Posté le 26.11.2007 par PerCeVaL
LA FILLE D'OCTOBRE
La Fille d’Octobre est un tout nouveau groupe français qui vient de sortir son premier album le 12 octobre dernier et donné son premier vrai concert le 29 octobre.
La musique et les paroles de ce groupe se composent sous la forme d’un « concept Album ». Concept enrichit et complété par les photographies de Franck Glénisson qui « habille » à merveille l’univers tourmenté du groupe.
Leur album joliment nommé « Hurle-vent » nous entraîne dans une histoire teintée de fantastique et de romantisme. Chaque chanson se déroulant comme les séquences d’un film aux scènes tour à tour bouleversantes et cruelles avec comme point d’orgue un étourdissant final.
Il est très difficile de vouloir comparer La Fille d’octobre avec le paysage musical actuel, inventeurs et pionniers en la matière, ils peuvent se glorifier d’avoir créé un univers particulier, un genre unique qui leur va comme un gant. Qualifions donc leur création de variété pop/ gothique, de lyrique orchestral et cinématographique !
Leurs influences musicales empreintes sur certaines compositions aux arpèges filmographiques de Danny Elfman (compositeur pour les films de Tim Burton) pour par exemple les chansons « Trop d’amour tue » ou encore « Sur ma lune ». D’autres reçoivent de plein fouet les assauts lyriques/gothiques de « Within Temptation » par exemple pour la chanson « Sous les nénuphars » entre autre. D’autres encore resteront dans le schéma classique des compositions musicales à grand spectacle tel « Le Roi Soleil » avec la chanson « Tout doit brûler ». Autant de genres différents qui rassemblés intégralement ou en partie sur certains morceaux donnent (enfin) naissance à un nouveau style musical ! C’est donc un beau tour de force et rien que du bonheur pour nos oreilles !
La Fille d’Octobre se compose de trois grands talents :
- Tout d’abord sa chanteuse, Malaurie Duffaud, possède beaucoup de cordes à son arc, passant avec allégresse du cours Florent au conservatoire à Montpellier, pratiquant entre autre le théâtre, la danse, le piano, et c’est surtout par sa voix que Malaurie trouvera sa vraie…voie ! Participant à divers spectacles musicaux, elle découvre en tant que choriste l’univers Pop/Rock avec le groupe Nova puis devient par la magie des rencontres la chanteuse du groupe et ce pour notre plus grande joie !
- Le parcours du compositeur Christophe Houssin quant à lui passe par les notes du piano, l’envoûtant depuis l’âge de 8 ans ! Eclectique s’il en est, Christophe arrange, réalise et mixe lui-même ses propres compositions… ou celles des autres. Travaillant souvent avec un beau fil d’Ariane nommé Nolwen. Ses œuvres se déclinent par des compositions toujours mélodiques, orchestrales mais flirtant aussi avec les arcanes musicaux du groupe Rock progressif Cafeïne.
- Pour finir les textes du parolier Franck Harscouet conjuguent avec talent toutes ses passions pour le fantastique et le romantisme exacerbé. Exerçant tout d’abord une myriade de facettes artistiques comme la mise en scène, la création de costume, de décors, Franck fait feu de tout bois, et joue aussi la comédie au théâtre ! Venant à la musique tout naturellement après un tel parcours, il écrit en autre une chanson pour Nolwen et poursuit en beauté son aventure en tant que parolier avec La Fille d’Octobre.
De tout le concept général du projet musical d’ « Hurle-Vent » c’est sans aucun doute les textes qui forment l’essentiel de la clé de voûte à l’édifice.
Le mot « poésie » vient de suite à l’esprit et c’est une poésie forcément empreinte d’une forte teneur en mélancolie. Alcool poétique donc qui nous invite à boire toutes ces paroles sans aucune modération.
Quant à la construction des textes même, de nombreuses références sont faites à la mythologie avec par exemple le mythe d’Icare, aux contes de fées avec des allusions à Peau d’âne, la belle au bois dormant, le chat botté, le petit poucet, Aladin… A certains personnages historiques tel Casanova de Seingalt, célèbre aventurier galant de Venise.
Le romantisme littéraire est très présent avec une abondance de termes faisant référence à la faune (L’oiseau, le hibou, le corbeau) et à la flore ( les chardons, les pivoines de Chine, le lotus, les nénuphars…) mais aussi à l’écoulement du temps (Le crépuscule, l’Aube…)et au passage des saisons dont la chanson du même titre est inspiré du poème « Au bord de l’infini » de Victor Hugo.
Passée l’introduction musicale, la première chanson démarre par le titre énigmatique de « Sous les nénuphars ». Notons au passage qu’un fil conducteur s’égrènera tout au long de l’album par de courtes « plages musicales », invitant l’auditeur à la méditation.
L’histoire d’ « Hurle-Vent » débute par la douleur que s’inflige l’héroïne sous la forme métaphysique d’une noyade dans un lac. Ses réflexions devant l’amener à pouvoir surmonter ses peines et voir l’avenir sous un jour nouveau. C’est donc un voyage introspectif et personnel qui nous est proposé, fait de sentiments contradictoires mais toujours empreints de mélancolie et de lassitude.
Recherchant avant tout l’amour, l’héroïne se démène par presque tous les moyens pour y parvenir en usant par exemple de sa séduction exacerbée ou de sa douceur envoûtante. Voulant se débarrasser de son passé pour renaître tel un phénix, La fille d’Octobre se veut au travers de chaque chanson prendre le dessus sur ses souffrances et rencontrer enfin l’amour tant attendu, tant sublimé.
Après un album d’une telle richesse musicale et littéraire, leur concert à « La Boule noire » fut la confirmation d’un réel talent.
Avec un décor intimiste fait de teintes d’Automne ( présence sur la scène de branches et de feuilles d’Automne), une présentation soignée avec par exemple les costumes des musiciens (identiques et originaux faisant parfois penser aux protagonistes du livre d’Anthony Burgess, « Orange Mécanique) et plus encore de la chanteuse qui a chaque tenue ne cesse de nous faire voyager à travers d’autres époques et d’autres mondes imaginaires (robes du 19ème siècle, manteau de contes de Fées, cape du Petit Chaperon rouge…)
L’orchestration était rythmée, précise avec un niveau technique d’une rare qualité. L’amalgame des instruments modernes (Batterie, Basse…) aux instruments classiques (violoncelle, xylophone…) donnait un charme certain à cette musique sans âge, ni époque. Le public pouvait se sentir transporté d’émotions à chaque chanson ; le violoncelle ayant une part importante dans cet effet. La voix de la chanteuse était puissante, maîtrisée, chaque vocalisme venait parfaire cet ensemble. La tonalité musicale du concert apporte donc quelque chose de nouveau aux rythmes de l’album, donnant des accentuations plus fortes à chaque instrument.
Posté le 14.11.2007 par Karl Ambeln
Le Monde selon François #1 : Le Secret des écrivains
Editions Dupuis, Collection Punaise, 2007
Scénario: Vincent Zabus
Dessin: Renaud Collin
Couleur: Renaud Collin
François, c’est un petit gars sympathique, qui ne cesse de raconter des histoires. Il en invente à longueur de journée et les raconte à qui veut les entendre et même aux autres, ce qui ne va pas sans susciter quelques inconvénients : les camarades à l’école qui se moquent de ses élucubrations, les professeurs qui le punissent, ses parents qui lui reprochent d’être trop distrait… Et pour couronner le tout, François se rend bien compte qu’il y a quelque chose qui cloche: il remplit des cahiers et des cahiers avec ses histoires mais le résultat n’est pas à la hauteur de ses espérances, se rend-il compte à la relecture de ses œuvres.
Et puis tout va changer. En voulant faire table rase de cette ambition d’écriture, il va déclencher un phénomène des plus curieux : les lettres vont s’envoler et se mettre à le suivre. Deux rencontres vont également changer sa vie : celle de l’écrivain de best-seller Osborn qui se montre prétentieux au possible et celle d’une jeune femme qui détecte en notre jeune héros LE talent de l’imagination, qui ne demande qu’à s'épanouir…
Le récit un peu magique que Vincent Zabus nous a concoctés est certes destiné à la jeunesse (à partir de 6 ans, encore que le lettrage particulier et la quantité de texte risquent peut-être de rebuter les plus jeunes) mais devrait plaire aux autres, surtout ceux ayant quelques velléités d’écriture ou du moins une grande imagination. Et ce n’est pas le graphisme acidulé de Renaud Collin qui dépare, très abouti, et qui mériterait un format plus grand d’album. Ses choix de teintes et certaines physionomies ne sont pas sans rappeler les illustrations de Voutch, de par les caricatures (certes ici plus en volume et détaillées) et les couleurs vives, leur façon d’être apposées et la gestion des ombres. Une série séduisante et très prometteuse, espérons qu’elle se fera reconnaître aussi en dehors du public initialement visé, elle le mérite.
