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arcaneslyriques
Description du blog :
Cercle littéraire "Arcanes Lyriques" retranscription des réunions.
Catégorie :
Blog Littérature
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13.07.2007
Dernière mise à jour :
02.11.2009

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DA SILVA

Publié le 25/06/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
DA SILVA
DA SILVA


Emmanuel Da Silva est un chanteur à texte de rock français. Né en 1976 c’est à l’adolescence qu’il décide de vivre pleinement sa passion pour la musique. Ses goûts musicaux le porteront d’abord vers un groupe de Punk « Mad Coakroches » puis vers un son plus brut en formant le groupe « Punishment Park ». A 21 ans, il va se consacrer à une musique plus acoustique avec son nouveau groupe « Venus Coma ». Mais il faudra finalement attendre 2005 pour que Da Silva puisse passer de VRP de Maison de disque au stade d’artiste indépendant en sortant son premier album intitulé « Décembre en été ». Ce qui caractérise cet album se sont les chansons courtes, épurées, marquées par sa voix rugueuse et grave. Mais Da Silva arrivera surtout à faire connaître ses chansons grâce au chanteur Cali qui l’invitera à faire la première partie de ses concerts.

La première chanson à émerger de « Décembre en été » sera « L’indécision » chanson mélodieuse au texte soigné qui reprend quelques vers du poète Lamartine. Le thème principal de cette chanson étant l’hésitation pour un couple de rester ensemble une fois la passion atténuée. Puis d’autres titres comme « Les fêtes foraines », « Se fendre les joues », « La saison » ou encore « Les loges de la colère » complètent cet album pour lui donner une intensité rare, un univers musical intimiste entre apaisements et plaies brûlantes. Les thèmes qui y sont abordés sont : la perte de l’innocence, l’espoir d’une vie meilleure, l’importance de la mémoire, la nostalgie de l’enfance, les aléas d’une vie amoureuse et la difficulté à vivre sereinement. La vie est ainsi associée à la mer où chacun de nous est incarné par un marin qui tente de naviguer paisiblement malgré les dangers et intempéries.

Son second album sortit en Avril 2007 s’intitule « De beaux jours à venir » et ne fait que confirmer le talent naturel de Da Silva qui oscille entre rock sec et acoustique tout en présentant une certaine fragilité et douceur où l’émotion, le doute et le désenchantement ont une place privilégiée au bord de cet abîme où tout est possible : le pire comme le meilleur. Les titres phares de cet album sont « L’averse », « De là-haut » et « Tant que tu es loin » et les thèmes qui y sont abordés sont la perte d’un être cher, la haine après une rupture amoureuse, les difficultés de communication entre deux personnes (La Muraille), les pièges de la vie que l’on n’arrive pas à éviter (L’attitude des altitudes) et cette envie de fuir pour découvrir une vie moins hostile (La fuite).

L’on peut remarquer de manière générale que Da Silva puise son inspiration des Côtes d’Armor où il a longtemps séjourné et il a la particularité pour exprimer ses sentiments de faire des métaphores sur les conditions météorologiques. Ainsi la colère est exprimée par l’orage ou la tempête, le retour du soleil ou une éclaircie à un retour au bonheur. Sa guitare se surnomme « Mouette » et ses chansons sont une invitation à une traversée des apparences.

Sa musique est rock avec pourtant des instruments aussi variés que le Ukulélé, la mandoline ou le violon et ses textes sont incisifs et concentrés car le chanteur nous précise qu’il n’aime pas diluer ses émotions mais les exprimer en bloc en disant le plus de choses possibles en peu de mots.

Ce sont donc deux très beaux albums truffés de poésie et de clameurs virulentes où les mélodies aussi bien lentes que rythmées nous entraînent dans un univers réaliste et touchant où le chanteur se livre sans concession ni armure sur ses états d’âme.


Odéliane, pour la réunion du 07/06/08.


MARTHA PEAKE

Publié le 18/06/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
MARTHA PEAKE
MARTHA PEAKE


de Patrick McGrath


Ambrose Tree écoute son vieil oncle, ancien assistant de l’anatomiste Lord Francis Drogo, lui raconter une étrange histoire. Celle de Martha Peake, une jeune fille à la chevelure flamboyante, et de son père Harry, un ancien contrebandier, devenu bossu à la suite d’un terrible incendie dont il est responsable. Après avoir quitté la Cornouaille, ils s’installent dans les bas-fonds de Londres, croyant pouvoir construire une nouvelle vie. Mais le destin s’acharne et Harry ne parvient pas à se racheter : « Car il demeurait prisonnier de son corps monstrueux. Pour le reste du monde, il n’était qu’un phénomène de foire, et il était impossible de passer outre. Quelle que soit la pureté de son âme régénérée, aux yeux du monde ce corps représentait sa vraie nature ». En 1774, Martha quitte l’Angleterre pour le Nouveau Monde agité par la guerre d’Indépendance – son départ s’apparentant d’ailleurs plus à une fuite. Harry disparaît sans laisser de traces.


Tout d’abord, Martha Peake est un roman historique, ce qui lui confère le souffle et l’envergure propres à ce type de romans : l’histoire de Martha et de son père s’inscrit dans le contexte social particulier de la seconde moitié du XVIIIème siècle et dans l’histoire des rapports entre l’Angleterre et ses colonies.

Ensuite, Martha Peake revisite le roman gothique anglais. Les personnalités complexes des personnages et, d’une manière générale, les thèmes abordés – la démence et la difformité de Harry Peake, le désir, la transgression par l’inceste, le rachat – sont caractéristiques de ce genre littéraire. De même, les différents lieux où se déroule l’action, l’ancien manoir Drogo, les falaises de Cornouaille, les sordides bas-fonds londoniens, et une Amérique naissante en pleine crise, tissent une atmosphère sombre et mystérieuse.

Patrick Mac Grath est t l’auteur d’autres romans. Citons notamment L’étrange Histoire de sir Hugo et de son valet Fledge, L'Asile et Spider.


Arianne de Blenniac, pour la réunion du 07/06/08


LE CORBEAU

Publié le 18/06/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LE CORBEAU
LE CORBEAU


Depuis de nombreux siècles, le Corbeau englobant aussi les corneilles noires et grises, est au cœur de toutes les superstitions et croyances. Surnommé « Oiseau de malheur » ou « messager de la mort » cet animal est loin de laisser indifférent. Aussi, pourrait-on se demander pourquoi cet oiseau est connoté d’une manière si négative ?
Serait-ce seulement la couleur de son plumage qui lui donnerait mauvaise augure ? Peut-être, mais originellement il est important de savoir que dans la mythologie grecque il est stipulé qu’au départ son plumage était blanc mais qu’un jour Apollon décida de le punir de ses indiscrétions en transformant la blancheur de ses plumes par une noirceur prononcée.
On dit aussi que son chant, décrit comme « étranglé » et très désagréable à l’oreille, aurait la particularité d’annoncer les tragédies à venir. Son cri « Croâ, Croâ… » signifie même « demain, demain… » en latin révélant le fait qu’il connaisse l’avenir et qu’il a cette possibilité de décider de l’annoncer ou de le taire car c’est l’un des seuls oiseaux qui a le privilège de comprendre la signification de ses propres augures. Ainsi on a souvent reproché au corbeau dans le Christianisme primitif de n’avoir pas averti Noé de la fin du déluge.
Le fait qu’il se nourrisse de charogne, de gibier de potence et qu’il néglige volontairement ses petits contribua aussi à lui donner une réputation d’oiseau de malheur qui annonce la maladie, la guerre et la mort. A ce sujet, on a recensé d’immenses et incessants vols de corbeaux en France en 1551, en 1562 et en 1563, vols qui furent suivis par des épidémies de peste. Ses petits portent d’ailleurs le nom de Corbillats qui est facilement assimilable au nom de « corbillard » le véhicule mortuaire.

