Publié le 18/10/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
La Lorelei à travers plusieurs poèmes allemands et français des 19e et 20e siècles
Partie 2/5 - Vers le symbole national
Après avoir créé le personnage de la Lorelei dans une ballade de son roman
Godwi,
Clemens BRENTANO (1778-1842) l’a repris pour en développer plusieurs variantes. Par exemple, en 1810, dans
Rheinmärchen (contes du Rhin), il a évoqué un personnage prénommé Lureley :
Rechts von dem Bette des Vaters Rhein und gerade in der Mitte des Bodens war eine große und runde Öffnung mit einem goldenen Gitter umgeben; es führten Stufen hinab, und unten sah man rings eine Menge Bogengänge nach allen Seiten hin laufen, aus deren jedem ein anderer Glanz herausschimmerte: grün, rot, blau, gelb, violett, kurz alle möglichen Farben, und als die Nymphen den alten Wassermann fragten, woher dieser wunderbare Schimmer komme, sagte er:
An diesem wunderbaren Ort,
Da ruht der Nibelungen Hort;
Um ihn geschah wohl mancher Mord;
Hier liegen Schilder, Helm und Ringe,
Manch goldnes Heft, manch gute Klinge,
Kleinode und viel andre Dinge,
Der Frauen Zier, der Helden Wehr
Ruht da, viel tausend Zentner schwer,
Und streut das bunte Licht umher.
[...]
Die sieben Bogengänge führen
Zu sieben reinen goldnen Türen,
Die sieben Treppen dann berühren.
Und diese Treppen auf sich winden,
Bis sie in einem Saal verschwinden,
Dem sieben Kammern sich verbinden.
Im Saal auf siebenfachen Thronen
Sitzt Lureley mit sieben Kronen,
Rings ihre sieben Töchter wohnen.
Frau Lureley, die Zauberinne,
Ist schönes Leibs und kluger Sinne,
Hoch hebt sich ihres Schlosses Zinne.
Von innen aus der Maßen fein,
Von außen schroff ein Felsenstein,
Umbrauset von dem wilden Rhein.
Sie ist die Hüterin vom Hort,
Sie lauscht und horchet immerfort,
Und höret sie ein lautes Wort,
Singt, tut ein Schiffer einen Schrei,
So ruft die Töchter sie herbei,
Und siebenfach schallt das Geschrei
Zum Zeichen, daß sie wachsam sei.
"Das ist recht wunderbar", sagte der Weiße Main, - "ich will dich aber nicht fragen, wer die Frau Lureley eigentlich ist, und warum sie alles siebenfach hat, und wie sie zu dem Wächteramt gekommen; du möchtest mich wieder zu deinen vier weisen Meistern schicken." - "Ach!" sagte der Wassermann, "die wissen auch gar nichts von ihr; Frau Lureley ist viel älter als diese Herren, obschon jeder von ihnen ein paar hundert Jahre älter ist als der andere. Frau Lureley ist eine Tochter der Phantasie, welches eine berühmte Eigenschaft ist, die bei Erschaffung der Welt mitarbeitete und das allerbeste dabei tat; als sie unter der Arbeit ein schönes Lied sang, hörte sie es immer wiederholen und fand endlich den Widerhall, einen schönen Jüngling, in einem Felsen sitzen, mit dem sie sich verheiratete und mit ihm die Frau Lureley zeugte; sie hatten auch viele andere Kinder, zum Beispiel: die Echo, den Akkord, den Reim, deren Nachkommen sich noch auf der Welt herumtreiben. Doch das wird euch Frau Lureley selbst erzählen, und zwar siebenmal, wenn ihr sie darum fragt."
***
La Lurelei est ici la gardienne pluriséculaire de l’antre des Nibelungen, des nains qui possédaient de grandes richesses, dans les légendes germaniques. Son chant sert à donner l’alerte si quelqu’un approche du trésor.
Première partie
Le premier paragraphe est en prose. L’auteur décrit ce qui semble être, sur la rive droite du Rhin, la grande entrée ronde d’une mine, entourée d’une clôture en or et dans les profondeurs de laquelle s’enfonce un escalier. Des rayons de lumières de toutes les couleurs en sortent. Les nymphes demandent au vieux porteur d’eau (Verseau) d’où viennent ces lueurs, il répond en vers.
Deuxième partie
Il s'agit d'un poème. Le porteur d’eau explique qu’à cet endroit se trouve le refuge des Nibelungen, théâtre de nombreuses morts, où gisent boucliers, casques, épées, bijoux, etc. C’est de là que jaillit la lumière multicolore.
Ensuite, le narrateur détaille le décor, de l’entrée de la mine à la salle où est assise la Lureley.
C’est dans ce passage que le chiffre sept a le plus d’importance :
« sieben Bogengängen » sept arcades
« sieben reinen goldnen Türen » sept portes en or pur
« sieben Treppen » sept escaliers
« sieben Kammern » sept pièces
« siebenfachen Thronen » sept trônes
« sieben Kronen » sept couronnes
« sieben Töchter » sept filles (de la Lureley)
« siebenfach schallt das Geschrei » le cri résonne sept fois
Lorsque l’auteur évoque la Lurelei, c’est le terme « Zauberinne » (magicienne) qu’il emploie, comme dans la balade de
Godwi. Il la décrit comme belle et intelligente.
La Lurelei est la gardienne des lieux et elle est à l’affût de tout bruit suspect. Dès qu’elle entend quelque chose, elle chante, ce qui fait pousser un cri au batelier, puis elle appelle ses filles. Le cri s’élève sept fois, pour montrer qu’elle est sur le qui-vive.