Karl Ambeln
http://fugace.free.fr/
Posté le 31.10.2007 par Odéliane, Erzebeth, Perceval
Nécropolis
De Théophile Dondey dit Philothée O'NEDDY (1811-1875)
I
Voici ce qu'un jeune squelette
Me dit les bras croisés, debout, dans son linceul,
Bien avant l'aube violette,
Dans le grand cimetière où je passais tout seul :
II
Fils de la solitude, écoute !
Si le Malheur, sbire cruel,
Sans cesse apparaît dans ta route
Pour t'offrir un lâche duel ;
Si la maladive pensée
Ne voit, dans l'avenir lancée,
Qu'un horizon tendu de noir :
Si, consumé d'un amour sombre,
Ton sang réclame en vain, dans l'ombre,
Le philtre endormeur de l'espoir ;
Si ton mal secret et farouche
De tes frères n'est pas compris ;
Si tu n'aperçois sur leur bouche
Que le sourire du mépris
Et si, pour assoupir ton âme,
Pour lui verser un doux dictame,
Le Destin, geôlier rigoureux,
Ne t'a pas, dans ton insomnie,
Jeté la lyre du génie,
Hochet des grands coeurs malheureux ;
Va, que la mort soit ton refuge !
À l'exemple du Rédempteur,
Ose à la fois être le juge,
La victime et l'exécuteur.
Qu'importe si des fanatiques
Interdisent les saints portiques
À ton cadavre abandonné ?
Qu'importe si, de mille outrages,
Par l'éloquence des faux sages,
Ton nom vulgaire est couronné ?
III
Sous la tombe muette oh ! Comme on dort tranquille !
Sans changer de posture, on peut, dans cet asile,
Des replis du linceul débarrassant sa main,
L'unir aux doigts poudreux du squelette voisin.
Il est doux de sentir des racines vivaces
Coudre à ses ossements leurs noeuds et leurs rosaces,
D'entendre les hurrahs du vent qui courbe et rompt
Les arbustes plantés au-dessus de son front.
C'est un ravissement quand la rosée amie,
Diamantant le sein de la côte endormie,
À travers le velours d'un gazon jeune et doux,
Bien humide et bien froide arrive jusqu'à vous.
Là, silence complet ; farniente sans borne.
Plus de rages d'amour ! le coeur stagnant et morne,
Ne se sent plus broyé sous la dent du remords.
- Certes, l'on est heureux dans les villas des morts !
Posté le 10.10.2007 par Odéliane, Erzebeth, Perceval
COUCHANT D’HIVER
De Jules Laforgue (1860-1887)
Quel couchant douloureux nous avons eu ce soir!
Dans les arbres pleurait un vent de désespoir,
Abattant du bois mort dans les feuilles rouillées.
À travers le lacis des branches dépouillées
Dont l'eau-forte sabrait le ciel bleu-clair et froid,
Solitaire et navrant, descendait l'astre-roi.
Ô Soleil ! l'autre été, magnifique en ta gloire,
Tu sombrais, radieux comme un grand Saint-Ciboire,
Incendiant l'azur! À présent, nous voyons
Un disque safrané, malade, sans rayons,
Qui meurt à l'horizon balayé de cinabre,
Tout seul, dans un décor poitrinaire et macabre,
Colorant faiblement les nuages frileux
En blanc morne et livide, en verdâtre fielleux,
Vieil or, rose-fané, gris de plomb, lilas pâle.
Oh! c'est fini, fini! longuement le vent râle,
Tout est jaune et poussif; les jours sont révolus,
La Terre a fait son temps; ses reins n'en peuvent plus.
Et ses pauvres enfants, grêles, chauves et blêmes
D'avoir trop médité les éternels problèmes,
Grelottants et voûtés sous le poids des foulards
Au gaz jaune et mourant des brumeux boulevards,
D'un œil vide et muet contemplent leurs absinthes,
Riant amèrement, quand des femmes enceintes
Défilent, étalant leurs ventres et leurs seins,
Dans l'orgueil bestial des esclaves divins...
Ouragans inconnus des débâcles finales,
Accourrez! déchaînez vos trombes de rafales!
Prenez ce globe immonde et poussif! balayez
Sa lèpre de cités et ses fils ennuyés !
Et jetez ses débris sans nom au noir immense!
Et qu'on ne sache rien dans la grande innocence
Des soleils éternels, des étoiles d'amour,
De ce Cerveau pourri qui fut la Terre, un jour.
Posté le 06.10.2007 par Rachel Gibert
La tuberculose, maladie romantique au XIXe siècle
Quelques héros de la littérature romantique atteints de tuberculose
I. INTRODUCTION
1. Définition du Romantisme
Le terme Romantisme désigne un ensemble de mouvements artistiques et littéraires qui se sont épanouis en Europe au XIXe siècle sur la base d’un rejet du rationalisme et du classicisme.
Le romantisme se caractérise par le libre cours donné à l’imagination et la sensibilité individuelles, qui le plus souvent traduisent un désir d’évasion et de rêve (réveil de la poésie lyrique, rupture avec les règles et les modèles, retour à la nature, recherche de la beauté dans ses aspects originaux et particuliers).
Après la période romantique, la littérature et l’art ont évolué vers le Réalisme.
2. Définition de la tuberculose
La tuberculose est une infection des poumons et d’autres organes. Elle est due à une bactérie qui détruit les tissus et crée des cavités.
La maladie serait aussi vieille que l’humanité ; elle est connue et décrite depuis l’Antiquité. Dans le cas de la tuberculose osseuse, le diagnostic est possible sur les ossements (par exemple sur les momies égyptiennes).
L’épidémie a atteint son apogée au XIXe siècle, où elle a été responsable de près d’un quart des décès des adultes en Europe.
Elle tue encore près de deux millions de personnes chaque année dans le monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) :
On compte dans le monde une nouvelle infection par le bacille tuberculeux chaque seconde
Un tiers de la population mondiale est actuellement infecté
De 5 à 10 % des sujets infectés (non infectés par le VIH) développent la maladie ou deviennent contagieux au cours de leur existence
3. Existe-t-il un lien entre Romantisme et tuberculose ?
Pour répondre à cette question, nous étudierons les symptômes de la tuberculose et les caractéristiques du Romantisme. Le lien apparaîtra grâce à la mise en parallèle des deux.
II. LA TUBERCULOSE AU XIXe SIÈCLE : IMAGE ET RÉALITÉ
Au XVIIIe et XIXe siècle, une personne sur quatre était atteinte de la tuberculose. L’épidémie a atteint son apogée au XIXe siècle. Première cause de mortalité aux Etats-Unis à l’époque, il était rare que, dans une famille, il n’y ait pas au moins un cas de tuberculose.
Le terme de « tuberculose » n’est d’ailleurs apparu qu’au XIXe siècle (après 1830 plus précisément). Auparavant, la maladie était appelée :
Phtisie (terme qui vient du grec et signifie « dépérissement »)
Consomption (de « consumer »)
Peste blanche
L’image de la tuberculose a été romantique pendant le XVIIIe siècle, lorsque la maladie n’était pas encore trop répandue, et jusqu’au milieu du XIXe siècle, où elle est devenue une épidémie. Cette image n’était pas seulement véhiculée par les écrivains et les peintres, mais aussi par les médecins. Avec la propagation massive de la tuberculose, plus particulièrement dans les classes laborieuses, l’image de la maladie a changé, bien que les deux images (maladie romantique et maladie du prolétariat) aient cohabité un certain temps.
Vers 1820, sous la Restauration, on pensait qu’elle était héréditaire, qu’elle frappait les êtres sensibles et fragiles et « consumait les êtres brûlants de passion ». C’est dans les années 1830, sous la Monarchie de Juillet, que l’on a remarqué que la maladie était plus fréquente dans les couches sociales les plus pauvres. Dans les années 1840, la femme atteinte de tuberculose était encore associée, dans certains milieux, à la vision romantique. De la fin des années 1860 au début des années 1880 (Troisième République), la probabilité de contagion était évoquée. Aux alentours de 1900, par contre, la tuberculose était considérée comme un fléau national et reconnue comme étant très contagieuse.