Mais selon les époques et les civilisations, la symbolique du corbeau ne cesse de changer faisant de lui un animal tantôt rusé et efficace tantôt malfaisant et dangereux. Par exemple, d’une façon plus positive, ce furent deux corbeaux qui indiquèrent à Alexandre Le Grand le chemin du sanctuaire d’Amon car avant tout le corbeau a ce rôle de messager.
Dans la mythologie nord-germanique, deux corbeaux appelés Hugi ( la pensée) et Munin (le souvenir) étaient les compagnons d’Odin qu’ils informaient de tous les événements qui se produisaient sur terre.
L’ancienne Chine considérait le corbeau a trois pattes comme l’animal du soleil car d’après la légende dix de ces oiseaux auraient autrefois répandu une chaleur insupportable sur terre jusqu’à ce qu’un archer en abatte neuf et arrive ainsi à réguler la chaleur.
Un corbeau rouge fut d’autre part le symbole des empereurs jusqu’à la dynastie Chou (256 av J-C) dont les membres se considéraient eux-mêmes comme les égaux du soleil. La déesse des fées, Hsi-Wang-Mu avait des corbeaux pour messagers qui lui apportaient également sa nourriture tandis que de nombreux indiens d’Amérique du nord identifiaient le corbeau à une figure de l’être suprême.
En Angleterre, on dit que lorsque les corbeaux disparaîtront de la Tour de Londres viendra la fin de l’actuelle dynastie royale. C’est pourquoi les gardiens de la tour nourrissent si généreusement les oiseaux. De plus, ils veillent soigneusement à ce que tout corbeau mort soit remplacé. Les anglais croient aussi que le roi Arthur survole de temps en temps son ancien royaume sous la forme d’un corbeau, aussi faut-il veiller à ne pas tuer l’un de ces oiseaux que ce soit par inadvertance ou malveillance.

En Inde, le Mahâbhârata assimile les corbeaux à des messagers de la mort alors qu’en Russie les corneilles qui volent la nuit sont assimilées à des sorcières. Tandis qu’en Afrique noire le corbeau sert à prévenir les hommes des dangers qui les menacent. Il est donc leur guide et symbolise un esprit protecteur.

Dans les légendes ukrainiennes rapportées par saint Golowin on disait que les corbeaux étaient pourvus au paradis de plumes multicolores mais qu’après la chute d’Adam et Eve ils commencèrent à se nourrir de charogne ainsi leur plumage devint noir. Ce n’est qu’à la fin des temps, dans un paradis nouveau, qu’ils pourront retrouver leur beauté perdue et que leur croassement se transformera en un chant harmonieux conçu pour célébrer Dieu.
La croyance populaire considère également le Corbeau comme un voleur c’est pourquoi en Islande on ne permet pas aux enfants d’utiliser les tiges des plumes de corbeaux en guise de pailles car cela les inclinerait au vol.

Les légendes celtiques, elles aussi, regorgent de corbeaux qui jouent principalement des rôles prophétiques. Par exemple, la Déesse celte de la guerre Morrigan ainsi que le Dieu Lug sont des Dieux toujours accompagnés de corbeaux. En Irlande, le nom de la Déesse Bodb veut dire « corneille ». Lorsqu’il s’agit de femmes entourées de corbeaux ce sont toujours des représentantes de la guerre et/ou de la mort. Chez les Celtes, le nom même de corbeau est sacré et signifie le déchirement de la chair dans les combats. Comme il se nourrit de charogne la poésie galloise utilise la métaphore « le corbeau t’a percé » pour signifier « tu es mort ». Comme les Celtes pensaient que les corbeaux accompagnaient le soleil dans sa course nocturne c’est à dire aux enfers ils représentaient donc l’emblème du mal.

Dans la symbolique alchimique, cet oiseau représente la materia prima noircie qui conduit à la pierre philosophale, il est alors représenté avec une tête blanche (signe de la purification qu’on attend de la transformation alchimique.)
Le corbeau est aussi présent dans l’art héraldique depuis le Moyen-Age : il apparaît entre autre dans les armes de la famille Corbet et de la famille Biron.

Le corbeau tout comme d’autres animaux dont le loup n’a acquis une symbolique négative que récemment et quasi uniquement en Europe. Vu en rêve, il est censé être un oiseau de mauvaise augure et les romantiques voient en lui l’oiseau noir qui vole au-dessus des champs de bataille pour se nourrir de cadavres.
D’un point de vue psychologique, il est le symbole de la solitude, de la retraite volontaire c’est à dire de l’isolement destiné à atteindre un niveau de conscience supérieur à la tristesse et le malheur. Symbolisant tout de même le côté noir de la psyché, il est pourtant susceptible de se transformer et de devenir bénéfique dès lors que la personne a pris conscience de ce versant et tenté de l’intégrer à la lumière de sa conscience.

Outre son aspect superstitieux et légendaire, le 20ème siècle en a également fait un terrible dénonciateur anonyme qui au moyen de lettres scandaleuses et compromettantes sème la terreur dans de nombreux villages. Mais d’où vient cette expression ? Comment s’est-elle colportée ?
En fait cette expression s’est diffusée suite au film « Le Corbeau » de H-G Clouzot en 1943. Il raconte l’histoire de notables de saint-Robin qui reçoivent des lettres anonymes signées le Corbeau dont le contenu est calomnieux. Les accusations se portent régulièrement sur le docteur Rémi Germain ainsi que sur d’autres personnes de la ville. Les choses se compliquent lorsque l’un des patients du docteur Germain se suicide à la suite d’une lettre qui lui aurait révélé qu’il ne survivrait pas à la maladie. Le docteur Germain démarre ainsi son enquête pour découvrir la personnalité de ce mystérieux corbeau.
Le film fut interdit à la Libération car à travers la lettre anonyme on ne pouvait s’empêcher de penser à la délation des années 40. De plus, la noirceur du film est telle qu’il fait penser à des films comme « M Le Maudit » et « Furie » de Fritz Lang. Et puis surtout il renvoie à un fait divers bien réel. En effet, de 1917 à 1922 une épidémie de lettres anonymes s’est abattue sur la ville de Tulle. Glissés dans les paniers, abandonnés sur les trottoirs, les rebords des fenêtres et jusque sur les bancs des églises ces centaines de courriers dénonçaient l’infidélité des uns, la mauvaise conduite des autres… si bien qu’un climat de suspicion intense rôdait sur la ville. Quand un greffier de la préfecture, troublé par la réception d’une lettre anonyme perd la raison et meurt au cours d’une crise de démence l’enquête policière s’accélère et la presse nationale se précipite à Tulle. C’est finalement une dictée collective qui permettra d’identifier le coupable. L’auteur des lettres anonymes signait « l’œil du tigre » et non par un dessin de corbeau comme dans le film de Clouzot mais c’est la remarque d’un journaliste du journal « Le Matin » qui écrivit dans son édition du 5 décembre 1922 que la coupable « était là, petite, un peu boulotte, un peu tassée, semblable sous ses vêtements de deuil à un pauvre oiseau qui a reployé ses ailes » qui fit immédiatement penser à l’allure du Corbeau bien que le terme ne fut pas prononcé. Clouzot choisit donc ce terme pour son film, cet oiseau de mauvaise augure et depuis l’expression n’a cessé de se répandre.