Troisième partie
Le dernier paragraphe est en prose. Il s’agit d’un dialogue.
L’une des nymphes dit au porteur d’eau qu’elle ne veut pas lui demander qui est vraiment la Lureley ni pourquoi elle a tout en sept exemplaires ni comment elle est devenue la gardienne des lieux, car elle suppose qu’il voudrait encore l’envoyer chez les quatre maîtres sages (qui ont probablement toujours réponse à tout). Le porteur d’eau répond que les maîtres ne savent rien d’elle non plus. La Lureley est bien plus âgée qu’eux, bien que chacun d’eux ait plusieurs centaines d’années de plus que l’autre.
Le porteur d’eau ajoute que la Lureley a participé à la création du monde et qu’elle a fait de son mieux. Lorsqu’elle chantait une belle chanson en travaillant, elle entendait toujours quelqu’un la répéter et trouva enfin la source de l’écho : un beau jeune garçon assis sur un rocher. Elle se maria avec lui et ils eurent beaucoup d’enfants, dont l’Echo, l’Accord, la Rime, dont les descendants vagabondent encore aujourd’hui à travers le monde.
Le porteur achève la discussion en disant que cela aussi, la Lureley le racontera elle-même, et ce sept fois, si la nymphe le lui demande.
Dans le texte, le chiffre sept revient, comme on l’a vu, à de très nombreuses reprises.
De plus, lorsqu’on regarde la forme du poème de plus près, on remarque que :
- Le poème comporte deux strophes longues, une de neuf vers au début du poème et une de sept vers à la fin. Ils encadrent cinq tercets : il y a en tout sept strophes, dont une de sept vers.
- Tout au long du poème, trois vers consécutifs riment entre eux, sauf pour les quatre derniers qui riment entre eux. Le nombre de vers qui riment entre eux est égal à 3 + 4 = 7…
Le chiffre sept est un symbole très fort depuis l’Antiquité (les sept merveilles du monde antique, etc.). Il intervient à de nombreuses reprises dans les religions, mais également dans les contes (Blanche-Neige et les sept nains, les bottes de sept lieux), etc. Utiliser le chiffre sept contribue ici à faire d’office de la Lurelei un personnage de légende.
Il ne faut pas oublier non plus que l’écho du rocher de la Loreley se répète sept fois.
Dans la ballade du
Godwi de BRENTANO et, comme on verra plus tard, dans le poème D’APOLLINAIRE, c’est plutôt le chiffre trois qui se répète.
La Lureley est une femme éternelle au caractère fort : elle est l’opposé de la Lore Ley de la ballade du
Godwi de BRENTANO. En la faisant entrer dans le panthéon de la mythologie germanique, au côtés des Nibelungen et de Siegfried, l’auteur fait d’elle une héroïne nationale.
Illustration : Eduard Jakob von Steinle (1810-1886), Die Lorelei, 1864
Rachel GIBERT, pour la réunion du 21 septembre 2008
Publié le 15/10/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
Le Marquis : Intermezzo
Les Humanoides Associés
Le Marquis est Vol de Galle, un mortel condamné à errer sur Terre pour pourchasser et tuer les démons dans la ville de Venisalle (amalgamme de Venise et Versailles ?) pendant le dix-huitième siècle. Sa tâche est fort ardue car les démons lui opposent de la résistance et il doit compter aussi sur l’inquisition représentée par l’Inquisiteur Morséa et le Général Herzoge.
Guy Davis (Les zombies qui ont mangé le monde, Les mystérieuses enquêtes de Sandman, Deadline et bientôt BRPD) écrit et dessine la destinée de ce personnage qui était alors édité par Oni Press (Courtney Crumrin, Queen And Country).
A l’origine, Intermezzo devait être deux histoires courtes, faisant suite à Danse Macabre, premier volume du Marquis, déjà publié par les Humanoides Associés. La courtisane infernale et Les péchés d’un seul sont donc deux histoires indépendantes centrées non pas sur le personnage principal mais sur les démons qui composent son univers.
Guy Davis s’en donne d’ailleurs à cœur joie dans la composition de ses monstres : la courtisane étant un amalgame de bras, de jambes, de tentacules et d’organes génitaux, tandis que le démon du suicide peut changer de corps à volonté, forçant son hôte à se suicider et à ainsi se damner pour l’éternité.
Guy Davis a un style assez particulier, fort éloigné des comics traditionnels. Il dessine admirablement les personnages gros et moches et les monstres en tous genres. Les personnages féminins comme Wonder Woman ne doivent pas être sa spécialité, mais cet artiste avec son trait réaliste sait rendre des ambiances particulières comme les enquêtes policières dans Sandman ou l’atmosphère des romans de Poe, dans la mini série Elseworld, Batman Nevermore.
L’achat de cet album du Marquis est donc justifié par cet univers si particulier et la personnalité de son auteur, qui a su si bien le transcrire dans cet ouvrage.
Christophe Colin, pour la réunion du 21/09/08
Publié le 15/10/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
Il est si tard...
De Charles GUÉRIN (1873-1907)
Il est si tard, il fait, cette nuit de novembre,
Si triste dans mon coeur et si froid dans la chambre
Où je marche d'un pas âpre, le front baissé,
Arrêtant les sanglots sur mes lèvres, poussé
Par les ressorts secrets et rudes de mon âme !