Au début du XIXe siècle, la tuberculose s’est répandue en masse en Angleterre et en particulier à Londres, à cause de l’industrialisation et ses conséquences (mauvaises conditions d’habitation, carences alimentaires, travail long et difficile). Puis elle a atteint les grandes villes du continent. Les personnes âgées de 20 à 40 ans, économiquement productives, étaient particulièrement touchées. Leur mort avait alors des retombées économiques.
Le diagnostic précoce de la maladie était primordial pour lutter contre la tuberculose. Une campagne d’information et de prévention a également été nécessaire. Des tracts ont été distribués et des affiches interdisant de cracher ont été accrochées dans les bâtiments publics et les transports en commun. L’information est passée non seulement au moyen de brochures et de livres, mais aussi par l’intermédiaire de films et de pièces de théâtre. La propreté, l’aération et l’ensoleillement ont aussi eu un rôle important dans la prévention et la lutte contre la tuberculose.
III. DESCRIPTION DE LA MALADIE
La tuberculose est une infection des poumons et d’autres organes.
Les autres organes qui peuvent être atteints sont :
La plèvre
Les os
L’appareil urinaire
L’appareil génital
Les méninges
Les ganglions lymphatiques
Les reins
Le tube digestif
La maladie est due à une mycobactérie acido-alcoolorésistante aérobie, Mycobacterium tuberculosis, ou bacille de Koch (BK). Elle a une taille de 1 à 4 µm de long et 0,2 µm de large et sa croissance est lente. Il existe deux autres vecteurs de la tuberculose, Mycobacterium africanum, qui est très proche du précédent, et qui est fréquent chez les malades d’Afrique de l’ouest et du centre, et Mycobacterium bovis, l’agent de la tuberculose bovine, qui peut infecter l’homme et d’autres animaux.
La transmission se fait par voie respiratoire ou alimentaire (lait contaminé) :
Par voie aérienne, les bactéries sont transmises par l’intermédiaire des sécrétions d’origine nasale, salivaire ou par les expectorations pulmonaires, lors d’éternuements ou de toux. Les bactéries pénètrent par le nez et la bouche et atteignent les poumons, à partir desquels les germes peuvent être disséminés par la circulation sanguine vers d’autres régions de l’organisme. Dans les semaines qui suivent l’infection, le système immunitaire réagit à la présence des germes et empêche dans 90 % des cas leur multiplication et leur dissémination. Certains cas seront porteurs de la bactérie toute leur vie.
Autrefois, la contamination était possible par consommation de lait contaminé, dans le cas de contamination par M. bovis. Dans ce cas, le temps d’incubation est de deux ans.
L’infection se fait en deux temps. Il y a d’abord la tuberculose primaire ou primo-infection : c’est le premier contact entre l’organisme et la bactérie. La primo-infection peut être latente (asymptomatique, 90 % des cas) ou patente (10 %). Dans le premier cas, il n’y a pas de symptômes apparents, seulement une réaction immunitaire. Dans 9 cas sur 10, la primo-infection évolue vers une guérison définitive de la maladie. Dans le cas contraire se développe la tuberculose de réinfection ou tuberculose-maladie.
Les symptômes de la tuberculose sont :
Fatigue
Perte de poids
Perte d’appétit
Toux grasse
Fièvre
Les symptômes de la maladie sont assez discrets et peuvent être confondus avec les symptômes d’autres maladies, ce qui empêche souvent la détection à un stade primaire. Ils sont liés à la production de lymphocytes par le corps.
Il existe plusieurs formes de tuberculose dont voici les plus fréquentes :
La tuberculose pulmonaire est la seule forme de tuberculose qui soit contagieuse. Elle représente 90 % des tuberculoses. Elle se traduit par une exsudation dans les alvéoles pulmonaires et dans l’espace pleural. Les bronches sont ensuite atteintes.
La diffusion du bacille par voie sanguine entraîne l’apparition de tuberculoses extra-pulmonaires. Elles sont très peu contagieuses. Parmi elles figurent la tuberculose osseuse, ganglionnaire, uro-génitale, pleurale, méningée, séreuse, rénale, articulaire, cutanée…
IV. PREMIERS DIAGNOSTICS ET TRAITEMENTS
Le diagnostic stéthoscopique a été réalisé pour la première fois par le médecin français René Laennec (l’inventeur du stéthoscope) en 1819.
En 1882, le chercheur allemand Robert Koch a isolé le bacille responsable de la maladie, Mycobacterium tuberculosis.
Le premier sanatorium gratuit a été fondé en Allemagne, le 15 août 1892, à la suite des lois sociales de Bismark qui, le premier en Europe, a mis en place un système d’assurances contre la maladie (1883).
En 1890, Koch a cru découvrir un traitement contre la tuberculose : la tuberculine. Mais les vaccinations à la tuberculine ont causé la mort de beaucoup de malades, et le discrédit de Koch. La tuberculine a ensuite été utilisée pour le diagnostic de la maladie.
Robert Koch a eu le prix Nobel de médecine en 1905 pour la découverte du vecteur de la tuberculose.
Ensuite, de nouvelles thérapies ont été utilisées, comme le pneumothorax thérapeutique (qui est un épanchement d’air dans la plèvre, la séreuse tapissant d’un côté la cage thoracique et de l’autre les poumons), utilisé jusqu’aux années 1950. Elles ont fait concurrence aux sanatoriums.
Les rayons X, découverts en 1895 par Wilhelm Conrad Röntgen, ont permis le diagnostic de la maladie et le contrôle de son évolution d’une manière plus exacte que la méthode de René Laennec.
En 1921, Albert Calmette et Camille Guérin ont essayé avec succès le premier vaccin contre la tuberculose, baptisé BCG. Cette découverte a permis de faire avancer considérablement les traitements antituberculeux.
La streptomycine, découverte par Selman A. Waksman en 1943, a été le premier antibiotique utilisé contre la tuberculose.
V. COMMENT UNE MALADIE MORTELLE PEUT-ELLE ETRE ROMANTIQUE ?
La tuberculose tue beaucoup mais discrètement, car lentement et « proprement ». En effet, la personne malade n’est pas physiquement enlaidie. Ce serait même l’inverse : la maladie peut lui apporter une certaine beauté, un certain charme. Par exemple, elle devient pâle, s’amincit, son regard devient brillant et ses gestes, traduisant sa faiblesse, peuvent montrer une certaine grâce. L’aspect fragile, lascif, tout comme celui, passionné, de ses yeux à l’éclat fiévreux, contribuent à l’attrait que donne la consomption. Bien que cette apparence ne traduise pas la réalité, ni la gravité de la maladie, elle a influencé les artistes de l’époque, qui ont fait de la femme phtisique une véritable icône.
1. Lien entre tuberculose et romantisme
A propos de la tuberculose, on peut dire que :
L’épidémie a atteint son apogée au XIXe siècle, à l’époque du Romantisme
La maladie a notamment les symptômes suivant :
Fatigue
Perte de poids
Perte d’appétit
Fièvre
Il n’y avait pas beaucoup de traitements à l’époque : l’issue était très souvent fatale…
Ainsi, les symptômes de la tuberculose sont proches de ceux du « Mal de vivre », très répandu au XIXe siècle et qui constitue caractéristique du romantisme, et de ceux de la dépression, dont le « Mal de vivre » est proche.
Les symptômes du « Mal de vivre » ou le « Mal du siècle » sont :
Désillusion
Insatisfaction
Pessimisme
Mélancolie (spleen)
Désespoir
Désir de mourir
Autodestruction
Et ceux de la dépression :
Humeur dépressive
Diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir
Troubles de l’alimentation
Troubles du sommeil
Agitation ou ralentissement psychomoteur
Fatigue ou perte d’énergie
Auto-dévalorisation ou sentiment de culpabilité excessive
Diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision
Pensées morbides (dans 60 % des cas)
Pensées suicidaires (dans 15 % des cas)
Par ses symptômes, la tuberculose s’inscrit donc parfaitement dans le mouvement romantique.
De plus, la passion, dont certaines manifestations physiques sont proches des symptômes de la tuberculose, est également caractéristique du romantisme.
Georges Gusdorf, philosophe et épistémologue français né en 1912 et mort en 2000, a très bien exprimé le lien entre tuberculose et romantisme lorsqu’il a écrit, dans L’homme romantique, ouvrage paru en 1984, qu’« avec le romantisme, l’atteinte au poumon est considérée comme une maladie de l’âme. La mort des tuberculeux prend ainsi une dimension esthétique. C’est une mort magnifique ».