Il existe un corpus impressionnant de dictons, proverbes, contes et légendes, poésies populaires ou d’auteurs parlant du corbeau. Passant par la fameuse Fable du « corbeau et du renard » à la malédiction des « sept corbeaux » des Frères Grimm tout en étant l’hôte privilégié des ruines et châteaux hantés dans l’univers de la Bande-dessinée, cet animal n’a jamais cessé de nous surprendre. Parmi les œuvres les plus célèbres qui évoquent de près ou de loin les corbeaux on peut citer « The Raven », ce poème en prose de l’écrivain américain Edgar Allan Poe qui compte parmi les textes les plus forts de ce poète établissant sa réputation dans son pays et en Angleterre. Il paraît pour la première fois le 29 janvier 1845 dans le New York Evening Mirror. D’une grande musicalité et à l’atmosphère chargée et irréelle le poème raconte l’histoire d’une mystérieuse visite que reçoit le narrateur, celle d’un corbeau perché en haut de sa porte répétant inlassablement « Jamais plus ». Le poème fut traduit en français en deux versions l’une de Charles Baudelaire et l’autre de Stéphane Mallarmé.

Ce poème inspira ensuite le cinéma où l’on peut citer au moins deux films qui le mettent en scène : « The Raven » de l’américain Lew Landers en 1935. C’est un film fantastique qui se déroule au 15ème siècle en Angleterre et où le docteur Craven, qui vit reclus depuis la mort de sa femme, reçoit la visite de son confrère Bedlo transformé en corbeau par le magicien Scarabus.
Et le film « Raven » de l’américain Roger Corman sorti en 1963 qui reprend les thèmes essentiels du précédent.

Un autre film, beaucoup plus célèbre, vient venir rendre hommage au corbeau. Il s’agit de « The Crow » film américain réalisé par Alex Proyas et sorti en 1994. L’histoire raconte les destins tourmentés d’Eric Draven et de sa fiancée Shelly Webster qui la veille de leur mariage vont être assassinés dans leur appartement par un gang. Un an plus tard Eric est ramené à la vie par un corbeau. Ce dernier l’aidera alors à se venger afin que l’âme d’Eric puisse enfin trouver le repos. Très vite ce film devient culte en raison notamment de la similitude entre les destins tragiques d’Eric Draven et de son interprète Brandon Lee lui-même. En effet, lors du tournage, l’acteur principal trouve la mort accidentellement. Le réalisateur sera donc obligé de recourir à des techniques utilisant la numérisation afin de terminer le film en l’absence de Brandon Lee.
Adapté du Comics du même nom créé par James O’Barr The Crow réussit à conter une histoire d’amour dont même la mort ne parvient pas à mettre un terme. Le film devient ainsi une référence majeure pour le milieu gothique qui apprécie son esthétisme et son romantisme.

Ainsi, de toutes ces illustrations faites du Corbeau, que ce soit dans les légendes moyenâgeuses de nos campagnes ou dans les films d’épouvante, celui-ci ne laisse jamais indifférent car il est à la fois : Sage et stratège, goulu et imprévisible, devin et menteur, réveillé et étonné, entreprenant et lâche, guide et passeur, amical et vengeur…autant de contradictions où l’homme peut finalement se reconnaître.


Odéliane, pour la réunion du 07/06/08.


Illustration : Ana Cruz.

LE CORBEAU D'EDGAR ALLAN POE

Publié le 18/06/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LE CORBEAU D'EDGAR ALLAN POE
Le Corbeau

Edgar Allan Poe

Traduction de Charles Baudelaire


Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre. « C’est quelque visiteur, – murmurai-je, – qui frappe à la porte de ma chambre ; ce n’est que cela et rien de plus. »

Ah ! distinctement je me souviens que c’était dans le glacial décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin ; en vain m’étais-je efforcé de tirer de mes livres un sursis à ma tristesse, ma tristesse pour ma Lénore perdue, pour la précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore, – et qu’ici on ne nommera jamais plus.

Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux pourprés me pénétrait, me remplissait de terreurs fantastiques, inconnues pour moi jusqu’à ce jour ; si bien qu’enfin pour apaiser le battement de mon cœur, je me dressai, répétant : « C’est quelque visiteur attardé sollicitant l’entrée à la porte de ma chambre ; – c’est cela même, et rien de plus. »

Mon âme en ce moment se sentit plus forte. N’hésitant donc pas plus longtemps : « Monsieur, dis-je, ou madame, en vérité, j’implore votre pardon ; mais le fait est que je sommeillais et vous êtes venu frapper si doucement, si faiblement vous êtes venu frapper à la porte de ma chambre, qu’à peine étais-je certain de vous avoir entendu. » Et alors j’ouvris la porte toute grande ; – les ténèbres, et rien de plus.

Scrutant profondément ces ténèbres, je me tins longtemps plein d’étonnement, de crainte, de doute, rêvant des rêves qu’aucun mortel n’a jamais osé rêver ; mais le silence ne fut pas troublé, et l’immobilité ne donna aucun signe, et le seul mot proféré fut un nom chuchoté : « Lénore ! » – C’était moi qui le chuchotais, et un écho à son tour murmura ce mot : « Lénore ! » Purement cela, et rien de plus.

Rentrant dans ma chambre, et sentant en moi toute mon âme incendiée, j’entendis bientôt un coup un peu plus fort que le premier. « Sûrement, – dis-je, – sûrement, il y a quelque chose aux jalousies de ma fenêtre ; voyons donc ce que c’est, et explorons ce mystère. Laissons mon cœur se calmer un instant, et explorons ce mystère ; – c’est le vent, et rien de plus. »

Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement d’ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens jours. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta pas, il n’hésita pas une minute ; mais avec la mine d’un lord ou d’une lady, il se percha au-dessus de la porte de ma chambre ; il se percha sur un buste de Pallas juste au-dessus de la porte de ma chambre ; – il se percha, s’installa, et rien de plus.

