er kopfüber oben auf der Wand stand.

Er stand, als ob er auf dem Barren stünde.
Mit hohlem Kreuz. Und lustbetonten Zügen.
Man frage nicht: Was hatte er für Gründe?
Er war ein Held. Das dürfte wohl genügen.

Er stand, verkehrt, im Abendsonnenscheine.
Da trübte Wehmut seinen Turnerblick.
Er dachte an die Loreley von Heine.
Und stürzte ab. Und brach sich das Genick.

Er starb als Held. Man muß ihn nicht beweinen.
Sein Handstand war vom Schicksal überstrahlt.
Ein Augenblick mit zwei gehobnen Beinen
ist nicht zu teuer mit dem Tod bezahlt!

P.S. Eins wäre allerdings noch nachzutragen:
Der Turner hinterließ uns Frau und Kind.
Hinwiederum, man soll sie nicht beklagen.
Weil im Bezirk der Helden und der Sagen
die Überlebenden nicht wichtig sind.
***

Le poème est composé de huit strophes (sept quatrains et un quintil en post-scriptum). Comme BRENTANO dans sa ballade de 1801 et HEINE, il utilise des quatrains et les rimes sont croisées. Si KÄSTNER reprend à ses prédécesseurs la forme du poème, il se détache du fond et adopte dès le départ un ton sarcastique.

Il raconte une histoire totalement décalée : un gymnaste fait un appui tendu renversé (« Handstand ») sur le rocher de la Lorelei, et, alors qu’il pense à la Lorelei, tombe, se brise la nuque et meurt.

L’auteur précise, en dessous du titre, « Nach einer wahren Begebenheit » (d’après un véritable événement).

La première strophe reprend avec des raccourcis la légende de HEINE. Tous les mots-clés s’y trouvent rassemblés : « Loreley », « Fee » (fée), « Felsen » (rocher), « Rhein » (Rhin), « Schiffer » (batelier), « blonden Haaren » (cheveux blonds), « untergingen » (coulaient). Le choix des mots « verdrehten Hälsen » (les cous tordus) et « schwärmend » (s’extasiant) montrent que l’auteur se moque des bateliers.

Dans la deuxième strophe, il dit que nous nous transformons, y compris les bateliers. Les flots du Rhin sont régulés et endigués. Le temps passe. Il se moque cette fois de la Lorelei :
« Man stirbt nicht mehr beim Schiffen,
bloß weil ein blondes Weib sich dauernd kämmt. »
On ne meurt plus, en navigant, simplement parce qu’une femme blonde se peigne en permanence.

Dans la troisième strophe, il estime que, néanmoins, il se passe aussi de nos jours beaucoup de choses qui font penser à l’âge de pierre (« Steinzeit ») et il ajoute qu’aucune épopée allemande n’est aussi vieille [que l’âge de pierre].

L’histoire du gymnaste commence avec la quatrième strophe, alors qu’il faisait un A.T.R., sans tenir compte des mises en garde des bateaux à vapeur, desquels résonnait un « cri d’angoisse ». Elle se poursuit jusqu’à la fin de la strophe sept. Son destin tragique fait de lui un héros. Tout au long des strophes suivantes, KÄSTNER ironise beaucoup sur la notion de héros.

Dans la cinquième strophe, il affirme qu’un héros agit sans raison :
« Man frage nicht: Was hatte er für Gründe?
Er war ein Held. Das dürfte wohl genügen. »
On ne demande pas : quelles étaient ses raisons ?
Il était un héros. Cela devrait bien suffire.

Dans la sixième strophe, l’auteur fait une allusion indirecte au poème de Heine en évoquant le soleil couchant (« Abendsonnenscheine »). Il ajoute que le gymnaste, troublé par la mélancolie, pensait à la Lorelei de Heine avant de chuter et de se briser la nuque.

C’est dans la septième strophe qu’il se moque le plus du gymnaste et de l’inutilité de son acte héroïque et fatal :
« Er starb als Held. Man muß ihn nicht beweinen. »
Il mourut en héros. On ne doit pas le pleurer.
« Ein Augenblick mit zwei gehobnen Beinen
ist nicht zu teuer mit dem Tod bezahlt! »
Un instant avec les deux jambes en l’air
ce n’est pas trop cher payé pour mourir !

