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arcaneslyriques
Description du blog :
Cercle littéraire "Arcanes Lyriques" retranscription des réunions.
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
13.07.2007
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09.11.2009

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PARCE DOMINE

PARCE DOMINE

Publié le 11/06/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
PARCE DOMINE
PARCE DOMINE


D’Adolphe Willette


Parce Domine (réalisée en 1884) est l’une des œuvres du peintre, illustrateur, écrivain et caricaturiste français Adolphe Willette (dit Pierrot) né à Chalons sur Marne en 1837 et décédé en 1926 à Paris. Willette avait pour habitude de peindre des fresques et des vitraux, de dessiner des cartes postales, des affiches publicitaires et des couvertures de livres mais aussi surtout de décorer de nombreux cabarets et restaurants de la butte Montmartre.

Parce Domine, célèbre tableau du Musée Montmartre, constitue une œuvre énigmatique riche de sens et d’interprétations possibles. Sa farandole de personnages ambigus, aux visages rieurs ou profondément désespérés, intrigue et s’il s’agit d’une invitation à la danse très rapidement l’on se rend compte que cette danse est particulière et lourde de conséquences puisqu’elle présente des similitudes avec la Danse Macabre.
Mais avant d’aller plus loin sur son interprétation, interrogeons-nous d’abord sur son titre. Parce Domine, Parce Populo Tuo est un cantique composé par l’abbé J. Marbeuf qui servait notamment pour les saluts du saint sacrement au temps du carême. Ce cantique, composé de sept couplets et qui comprennent chacun l’évocation d’un désordre du monde, de la France, de la société ou d’un désordre causé par des chrétiens infidèles ; était une sorte d’exutoire où l’ensemble des péchés était révélé au grand jour. Ensuite les pécheurs demandaient au Christ son pardon, lui déclaraient leur amour et lui demandaient d’oublier leurs fautes.
Les péchés évoqués étaient souvent proches des péchés dits capitaux ajoutés à ceux-ci à d’autres péchés plus ou moins avouables.

Adolphe Willette s’est donc inspiré de ce cantique en représentant sur son tableau toutes les sortes de vices ou de péchés liés entre autre à la luxure, au plaisir de la chair, aux débordements de la fête, aux excentricités de toutes les classes sociales… Bref tout un éventail de personnages qui ne voient la vie qu’avec futilité et amusement sans se soucier d’autrui, de la religion ou des conventions sociales.
Mais si dans le cantique Parce Domine il est question de demande de pardon et donc d’oubli des fautes, le tableau de Willette est plus implacable et fataliste car il n’y a pas de pardon possible et chaque personnage est invité à entrer dans une danse qu’il ne pourra pas quitter vivant car seule la mort pourra les laver de leurs péchés.
C’est ainsi qu’on remarque sur cette œuvre profondément désespérée que la fin de la farandole (sur la gauche) s’achève par une mort certaine où ensuite les âmes des défunts sont transportés dans le ciel (dans les airs ou dans un fiacre conduit par d’étranges squelettes) sous une lune ressemblant trait pour trait à un crâne (spectateur privilégié des travers de l’homme).
On ne pourrait tout à fait déterminer si les personnages vont tout droit à cette mort de leur plein gré ou parce que c’est une destinée fatale aussi violente qu’évidente ou encore parce qu’ils sont entraînés par d’autres personnes aux desseins maléfiques ? Qui sont ces pierrots, des victimes comme les autres ou des acteurs oeuvrant pour la grande faucheuse ?

Willette joindra à son tableau un commentaire tout aussi noir pour expliquer ses préoccupations et sa vision de l’humanité :
« Les chats miaulent à l’amour/ les blanches communiantes sortent de leurs mansardes : c’est la misère ou la curiosité qui fait tomber leurs voiles sur la neige dont les toits sont recouverts. Aussitôt les pierrots noctambules cherchent à s’emparer de leur innocence par des moyens diaboliques./ De l’odéon au moulin de la galette, les voici partis pour la chasse aux minis Pinsons/ C’est avec de l’or ou de la poésie qu’ils tendent leurs pièges suivant qu’ils sont riches ou pauvres, bien qu’également pervers. Cependant que le vieux moulin moud des airs d’amour et de pitié./ Les ailes emportées de musique tournent au clair de la lune reflet de la mort./ Voici à présent la revanche de la fille séduite qui a jeté son bonnet par dessus les moulins/ La voilà qui entraîne, étourdit Pierrot dans un tourbillon de plaisir et de vices : c’est le Sabbat !/ Elle l’a ruiné, rendu fou, et l’accule au suicide./ Les vierges tristes et laides portent son cercueil, tandis que son âme libérée fera choix d’une étoile…/ Parce Domine, parce populo tuo…/ Le peuple des pierrots est toujours bien à plaindre ! »

De ce tableau, l’écrivain Léon Bloy écrira ces quelques notes : « Une nuit claire et neigeuse. Un moulin aux ailes immenses, le moulin solitaire et mélancolique de l’espérance des poètes, qui tourne toujours à vide et qui n’a jamais le plut petit grain de bonheur à moudre pour ces affamés. »

C’est donc une œuvre particulièrement mélancolique que nous propose Willette, comme une clameur de détresse lancé vers Dieu. Que ce soit à pied, en fiacre ou à cheval on rit, on chante, on joue de la guitare mais au bout du cortège, au bout de la vie, Pierrot une arme à la main se suicide et son cercueil disparaît dans un ciel de plus en plus sombre, accompagné d’une rangée de danseuses d’une extrême pâleur faisant davantage penser à des fantômes.
Les couleurs de cette toile sont obscures et tristes, jouant sur une harmonie de gris et d’ocres sombres.

Tous les personnages voués à l’enfer de la luxure sont marqués pour les quatre lupanars que sont : la curiosité, le plaisir, l’orgueil et l’avarice et ces terribles attirances les mènent inexorablement à leur perte. C’est une conception bien tragique de la vie et du cœur humain mais c’est aussi une conception plusieurs fois reprises dans la littérature (avec par exemple « Les chants de Maldoror » de Lautréamont) ou tout autre forme d’art. Ce qui lui donne alors son originalité c’est qu’elle illustre l’éternel duel de la poésie et de l’argent, autrement dit de la beauté sereine et gratuite, la beauté de l’art aux bienfaits que procure la réussite matérielle.
La poésie nous est alors présentée sous les traits de Pierrot qui ne croit plus que son existence soit amusante comme le montrait a contrario le Pierrot du peintre Watteau mais il aimerait pourtant y croire même s’il doit tuer pour y parvenir. Et la réussite matérielle nous apparaît par les vêtements tant soignés de tous ces personnages burlesques, de leurs bijoux et autres artifices devenus inutiles devant le grand inquisiteur que représente la mort.
La mort fauche alors à tour de bras que ce soit les riches pour les punir de toutes leurs extravagances inutiles ou les pauvres qui se complaisent dans d’autres réjouissances tout aussi honteuses parce que la seule vraie richesse ne viendrait-elle pas du cœur après tout ?


Odéliane.

:: Les commentaires des internautes ::

fleur le 09/08/2009
ecoutez le premier mouvement de "la suite mascarade" de katchaturian (valse qui dégage une inquiétante ivresse).Les deux oeuvres se ressemblent!


GOILLOT le 11/09/2009
Comment puis-je écouter un extrait de "moldau"
Merci