Alors, cet oiseau d’ébène, par la gravité de son maintien et la sévérité de sa physionomie, induisant ma triste imagination à sourire : « Bien que ta tête, – lui dis-je, – soit sans huppe et sans cimier, tu n’es certes pas un poltron, lugubre et ancien corbeau, voyageur parti des rivages de la nuit. Dis-moi quel est ton nom seigneurial aux rivages de la nuit plutonienne ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

Je fus émerveillé que ce disgracieux volatile entendît si facilement la parole, bien que sa réponse n’eût pas un bien grand sens et ne me fût pas d’un grand secours ; car nous devons convenir que jamais il ne fut donné à un homme vivant de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre, un oiseau ou une bête sur un buste sculpté au-dessus de la porte de sa chambre, se nommant d’un nom tel que – Jamais plus !

Mais le corbeau, perché solitairement sur le buste placide, ne proféra que ce mot unique, comme si dans ce mot unique il répandait toute son âme. Il ne prononça rien de plus ; il ne remua pas une plume, – jusqu’à ce que je me prisse à murmurer faiblement : « D’autres amis se sont déjà envolés loin de moi ; vers le matin, lui aussi, il me quittera comme mes anciennes espérances déjà envolées. » L’oiseau dit alors : « Jamais plus ! »

Tressaillant au bruit de cette réponse jetée avec tant d’à-propos : Sans doute, – dis-je, – ce qu’il prononce est tout son bagage de savoir, qu’il a pris chez quelque maître infortuné que le Malheur impitoyable a poursuivi ardemment, sans répit, jusqu’à ce que ses chansons n’eussent plus qu’un seul refrain, jusqu’à ce que le De profundis de son Espérance eût pris ce mélancolique refrain : « Jamais – jamais plus ! »

Mais le corbeau induisant encore toute ma triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège à coussins en face de l’oiseau et du buste et de la porte ; alors, m’enfonçant dans le velours, je m’appliquai à enchaîner les idées aux idées, cherchant ce que cet augural oiseau des anciens jours, ce que ce triste, disgracieux, sinistre, maigre et augural oiseau des anciens jours voulait faire entendre en croassant son – Jamais plus !

Je me tenais ainsi, rêvant, conjecturant, mais n’adressant plus une syllabe à l’oiseau, dont les yeux ardents me brûlaient maintenant jusqu’au fond du cœur : je cherchai à deviner cela, et plus encore, ma tête reposant à l’aise sur le velours du coussin que caressait la lumière de la lampe, ce velours violet caressé par la lumière de la lampe que sa tête, à Elle, ne pressera plus, – ah ! jamais plus !

Alors, il me sembla que l’air s’épaississait, parfumé par un encensoir invisible que balançaient les séraphins dont les pas frôlaient le tapis de ma chambre. « Infortuné ! – m’écriai-je, – ton Dieu t’a donné par ses anges, il t’a envoyé du répit, du répit et du népenthès dans tes ressouvenirs de Lénore ! Bois, oh ! bois ce bon népenthès, et oublie cette Lénore perdue ! » Le corbeau dit : «Jamais plus ! »

« Prophète ! – dis-je, – être de malheur ! oiseau ou démon ! mais toujours prophète ! que tu sois un envoyé du Tentateur, ou que la tempête t’ait simplement échoué, naufragé, mais encore intrépide, sur cette terre déserte, ensorcelée, dans ce logis par l’Horreur hanté, – dis-moi sincèrement, je t’en supplie, existe-t-il, existe-t-il ici un baume de Judée ? Dis, dis, je t’en supplie ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Prophète ! – dis-je, – être de malheur ! oiseau ou démon ! toujours prophète ! par ce ciel tendu sur nos têtes, par ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment Lénore, embrasser une précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore. » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Que cette parole soit le signal de notre séparation, oiseau ou démon ! – hurlai-je en me redressant. – Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la nuit plutonienne ; ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que ton âme a proféré ; laisse ma solitude inviolée ; quitte ce buste au-dessus de ma porte ; arrache ton bec de mon cœur et précipite ton spectre loin de ma porte ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

Et le corbeau, immuable, est toujours installé sur le buste pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre ; et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve ; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher ; et mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne pourra plus s’élever, – jamais plus !



LE GOUT DE L'IMMORTALITE

Publié le 13/06/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LE GOUT DE L'IMMORTALITE
Le Goût de l’immortalité

Catherine Dufour


Editions Mnémos, janvier 2008 (réédition)

Première parution en 2005

Le Goût de l’immortalité a reçu :

Grand Prix de l’Imaginaire 2007
Grand Prix de la Science-Fiction française 2007
Prix Rosny aîné 2006
Prix Bob-Morane 2006


Bibliographie complémentaire

Quand les dieux buvaient, Editions Nestiveqnen :

Blanche-Neige et les lance-missiles (1/4), 2001 (Prix Merlin)
L’Ivresse des providers (2/4), 2001
Merlin l’ange chanteur (3/4), 2003
L’immortalité moins six minutes (0/4), 2007

Délires d’Orphée, Editions Baleine (collection Club Van Helsing), 2007

Biographie

Catherine Dufour est née en 1966, à Paris.

Elle a commencé à écrire des poèmes à sept ans.

Ensuite, tout en écrivant des nouvelles, elle a exercé des métiers variés et a également voyagé.

Puis elle a commencé à écrire pour être éditée vers 30 ans.

Histoire

Il s’agit d’un roman épistolaire contenant une seule et unique lettre de 241 pages.

L’histoire commence en 2113, dans la ville de Ha Rebin, en Mandchourie. A cette époque pas si lointaine pour nous, l’Asie domine le monde depuis probablement quelques temps déjà.

La Chine est complètement polluée, à la merci d’épidémies atroces. Les hommes les plus aisés vivent dans des tours climatisées et les autres se terrent dans les sous-sols.

La narratrice raconte d’abord sa vie, puis celle de plusieurs personnes auxquelles son destin est lié : Cmatic, Cheng et Nakamura.

L’héroïne vit avec sa mère dans une tour. Elle a eu, au début de l’adolescence, une intoxication aux métaux lourds (à cause de l’eau de sa piscine) et ne doit sa survie qu’à une voisine très étrange du 42e étage, Iasmitine, qui lui fait boire régulièrement une sorte de potion sans laquelle elle mourrait. La jeune fille, particulièrement enlaidie par ses problèmes de santé, ne grandira pas.

Un jour, elle rencontre son nouveau voisin, Cmatic, un chercheur. Après avoir découvert, à Tahiti, un mystérieux moustique modifié génétiquement, celui-ci a été envoyé, la mort dans l’âme, à Ha Rebin pour mener une enquête sur Iasmitine. Ensemble, le scientifique et l’éternelle adolescente essaient de découvrir ce que la guérisseuse cache dans une pièce secrète de son appartement.

La lettre a été écrite en 2304.

Avis

Le mystère est omniprésent dans ce roman qui tient le lecteur en haleine jusqu’au bout.

Le thème principal est l’immortalité : jusqu’où peut-on aller pour ne pas mourir ? Très loin, selon C. Dufour, parce que « la vie est une drogue terrible », comme elle l’écrit à plusieurs reprises dans le roman, et qu’on ferait n’importe quoi pour ne pas la perdre.