Dans la dernière strophe, un post-scriptum, l’auteur précise que le gymnaste nous laissa une femme et un enfant. Il conclut, toujours avec causticité, en disant qu’on ne doit pas les plaindre, car, lorsqu’il s’agit de héros et de légendes, les survivants n’ont aucune importance.

Pour comprendre ce poème, il faut le replacer dans son contexte historique : il a été écrit en 1932, alors qu’Hitler est en pleine ascension politique. Or, la compétition sportive, tout comme les héros germaniques, étaient utilisés par les nazis pour exciter les sentiments patriotiques…

Illustration : le rocher de la Lorelei

Rachel GIBERT, pour la réunion du 21 septembre 2008

SONNET

Publié le 05/11/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
SONNET
SONNET

De Félix Arvers (1806-1850)


Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.


Hélas ! J’aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.


Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d'amour élevé sur ses pas.


À l'austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle
" Quelle est donc cette femme ? " Et ne comprendra pas.


Illustration : Linda Bergkvist



LA LORELEI - PARTIE 4/5

Publié le 03/11/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LA LORELEI - PARTIE 4/5
La Lorelei à travers plusieurs poèmes allemands et français des 19e et 20e siècles

Partie 4/5 - Retour aux sources

Le poète Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918) a été précepteur en Allemagne en 1901 et 1902. Son séjour l’a inspiré dans l’écriture d’une partie, intitulée Rhénanes, de son recueil, Alcools, paru en 1913. Elle comprend plusieurs poèmes évoquant l’outre-Rhin, dont le poème La Loreley.

Dans La Loreley, APOLLINAIRE reprend très fidèlement l’histoire de la ballade du Godwi de BRENTANO, si bien qu’on aurait presque l’impression de lire une traduction. Pourtant, lorsqu’on y regarde de plus près, il y a de nombreuses différences, sur le fond et surtout sur la forme. Plus on avance dans la lecture du poème, plus les divergences s’accroissent :

La Loreley

A Jean sève

A Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l'évêque la fit citer
D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon cœur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
Mon cœur me fit si mal du jour où il s'en alla

L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

Va-t’en Lore en folie va Lore aux yeux tremblants
Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

Là-haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là-bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

Mon cœur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil
***

La poésie se compose de dix-neuf strophes de deux vers (distiques). Les rimes sont plates. Les vers n’ont pas tous le même nombre de pieds et il n’y a aucune ponctuation. Bien que s’inspirant de la ballade du Godwi de BRENTANO, APOLLINAIRE n’a pas conservé la forme originale du poème (quatrains, rimes croisées, etc.).

Dans le premier vers, APOLLINAIRE utilise « il y avait », tournure qui fait penser à « il était une fois ». Il associe des termes à contre-courant de la symbolique habituelle : « sorcière » et « blonde ».

L’auteur utilise, dans le deuxième vers, le verbe laisser (« laissait mourir d’amour ») qui évoque la passivité, l’indifférence, alors qu’il n’en est rien. Il s’agit plutôt d’impuissance.

Comme BRENTANO, mais dans une moindre mesure, toutefois, Guillaume APOLLINAIRE utilise des termes liés à la magie pour décrire l’effet que la Lorelei produit sur les hommes :
« sorcière » (vers 1)
« magicien » (vers 6)
« sorcellerie » (vers 6 et 10)
« ensorcelé » (vers 12)

Parallèlement, il emploie de nombreux termes liés à la religion, comme BRENTANO le fait d’ailleurs déjà dans sa ballade :
« évêque » (vers 3, 8, 13, 21)
« absolvit » (vers4)
« maudits » (vers 7)
« Priez » (vers 13)
« Vierge » (vers 13, 30)
« Dieu » (vers 14)
« couvent » (vers 22, 30)
« nonne » (vers 24)
Il est à noter qu’« absolvit » n’existe pas. Absoudre ne se conjugue pas au passé simple.