La maison dort d'un grand sommeil, l'âtre est sans flamme ;
Sur ma table une cire agonise. Et l'amour,
Qui m'avait, tendre espoir, caressé tout le jour,
L'amour revient, armé de lanières cruelles,
Lacérer l'insensé qu'il berçait dans ses ailes.
Ô poète ! peseur de mots, orfèvre vain,
Ton vieil orgueil d'esprit succombe au mal divin !
Tu rejettes ton dur manteau de pierreries,
Et déchirant ton sein de tes ongles, tu cries
Ton immense fureur d'aimer et d'être aimé.
Et jusqu'à l'aube, auprès d'un flambeau consumé,
Et promenant ta main incertaine et glacée
A travers les outils qui servaient ta pensée,
Dans le silence noir et nu, pauvre homme amer,
Tu pleures sur ton coeur stérile et sur ta chair.
Illustration : Alchemy Gothic
Publié le 08/10/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
Le Prisonnier de la planète Mars
La Guerre des vampires
De Gustave le Rouge
Editions Terre de Brume, 2008
Bibliographie
Gustave Le Rouge a publié de nombreux ouvrages : des romans, mais aussi des poèmes, des anthologies, des essais, des témoignages, des scénarios, une pièce de théâtre, etc. Sa bibliographie complète est donc plutôt longue et pas forcément indispensable. Seuls ses romans majeurs figurent donc dans cette bibliographie.
Son plus célèbre roman est Le mystérieux docteur Cornélius (1912-1913), dont le principal protagoniste est l’inventeur de la carnoplastie, qui a pour but de donner à un individu l’apparence d’un autre.
Le Prisonnier de la planète Mars et La Guerre des vampires sont parus respectivement en 1908 et 1909. Ils sont classés dans la catégorie « littérature populaire », comme beaucoup de romans de l’auteur.
Un autre roman célèbre de l’auteur est La Conspiration des milliardaires, écrit avec Gustave Guitton en 1899-1900. Son anti-américanisme et son anticapitalisme y transparaissent, ce qui est d’ailleurs le cas dans d’autres textes qu’il a écrits.
Ses romans, qu’il rédigea apparemment dans la hâte, afin de pouvoir en vivre, ne sont pas tous des chefs-d’œuvre. Ils souffrent de nombreuses invraisemblances, mais leur inventivité constitue un atout majeur.
L’imagination fertile de Gustave Le Rouge, ami des symbolistes, lui a valu également le respect des Surréalistes. C’est probablement grâce à eux et à Cendrars qu’il n’a pas sombré dans l’oubli.
Biographie
Gustave Le Rouge est né en 1867 à Valognes, dans la Manche, dans une famille bourgeoise. Après un bac littéraire, il poursuit des études de droit et obtient une licence. Il exerce de nombreux métiers : marionnettiste, chansonnier, acteur, secrétaire de rédaction de revues, etc. En 1890, il rencontre Paul Verlaine, dont il devient un ami intime.
Il commence à publier en temps que co-auteur. Il se marie en 1902. Sa femme, couturière et modèle du sculpteur Emile Antoine Bourdelle, meurt en 1909. Il commence à publier sous son nom seul à partir de 1904.
A la fin de la première Guerre, il travaille au journal Le petit parisien et invente un fait divers à cause duquel il est renvoyé : « Une dame âgée hébergeant dans son appartement une trentaine de chats est retrouvée morte et dévorée par ses matous affamés » . Il y rencontre Blaise Cendrars sur lequel il exerce une grande fascination.
Il se remarie en 1920 avec une femme beaucoup plus jeune que lui et dont le visage est défiguré par un lupus (et non par un coup de fouet, comme le prétend Cendrars). Le Rouge réédite ensuite ses publications antérieures, souvent en changeant le titre. Il meurt d’un cancer de la prostate en 1938.
Le Prisonnier de la planète Mars et La Guerre des vampires
Le Prisonnier de la planète Mars
Robert Darvel, scientifique génial, met au point une machine, utilisant l’énergie psychique des yogis, qui a pour objectif d’envoyer un homme sur la planète Mars. Trahi par son associé, Ardavena, il se retrouve dans la capsule et sert de cobaye pour un voyage à l’issue incertaine. Arrivé par miracle à destination, il découvre Mars, une planète couverte de végétation particulièrement colorée et peuplée de nombreuses espèces d’animaux. Etonné de ne trouver aucun prédateur, il finit par débusquer une sorte de poulpe géant à visage humain qui aspire le sang de ses victimes. Robert parvient à lui échapper, mais il se fait ensuite attaquer par une immense chauve-souris vampire, qu’il repousse avec un brasier. Peu après, il rencontre enfin des humains, mais ceux-ci acceptent sans se révolter de servir de garde-manger aux créatures sanguinaires qui peuplent la planète. Darvel décide de venir en aide à ces hommes démunis.
La Guerre des vampires
Il s’agit de la suite directe du Prisonnier de la planète Mars. L’action se passe cette fois-ci principalement sur Terre, où Robert Darvel retrouve notamment Alberte Téramond, sa fiancée, Ralph Pitcher, son meilleur ami, Georges, son frère et l’ingénieur Bolenski, un de ses anciens collègues. Même loin de Mars, Robert va devoir lutter contre des créatures comptant parmi les plus dangereuses de la planète rouge.
Avis
Le Prisonnier de la planète Mars est plus intéressant que La Guerre des vampires. En effet, dans la premier tome, la description de la faune et de la flore de la planète Mars est assez intéressante et les différents types de vampires martiens, organisés hiérarchiquement, sont tous plus effrayants les uns que les autres. La suite, plus classique, fait moins appel à l’imaginaire de l’auteur et permet surtout de boucler l’histoire.