Elle donne également son point de vue sur le fait de vieillir, aborde l’eugénisme, les manipulations génétiques et les rites vaudous et évoque en filigrane la protection de l’environnement.

Le monde futuriste qu’elle décrit est réaliste.

Son style est particulier, riche, mais très accessible. C. Dufour dit s’être inspirée de celui de Marguerite Yourcenar (Les Mémoires d’Adrien). Malgré la noirceur de l’histoire, le ton est toujours relativement léger. D’ailleurs, l’auteur, surnommée « la Terry Pratchett française », peut également écrire des textes comiques (voir bibliographie).

Catherine Dufour s’est, volontairement, abstenue de mettre des majuscules aux noms propres, mais elle en a ajouté aux noms de plantes et d’animaux, ainsi qu’aux produits qui en sont issus. Elle souhaite ainsi insister sur leur valeur, puisqu’ils ont pratiquement disparus à l’époque qu’elle décrit, et ceci à cause de la pollution dont l’homme est responsable.


Webographie

Site personnel :
www.catherinedufour.net

Interview d’ActuSF (elle y donne notamment son point de vue sur les femmes dans les contes de fées, sur les épreuves qu’on traverse dans la vie et ce qu’elles nous apportent, ainsi que sur les personnes âgées) :

http://www.dailymotion.com/actusf/video/x22mpp_catherine-dufour_people


Rachel Gibert, pour la réunion du 7 juin 2008



PARCE DOMINE

Publié le 11/06/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
PARCE DOMINE
PARCE DOMINE


D’Adolphe Willette


Parce Domine (réalisée en 1884) est l’une des œuvres du peintre, illustrateur, écrivain et caricaturiste français Adolphe Willette (dit Pierrot) né à Chalons sur Marne en 1837 et décédé en 1926 à Paris. Willette avait pour habitude de peindre des fresques et des vitraux, de dessiner des cartes postales, des affiches publicitaires et des couvertures de livres mais aussi surtout de décorer de nombreux cabarets et restaurants de la butte Montmartre.

Parce Domine, célèbre tableau du Musée Montmartre, constitue une œuvre énigmatique riche de sens et d’interprétations possibles. Sa farandole de personnages ambigus, aux visages rieurs ou profondément désespérés, intrigue et s’il s’agit d’une invitation à la danse très rapidement l’on se rend compte que cette danse est particulière et lourde de conséquences puisqu’elle présente des similitudes avec la Danse Macabre.
Mais avant d’aller plus loin sur son interprétation, interrogeons-nous d’abord sur son titre. Parce Domine, Parce Populo Tuo est un cantique composé par l’abbé J. Marbeuf qui servait notamment pour les saluts du saint sacrement au temps du carême. Ce cantique, composé de sept couplets et qui comprennent chacun l’évocation d’un désordre du monde, de la France, de la société ou d’un désordre causé par des chrétiens infidèles ; était une sorte d’exutoire où l’ensemble des péchés était révélé au grand jour. Ensuite les pécheurs demandaient au Christ son pardon, lui déclaraient leur amour et lui demandaient d’oublier leurs fautes.
Les péchés évoqués étaient souvent proches des péchés dits capitaux ajoutés à ceux-ci à d’autres péchés plus ou moins avouables.

Adolphe Willette s’est donc inspiré de ce cantique en représentant sur son tableau toutes les sortes de vices ou de péchés liés entre autre à la luxure, au plaisir de la chair, aux débordements de la fête, aux excentricités de toutes les classes sociales… Bref tout un éventail de personnages qui ne voient la vie qu’avec futilité et amusement sans se soucier d’autrui, de la religion ou des conventions sociales.
Mais si dans le cantique Parce Domine il est question de demande de pardon et donc d’oubli des fautes, le tableau de Willette est plus implacable et fataliste car il n’y a pas de pardon possible et chaque personnage est invité à entrer dans une danse qu’il ne pourra pas quitter vivant car seule la mort pourra les laver de leurs péchés.
C’est ainsi qu’on remarque sur cette œuvre profondément désespérée que la fin de la farandole (sur la gauche) s’achève par une mort certaine où ensuite les âmes des défunts sont transportés dans le ciel (dans les airs ou dans un fiacre conduit par d’étranges squelettes) sous une lune ressemblant trait pour trait à un crâne (spectateur privilégié des travers de l’homme).
On ne pourrait tout à fait déterminer si les personnages vont tout droit à cette mort de leur plein gré ou parce que c’est une destinée fatale aussi violente qu’évidente ou encore parce qu’ils sont entraînés par d’autres personnes aux desseins maléfiques ? Qui sont ces pierrots, des victimes comme les autres ou des acteurs oeuvrant pour la grande faucheuse ?

Willette joindra à son tableau un commentaire tout aussi noir pour expliquer ses préoccupations et sa vision de l’humanité :
« Les chats miaulent à l’amour/ les blanches communiantes sortent de leurs mansardes : c’est la misère ou la curiosité qui fait tomber leurs voiles sur la neige dont les toits sont recouverts. Aussitôt les pierrots noctambules cherchent à s’emparer de leur innocence par des moyens diaboliques./ De l’odéon au moulin de la galette, les voici partis pour la chasse aux minis Pinsons/ C’est avec de l’or ou de la poésie qu’ils tendent leurs pièges suivant qu’ils sont riches ou pauvres, bien qu’également pervers. Cependant que le vieux moulin moud des airs d’amour et de pitié./ Les ailes emportées de musique tournent au clair de la lune reflet de la mort./ Voici à présent la revanche de la fille séduite qui a jeté son bonnet par dessus les moulins/ La voilà qui entraîne, étourdit Pierrot dans un tourbillon de plaisir et de vices : c’est le Sabbat !/ Elle l’a ruiné, rendu fou, et l’accule au suicide./ Les vierges tristes et laides portent son cercueil, tandis que son âme libérée fera choix d’une étoile…/ Parce Domine, parce populo tuo…/ Le peuple des pierrots est toujours bien à plaindre ! »

De ce tableau, l’écrivain Léon Bloy écrira ces quelques notes : « Une nuit claire et neigeuse. Un moulin aux ailes immenses, le moulin solitaire et mélancolique de l’espérance des poètes, qui tourne toujours à vide et qui n’a jamais le plut petit grain de bonheur à moudre pour ces affamés. »

C’est donc une œuvre particulièrement mélancolique que nous propose Willette, comme une clameur de détresse lancé vers Dieu. Que ce soit à pied, en fiacre ou à cheval on rit, on chante, on joue de la guitare mais au bout du cortège, au bout de la vie, Pierrot une arme à la main se suicide et son cercueil disparaît dans un ciel de plus en plus sombre, accompagné d’une rangée de danseuses d’une extrême pâleur faisant davantage penser à des fantômes.
Les couleurs de cette toile sont obscures et tristes, jouant sur une harmonie de gris et d’ocres sombres.