Contrairement à Clemens BRENTANO, APOLLINAIRE évoque fréquemment les yeux de la Lorelei et ceci tout au long du poème :
« Loreley aux yeux pleins de pierreries » (vers 5)
« mes yeux sont maudits » (vers 7)
« Mes yeux sont des flammes et non des pierreries » (vers 9)
« Lore aux yeux tremblants » (vers 23)
« ses yeux brillaient comme des astres » (vers 26)
« Ses yeux couleur du Rhin » (vers 38)
APOLLINAIRE oppose les pierreries, considérées comme inoffensives, au flammes destructrices. Quant à BRENTANO, il ne compare à aucun moment les yeux de la Lorelei à des pierreries.

Dans les deux poèmes, la beauté de la Lorelei est liée essentiellement à ses yeux et à ses cheveux. Sa description physique se limite à ces deux éléments.

Comme son prédécesseur, APOLLINAIRE parle d’un amour qui consume :
« flammes » (3 fois, vers 9, 10, 11)
« flambe » (vers 11)

L’auteur joue beaucoup avec les sonorités :
« riez Priez » (vers 13)

APOLLINAIRE répète à trois reprises des tournures de phrases identiques ou presque :
« Mon cœur me fait si mal » (vers 17 et 19)
« Mon cœur me fit si mal » (vers 20)
Leur répétition fait penser à un triple écho. Juste après viennent les « trois » chevaliers. BRENTANO évoquait également dans sa ballade un écho qui se répétait trois fois, alors que dans Rheinmärchen, il se répétait sept fois, comme dans la réalité.

Vers la fin, le poète parle de la folie de la jeune femme, alors que BRENTANO n’insiste pas autant sur ce fait :
« cette femme en démence » (vers 22)
« Va-t’en Lore en folie » (vers 23)
Lorsqu’elle affirme que son amant l’appelle, la Lorelei a très probablement une hallucination.

Le vers :
« Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc » (vers 24)
Trouve son écho dans :
« Puis j’irais au couvent des vierges et des veuves » (vers 30)
« noir » est lié à « veuves » et « blanc » à « vierges ».

Les deux vers suivants sont des éléments clés du poème :
« Si je me regardais il faudrait que j’en meure » (vers 18)
« Elle se penche alors et tombe dans le Rhin
Pour avoir vu dans l’eau la belle Loreley » (vers 36 et 37)
La véritable cause de sa mort n’est pas la noyade, mais le fait d’avoir vu son reflet dans l’eau. On peut penser à Narcisse qui se laisse dépérir après avoir vu son image. BRENTANO avait utilisé le même procédé (l’allusion à l’issue fatale) dans sa ballade.

Le phénomène d’écho qui se manifeste au niveau du célèbre rocher est rendu ici par des mots ou des sonorités qui renvoient les uns aux autres tout au long du poème.

Illustration : Emil KRUPA-KRUPINSKI (1872-1924), Lorelei, 1899

Rachel GIBERT, pour la réunion du 21 septembre 2008

INVOCATION A LA LUNE

Publié le 29/10/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
INVOCATION A LA LUNE
Invocation à la lune


De Pierre BAOUR-LORMIAN (1770-1854)


Ainsi qu'une jeune beauté
Silencieuse et solitaire,
Des flancs du nuage argenté
La lune sort avec mystère.

Fille aimable du ciel, à pas lents et sans bruit,
Tu glisses dans les airs où brille ta couronne,
Et ton passage s'environne
Du cortège pompeux des soleils de la nuit.

Que fais-tu loin de nous, quand l'aube blanchissante
Efface à nos yeux attristés
Ton sourire charmant et tes molles clartés ?
Vas-tu, comme Ossian, plaintive, gémissante,
Dans l'asile de la douleur
Ensevelir ta beauté languissante ?

Fille aimable du ciel, connais-tu le malheur ?
Maintenant revêtu de toute sa lumière,
Ton char voluptueux roule au-dessus des monts :
Prolonge, s'il se peut, le cours de ta carrière,
Et verse sur les mers tes paisibles rayons.