Le style est typique du 19e siècle et les personnages, assez travaillés, sont plutôt attachants.
La hiérarchie de vampires peut être vue comme une allusion à la société capitaliste : Robert tente de mettre fin à ce système pour aider les hommes de Mars, situés tout en bas de l’échelle et opprimés par les buveurs de sang.
Gustave Le Rouge expose dans ces deux histoires sa foi en la science, assez répandue au 19e siècle. Selon lui et certains de ses contemporains, la science pourra un jour tout expliquer, même les événements considérés comme surnaturels à l’époque (et encore aujourd’hui, d’ailleurs).
Le Prisonnier de la planète Mars et La Guerre des vampires sont des romans à découvrir pour leur côté imaginatif et sont plus profonds qu’ils n’y paraissent.
Rachel Gibert, pour la réunion du 21 septembre 2008
Publié le 08/10/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
L'invisible lien
Léon DIERX (1838-1912)
L'invisible lien, partout dans la nature,
Va des sens à l'esprit et des âmes aux corps ;
Le choeur universel veut de la créature
Le soupir des vaincus ou l'insulte des forts.
L'invisible lien va des êtres aux choses,
Unissant à jamais ces ennemis mortels,
Qui, dans l'anxiété de leurs métamorphoses,
S'observent de regards craintifs ou solennels.
L'invisible lien, dans les ténèbres denses,
Dans le scintillement lumineux des couleurs,
Eveille les rapports et les correspondances
De l'espoir au regret, et du sourire aux pleurs.
L'invisible lien, des racines aux sèves,
Des sèves aux parfums, et des parfums aux sons,
Monte, et fait sourdre en nous les sources de nos rêves
Parfois pleins de sanglots et parfois de chansons.
L'invisible lien, de la terre aux étoiles,
Porte le bruit des bois, des champs et de la mer,
Léger comme les coeurs purs de honte et sans voiles,
Profond comme les coeurs pleins des feux de l'enfer.
L'invisible lien, de la mort à la vie,
Fait refluer sans cesse, avec le long passé,
La séculaire angoisse en notre âme assouvie
Et l'amour du néant malgré tout repoussé.
Illustration : Anna Hutchings
Publié le 04/10/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
La Lorelei à travers plusieurs poèmes allemands et français des 19e et 20e siècles
Partie 1/5 - La naissance du mythe
Le mythe de la Lorelei ne date que du 19e siècle et c’est au poète romantique allemand
Clemens Brentano (1778-1842) que l’on doit la création de ce personnage. Il lui a été inspiré par le rocher de la Lorelei, nom qui signifie à peu près « rocher de l’écho ». Celui-ci se trouve sur une portion du Rhin, longue de 65 km, qui se situe entre Bingen et Coblence (en Allemagne) et qu’on appelle aujourd’hui le « Rhin romantique ». La Lorelei est une avancée schisteuse de 132 mètres de haut. Le Rhin forme, en la contournant, un coude où le courant est particulièrement dangereux, si bien que, pendant longtemps, les bateaux se brisèrent contre les falaises. Ces accidents donnèrent au rocher une funeste réputation. Un écho y était audible autrefois, lorsque les activités fluviales étaient moins bruyantes. Le son se répèterait sept fois.
Pour en revenir au personnage, c’est en 1801 que Brentano a évoqué une femme nommée Lore Lay, dans une ballade de son roman
Godwi (Sechs und dreißigstes Kapitel) :
Zu Bacharach am Rheine
Zu Bacharach am Rheine
Wohnt eine Zauberin,
Sie war so schön und feine
Und riß viel Herzen hin.
Und brachte viel zu schanden
Der Männer rings umher,
Aus ihren Liebesbanden
War keine Rettung mehr.
Der Bischoff ließ sie laden
Vor geistliche Gewalt –
Und mußte sie begnaden,
So schön war ihr' Gestalt.
Er sprach zu ihr gerühret:
»Du arme Lore Lay!
Wer hat dich denn verführet
Zu böser Zauberei?«
»Herr Bischoff laßt mich sterben,
Ich bin des Lebens müd,
Weil jeder muß verderben,
Der meine Augen sieht.
Die Augen sind zwei Flammen,
Mein Arm ein Zauberstab –
O legt mich in die Flammen!
O brechet mir den Stab!«
»Ich kann dich nicht verdammen,
Bis du mir erst bekennt,
Warum in diesen Flammen
Mein eigen Herz schon brennt.
Den Stab kann ich nicht brechen,
Du schöne Lore Lay!
Ich müßte dann zerbrechen
Mein eigen Herz entzwei.«
»Herr Bischoff mit mir Armen
Treibt nicht so bösen Spott,
Und bittet um Erbarmen,
Für mich den lieben Gott.
Ich darf nicht länger leben,
Ich liebe keinen mehr –
Den Tod sollt Ihr mir geben,
Drum kam ich zu Euch her. –
Mein Schatz hat mich betrogen,
Hat sich von mir gewandt,
Ist fort von hier gezogen,
Fort in ein fremdes Land.
Die Augen sanft und wilde,
Die Wangen roth und weiß,
Die Worte still und milde
Das ist mein Zauberkreis.
Ich selbst muß drinn verderben,
Das Herz thut mir so weh,
Vor Schmerzen möcht ich sterben,
Wenn ich mein Bildniß seh.
