NO TEARS
• Présentation : La naissance du groupe français No Tears se concrétise en 2001 par la rencontre entre Paul Fiction passionné du son cold si particulier des années 80 et de Filipe, un ami artiste/guitariste. Tout deux s’adjoignent les services de Vincent K (ex bassiste du groupe Cyanhide) et enfin d’Elsa une amie de ce dernier au chant. Le line-up ainsi formé sort deux titres sur une compilation (str8line record). En 2002 Elsa et Filipe décident de quitter le « navire ». Maintenant réduit en duo, nos deux « survivants » essayent pendant relativement longtemps mais sans succès d’auditionner plusieurs guitaristes, chanteurs et batteurs. Mais c’est seulement en 2003 qu’une rencontre fortuite se réalise avec deux « figures » incontournables de la scène cold Française de la fin des années 80, début des années 90. Kristian Dernoncourt tout d’abord (exBunkerstrass, Model Martial, l’Avis G 821 et Renaissance Noir) en tant que chanteur/auteur/compositeur et enfin de Dominique Oudiou (ex Neutral Project) comme auteur/compositeur/guitariste. Fernando Million venant compléter l’ensemble à l’été 2004 comme batteur. Pour finir été 2006 arrivent D-Lex, guitariste puis Olivier Rhein à la batterie afin de palier les départs de Dominique et Fernando. Concernant le nom du groupe, celui-ci vient d’une chanson daté de 1978 du groupe cold originaire de San Francisco : Tuexdomoon, adorant ce titre le groupe voulait posséder un nom original et ironique (en effet « ne pas pleurer, ne pas verser de larmes » alors que tout autour de nous nous incite au contraire…)
No Tears se composent actuellement de :
• Paul Fiction : Syntés/Guitare/Programmation
• Kristian Dernoncourt : Chant/Bass/Guitare
• Vincent K. : Bass
• D-Lex : Guitare
• Olivier Rhein : Batterie
• « Borderline » 1er CD 10 Titres sortit en Novembre 2004 :
Ce premier Album peut être considéré comme un pont entre passé et présent. En effet en intégrant Dom et Kristian au sein du groupe, le son de « Borderline » prend de suite une couleur musicale reconnaissable entre mille. Pour preuve c’est en reprenant d’anciens titres comme « Prisoner » de Neutral Project ainsi que « Tears » de Bunkerstrass puis enfin « Feast » et « l’Amour Froid » de Model Martial, que le ton général de l’album est donné mais toutes dans des versions revisitées. Néanmoins il existait avant l’arrivé de nos deux compositeurs de talent des titres déjà écrits et composés, ils seront juste réadaptés.
L’album s’ouvre par le titre musical « Void », l’ambiance est d’emblée pesante, basse lourde, guitare et synthé venant napper le tout d’un brouillard nostalgique et triste. L’auditeur est invité à faire le vide, à pratiquer une sorte de méditation intimiste…
Suit « Night Effect », le rythme s’accélère tout en restant sombrement efficace, considérons le comme une suite au précédent titre. La nuit marquant au fer rouge ses effets dans notre esprit par le rêve qui reste notre seule porte de sortie, notre seul espoir face au jour empreint d’absurdité et d’incompréhension. Mais qui sait, les rêves peuvent devenir réalités…
Entre en scène maintenant l’admirable « Prisoner » ! Le son continue sa rapide progression. Kristian scande « I’Am a prisoner », prisonnier de nos obsessions ? De la folie ambiante ? Du conformisme ? Peut-être de tout cela à la fois mais si nous étions tout simplement prisonnier de nous-même ? Quoi de mieux alors comme porte de sortie que le suicide ? « À demain l’exécution » chante No Tears…
Le titre suivant, certainement l’une des meilleures compositions de l’album entre en action, la basse attaque seule, la guitare ainsi que la batterie venant ensuite la rejoindre pour former une spirale émotionnelle intense. La voix est prenante, nous transmettant par son timbre particulier une forte dose d’émotion nous serrant à la gorge, puis subitement changement de ton, la musique s’accélère avec un tempo soutenu, le ton ce durci, des rires de dément viennent renforcer une impression de folie ambiante, serait-ce à cause des années charnières que représente l’adolescence ? Sombrer dans la tourmente et renaître de ses cendres pour affronter le monde adulte ?
Une subtile introduction de piano annonce l’entrée en scène d’un personnage troublant et charismatique : Sade…L’histoire qui nous est contée représente métaphoriquement une des perversions de l’homme et du réputé marquis : le sexe, ses dérives, sa cruauté. Jusqu’où sommes-nous capable d’aller pour assouvir nos pulsions ? Encore une nouvelle forme de folie, comment résister face à tout ce qui nous entoure et nous encourage à franchir le pas ?