LORELEI - Partie 3/5

Publié le 25/10/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LORELEI - Partie 3/5
La Lorelei à travers plusieurs poèmes allemands et français des 19e et 20e siècles

Partie 3/5 - Le fantôme

Heinrich HEINE (1797-1856) est un célèbre poète et journaliste allemand de confession juive né à Düsseldorf.

En 1827, il publia le Buch der Lieder (Die Heimkehr, II), où il reprend le personnage créé par BRENTANO et lui fait prendre une nouvelle direction. Cette Lorelei fait partie des plus célèbres :

Ich weiß nicht was soll es bedeuten

Ich weiß nicht was soll es bedeuten,
Daß ich so traurig bin;
Ein Märchen aus alten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.

Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt
Im Abendsonnenschein.

Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar;
Ihr goldnes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar.

Sie kämmt es mit goldenem Kamme
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewaltige Melodei.

Den Schiffer im kleinen Schiffe
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh.

Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn;
Und das hat mit ihrem Singen
Die Lore-Ley getan.
***

Mon Cœur, pourquoi ces noirs présages ?
Je suis triste à mourir.
Une histoire des anciens âges
Hante mon Souvenir.

Déjà l’air fraîchit, le soir tombe,
Sur le Rhin, flot grondant ;
Seul, un haut rocher qui surplombe
Brille aux feux du couchant.

Là-haut, des nymphes la plus belle,
Assise, rêve encore ;
Sa main, où la bague étincelle,
Peigne ses cheveux d’or.

Le peigne est magique. Elle chante,
Timbre étrange et vainqueur,
Tremblez fuyez ! la voix touchante
Ensorcelle le cœur.

Dans sa barque, l’homme qui passe,
Pris d’un soudain transport,
Sans le voir, les yeux dans l’espace,
Vient sur l’écueil de mort.

L’écueil brise, le gouffre enserre,
La nacelle est noyée,
Et voila le mal que peut faire
Loreley sur son rocher.
***

Remarque : le poème en français n’est pas une traduction littérale. Il semblerait qu’elle soit également de l’auteur.

Ich weiß nicht was soll es bedeuten a été mis en musique par Friedrich SILCHER (1789-1860).

Le poème se compose de vingt-quatre vers répartis en six quatrains. Les rimes sont croisées. La forme est assez proche de celle de la ballade du Godwi de BRENTANO : il s’agit également de quatrains, les rimes sont croisées et les vers sont de longueur similaire.

Première strophe : état d’esprit du narrateur

Je ne sais pas pourquoi,
Je suis si triste ;
Un conte des temps anciens,
Ne sort pas de mon esprit.

L’auteur est mélancolique, état d’esprit romantique par excellence. L’histoire de la Lorelei est assimilée à un conte des anciens temps, alors qu’elle n’a à l’époque que 26 ans. Ceci contribue à l’ancrer dans la légende.

Deuxième strophe : description du paysage

L’air est frais et il commence à faire sombre,
Et le Rhin coule tranquillement ;
Le sommet de la montagne étincelle
Dans le soleil couchant.

Les sens sont ici mis à contribution : le toucher, avec la température de l’air, la vue, l’ouïe, avec le bruit de l’eau du Rhin. Tout semble paisible.

Troisième strophe : description physique de la Lorelei

La plus belle des vierges est assise
La-haut, merveilleuse ;
Sa parure de bijoux en or étincèle,
Elle peigne ses cheveux d’or.

L’auteur décrit la beauté de la Lorelei avec des termes forts (« die schönste Jungfrau », la plus belle des vierges, « wunderbar », merveilleuse) et insiste sur l’or (« goldnes Geschmeide », parure de bijoux en or, « goldenes Haar », cheveux d’or).

Quatrième strophe : évocation de son chant

Elle les peigne avec un peigne en or
En chantant une chanson ;
Qui a une étrange,
Et puissante mélodie.

L’or apparaît encore (« goldenem Kamme », peigne en or). L’auteur parle de son chant, dont on peut deviner par les termes employés qu’il a des pouvoirs surnaturels.