Drum laßt mein Recht mich finden,
Mich sterben, wie ein Christ,
Denn alles muß verschwinden,
Weil er nicht bey mir ist.«
Drei Ritter läßt er holen:
»Bringt sie ins Kloster hin,
Geh Lore! – Gott befohlen
Sey dein berückter Sinn.
Du sollst ein Nönnchen werden,
Ein Nönnchen schwarz und weiß,
Bereite dich auf Erden
Zu deines Todes Reis'.«
Zum Kloster sie nun ritten,
Die Ritter alle drei,
Und traurig in der Mitten
Die schöne Lore Lay.
»O Ritter laßt mich gehen,
Auf diesen Felsen groß,
Ich will noch einmal sehen
Nach meines Lieben Schloß.
Ich will noch einmal sehen
Wol in den tiefen Rhein,
Und dann ins Kloster gehen
Und Gottes Jungfrau seyn.«
Der Felsen ist so jähe,
So steil ist seine Wand,
Doch klimmt sie in die Höhe,
Bis daß sie oben stand.
Es binden die drei Ritter,
Die Rosse unten an,
Und klettern immer weiter,
Zum Felsen auch hinan.
Die Jungfrau sprach: »da gehet
Ein Schifflein auf dem Rhein,
Der in dem Schifflein stehet,
Der soll mein Liebster seyn.
Mein Herz wird mir so munter,
Er muß mein Liebster seyn!« –
Da lehnt sie sich hinunter
Und stürzet in den Rhein.
Die Ritter mußten sterben,
Sie konnten nicht hinab,
Sie mußten all verderben,
Ohn Priester und ohn Grab.
Wer hat dies Lied gesungen?
Ein Schiffer auf dem Rhein,
Und immer hats geklungen
Von dem drei Ritterstein. Bei Bacharach steht dieser Felsen, Lore Lay genannt, alle vorbeifahrende Schiffer rufen ihn an, und freuen sich des vielfachen Echos.
Lore Lay
Lore Lay
Lore Lay
Als wären es meiner drei.
***
Se croyant victime d’une malédiction, car tous les hommes tombent amoureux d’elle jusqu’à en périr, Lore Lay ne souhaite rien d’autre que mourir. De plus, elle se sent trahie par son amant qui est parti dans un pays lointain et qui ne l’aime pas. L’évêque n’est quant à lui pas insensible à son charme. Plutôt que de la condamner, il préférerait la voir entrer au couvent. Trois chevaliers doivent l’y conduire. Mais, en chemin, elle demande à son escorte de la laisser grimper en haut d’un rocher, afin de pouvoir contempler une dernière fois le château de son amant. C’est alors qu’elle voit une barque sur le fleuve. Elle est persuadée que son amant en est le passager. Transportée de joie, ne sachant plus vraiment ce qu’elle fait, elle se jette dans les flots, sans que les chevaliers, ralentis par leurs montures, puissent la rattraper.
Tout au long du poème, la malchance de la Lorelei est évoquée par des termes qui sont propres au domaine de la magie : « Zauberin » (la magicienne), « böser Zauberei » (la mauvaise magie), « Zauberstab » (la baguette magique), « Zauber Kreis » (le cercle magique). En contrepartie, d’autres mots font allusion à la religion (« Bischoff » (l’évêque), « Gott » (Dieu), « Christ », Kloster (le couvent), Nönnchen (la petite nonne), Gottes Jungfrau (la vierge de Dieu). Ce n’est finalement pas la religion qui est le remède aux maux de la Lorelei, mais la mort.
Le feu, qui symbolise la passion destructrice, est évoqué à travers plusieurs termes : « Flammen » (flammes), utilisé 3 fois et « brennt » (brûle).
L’issue finale est en fait prévisible :
« Weil jeder muß verderben,
Der meine Augen sieht. » (parce que celui qui voit mes yeux doit se précipiter dans l’abîme)
« Vor Schmerzen möcht ich sterben,
Wenn ich mein Bildniß seh. » (je voudrais mourir de douleur en voyant mon image)
« Ich will noch einmal sehen
Wol in den tiefen Rhein, » (je veux encore une fois voir dans les profondeurs du Rhin)
Le chiffre trois apparaît très fréquemment dans le poème : certains termes sont répétés trois fois (« Flammen » (flammes), « verderben » (s’abîmer)), les chevaliers de l’escorte sont trois et l’écho, que Brentano évoque à la fin, se répète trois fois. Le chiffre trois a de tout temps été un symbole très puissant ; ici, il peut être rapproché de la magie autant que de la religion.
Brentano s’est inspiré des
Métamorphoses d’Ovide et notamment du mythe d’Echo (Echo tombe amoureuse de Narcisse, mais celui-ci la reçoit avec mépris. Le cœur brisé, elle s’enfuit dans une grotte où, solitaire, elle se laisse dépérir. Elle maigrit jusqu’à disparaître et seule sa voix demeure. Ainsi naît le phénomène de l’écho).
Il a également utilisé le mythe de Narcisse (Narcisse se voit dans l’eau de source et tombe amoureux de sa propre image. Ne pouvant atteindre son reflet, il reste à côté de la source et se laisse dépérir).
Un autre version de ce poème, qui a pour titre Loreley, est présente dans le recueil
Gedichte, paru en 1854, après la mort de l’auteur.