Changeant complètement de rythme, No Tears nous invite maintenant dans une sorte d’hymne post punk avec l’excellent « Tears ». D’abord lente, inquiétante dès le départ, la musique s’affole nous entraînant dans une tourmente hypnotique nous laissant Ko mais malgré tout encore debout.
Pour ceux et celles qui ont connus de près ou de loin Yvon Million (créateur/chanteur) du défunt groupe Neutral Project, nous trouvons avec cette composition "Mauvaise Farce" le renvoi à une image fort émouvante, un vibrant hommage particulièrement sensible et envoûtant. Regret éternel…
« Madness » quant à lui ouvre le bal…des vampires ! Sonnant musicalement comme une ode torturée et sombre sans concession. Un nouvel aspect de la folie nous guette, comment étancher notre soif de sang et de pouvoir sur l’être humain ? Morsure d’éternité toute relative, notre conscience collective a du sang sur les mains…
Quoi de mieux après cet épisode « sanguinolent » que de faire la « Feast » ? Magnifique reprise, ce titre est d’emblée très soutenu, c’est une nouvelle envolée post punk qui nous cingle le visage, pénétrant avec force nos oreilles. Comme pour Sade le fil conducteur est représenté par les pourvoyeurs d’illusions et d’hypocrisies : les prêtres, entraînants dans leurs chants de prières la naïveté du commun des mortels. Mais pour leur donner le change les « gens » font semblant d’approuver et d’être heureux ! Alléluia la foi est sauve !
Pour conclure ce somptueux album nous retrouvons avec délectation cette nouvelle reprise de « l’Amour Froid », sorte de déclamation lancinante humaniste contre la guerre. Ce tourbillon sonore et textuel nous entraînant vers les abîmes d’une des facettes les plus « controversées » de l’âme humaine. Des notes de piano venant achever, à la fin du morceau la course frénétique et absurde d’une quête perdue d’avance. L’homme s’ennuierait-il à ce point pour exprimer en retour ses vils et primaires instincts par la haine de son prochain ? Combien de morts lui faudra t’il pour recouvrer la raison ? Peut-être jusqu’à son annihilation complète…Mais il sera alors trop tard !
• « Obsessions » 2éme CD 9 Titres sortit en Février 2008 :
Avec ce 2ème opus, No Tears nous propose une sonorité plus vive, plus dure, avec moins de concessions par rapport au premier album, les textes étant eux aussi dans la même veine, mais il reste toutefois une ombre sonore mélancolique planant au dessus de la mêlée chaotique des tourments humains. En effet cet album explore encore plus loin certaines obsessions : « des tortures de l’âme »…
« Afraid of » à l’honneur de faire débuter l’album. Une guitare accrocheuse et rapide distille avec entrain des saveurs « Curesques » presque planantes et absolument délectables ! Mais pourtant en opposition avec le thème abordé. Premier volet d’une des obsessions parcourant l’album, il est ici question de la mort, « sa » mort, comment l’aborder ? Doit-on en avoir peur ? Ou au contraire l’attendre sereinement ? Ou pire encore, avec envie ?
L’homme dans le titre « Joie Minimale » est jugé comme un criminel ayant perdu la tête dans sa quête inassouvie de pouvoir et de destruction, No Tears nous prend à témoins et nous pose cette question cruciale « Homme où est ton âme d’enfant ? ». La batterie soutient en rythme et avec force le texte, servie en plus par des guitares tout à la fois puissantes et légères, savant mélange alchimique d’une musique « Cold » réinventée !
Petit clin d’œil au fabuleux titre des Sisters of Mercy ? Peut-être mais quoi qu’il en soit « Possession » se démarque singulièrement des autres titres par son sublime envol émotionnel musical, certainement l’une des meilleurs compositions du groupe à ce jour ! Nous trouvons avec ce titre une invitation à vouloir danser avec la mort ou (mieux ?) encore d’avoir une relation charnelle avec elle ! Fusion de deux âmes tourmentées, violent pacte d’amour, désir ultime interrompu par cette aube cruelle, annonciatrice de dépit et de frustrations…
Partant sur un rythme rapide « A Wonderful Day » poursuit ensuite sa course musicale avec moins d’entrain, devenant plus lent, plus sombre aussi, pour finir son parcours par une nouvelle envolée sonore couronnée d’un chant haletant et persuasif. Ce titre explore un des méandres tortueux de l’amour, toujours côté sombre. Aimer fait mal quand une histoire arrive à sa conclusion, déchirure extrême, perte d’équilibre, tout peut basculer. Douleur profonde enchevillée au corps, comment ne pas tomber de l’autre côté du miroir, celui de la perversion, celui du rejet de soi, de ses principes. Tout vol en éclat…jusqu'à sa chute brutale.