Tous les personnages voués à l’enfer de la luxure sont marqués pour les quatre lupanars que sont : la curiosité, le plaisir, l’orgueil et l’avarice et ces terribles attirances les mènent inexorablement à leur perte. C’est une conception bien tragique de la vie et du cœur humain mais c’est aussi une conception plusieurs fois reprises dans la littérature (avec par exemple « Les chants de Maldoror » de Lautréamont) ou tout autre forme d’art. Ce qui lui donne alors son originalité c’est qu’elle illustre l’éternel duel de la poésie et de l’argent, autrement dit de la beauté sereine et gratuite, la beauté de l’art aux bienfaits que procure la réussite matérielle.
La poésie nous est alors présentée sous les traits de Pierrot qui ne croit plus que son existence soit amusante comme le montrait a contrario le Pierrot du peintre Watteau mais il aimerait pourtant y croire même s’il doit tuer pour y parvenir. Et la réussite matérielle nous apparaît par les vêtements tant soignés de tous ces personnages burlesques, de leurs bijoux et autres artifices devenus inutiles devant le grand inquisiteur que représente la mort.
La mort fauche alors à tour de bras que ce soit les riches pour les punir de toutes leurs extravagances inutiles ou les pauvres qui se complaisent dans d’autres réjouissances tout aussi honteuses parce que la seule vraie richesse ne viendrait-elle pas du cœur après tout ?


Odéliane.

LA MER

Publié le 11/06/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LA MER
LA MER


De Charles Nérée Beauchemin (1850-1931)


Loin des grands rochers noirs que baise la marée,
La mer calme, la mer au murmure endormeur,
Au large, tout là-bas, lente s'est retirée,
Et son sanglot d'amour dans l'air du soir se meurt.

La mer fauve, la mer vierge, la mer sauvage,
Au profond de son lit de nacre inviolé
Redescend, pour dormir, loin, bien loin du rivage,
Sous le seul regard pur du doux ciel étoilé.

La mer aime le ciel : c'est pour mieux lui redire,
À l'écart, en secret, son immense tourment,
Que la fauve amoureuse, au large se retire,
Dans son lit de corail, d'ambre et de diamant.

Et la brise n'apporte à la terre jalouse,
Qu'un souffle chuchoteur, vague, délicieux :
L'âme des océans frémit comme une épouse
Sous le chaste baiser des impassibles cieux.






Elseworlds de DC Comics

Publié le 11/06/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
Elseworlds de DC Comics
La collection Elseworlds de DC Comics


Batman et Superman font tous deux parties de la maison d’édition DC Comics, vivent dans le même univers depuis plus de 60 ans et sont publiés mensuellement dans des comic-books.


Connus grâce aux nombreux films, dessins animés et produits dérivés, l’origine de ces personnages est assez facile à expliquer.


Batman est le milliardaire Bruce Wayne dont les parents ont été assassinés lors de son enfance. Il a alors décidé de consacrer sa vie à la lutte contre le crime et sous l’identité secrète de Batman a combattu de nombreux bandits en tous genres.


Superman est Kal-El, le seul survivant de la planète Krypton. Adopté par un couple sans enfants, les Kent, il a acquis des super-pouvoirs grâce à l’exposition à un soleil jaune et devenu adulte, le journaliste Clark Kent et son alter-ego Superman combattent le crime dans la ville de Metropolis.


Avec le label Elseworlds, DC Comics propose des aventures différentes de celles que vivent habituellement les super-héros. Les origines des personnages restent les mêmes mais tout le contexte change. On a ainsi vu Batman combattre Dracula, Jack l’éventreur ou Al Capone.

Superman a ainsi rencontré Tarzan ou les martiens d’H.G. Wells.


Je vais donc vous en présenter deux ici : Batman Castle Of The Bat et Superman’s Metropolis.


Le premier est un téléscopage de Batman et du roman Frankenstein de Mary Shelley. Bruce Wayne est un médecin allemand à la fin du 19ème siècle dont les parents ont été tués par un bandit de grand chemin. Il trouve un souterrain menant de son château à la faculté de médecine où sont entreposé des morceaux de corps humains. Il récupère alors le cerveau de son père et avec d’autres morceaux de corps humains, donne la vie à un monstre qui a peur de la lumière. Vu qu’il a aussi trouvé le moyen de transmettre les capacités d’une créature à une autre, il donne à cette créature les capacités visuelles d’une chauve-souris et le monstre est alors baptisé Bat-Man et part à la recherche de la personne qui l’avait assassinée. Le style peint en couleur directe de Bo Hampton convient parfaitement au récit de Jack C. Harris qui est un vibrant hommage au roman de Shelley et à toutes les incarnations cinématographiques de sa créature.


Dans Superman’s Metropolis, Clarc Kent habite la Metropolis du film de Fritz Lang et est confronté au savant machiavélique Lutor qui veut détruire cette ville et la refaire à son image de dément. De nombreuses scènes du film original ont été reprises ici : la scène de l’homme à l’horloge, la confrontation entre les ouvriers et les nantis, le rôle du médiateur. Les scénaristes Randy et Jean-Marc Lofficier, Roy Thomas et le dessinateur Ted Mac Keever offre ici un comic-book intéressant à l’atmosphère particulière avec un style graphique anguleux, ressemblant fort à l’ambiance des films expressionnistes allemand des années 1920 et 1930 dont Metropolis est issu.


DC a donc réussi à prouver que le super-héros ne se résumait pas aux combats de personnages en collants et peut quelquefois offrir des histoires surprenantes et intéressantes.


Christophe Colin


NO TEARS

Publié le 04/06/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
NO TEARS
NO TEARS


• Présentation : La naissance du groupe français No Tears se concrétise en 2001 par la rencontre entre Paul Fiction passionné du son cold si particulier des années 80 et de Filipe, un ami artiste/guitariste. Tout deux s’adjoignent les services de Vincent K (ex bassiste du groupe Cyanhide) et enfin d’Elsa une amie de ce dernier au chant. Le line-up ainsi formé sort deux titres sur une compilation (str8line record). En 2002 Elsa et Filipe décident de quitter le « navire ». Maintenant réduit en duo, nos deux « survivants » essayent pendant relativement longtemps mais sans succès d’auditionner plusieurs guitaristes, chanteurs et batteurs. Mais c’est seulement en 2003 qu’une rencontre fortuite se réalise avec deux « figures » incontournables de la scène cold Française de la fin des années 80, début des années 90. Kristian Dernoncourt tout d’abord (exBunkerstrass, Model Martial, l’Avis G 821 et Renaissance Noir) en tant que chanteur/auteur/compositeur et enfin de Dominique Oudiou (ex Neutral Project) comme auteur/compositeur/guitariste. Fernando Million venant compléter l’ensemble à l’été 2004 comme batteur. Pour finir été 2006 arrivent D-Lex, guitariste puis Olivier Rhein à la batterie afin de palier les départs de Dominique et Fernando. Concernant le nom du groupe, celui-ci vient d’une chanson daté de 1978 du groupe cold originaire de San Francisco : Tuexdomoon, adorant ce titre le groupe voulait posséder un nom original et ironique (en effet « ne pas pleurer, ne pas verser de larmes » alors que tout autour de nous nous incite au contraire…)

No Tears se composent actuellement de :
• Paul Fiction : Syntés/Guitare/Programmation
• Kristian Dernoncourt : Chant/Bass/Guitare
• Vincent K. : Bass
• D-Lex : Guitare
• Olivier Rhein : Batterie


• « Borderline » 1er CD 10 Titres sortit en Novembre 2004 :

Ce premier Album peut être considéré comme un pont entre passé et présent. En effet en intégrant Dom et Kristian au sein du groupe, le son de « Borderline » prend de suite une couleur musicale reconnaissable entre mille. Pour preuve c’est en reprenant d’anciens titres comme « Prisoner » de Neutral Project ainsi que « Tears » de Bunkerstrass puis enfin « Feast » et « l’Amour Froid » de Model Martial, que le ton général de l’album est donné mais toutes dans des versions revisitées. Néanmoins il existait avant l’arrivé de nos deux compositeurs de talent des titres déjà écrits et composés, ils seront juste réadaptés.