VI. QUELQUES ARTISTES DU XIXe SIECLE VICTIMES DE LA TUBERCULOSE
Frédéric Chopin, compositeur et pianiste franco-polonais mort en 1849
Les sœurs Brontë :
Anne Brontë, romancière britannique décédée en 1849
Emily Jane Brontë, poétesse et romancière britannique décédée en 1848
Charlotte Brontë, romancière britannique décédée en 1855
Friedrich Von Schiller, poète et écrivain romantique allemand disparu en 1805
Rachel (Elisabeth Rachel Félix), actrice de théâtre suisse éteinte en 1858
Anton Tchekhov, nouvelliste et dramaturge russe mort en 1904
VII. LA LITTERATURE ROMANTIQUE ET LES PHTISIQUES
Les auteurs romantiques ont aimé mettre en scène des « poitrinaires », car ceux-ci étaient souvent des jeunes gens dont le destin était brisé par la maladie. Il s’agit surtout de femmes et ce n’est peut-être pas un hasard, car la tuberculose a tué plus de femmes que d’hommes pendant la majeure partie du XIXe siècle.
Nous allons découvrir quelques héroïnes romantiques atteintes de tuberculose, comme Marguerite Gautier, La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils (1848), Madame de Beaumont issue des Mémoires d’Outre-tombe de François-René de Chateaubriand (1848) et Fantine, l’un des personnages les plus misérables parmi Les Misérables de Victor Hugo (1862). Puis, dans un genre plus réaliste, Francine, dans les Scènes de la vie de bohème de Henry Murger (1851).
Après l’époque Romantique, d’autres romans ont décrit le destin tragique de personnages atteints de la tuberculose : Germinie Lacerteux (1865) et Madame Gervaisais (1869) d’Edmond et Jules de Goncourt et L’Aiglon d’Edmond Rostand (1900) en sont des exemples (non évoqués plus loin).
1. La Dame aux Camélias, Alexandre Dumas fils, 1848
La Dame aux camélias est un roman d’Alexandre Dumas fils publié en 1848.
Il raconte l’histoire d’amour d’une courtisane atteinte de la tuberculose, Marguerite Gautier et d’un jeune bourgeois, Armand Duval. Il s’agit d’un récit dans le récit, puisqu’Armand Duval narre son aventure au narrateur initial du roman.
Amoureux de Marguerite, Armand devient son amant et la convainc de renoncer à sa vie de courtisane pour venir habiter à la campagne avec lui. L’idylle est rompue quand le père d’Armand, soucieux de la réputation de sa famille, obtient de Marguerite qu’elle renonce à son fils. Ce dernier croit alors qu’elle n’était pas amoureuse de lui et qu’elle a un nouvel amant. Lorsqu’il comprend la tragique vérité, il se rend chez elle et arrive juste à temps pour recueillir ses derniers soupirs.
Le roman est inspiré d’un fait divers réel : l’amour d’Agénor de Gramont (1819-1880), duc de Guiche, futur ministre des Affaires étrangères de Napoléon III, pour la courtisane Marie Duplessis. Dans les faits, un oncle du jeune homme intervint pour mettre un terme à cette liaison jugée scandaleuse. Agénor de Gramont fut envoyé pour quelque temps à Londres, où il oublia Marie Duplessis. Celle-ci se maria avec le comte Édouard de Perrégaux et mourut de phtisie en février 1847.
Le roman a fait l’objet de nombreuses adaptations (ballet, opéra, théâtre, cinéma). On peut citer notamment le célèbre opéra de Giuseppe Verdi, La Traviata (1853). Au cinéma, de nombreuses adaptations ont été réalisées, dont Le Roman de Marguerite Gautier (Camille) de George Cukor, avec Greta Garbo et Robert Taylor (1936) et même Moulin Rouge, une adaptation libre de Baz Luhrmann, avec Nicole Kidman et Ewan Mc Gregor (2001).
Voici la description qu’Alexandre Dumas fils fait de Marguerite dans son roman :
« Or, il était impossible de voir une plus charmante beauté que celle de Marguerite.
Grande et mince jusqu’à l’exagération, elle possédait au suprême degré l’art de faire disparaître cet oubli de la nature par le simple arrangement des choses qu’elle revêtait. Son cachemire, dont la pointe touchait à terre, laissait échapper de chaque côté les larges volants d’une robe de soie, et l’épais manchon qui cachait ses mains et qu’elle appuyait contre sa poitrine, était entouré de plis si habilement ménagés, que l’œil n’avait rien à redire, si exigeant qu’il fut, au contour des lignes.
La tête, une merveille, était l’objet d’une coquetterie particulière. Elle était toute petite, et sa mère, comme dirait De Musset, semblait l’avoir faite ainsi pour la faire avec soin.
Dans un ovale d’une grâce indescriptible, mettez des yeux noirs surmontés de sourcils d’un arc si pur qu’il semblait peint ; voilez ces yeux de grands cils qui, lorsqu’ils s’abaissaient, jetaient de l’ombre sur la teinte rose des joues ; tracez un nez fin, droit, spirituel, aux narines un peu ouvertes par une aspiration ardente vers la vie sensuelle ; dessinez une bouche régulière, dont les lèvres s’ouvraient gracieusement sur des dents blanches comme du lait ; colorez la peau de ce velouté qui couvre les pêches qu’aucune main n’a touchées, et vous aurez l’ensemble de cette charmante tête.
Les cheveux noirs comme du jais, ondés naturellement ou non, s’ouvraient sur le front en deux larges bandeaux, et se perdaient derrière la tête, en laissant voir un bout des oreilles, auxquelles brillaient deux diamants d’une valeur de quatre à cinq mille francs chacun.
Comment sa vie ardente laissait-elle au visage de Marguerite l’expression virginale, enfantine même qui le caractérisait, c’est ce que nous sommes forcés de constater sans le comprendre. »
2. Mémoires d’Outre-tombe, François-René de Chateaubriand, 1848
Grâce à son roman René, publié en 1802, Chateaubriand est devenu un modèle pour les auteurs romantiques.
L’auteur a décidé d’écrire ses Mémoires après la mort de Madame de Beaumont, c’est-à-dire en 1803. Celle-ci est morte de la tuberculose. Les Mémoires d’Outre-tombe sont parues en 1848, après la mort de leur auteur.
Chateaubriand la décrit ainsi :
« Madame de Beaumont, plutôt mal que bien de figure est fort ressemblante dans un portrait fait par madame Lebrun. Son visage était amaigri et pâle ; ses yeux, coupés en amande, auraient peut-être jeté trop d’éclat, si une suavité extraordinaire n’eût éteint à demi ses regards en les faisant briller languissamment, comme un rayon de lumière s’adoucit en traversant le cristal de l’eau. Son caractère avait une sorte de raideur et d’impatience qui tenait à la force de ses sentiments et au mal intérieur qu’elle éprouvait. Ame élevée, courage grand, elle était née pour le monde d’où son esprit s’était retiré par choix et malheur ; mais quand une voix amie appelait au dehors cette intelligence solitaire, elle venait et vous disait quelques paroles du ciel. L’extrême faiblesse de madame de Beaumont rendait son expression lente, et cette lenteur touchait ; je n’ai connu cette femme affligée qu’au moment de sa fuite ; elle était déjà frappée de mort, et je me consacrai à ses douleurs. »
3. Les Misérables, Victor Hugo, 1862
Les Misérables, roman de Victor Hugo paru en 1862, est l’une des œuvres les plus populaires de la littérature française. C’est un roman historique, social et philosophique dans lequel on retrouve les idéaux du romantisme et ceux de Victor Hugo.
Le destin tragique de Fantine ouvre le roman (tome 1).
À Paris, Fantine est la maîtresse d’un riche et volage étudiant, Thomolyès, qui l’abandonne. Elle donne naissance à une fille : Cosette. En route pour Montreuil-sur-Mer, sa ville natale, elle est contrainte de laisser sa fille en garde chez des aubergistes de Montfermeil, les Thénardier, afin de pouvoir trouver du travail.
Malheureusement, les Thénardier, des individus peu recommandables, vont utiliser les moyens les plus sordides pour soutirer le plus d’argent à Fantine, prétextant des maladies de Cosette qui nécessiteraient des soins et des médicaments coûteux. Dans la réalité, ils ont fait de Cosette leur servante et la brutalisent. Fantine va s’épuiser à ne vivre que pour sa fille et, lorsqu’elle perdra son travail, durant les derniers mois de sa vie, elle vendra tout ce qu’elle a, y compris ses dents et ses cheveux. Enfin, à bout de ressources, elle se fait fille publique.
À la suite d’un incident dont elle n’est pas responsable, l’intransigeant inspecteur de police Javert l’arrête et veut l’incarcérer. Le maire de Montreuil, monsieur Madeleine (alias Jean Valjean), s’oppose à son emprisonnement et la prend sous sa protection, car elle est gravement malade. Il lui promet de lui ramener Cosette. Malheureusement, Fantine mourra sans avoir revu sa fille.