Dès les premières notes de « Paradoxe » nous voyageons avec délices dans des contrées plus extrêmes : celle du Post Punk. Extension et complément du titre « Sade » sur le premier album ? Il découle du précédent titre comme une suite logique. Confiné dans sa folie perverse, le conteur nous décrit son malaise mais surtout sa complaisance dans la forme la plus abjecte et aboutie de l’amour : le sadomasochisme. ..
Arrivé au bout de son expérience, le vide absolu s’installe, le ton et le rythme musical s’en ressent immédiatement, « Réincarnation » est peut-être le chemin de la rédemption mais comment remonter la pente quand la foi est exsangue ? S’inventer un autre monde ? Encore un de plus…
« Sabbat » titre incantatoire par opposition aux précédents, s’emble être l’une des voies envisagée. Quoi de mieux en effet que des rituels étranges ? Avoir la sensation d’appartenir à un clan, une fratrie, un monde ou tous les péchés seraient absous dans le sang et la magie sectaire ! Le rêve parfait ? Pas sûr du tout… Nouvelle illusion encore plus pernicieuse et dangereuse que les autres. Descente aux enfers avec comme guide Satan, notre démon intérieur ?...
Savante alchimie musicale, le titre « 12 Drummer Drumming » se réfère subtilement à « Hanging garden » du groupe Cure ainsi qu’à l’univers intensément sombre de Neutral Project par son intonation vocale, son phrasé et sa musicalité. Une inquiétante atmosphère nous entraîne tout d’abord vers une chute lente, inexorable destin préparatoire à une mort certaine. Ensuite la musique s’accélère progressivement ainsi que le cœur, battements en suspension, horloge interne déréglée palpitant en une danse frénétique et désespérée. Le dernier coup, le douzième approche, un soleil noir (encore N.P. !) obscurcissant le ciel d’une vie arrivée au bout du rouleau. Las de toutes ses expériences restées vaines de succès, le conteur s’éteint lentement dans un roulement de tambour, dernier soubresaut, ultime fil de vie.
Epilogue : « In [can] décence » mélange à merveille la métaphore entre la mort et le sexe. Parcours initiatique et méthodique, nouvelle approche d’une relation torride pré-mortelle mais avec cette fois le suicide en bout de mire. Le conteur, l’arme du destin à la main, parviendra t’il à ses fins ? Musicalement proche d’un cri de détresse, semblant d’une finalité imminente, sorte de constatation lucide avec une impatience non feinte, le final est à la hauteur de nos espérances !
Conclusion :
Avec ces deux albums No Tears associe avec conviction et force un son cold renouvelé, renaissance maîtrisée et digérée d’un genre musical apparut à l’aube des années 80. No Tears évite admirablement les pièges de la redite avec beaucoup d’intelligence, la base est forcément présente mais le tout est subtilement saupoudré d’une fine couche de modernité. Agrémenté de textes d’une qualité d’écriture rare empreint d’une poésie tour à tour moderne et classique. No Tears mérite largement la reconnaissance de ses pairs afin d’éviter encore une fois (malédiction ou manque d’intelligence ?) de passer à côté d’un grand groupe Français. Quand l’on constate actuellement le « revival » New/cold Wave avec le film « Control » ainsi que les groupes tel que : The Killers, Block Party ou Editors (par exemple) qui récoltent les fruits du succès, la place est grande pour accueillir des groupes Français comme No Tears ! (faut- il être absolument Anglophone pour réussir ?). No Tears possède tout les ingrédients pour devenir un groupe majeur et incontournable de la scène cold Française mais aussi et au-delà de ce simple aspect hexagonal à transcender leurs forces et leurs destins pour devenir un acteur indispensable au paysage musical mondial. Souhaitons leurs d’avoir autant sinon plus de succès que l’un de leurs groupes de référence, les aînés de « Cure » (ah le génialissime hommage qu’est Robert’ eyes !) et d’envahir la planète de leurs sublimes mélodies… No Tears un groupe déjà culte !
Perceval.
Remarquable présentation pour toutes personnes ne connaissant pas la formation Cold wave.
Je dois dire que tout cette analyse est magnifiquement écrite et il est indéniale que la culture musicale est très présente.