L’album s’ouvre par le titre musical « Void », l’ambiance est d’emblée pesante, basse lourde, guitare et synthé venant napper le tout d’un brouillard nostalgique et triste. L’auditeur est invité à faire le vide, à pratiquer une sorte de méditation intimiste…

Suit « Night Effect », le rythme s’accélère tout en restant sombrement efficace, considérons le comme une suite au précédent titre. La nuit marquant au fer rouge ses effets dans notre esprit par le rêve qui reste notre seule porte de sortie, notre seul espoir face au jour empreint d’absurdité et d’incompréhension. Mais qui sait, les rêves peuvent devenir réalités…

Entre en scène maintenant l’admirable « Prisoner » ! Le son continue sa rapide progression. Kristian scande « I’Am a prisoner », prisonnier de nos obsessions ? De la folie ambiante ? Du conformisme ? Peut-être de tout cela à la fois mais si nous étions tout simplement prisonnier de nous-même ? Quoi de mieux alors comme porte de sortie que le suicide ? « À demain l’exécution » chante No Tears…

Le titre suivant, certainement l’une des meilleures compositions de l’album entre en action, la basse attaque seule, la guitare ainsi que la batterie venant ensuite la rejoindre pour former une spirale émotionnelle intense. La voix est prenante, nous transmettant par son timbre particulier une forte dose d’émotion nous serrant à la gorge, puis subitement changement de ton, la musique s’accélère avec un tempo soutenu, le ton ce durci, des rires de dément viennent renforcer une impression de folie ambiante, serait-ce à cause des années charnières que représente l’adolescence ? Sombrer dans la tourmente et renaître de ses cendres pour affronter le monde adulte ?

Une subtile introduction de piano annonce l’entrée en scène d’un personnage troublant et charismatique : Sade…L’histoire qui nous est contée représente métaphoriquement une des perversions de l’homme et du réputé marquis : le sexe, ses dérives, sa cruauté. Jusqu’où sommes-nous capable d’aller pour assouvir nos pulsions ? Encore une nouvelle forme de folie, comment résister face à tout ce qui nous entoure et nous encourage à franchir le pas ?

Changeant complètement de rythme, No Tears nous invite maintenant dans une sorte d’hymne post punk avec l’excellent « Tears ». D’abord lente, inquiétante dès le départ, la musique s’affole nous entraînant dans une tourmente hypnotique nous laissant Ko mais malgré tout encore debout.

Pour ceux et celles qui ont connus de près ou de loin Yvon Million (créateur/chanteur) du défunt groupe Neutral Project, nous trouvons avec cette composition "Mauvaise Farce" le renvoi à une image fort émouvante, un vibrant hommage particulièrement sensible et envoûtant. Regret éternel…

« Madness » quant à lui ouvre le bal…des vampires ! Sonnant musicalement comme une ode torturée et sombre sans concession. Un nouvel aspect de la folie nous guette, comment étancher notre soif de sang et de pouvoir sur l’être humain ? Morsure d’éternité toute relative, notre conscience collective a du sang sur les mains…

Quoi de mieux après cet épisode « sanguinolent » que de faire la « Feast » ? Magnifique reprise, ce titre est d’emblée très soutenu, c’est une nouvelle envolée post punk qui nous cingle le visage, pénétrant avec force nos oreilles. Comme pour Sade le fil conducteur est représenté par les pourvoyeurs d’illusions et d’hypocrisies : les prêtres, entraînants dans leurs chants de prières la naïveté du commun des mortels. Mais pour leur donner le change les « gens » font semblant d’approuver et d’être heureux ! Alléluia la foi est sauve !

Pour conclure ce somptueux album nous retrouvons avec délectation cette nouvelle reprise de « l’Amour Froid », sorte de déclamation lancinante humaniste contre la guerre. Ce tourbillon sonore et textuel nous entraînant vers les abîmes d’une des facettes les plus « controversées » de l’âme humaine. Des notes de piano venant achever, à la fin du morceau la course frénétique et absurde d’une quête perdue d’avance. L’homme s’ennuierait-il à ce point pour exprimer en retour ses vils et primaires instincts par la haine de son prochain ? Combien de morts lui faudra t’il pour recouvrer la raison ? Peut-être jusqu’à son annihilation complète…Mais il sera alors trop tard !



• « Obsessions » 2éme CD 9 Titres sortit en Février 2008 :


Avec ce 2ème opus, No Tears nous propose une sonorité plus vive, plus dure, avec moins de concessions par rapport au premier album, les textes étant eux aussi dans la même veine, mais il reste toutefois une ombre sonore mélancolique planant au dessus de la mêlée chaotique des tourments humains. En effet cet album explore encore plus loin certaines obsessions : « des tortures de l’âme »…

« Afraid of » à l’honneur de faire débuter l’album. Une guitare accrocheuse et rapide distille avec entrain des saveurs « Curesques » presque planantes et absolument délectables ! Mais pourtant en opposition avec le thème abordé. Premier volet d’une des obsessions parcourant l’album, il est ici question de la mort, « sa » mort, comment l’aborder ? Doit-on en avoir peur ? Ou au contraire l’attendre sereinement ? Ou pire encore, avec envie ?

L’homme dans le titre « Joie Minimale » est jugé comme un criminel ayant perdu la tête dans sa quête inassouvie de pouvoir et de destruction, No Tears nous prend à témoins et nous pose cette question cruciale « Homme où est ton âme d’enfant ? ». La batterie soutient en rythme et avec force le texte, servie en plus par des guitares tout à la fois puissantes et légères, savant mélange alchimique d’une musique « Cold » réinventée !