Cinquième strophe : apparition du batelier

Le batelier dans son petit bateau
En est pris d’une douleur brutale ;
Il ne regarde pas les récifs,
Il ne regarde que vers là-haut dans les hauteurs.

L’effet du chant sur le batelier ressemble à un envoûtement. Alors que jusque-là tout avait l’air serein, apparaît la violence, avec « wildem Weh » (wild : sauvage ; Weh : douleur).

Sixième strophe : issue fatale

Je crois que les vagues engloutissent
A la fin batelier et barque ;
Et voilà ce qu’avec son chant
La Lore-Ley a fait.

Le courant entraîne le bateau qui s’échoue contre les récifs et le batelier meurt noyé. La Lorelei est considérée comme responsable de sa mort.

Les termes utilisés pour décrire la Lorelei sont proche de ceux employés pour parler du soleil :
« funkelt » étinceler, briller, lié au soleil
« blitzet » étinceler, luire, associé à la Lorelei
L’or, couleur du soleil, est évoqué pour dépeindre la Lorelei :
« goldnes Geschmeide », parure de bijoux en or, « goldenes Haar », cheveux d’or « goldenem Kamme », peigne en or
Cette analogie entre le soleil et la Lorelei est renforcée par le fait que la Lorelei est assise en hauteur, face au soleil couchant. L’auteur donne d’elle une impression de grandeur, non seulement du fait de sa position élevée, mais aussi en décrivant les bateaux comme étant petits.

La beauté est ici à la fois attirante et dangereuse, tout comme la nature. Ceci est également une caractéristique du romantisme allemand.

En ce qui concerne les sources d’inspiration, la Lorelei de HEINE se rapproche des sirènes, car elle ensorcelle les navigateurs par son chant et cause leur noyade. Comme BRENTANO, HEINE puise dans les Métamorphoses d’Ovide et plus particulièrement dans le mythe de Narcisse : la Lorelei peut être considérée comme narcissique, car elle passe son temps à se peigner.

On peut penser que cette Lorelei, que semble peu touchée par le monde extérieur, est le fantôme de celle du Godwi de BRENTANO, revenue sur les lieux de sa mort pour y guetter le retour de son amant.

Illustration : Johan KÖLER (1826-1899), Lorelei needmine munkade poolt, 1887

Rachel GIBERT, pour la réunion du 21 septembre 2008

FO/VEA

Publié le 22/10/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
FO/VEA
FO/VEA

De Léa Silhol


Léa Silhol est l’auteur de plusieurs romans et de nombreuses nouvelles. Elle a créé un univers qui lui est propre, peut-être même une véritable mythologie. FO/VEA est très représentatif de cette facette de ses écrits. Il s’agit d’un recueil de nouvelles qu’on pourrait qualifier d’expérimental. Les nouvelles appartiennent à des genres divers - la fantasy, le conte fantastico-gothique – et sont, pour ainsi dire, « mises en scène » par une architecture singulière : des schémas, des symboles, des avertissements, des illustrations…

FO/VEA réjouira les lecteurs qui avaient apprécié la nouvelle « Lucifer Opiomane » déjà parue dans Conversations avec la Mort (Editions de l'Oxymore, mai 2003, Montpellier, France) : elle s’insère ici dans une sorte de tryptique comprenant, outre Lucifer opiomane, « L’étoile, au matin » et « Father Lucifer », deux nouvelles mettant en scène Lucifer.

Autre triptyque, autre merveille : celui qui vient clore Fo/véa et met en scène des personnages bibliques : Judas, le Christ, des anges…

FO/VEA a également une dimension plus secrète, ainsi la mise en scène précédemment évoquée s’apparente-t-elle à un code d’accès, l’une des nouvelles étant même rédigée en écriture spéculaire (on ne peut la lire que dans un miroir). Cette dimension secrète est même intimiste : des artistes faisant partie de l’entourage de Léa Silhol (PFR, Estelle Valls de Gomis, Mad Youri) ont contribué à illustrer l’ouvrage, en outre on peut y lire une biographie de l’auteur (accompagnée d’une photo, ce qui est rare !).

A découvrir…


Arianne De Blenniac, pour la réunion du 21/09/08