La fosse publique reçoit la fille publique…
La maladie est symboliquement associée à la maternité : « Fantine avait nourri sa fille ; cela lui avait fatigué la poitrine et elle toussait un peu ».
« La phtisie sociale s’appelle misère »
4. Scènes de la vie de bohème, Henry Murger, 1851
Henry Murger (1822-1861) passe sa jeunesse parmi les « Buveurs d’Eau », un groupe d’artistes-bohémiens du Quartier Latin que fréquentera notamment le photographe Nadar. En 1851, il publie les Scènes de la vie de bohème, un feuilleton de l’École Réaliste dans lequel il met en scène ses amis, sous des noms les masquant à peine. Le compositeur italien Giacomo Puccini en tirera son fameux opéra, La Bohème, en 1896.
L’une des « scènes » raconte l’histoire d’amour entre Francine, atteinte de tuberculose, et Jacques, un artiste. Celle-ci minimise la gravité de sa maladie afin de passer les derniers temps qu’il lui reste à vivre le plus joyeusement possible avec l’homme qu’elle aime. Après sa mort, Jacques sera incapable d’achever une seule œuvre d’art.
Voici quelques passages de l’œuvre :
« Elle rencontra Jacques et elle l’aima. Leur liaison dura six mois. Ils s’étaient pris au printemps, ils se quittèrent à l’automne. Francine était poitrinaire, elle le savait, et son ami Jacques le savait aussi : quinze jours après s’être mis avec la jeune fille, il l’avait appris d’un de ses amis qui était médecin.
Elle s’en ira aux feuilles jaunes, avait dit celui-ci.
Francine avait entendu cette confidence, et s’aperçut du désespoir qu’elle causait à son ami.
- Qu’importent les feuilles jaunes ? Lui disait-elle, en mettant tout son amour dans un sourire ; qu’importe l’automne, nous sommes en été et les feuilles sont vertes : profitons-en, mon ami… »
« … nous irons demeurer dans un bois de sapins : les feuilles sont toujours vertes »
« C’était le matin du jour de la toussaint, Francine venait de mourir. »
VIII. CONCLUSION
Par ses symptômes, à la fois proches du « Mal de vivre » et de la passion, ainsi que par son issue fatale et sa manière de tuer « proprement », en embellissant, la tuberculose est la maladie idéale selon les artistes romantiques du XIXe siècle.
Jamais, probablement, une maladie n’a à ce point représenté les idéaux d’une époque.
Georges Gusdorf a écrit, dans L’homme romantique, que « les romantiques vieillissent mal, et sans doute les romantiques les plus authentiques sont-ils ceux qui ne vieillissent pas. La solution est de mourir jeune. La tuberculose, la consomption, maladie romantique par excellence, propose une issue radicale ; le poète jette son cri, et la maladie même atteste que l’existence, en sa banalité, a quelque chose d’insupportable ».
IX. SOURCES
1. Bibliographie
GIBERT, Rachel. Lepra und Tuberkulose: zwei Geißeln der Menschheit. Ein exemplarischer Exkurs zur Paläopathologie des prähistorischen Menschen unter besonderer Berücksichtung differentialdiagnostischer und epidemiologischer Aspekte. Mémoire de licence : Anthropologie : Mayence (Allemagne) : Université Johannes Gutenberg, 2000. 35 p.
2. Webographie
BARNES, David S. The Making of a Social Disease: Tuberculosis in Nineteenth-Century France. Berkeley: University of California Press, 1995.
http://content.cdlib.org/xtf/view?docId=ft8t1nb5rp&brand=eschol
Intervention de Louise CÔTÉ sur Radio-Canada le 18 mars 2001 :
http://archives.radio-canada.ca/IDC-0-16-1009-5666/sciences_technologies/tuberculose/
Conférence de Diana GASPARON (de la Société Belge d’Histoire de la Médecine) au Centre de culture scientifique de Charleroi le 13 avril 2005 :
www.ulb.ac.be/ccs/docs/epidemies.doc
Texte intégral de La Dame aux camélias d’Alexandre DUMAS Fils (1848) :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k88249f.notice
Texte intégral des Mémoires d’Outre-tombe de François-René de CHATEAUBRIAND (1848) :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1013503.notice
Texte intégral des Scènes de la vie de Bohème de Henry MURGER (1851) :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k89180j.notice
Texte intégral des Misérables de Victor HUGO (1862) :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72697r.notice
Posté le 03.10.2007 par Odéliane
L’INTROVERTI
Glissé derrière le rideau de la vie
On ne le regarde pas sinon il rougit,
Au sein de l’intimité préservée
Il déploie ses ailes fanées.
Il ignore tout des autres
Il ne se mélange pas
Il n’est que l’hôte
D’un monde qu’il ne comprend pas.
En quête de paroles murmurées
Il écoute le silence des nuits d’été.
Dans sa solitude, son retrait
Il croit avoir trouvé la paix
Mais dans son monde à lui
Rien n’est acquis, rien n’a de vie.
C’est de pas de sa faute à lui
S’il est comme ça, l’introverti.
Il observe la terre qui tourne sans lui
Il a mal au fond de lui
Mais ne le dit,
Puisqu’il ne parle pas
Puisque c’est mieux comme ça.
De toute façon lui-même
Ne comprend pas.
Il a toujours été comme ça, introverti.
Recroquevillé, bien à l’abri
Dans son petit nid solitaire
Il attend patiemment
Le jour où l’on voudra bien de lui.
Où l’on saura que son cœur n’est pas de pierre
Mais juste fait de sang et de chair.
C’est pourtant pas de sa faute à lui
Si personne ne comprend le mot « introverti ».
Le temps passa malgré lui
Et rien ne se passa pour améliorer sa vie
Alors un jour, une fenêtre très attirante
Son corps inerte sur le pavé froid
Il venait de tirer sa révérence
Et bien sûr personne ne le remarqua.
C’était pas de sa faute à lui
S’il était mort comme ça, introverti.
Odéliane
Posté le 03.10.2007 par Odéliane, Erzebeth, Perceval
La mort du Loup
D’Alfred de Vigny (1797-1863)
Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçus les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées,
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris,
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante,
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu, qui traversaient sa chair,
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.
J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux, la belle et sombre veuve
Ne l'eut pas laissé seul subir la grande épreuve;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes,
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.
Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous , débiles que nous sommes!
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez sublimes animaux.
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,
Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.
--Ah! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur.
Il disait: " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler,
Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler."
Posté le 03.10.2007 par Odéliane
Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, écrit en 1959.
Daniel Keyes est né à Brooklyn en 1927. D’abord rédacteur pour une revue d’anticipation, il devient professeur à l’université de L’Ohio.
Des Fleurs pour Algernon constitue son œuvre majeure et a connu un immense succès. Pour ce livre, il recevra le Prix Hugo en 1960 puis le Prix Nébula en 1966. Et c’est en 1968, que ce célèbre roman de science-fiction sera porté pour la première fois à l’écran sous le titre « Charlie » par le réalisateur Ralph Nelson.
Des fleurs pour Algernon, raconte l’histoire de Charlie Gordon, jeune homme de 30 ans et arriéré mental qui travaille comme apprenti dans une boulangerie. Parallèlement à son emploi, Charlie suit des cours du soir auprès du professeur et psychologue Alice Kinnian afin d’apprendre à lire et à écrire correctement. Un jour il est convoqué par les docteurs Strauss et Nemur pour subir une opération du cerveau qui doit lui permettre de démultiplier ses facultés mentales. L’intervention ayant déjà réussi avec une souris de Laboratoire appelée Algernon, les deux scientifiques veulent désormais tenter l’expérience avec un humain et pour cela ils choisissent Charlie qui ne demande qu’à devenir plus intelligent.
Dans un premier temps l’opération est une véritable réussite, Charlie progresse très rapidement, ses connaissances se font plus larges et plus approfondies et il apprend les choses avec une véritable aisance. Afin de suivre son parcours et ses évolutions, les deux chercheurs exigent de Charlie que celui-ci rédige chaque jour une sorte de journal intime pour mieux le comprendre et l’analyser. C’est d’ailleurs ce journal servant aussi de compte-rendus aux médecins que le lecteur va lui aussi constater les évolutions de Charlie. D’abord par sa maîtrise progressive de l’orthographe et de la grammaire et ensuite par la profondeur de ses interrogations et sentiments.