Illustration : Carl Joseph BEGAS, (1794-1854), Die Lorelei, 1835
Rachel Gibert pour la réunion du 21 septembre 2008
Publié le 01/10/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
Sambre
Yslaire
En 1848, peu avant la révolution, Bernard Sambre, jeune bourgeois de province et Julie, braconnière fille d’une prostituée, deviennent amants. Mais une malédiction pèse sur leur union : les yeux de Julie sont rouges. Elle appartient donc, d’après les théories du défunt père de Bernard, Hugo Sambre, à la classe des réprouvés…
Le nom Sambre, étrange condensé de sang et de sombre, symbolise à merveille l’univers torturé et romantique de la BD. Sambre est incontestablement une BD hors normes. Elle est tout à la fois, une saga familiale (celle des Sambre, dont Julie, fait peut-être partie puisqu’elle est sûrement le fruit des amours d’Hugo Sambre avec sa mère, une prostituée), une galerie de personnages (outre les figures principales, on croise de nombreux personnages secondaires intéressants : le peintre Egon Valdieu et Sa maîtresse Olympe, le vicaire, Rosine la servante des Sambre…), un amour impossible, une époque tourmentée (un XIX ème siècle révolutionnaire). Servi par un magnifique graphisme et un remarquable travail des décors, Sambre subjugue par ses couleurs peu ordinaires : s’inspirant des photographies et gravures du XIXème qui sont toutes relativement sombres, Yslaire a chois d’utiliser une palette comprenant seulement deux couleurs, le rouge et le noir, pouvant ce décliner dans diverses nuances de sépia et de gris. Ce choix minimaliste et violent renforce l’atmosphère oppressante de Sambre, met en valeur la force des sentiments et rappelle l’omniprésence du sang et de la mort.
Sambre 1- Plus ne m’est rien…
Sambre 2- Je sais que tu viendras…
Sambre 3- Liberté, liberté…
Sambre 4- Faut-il que nous mourions ensemble…
Sambre 5- Maudit soit le fruit de tes entrailles…
Arianne De Blenniac, pour la réunion du 21/09/08
Publié le 01/10/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
La ronde du remords
D' Émile GOUDEAU (1849-1906)
Je sortais d'une orgie âcre et stupéfiante
Où ma raison avait brûlé comme un sarment ;
Plus lourde que le plomb, l'atmosphère ambiante
Faisait craquer mes os tordus d'accablement.
La fièvre secouait les cloisons de ma tempe,
Et dans le cercle blanc et rouge de la lampe
L'horreur des visions tournait cruellement.
Des parfums féminins se mêlaient dans la chambre
A l'arôme troublant des cigares fumés :
Vagues parfums d'iris, d'ylang-ylang et d'ambre,
Et de grains de sérail autrefois consumés.
Mon oreille tintait aux souvenirs d'orgie,
Et le marteau d'acier de la céphalalgie
Poussait dans mon cerveau des rêves innomés.
Ma chair était meurtrie, et mon âme si lasse,
Et par le spleen mon coeur tellement angoissé,
Que je tombai dans un fauteuil, près de la glace,
Pour me revoir comme un ami trop délaissé.
Et je me regardais de la sorte, moi-même.
La glace m'envoya mon image si blême,
Qu'on aurait dit un spectre affreux de trépassé.
Tout à coup, une voix terrible, intérieure,
Fit retentir mes nerfs, et, sortant malgré moi
De ma bouche fermée, elle emplit ma demeure
D'un cri lugubre, et j'eus peur sans savoir pourquoi.
La voix disait avec un rire métallique :
" Voici tes gueux ! Voici tes morts ! Voici ta clique ! "
" Maudit ! Vois tes remords qui passent devant toi ! "
Dans la glace ils marchaient, les uns après les autres,
Tous les actes mauvais et louches, le front bas,
Mâchonnant dans leurs dents d'obscènes patenôtres ;
Et leur procession avançait pas à pas.
Derrière eux, les secrets calculs, les vilenies
Que tu fuis, ô mon coeur, et qu'en vain tu renies,
Comme des nains bossus agitaient de grands bras.
D'autres, parmi le bruit et parmi les huées,
Ivres, et revêtus d'habits de croque-morts,
Portaient des cercueils pleins d'illusions tuées
Dont je ne reverrai les âmes ni les corps.
Que de rêves défunts d'héroïsme ou de gloire,
Quels cadavres d'amours souillés de fange noire
Ont roulé sous les pieds des spectres du Remords !
Puis tous les nains bossus et tous les gueux immondes,
Avec la joie atroce et funèbre du Mal,
Autour de ces débris commencèrent des rondes
Que guidait invisible un orchestre infernal.
Et dans le tourbillon je ne sais qui m'entraîne
Hurrah ! C'est la Saint-Guy, la tarentelle obscène,
Et je danse avec eux le ballet bacchanal.
Sombre nuit, où je vis tant de hontes recluses
Sortir du passé pour m'offrir leur nudité ;
Où le torrent jeta par-dessus ses écluses
La fange de mon coeur et son iniquité...
Hélas ! Quand le soleil, cognant à ma fenêtre,
M'éveilla, je compris que, la veille peut-être,
Le fleuve où j'avais bu n'était pas le Léthé.
Illustration de Socar Myles.