Très vite Charlie devient un véritable génie et si les nombreuses connaissances accumulées l’aident à développer son intelligence, sa santé morale, quant à elle subit des conséquences désagréables : à force de chercher qui il est vraiment il s’enferme dans un mutisme paralysant, ses nuits deviennent agitées de cauchemars et des souvenirs traumatisants liés à son enfance lui reviennent peu à peu en mémoire l’affectant donc inévitablement.
Son intelligence qui bien vite dépasse la moyenne va profondément le gêner dans sa relation avec l’autre et lui faire comprendre que le monde n’est certainement pas comme il l’avait imaginé, que la réalité est bien plus cruelle et que son avenir est incertain. Il s’aperçoit alors que des gens qu’il considérait comme ses amis ne pensaient en fait qu’à s’amuser à ses dépends, il va perdre son travail à cause de la jalousie de ses collègues, il va découvrir l’amour mais un amour tourmenté dont il n’arrivera pas à trouver d’équilibre.
Et puis, Algernon, la petite sourie de Laboratoire, commence à montrer des signes de dégénérescence, elle perd ses facultés mentales et sombre peu à peu dans une léthargie alarmante. Charlie connaîtra t-il le même sort ? Son intelligence serait donc réversible ? Arrivera t-il à faire la paix avec lui-même, avec son passé ?
Si cet ouvrage fait partie des grands classiques de la SF, c’est avant tout par sa riche réflexion sur l’intelligence, la différence, l’amour, la haine, le pardon et la souffrance. Il pose de nombreuses questions philosophiques quant au devenir des personnes handicapées, leur place dans la société et le regard que les autres ont sur elles. Il pose aussi des questions dérangeantes : Est-ce que l’accroissement des facultés mentales va obligatoirement de pair avec la diminution des qualités de cœur ? Est-ce que finalement nous ne sommes pas aimés uniquement pour notre apparence et non pour ce que nous sommes à l’intérieur ?
Autant de questions qui restent en suspens mais qui valent la peine de nous y attarder…
Des Fleurs pour Algernon de Daniel Keyes
Editions J’ai Lu, 1972.
Posté le 29.09.2007 par Odéliane
ERRANCES
Charlie m’a dit ce matin « fais-le » je ne savais pas trop quoi faire, l’écouter une fois de plus ? Me détourner de lui ? Cela faisait plusieurs années que cela durait, qu’il ne me laissait plus tranquille. Lui disait que c’était pour mon bien, qu’une mission est une mission, qu’il faut aller jusqu’au bout et laisser ses sentiments de côté. C’est facile à dire mais acide à faire, enfin parfois, lorsque j’ai la mauvaise intuition qu’il faut que je me rende sur le bon chemin. Cela n’arrive pas souvent, je m’épanouis pleinement dans ce que je fais. Ma lucidité sur certaines choses ne revient que rarement. Je sais que je ne pourrais jamais revenir en arrière et c’est pas plus mal.
La première fois ça fait tout drôle, on s’y prend mal, on a peur, on est tout tremblotant, mais très vite on y prend goût. On discerne le bon moment pour le faire, comme dans tout métier on acquiert de l’expérience, plus ça va et plus cela devient facile. Cela me démange même la nuit, parfois ça me manque, je ne connais pas de plaisir plus intense, plus exquis que de détruire de ses propres mains ces stupides êtres humains que je rencontre sur ma route. Charlie est cette voix qui me trotte dans la tête, qui me dit « fais-le », qui me donne un peu plus de courage. Au début je croyais que c’était ma conscience mais une conscience qui vous pousse aux crimes ça ne doit pas exister. Charlie est là quand il faut, c’est lui qui m’indique les cibles à atteindre, les pièges à éviter, je n’aurais jamais pu réussir sans lui, cruel et sadique comme je suis j’aurais fini par me faire prendre.
Charlie m’appelle « le boucher », j’avoue que ça me plaît bien, j’aimerai bien qu’un jour les médias me surnomment comme ça. Tout de suite « le boucher » ça impose, ça en « jette » comme ils disent, bref ça fait frissonner dans les chaumières.
Ma première victime fut Jenny, une petite gosse âgée de six à sept ans, j’en sais trop rien. Pourquoi elle ? Je sais pas mais Charlie m’a dit qu’il faut toujours commencer par les gosses c’est plus facile car ils sont plus bêtes, ils ne se méfient de personne.
Jenny a croisé ma route, la pauvre petite elle a pas été déçue ! Elle l’a eu sa raclée, ah ça oui ! Je rentrai chez moi en faisant un petit détour par le bosquet du coin, Charlie m’a toujours dit qu’on trouve du beau gibier humain par-là, je l’ai donc écouté. Jenny jouait au ballon avec un autre gamin de son âge, j’ai patienté, regardé. Jenny me plaisait, un vrai petit ange, j’allai directement foncer sur elle quand Charlie m’a arrêté avant. D’après lui, on doit pas pratiquer comme ça, il faut faire tout un travail de repérage avant et surtout il faut pas de témoin. On sait jamais le petit môme pourrait aller moucharder rapidement. D’accord je patiente donc mais ça traîne, j’en peux plus. La sueur dégouline de mon front, des pulsions étranges prennent vie, c’est super excitant.
D’un coup, le ballon roule loin d’eux, le garçon l’a envoyé trop fort, la petite fille court derrière pour le rattraper, moi aussi je crois bien que c’est mon tour, je vais bien m’occuper d’elle ; me camouflant derrière les arbres je me rapproche de la fille, le ballon a glissé tout droit dans un trou, elle n’arrive pas à le récupérer. Je vais pour le ramasser mais aussitôt je me dis que c’est pas le moment de traîner, le garçon va rappliquer et ce sera trop tard. Je sors des gants de ma poche et bondis sur la petite, elle n’a même pas le temps de crier que déjà je lui bourre la bouche avec un gant. Elle gigote dans tous les sens, se débat et là je lui tords le cou. Crac ça a fait, comme si l’os s’était fendu avec.
Tout content de moi je m’enfuis aussitôt laissant le cadavre étalé par-terre, le ballon à côté. J’entends au loin le garçon qui l’appelle « Jenny, Jenny… » c’est comme ça que j’ai su son nom, Jenny la petite fille dans sa robe toute rose, elle était si mignonne.
Je rentre enfin chez moi mais très vite le goût de la victoire se fait décevant. C’est tellement simple de tuer, c’est vraiment à la portée de tout le monde. Le plaisir est de courte durée, trop courte. Charlie arrive alors et me console, d’après lui, je n’ai pas pratiqué correctement, j’ai tué trop vite, j’ai donc pas eu le temps de jouir. Il faut faire souffrir avant et tuer progressivement, le meilleur, la cerise sur le gâteau c’est quand même de voir la terreur dans les yeux de la victime. Il faut qu’elle ait peur et encore mieux il faut qu’elle supplie de la relâcher. Il ne faut pas inverser les rôles, elles sont les victimes et nous les maîtres. Un maître se respecte, s’honore, il tient leurs vies dans ses mains, c’est lui qui décide de ceux qui doivent vivre et de ceux qui doivent mourir.
Dieu à lui seul ne peut pas gouverner le monde, imposer ses règles. Il a donc besoin de suppléants pour terminer le travail. Les êtres humains sont si insuffisants, si rebutants, si décevants qu’il faut bien leur montrer de temps en temps qui est le maître, qui décide de tout. Il faut supprimer les indésirables de l’humanité, les erreurs de l’existence, faire payer à chacun son droit d’exister.
Jenny n’était pas l’ennemi numéro un de la planète, cela va de soit, mais il faut bien s’entraîner un peu avant. Prendre des faibles puis des plus forts et ainsi de suite jusqu’à trouver un adversaire à sa taille. Se faire la main avant de liquider « les bêtes humaines », les lépreux, les impurs, toutes ces femmes qui vendent leurs corps, tous ces drogués qui arpentent les rues le soir, à la recherche de leur dose quotidienne. Tous ceux-là sont sales et ne servent à rien, le Seigneur me l’a bien fait comprendre.
J’ai donc commencé par des gamins, des gentils comme des morveux, ça m’a calmé un temps puis il a bien fallut que je m’intéresse à des choses plus croustillantes. Des jeunes filles esseulées, des couches-tard après des soirées bien arrosées.
Je me souviens de tout. Des fois je me déplace sur des centaines de kilomètres, histoire de brouiller les pistes, de faire croire qu’on est plusieurs à tuer mais en fait c’est moi qui fait tout, je veux être le plus grand, le plus diabolique, mon message ainsi passera-t-il plus facilement. Cela me permet aussi de voyager, de posséder et de massacrer toutes sortes de victimes. L’éventail est plus large, cela fait beaucoup plus de jouets pour m’amuser. J’erre la nuit, toute ma vie je n’ai fait qu’errer, arpenter des sentiers inconnus.