Publié le 27/09/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
Les Eveillés
Jérôme Camut et Nathalie Hug
Bibliographie
Jérôme Camut
Malhorne, Éditions Bragelonne
Le Trait d’union des mondes (2004)
Les Eaux d’Aratta (2004)
Anasdahala (2005)
La Matière des songes (2006)
Jérôme Camut et Nathalie Hug
Les Voies de l’Ombre, Éditions Télémaque
Prédation (2006)
Stigmate (2007)
Instinct (2008)
Les Éveillés, Éditions Calmann-Lévy, 2008
Biographie
Jérôme Camut est né en 1968 à Rueil-Malmaison (92). Il a grandi à Angoulême, avant de revenir en région parisienne, pour entrer à l’école de réalisation audiovisuelle de Paris. Il a ensuite travaillé sur des scénarios pour le cinéma et la télévision. Malhorne, qu’il a commencé à écrire en 1997, est son premier roman. Nathalie Hug l’a contacté en 2004, après avoir lu les Malhorne, et ils sont, depuis, inséparables au point d’écrire ensemble.
Les Eveillés
Histoire
Elise Lamy Saint-Genès travaille dans un hôpital, dans le service des comateux. Elle a un don surnaturel pour sortir de leur état les personnes qui sont tombés dans le coma. Mais, depuis quelques temps, elle est inquiète : elle ne trouve plus le sommeil. Un jour, elle permet à Stanislas Opalikha de sortir du coma. Son rétablissement pourrait marquer la fin de l’existence de l’infirmière, car c’est un tueur en série et qu’il la prend pour cible. Les anciens patients d’Elise et son frère, insomniaque lui aussi, vont tout faire pour la retrouver à temps et pour comprendre son secret.
Les Eveillés vs Malhorne
Nathalie Hug apporte probablement au roman son style, plus recherché que celui de Jérôme Camut dans les Malhorne. Je suppose que l’idée du mystère pluriséculaire et de la nécropole vient de Jérôme Camut, qui a une imagination débordante. Je ne sais pas pourquoi les auteurs se sont orientés vers le thriller, alors que Jérôme Camut avait commencé par le fantastique.
A la fin du roman, plusieurs éléments sont repris directement des Malhorne : « Tu es le lien des mondes » (« lien » au lieu de « trait d’union », dans Malhorne) et le prénom Ilis, notamment.
Thèmes
Le monde des rêves est un thème déjà présent dans Malhorne, mais il est traité ici différemment.
Les auteurs évoquent Michel Jouvet, neurophysiologiste français né en 1925. Celui-ci a étudié les différentes phases du sommeil, chez l’animal et l’homme. Il a découvert que le sommeil paradoxal était propre aux homéothermes (« animaux à sang chaud »). Puis il a émis l’hypothèse que la fonction du rêve serait de complexifier les ramifications synaptiques, afin de compenser le fait que, chez les homéothermes, contrairement aux poïkilothermes (« animaux à sang froid »), il n’y a pas de division des cellules nerveuses tout au long de la vie. Il suppose également que seuls les circuits synaptiques qui seraient conformes à la programmation génétique de l’individu seraient conservés. Ceci permettrait de préserver l’individualité de chacun. La théorie de Jouvet explique pourquoi des jumeaux qui n’ont pas été élevés ensemble peuvent avoir les mêmes goûts, exercer le même métier, choisir les mêmes prénoms pour leurs enfants, etc.
L’un des passages du roman se passe dans l’Etablissement Public de Santé de Ville-Évrard, situé à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis). C’est un hôpital psychiatrique qui a été créé au 19e siècle. L’asile a été construit par l’architecte Eugène Lequeux en 1868, tandis que la maison de santé, que l’on doit à l’architecte Raphaël Loiseau, date de 1875. D’autres bâtiments ont été édifiés plus tard (Maison blanche, etc.). Camille Claudel et Antonin Artaud ont fait partie des patients de l’établissement. Certaines constructions désaffectées servent aujourd’hui pour des tournages de films. Apparemment, les souterrains décrit dans le livre existent bien dans la réalité, ainsi que les pavillons. L’endroit se visite.
Un autre thème important du livre est l’insomnie fatale familiale (IFF). Il s’agit d’une encéphalopathie spongiforme transmissible (héréditaire) due à une anomalie du gène de la protéine prion. Elle ne concerne que l’espèce humaine et se caractérise par une insomnie avec rêves et hallucinations, des troubles végétatifs (p.e. relâchement des sphincters), des difficultés motrices et une démence qui peut être tardive. C’est une maladie orpheline qui touche une quarantaine de familles dans le monde. Elle a été identifiée pour la première fois en Italie dans les années 1980. L’âge moyen de début de la maladie est 51 ans. L’issue est fatale en 6 à 32 mois.
Bourdes
Contrairement à ce qu’il y a écrit page 168, Arcachon et le Cap Ferret ne sont pas sur la côte landaise, mais girondine.
Il n’y a aucune banque autour de la place des Quinconces, à Bordeaux, et c’est probablement bien la seule place bordelaise dans ce cas. Pas de chance donc, car c’est précisément de celle-là dont parlent Jérôme Camut et Nathalie Hug p 255 : « [Il] sortit retirer de l’argent dans plusieurs distributeurs automatiques autour de la place des Quinconces ». La moisson n’a donc pas dû être très bonne…
Conclusion
Le roman est plutôt agréable à lire, le suspens est bien mené. Les personnages sont assez fouillés et les thèmes abordés intéressants. Bien qu’originale, l’histoire n’est toutefois pas aussi créative que Malhorne.
A trop multiplier les mystères, les auteurs n’ont, à la fin, pas pu tous les expliquer. L’introduction de Saint-Nicolas n’a, par exemple, pas grande importance dans l’histoire et, de plus, les auteurs finissent le roman en disant que le rôle qu’il a joué restera une énigme.