Les meurtres qui me plaisent le plus sont les plus imprévus, comme qui dirait les accidents de parcours. On croit qu’on va passer une soirée tranquille et comme par coïncidence un imbécile vient vous accoster dans la rue pour vous demander l’heure, l’imbécile… Se jeter dans la gueule du loup, quoi.
Des fois je conserve des éléments de ces assassinats : des cheveux, des ongles, du sang, des cartes d’identités… c’est marrant et je conserve le tout dans mon grenier. Chaque objet est classé, répertorié. D’abord dans mon carnet noir je note tout, les lieux du crime, la date, l’identité de la victime quand c’est possible. Je suis super maniaque et comme on ne se refait pas avec le temps…
Tuer et lire des bouquins ésotériques c’est ce que je préfère faire le plus au monde. Cela passe bien le temps et cela amplifie le désir, la soif sexuelle. Mes maîtresses disent que je suis le plus doux des hommes, à quoi sert de les contredire ?! Je n’ai jamais tué une ancienne amante, non je suis quelqu’un de respectueux moi, on ne mélange pas travail et sentiment. Tuer c’est un passe-temps c’est tout et ce n’est en aucun cas pour régler des comptes.
D’ailleurs je n’ai de compte à rendre à personne, je suis bien aimé, j’ai quelques amis, enfin c’est plus pour avoir une couverture sociale.
Tout de suite dans les sociétés où nous vivons ça fait louche de ne pas avoir de fréquentations, d’être isolé. Je n’aime pas les hommes et je fais tout comme si c’était le contraire. C’est marrant de jouer sur les deux tableaux. C’est Charlie qui a pris le temps de bien tout m’expliquer, il m’a toujours dit que si je refusais de m’intégrer, ils allaient finir par me désintégrer en m’envoyant dans un hôpital psychiatrique. Pas beaux les hôpitaux psychiatriques, pas envie d’y aller. Je veux pas en entendre parler. Les murs sont tout blanc et je déteste le blanc, ça fait fade, enfin c’est mon avis.
Non moi j’ai des amis et ils me font bien rire, si un jour ils analysaient toutes les conneries qu’ils sortent à la minute ça leur ferait tout drôle. « Il faut s’aimer les uns les autres, faire l’amour pas la guerre… » c’est pathétique d’entendre ça et plus ils le disent et plus je tue, ça soulage. Bien sûr je ne m’en prends pas à eux directement car s’ils mouraient il faudrait que je rencontre d’autres personnes, que je me fasse d’autres amis… Je déteste les gens et je ne tiens pas à en rencontrer d’autres. Eux me suffisent, ce sont de vraies calamités.
Je tue surtout la nuit, pour être plus discret, je trouve ça palpitant en plus. Seulement éclairé de la lune dans les ruelles désertes. C’est romantique je trouve. C’est fou toutes les rencontres qu’on peut faire la nuit, pas les mêmes que le jour, ça ouvre des perspectives intéressantes.
Je me suis toujours senti un peu vampire et j’ai essayé d’en avoir l’aspect. Je suis souvent habillé de longs manteaux noirs, des chemisiers blancs. C’est amusant de se travestir, de paraître plus féminin qu’on ne l’est. Cela attire la compagnie des gens aussi et surtout des jeunes filles. Elles aiment me parler, me confier leurs secrets, moi je les aide bien évidemment. Je tue des hommes aussi, je suis quelqu’un de juste moi, il n’y a pas de raison que je m’en prenne à un sexe plus qu’à un autre. Je tue de différente manière aussi : avec une petite cordelette toute noire, une dague, ça c’est mon plus bel instrument de torture, poignard aussi. Cela dépend des jours, de mon humeur, si j’ai envie de voir du sang ou pas, si la personne se laisse faire ou me donne beaucoup de difficulté. Plus elle se rebelle et plus je lui en fait voir, je n’aime pas qu’on contredise mon autorité.
Je suis bouquiniste, pas depuis longtemps, il m’a fallu du temps pour me faire une place dans ce milieu. C’est très plaisant et l’avantage est que je peux étudier toute la journée. Surtout des ouvrages mythologiques, j’aime à incarner différentes divinités, tuer en leur nom. Le satanisme aussi est quelque chose qui m’a toujours attiré. Tuer au nom du mal, attendre l’apocalypse. Un jour avec le sang d’une de mes victimes j’ai même dessiné un pentagramme inversé, cela rendait bien, je voulais laisser ma carte de visite. Je voulais que tous ces imbéciles de flics comprennent qui je suis.
Voilà bientôt dix ans que j’exerce et qu’ils ne se sont même pas encore rendu compte qu’il s’agissait là du même homme. A t-on idée d’être aussi bête ? Il fallait bien que je les mette un peu sur la piste. Depuis quelques temps donc je laisse des petites signatures, des symboles, des hiéroglyphes, des énigmes même. Il faut bien les divertir aussi !
Les journalistes sont idiots aussi, soit disant j’aurais été maltraité dans mon enfance, j’étais le souffre-douleur de mon école, timide, renfermé sur lui-même. Je ne sais vraiment pas où ils ont été pêcher des informations pareilles. Ils ne savent rien de moi et prétendent le contraire, ils veulent vendre à tout prix leurs foutus papiers alors ils font croire qu’ils ont des informations à diffuser. Les psychologues aussi m’amusent, c’est mes préférés ! Alors selon eux je serai impuissant, ma mère m’aurait castré par des paroles assassines… enfin le jargon habituel quoi, les discours tant répétés d’un pauvre obsédé sexuel appelé Freud. S’ils pensent que je suis impuissant ils n’ont qu’à venir m’essayer et ils verront bien, ces rigolos !
Enfin, j’achète tout de même tous les articles qui sortent sur moi, c’est mon petit trophée personnel. Je garde toutes les coupures de journaux et le tout est soigneusement rangé dans un classeur, sous pochettes plastifiées, je rajoute quelques notes aussi parfois. Ils oublient beaucoup de détails dans leurs papiers, je suis donc dans l’obligation de les rajouter. C’est vrai qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même.
En relisant tout ça, je me rends compte parfois qu’ils aiment bien en rajouter des tonnes, soit disant j’aurais parfois violé. Ah ça non, je ne veux pas me salir ! A croire que mes meurtres ne sont pas si cruels que ça et qu’ils en redemandent ou qu’ils me donnent des conseils pour les prochains. Ah ça les meurtres ils aiment ça, ça fait un peu Halloween tous les jours, ça fait frissonner, mais surtout de plaisir. Encore un interdit qu’une majorité aimerait beaucoup transgresser. Ils disent « quelle horreur ! » Mais au fond d’eux « quel plaisir ! » Cela a le chic au moins de les divertir un peu.
Charlie a parfois peur que je me fasse prendre, il ne m’incite plus autant qu’avant. Il dit qu’un bon tueur doit savoir s’arrêter au bon moment, comme pour les chanteurs, au sommet de sa gloire. Cela permet de rester dans les mémoires plus longtemps. Peut-être bien mais si j’arrête de tuer qu’est-ce que je vais faire ? La vie me paraîtra tellement plus morose. Quand on commence c’est bien ça le problème on ne peut plus s’arrêter !
J’ai parfois l’impression d’être le mal personnifié, je suis voué aux délices des souffrances sans artifice. J’aime le mal pour le mal et ce cher Cioran ne disait-il pas que « la souffrance est la seule véritable sensation que nous ayons d’existé. » Quel homme remarquable c’était, toujours cette verve pointue, ces mots aiguisés comme des rasoirs, sa logique affûtée aux noirceurs les plus profondes. Cette noirceur qui me donne soif, qui me remplie de bonheur et comble les fosses communes de ma vie. Les cruautés me réjouissent, ce sont des jeux qui m’amusent, me désaltèrent. Lorsque je vois mon reflet dans l’œil de ma victime au moment où elle va émettre son dernier souffle, c’est divin, prodigieux. Je me sentirais presque pousser des ailes. C’est le nirvana assuré.
Quand le sublime est insipide là résonne toute ma fierté de jeune intrépide. Je suis vif comme l’aigle, vorace comme le loup, rien ne pourrait m’arrêter dans ces moments-là. On se sent fort, près à déplacer des montagnes.