Le mélange de genres (thriller, histoire, sciences, fantastique) est une bonne idée, mais aurait gagné à être traité avec plus de rigueur, car ici, la multiplication d’éléments disparates finit par créer un magma confus. Jérôme Camut et Nathalie Hug ont en tout cas un excellent potentiel…
Webographie
Site personnel de Jérôme Camut et Nathalie Hug :
http://www.jeromecamut.com/
Rachel Gibert pour la réunion du 21 septembre 2008
Publié le 24/09/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
ROBERT
Myriam Roulet, mieux connue sous le nom de Robert est née le 14 octobre 1964 et se consacrera à la chanson à partir de 1989. Petite fille pleine d’imagination, elle passe son temps à écrire des poèmes et à exercer sa plus grande passion : la danse classique. Mais malheureusement un problème articulaire (décalcification osseuse) lui fera arrêter la danse et c’est donc vers une toute autre carrière qu’elle se tournera. D’abord son intérêt pour le théâtre l’amènera à s’inscrire au cours dramatique, à jouer quelques pièces dont « L’école des femmes » de Molière mais aussi à faire quelques passages à la télévision.
Son groupe préféré les Rita Mitsouko lui donnera alors l’idée de devenir chanteuse. Contactant Mathieu Saladin, ancien camarade de collège musicien, ses rêves vont bientôt devenir réalité. Une grande complicité artistique va naître entre eux ainsi qu’une idylle amoureuse.
Son première 45 Tour « Elle se promène » sortit en 1990 va alors donner le ton à un univers qu’ils vont sans cesse exploiter et enrichir. Chanson très aérienne, au texte d’apparence légère, la voix de cristal de Robert nous rappelle bien curieusement l’une des facettes de Mylène Farmer pour la chanson « Maman a tort ». C’est donc une chanson enfantine, plutôt entêtante qui nous conte l’errance d’une jeune femme.
Il faudra attendre 1993 pour que sorte son premier album « Sine » composé de chansons musicalement électroniques, aux paroles ambiguës entremêlant l’insouciance et les jeux de l’enfance à des thèmes beaucoup plus profonds comme la pauvreté, l’indifférence, l’apathie et la difficulté de trouver une place sur terre mais tout ceci en laissant une large place à l’humour, à l’exagération ou au contraire à cette façon de minimiser les choses.
En 1997, elle fait la rencontre de l’écrivain Amélie Nothomb qui aura une influence sur sa musique et les textes de ses chansons mais c’est aussi à cette date que sortira son deuxième album « Princesse de rien ». Dans la même lignée que le premier soit d’apparence paisible et neutre il parle pourtant de choses graves tels que le sida, la folie, la rupture amoureuse…Cet album va sûrement plus loin que le premier et nous montre une Robert déterminée qui commence à prendre de la maturité et qui par son style décalé commence à s’imposer.
Son amitié avec Amélie Nothomb grandit au point que l’auteur sortira une biographie romancée sur la vie de Robert en 2002 qui s’intitulera « Robert des noms propres ». Ce roman est très dérangeant et nous montre des facettes de la vie de Robert jusqu’ici insoupçonnées : une enfance difficile, son combat face à l’anorexie…
Cette année-là voit aussi paraître le troisième album de Robert intitulé « Celle qui tue » dont plusieurs textes sont signés Amélie Nothomb. Cet album se révèle beaucoup plus violent que les précédents avec des textes frôlant la névrose, la voix de Robert se veut plus machiavélique et les thèmes abordés sont d’une cruauté beaucoup plus marquée. Sadisme, vengeance, assassinat, allusion au suicide…tout est en place pour plonger l’auditeur dans un climat très imagé aux teintes noires et pourpres. Des références sont faites par rapport à des romans d’Amélie Nothomb tel que « Attentat » par exemple. Les chansons comme « acide à faire », « à la guerre comme à la guerre », « rendez-moi les oiseaux », « sorcière » sont d’une noirceur surprenante compte tenu de ses précédents albums. L’on retrouve tout de même la poésie et la nostalgie qui lui sont cher dans des chansons comme « Le prince bleu », « Le chant des Sirènes », « Maman »…mais la dernière chanson « Requiem pour une sœur perdue » est de toute la plus dérangeante et la plus malsaine : elle raconte l’amour sans retenue de deux sœurs qui ne peuvent vivre l’une sans l’autre et qui finira par les détruire…
Ainsi l’univers obscur d’Amélie Nothomb vient enrichir celui de Robert qui l’anime merveilleusement par sa voix cristalline.
En 2005 sort « Six pieds sous terre » quatrième album au contenu très morbide qui musicalement est plus sombre et moins électronique et où les chansons deviennent plus complexes et moins faciles à retenir. Les thèmes abordés sont l’indifférence du genre humain (« Personne »), les blessures amoureuses, la perte de l’innocence, de l’espoir…
Sur scène, Robert est un personnage étonnant qui vit véritablement ses chansons en les théâtralisant, en soulignant certains aspects, en insistant sur d’autres. Les décors de ses concerts sont intimistes mais très suggestifs et chacun pourra apprécier ses quelques pas de danse ainsi que sa générosité.
D’une nature compliquée mais propre à émouvoir, Robert ne cesse de dérouter pour le plus grand plaisir de ses admirateurs qui respectent profondément et apprécient sa manière d’être décalée, sa discrétion dans les médias et surtout sa volonté de sortir des sentiers battus que ce soit dans l’absurdité ou la noirceur la plus totale.
Odéliane, pour la réunion du 21/09/08