Je tue pour vivre, pour me sentir vivre, pour savoir que mon existence est remarquée. Et de dérives en vertiges, je virevolte au-dessus de leurs têtes, naïfs tout autant qu’ils sont, fleurs dont j’ai coupé les tiges. Il n’y a plus de raison, plus de morale, pas le temps de s’en accommoder, je suis une erreur fatale, née pour mieux les achever. Je n’ai pas de regret, pas besoin de confession, j’assume ce que je fais. La honte n’est pas un de mes principes. Tant que Charlie sera là, je ne serai jamais seul, il guide mes pas et je le remercie pour tout ce qu’il m’a appris. Ma bonne étoile veille sur moi et je n’aurai pas peur quand ils finiront par me traquer. Je les attends, comme tout assassin qui se respecte je mérite mon jugement, pas pour expier mes fautes mais pour qu’on reconnaisse l’étendue de mon ouvrage. Qu’on sache ce qu’un homme à lui seul peut faire, qu’on sache sa colère envers la médiocrité d’un monde sans couleur. Le pire est à venir, le cauchemar ne s’arrêtera plus là…
Et puis…
- Bon Harry, tu viens ou tu rêvasses ?
- Non, je viens.
Ils avancèrent le long des couloirs sans fin, chaque pièce qu’ils traversaient était constituée d’une porte fermée à clé. Les murs étaient blancs et des cris retentissaient dans l’intégralité des bâtiments. La traversée fut longue avant qu’Harry franchisse la dernière porte, celle qui menait dehors, celle où la lumière au bout perçait. Dans un premier temps il fut aveuglé par celle-ci, cela lui faisait tout drôle de revoir la lumière du jour. Il marcha d’un pas lent, par crainte ou par fatigue, on ne pouvait pas savoir. Son manteau sous la main, il venait de franchir la porte de sortie.
- Bob, tu crois que c’est une bonne chose de remettre ce dingue dehors ?
- C’est le patron qui décide, nous n’y pouvons rien.
- D’accord mais quand même, tu crois que c’est vraiment prudent ? Cela fait quand même dix ans qu’il n’est pas retourné dehors…
- Raison de plus, il faut laisser sa chance à tout le monde, c’était pas humain de le laisser là, en plus pour pas grand chose…
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Eh bien il y a dix ans on nous l’a amené car il avait tout détruit dans son appartement, tout. Même les meubles étaient passés par la fenêtre. Les voisins pris de panique ont appelé les flics, puis ils ont décidé qu’il fallait nous l’emmener.
- Et depuis ? Il a refait des choses bizarres ?
- Non absolument rien, il reste dans son coin, il est très calme. Des fois il se pose sur une chaise et il ne bouge plus pendant des heures. C’est impressionnant à voir. Je crois qu’il a fini par s’inventer une autre vie, un autre monde. C’est son monde à lui et c’est peut-être ça qui le fait tenir. Parfois il a même dessiné de drôles de symboles sur les murs, des hiéroglyphes, des croix inversées, enfin toutes sortes de choses ésotériques.
- C’est incroyable que pour une chose si anodine, on a pu le laisser là dix ans ! Il a pas l’air agressif en plus.
- Faut dire qu’il n’a plus de famille et personne n’est venu le réclamer. Même lui il n’a jamais demandé à sortir, son dossier à donc fini par passer aux oubliettes. Et c’est en refaisant du rangement que le patron est tombé sur son dossier et s’est dit qu’on pouvait pas le laisser là éternellement. Non je me suis toujours occupé de lui personnellement et je peux te dire qu’il est incapable de faire du mal à une mouche !
- Pauvre Harry, et comment il a pris la nouvelle ? Je veux dire cela a dû lui faire un choc de savoir qu’il allait enfin sortir. Moi à sa place j’aurai eu du mal à m’en remettre.
- Il a réagit de manière très calme là encore, il n’a pas posé de question, comme si ça ne lui faisait rien. Je crois qu’il n’attend plus rien de la vie. Il a trop passé de temps ici.
- Il aura un soutien psychologique, quelque chose ?
- Faut pas rêver, quand tu sors d’ici, tu te débrouilles, on veut plus entendre parler de toi. C’est comme ça…
Harry traversa la rue avec aucune expression sur le visage. Il marcha longtemps et ses pas semblaient le mener nulle part. Pourtant au fond de lui, il savait très bien où aller. Comme si l’histoire était écrite, comme s’il ne pouvait pas en être autrement. L’effet des tranquillisants qu’on lui administrait sans aucune raison commençait à s’estomper. Il se sentait à nouveau fort, décidé, le plus dur venait de passer.
Il se retourna vérifiant que la vue de l’hôpital psychiatrique avait bel et bien disparue. Pas beaux les hôpitaux, plus jamais y aller.
Il secoua son long manteau noir et le mit sur ses épaules. Le vent était bien frais en cette période de l’année.
Tout d’un coup il s’arrêta comme s’il venait de reconnaître un lieu.
Il était exactement comme il l’avait imaginé. Rien n’avait changé, tout s’accomplirait enfin comme il l’espérait. Il resta là un moment, penché devant un petit trou de terre que la pluie avait dû engendrer dans la nuit. Il regarda le trou et déjà un rictus effrayant apparu au coin de sa bouche. Le grand jour venait d’arriver il le savait, il en tremblait de bonheur et de délivrance. Il attendit plusieurs minutes comme ça sans bouger. Tout allait se jouer ici, d’une minute à l’autre. Cela ne pouvait pas être autrement. Les rêves finissent toujours par se réaliser.
Des gamins jouaient au loin, faisaient du bruit. De là où il était personne ne pouvait le voir. Il était caché, impassible derrière cet arbre du petit bosquet. Il sortit ses gants de sa poche avec un petit rire de circonstance. Charlie viendrait et l’aiderait, il le savait. Charlie ne l’a jamais abandonné dans une pareille occasion.
Un ballon arriva, roula à rapides cadences et se posa comme par magie directement dans le trou, à deux pas de lui. Il venait juste de se reculer à temps pour libérer le trou et accueillir celle qui devait venir, son invité. Le ballon s’immobilisa de lui-même et il vit la petite fille à la robe rose arriver vers lui. Ce moment était terriblement exaltant, c’était le nirvana assuré.
Quand Jenny se pencha pour rattraper le ballon, on entendit un crac, comme si l’os s’était fendu avec…
Odéliane.
Posté le 26.09.2007 par Odéliane, Erzebeth, Perceval
EPITAPHE
De Tristan Corbière (1845-1875)
Il se tua d'ardeur, ou mourut de paresse.
S'il vit, c'est par oubli; voici ce qu'il laisse:
- Son seul regret fut de n'être pas sa maîtresse. -
Il ne naquit par aucun bout,
Fut toujours poussé vent de bout,
Et ce fut un arlequin-ragoût,
Mélange adultère de tout.
Du je-ne-sais-quoi. - Mais ne sachant où;
De l'or, - mais avec pas le sou;
Des nerfs, - sans nerf. Vigueur sans force;
De l'élan, - avec une entorse;
De l'âme, - et pas de violon;
De l'amour, - mais pire étalon.
- Trop de noms pour avoir un nom. -
Coureur d'idéal, - sans idée;
Rime riche, - et jamais rimée;
Sans avoir été, - revenu;
Se retrouvant partout perdu.
Poète, en dépit de ses vers;
Artiste sans art, - à l'envers,
Philosophe, - à tort et à travers.
Un drôle sérieux, - pas drôle.
Acteur, il ne sut pas son rôle;
Peintre, il jouait de la musette;
Et musicien: de la palette.
Une tête! - mais pas de tête;
Trop fou pour savoir être bête;
Prenant un trait pour le mot très
- ses vers faux furent ses seuls vrais.
Oiseau rare - et de pacotille ;
Très mâle... et quelquefois très fille;
Capable de tout, - bon à rien ;
Gâchant bien le mal, mal le bien.
Prodigue comme était l'enfant
Du testament, - sans testament.
Brave et souvent, par peur du plat.
Coloriste enragé, - mais blême ;
Incompris... - surtout de lui-même ;
Il pleura, chanta juste faux;
- Et fut un défaut sans défauts.
Ne fut quelqu'un, ni quelque chose
Son naturel était la pose.
Pas poseur, - posant pour l'unique ;
Trop naïf, étant trop cynique ;
Ne croyant à rien, croyant tout.
- Son goût était dans le dégoût.
Trop cru, - parce qu'il fut trop cuit,
Ressemblant à rien moins qu'à lui,
Il s'amusa de son ennui,
Jusqu'à s'en réveiller la nuit.
Flâneur au large, - à la dérive,
Épave qui jamais n'arrive...
Trop soi pour se pouvoir souffrir,
L'esprit à sec et la tête ivre,
Fini, mais ne sachant finir,
Il mourut en s'attendant vivre
Et vécut, s'attendant mourir.
Ci-gît, - cœur, sans cœur, mal planté,
Trop réussi, - comme raté.