Petit clin d’œil au fabuleux titre des Sisters of Mercy ? Peut-être mais quoi qu’il en soit « Possession » se démarque singulièrement des autres titres par son sublime envol émotionnel musical, certainement l’une des meilleurs compositions du groupe à ce jour ! Nous trouvons avec ce titre une invitation à vouloir danser avec la mort ou (mieux ?) encore d’avoir une relation charnelle avec elle ! Fusion de deux âmes tourmentées, violent pacte d’amour, désir ultime interrompu par cette aube cruelle, annonciatrice de dépit et de frustrations…

Partant sur un rythme rapide « A Wonderful Day » poursuit ensuite sa course musicale avec moins d’entrain, devenant plus lent, plus sombre aussi, pour finir son parcours par une nouvelle envolée sonore couronnée d’un chant haletant et persuasif. Ce titre explore un des méandres tortueux de l’amour, toujours côté sombre. Aimer fait mal quand une histoire arrive à sa conclusion, déchirure extrême, perte d’équilibre, tout peut basculer. Douleur profonde enchevillée au corps, comment ne pas tomber de l’autre côté du miroir, celui de la perversion, celui du rejet de soi, de ses principes. Tout vol en éclat…jusqu'à sa chute brutale.

Dès les premières notes de « Paradoxe » nous voyageons avec délices dans des contrées plus extrêmes : celle du Post Punk. Extension et complément du titre « Sade » sur le premier album ? Il découle du précédent titre comme une suite logique. Confiné dans sa folie perverse, le conteur nous décrit son malaise mais surtout sa complaisance dans la forme la plus abjecte et aboutie de l’amour : le sadomasochisme. ..
Arrivé au bout de son expérience, le vide absolu s’installe, le ton et le rythme musical s’en ressent immédiatement, « Réincarnation » est peut-être le chemin de la rédemption mais comment remonter la pente quand la foi est exsangue ? S’inventer un autre monde ? Encore un de plus…

« Sabbat » titre incantatoire par opposition aux précédents, s’emble être l’une des voies envisagée. Quoi de mieux en effet que des rituels étranges ? Avoir la sensation d’appartenir à un clan, une fratrie, un monde ou tous les péchés seraient absous dans le sang et la magie sectaire ! Le rêve parfait ? Pas sûr du tout… Nouvelle illusion encore plus pernicieuse et dangereuse que les autres. Descente aux enfers avec comme guide Satan, notre démon intérieur ?...

Savante alchimie musicale, le titre « 12 Drummer Drumming » se réfère subtilement à « Hanging garden » du groupe Cure ainsi qu’à l’univers intensément sombre de Neutral Project par son intonation vocale, son phrasé et sa musicalité. Une inquiétante atmosphère nous entraîne tout d’abord vers une chute lente, inexorable destin préparatoire à une mort certaine. Ensuite la musique s’accélère progressivement ainsi que le cœur, battements en suspension, horloge interne déréglée palpitant en une danse frénétique et désespérée. Le dernier coup, le douzième approche, un soleil noir (encore N.P. !) obscurcissant le ciel d’une vie arrivée au bout du rouleau. Las de toutes ses expériences restées vaines de succès, le conteur s’éteint lentement dans un roulement de tambour, dernier soubresaut, ultime fil de vie.

Epilogue : « In [can] décence » mélange à merveille la métaphore entre la mort et le sexe. Parcours initiatique et méthodique, nouvelle approche d’une relation torride pré-mortelle mais avec cette fois le suicide en bout de mire. Le conteur, l’arme du destin à la main, parviendra t’il à ses fins ? Musicalement proche d’un cri de détresse, semblant d’une finalité imminente, sorte de constatation lucide avec une impatience non feinte, le final est à la hauteur de nos espérances !

Conclusion :
Avec ces deux albums No Tears associe avec conviction et force un son cold renouvelé, renaissance maîtrisée et digérée d’un genre musical apparut à l’aube des années 80. No Tears évite admirablement les pièges de la redite avec beaucoup d’intelligence, la base est forcément présente mais le tout est subtilement saupoudré d’une fine couche de modernité. Agrémenté de textes d’une qualité d’écriture rare empreint d’une poésie tour à tour moderne et classique. No Tears mérite largement la reconnaissance de ses pairs afin d’éviter encore une fois (malédiction ou manque d’intelligence ?) de passer à côté d’un grand groupe Français. Quand l’on constate actuellement le « revival » New/cold Wave avec le film « Control » ainsi que les groupes tel que : The Killers, Block Party ou Editors (par exemple) qui récoltent les fruits du succès, la place est grande pour accueillir des groupes Français comme No Tears ! (faut- il être absolument Anglophone pour réussir ?). No Tears possède tout les ingrédients pour devenir un groupe majeur et incontournable de la scène cold Française mais aussi et au-delà de ce simple aspect hexagonal à transcender leurs forces et leurs destins pour devenir un acteur indispensable au paysage musical mondial. Souhaitons leurs d’avoir autant sinon plus de succès que l’un de leurs groupes de référence, les aînés de « Cure » (ah le génialissime hommage qu’est Robert’ eyes !) et d’envahir la planète de leurs sublimes mélodies… No Tears un groupe déjà culte !


Perceval.







LA MORT ET SES REPRESENTATIONS

Publié le 24/05/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LA MORT ET SES REPRESENTATIONS
La Mort et ses Représentations


l’Homme et la mort :

On peut tout d’abord distinguer deux causes du rapport de l’homme avec la mort : La première cause (dit post-moderne) est que les civilisations humaines croient en l’Au-delà. Les grandes catastrophes comme par exemple la peste en Europe (du XIVe au XVIIe siècle) donne à penser que la mort possède une densité particulière et par la même fait de la mort une compagne obligée présente au quotidien et implantée dans la vie des hommes de façon indélébile jusqu’à la déchristianisation récente.
La deuxième cause, avec les conséquences des deux guerres mondiales, était de conserver le souvenir et d’honorer la mémoire des hommes ayant donné leur vie pour défendre la patrie.
Pour résumer c’est sur la période « Post-moderne » que la « Pensée de la mort » prévalait sur celle des défunts alors qu’aujourd’hui la mort est devenue un objet de recherche dû aux travaux récents dans le domaine des sciences médicales pour faire reculer toujours un peu plus loin l’échéance fatale avec pour effet un changement dans les mentalités sur les rapports avec la mort.

Les origines : l’Antiquité

Pendant longtemps la conception de la mort se retrouve au travers du culte touchant à la survie de l’âme dans l’au-delà.
En Egypte Osiris et Thanatos règnent sur les enfers mais ne sont pas la mort. Comme exemple antique nous retrouvons chez les Grecques et romains parfois des peintures représentant la mort comme une vierge voilée, couronnée d’absinthe et tachée de sang, mais le plus souvent se sont des allégories : Flambeaux renversés, clepsydres, urnes funéraires, oiseau picorant un fruit. La mort n’est représentée qu’en son vivant, le squelette n’apparaît que dans les « Bacchanales » (fêtes bruyantes et orgiaques en l’honneur de Bacchus). On n’évoque que les hommes puissants ou alors les morts dites de masses ou exceptionnelles.

Le Christianisme

C’est au VIIe siècle que les funérailles se généralisent, la mort est devenue en ces temps « Le salaire du péché » l’âme pécheresse est privée de la vie spirituelle.
La mort corporelle est la naissance de la « Vraie vie » dans l’au-delà, le triomphe de la vie spirituelle, le plus important étant le jugement dernier devenu essentiel dans le mécanisme de la foi.
Il faut se résoudre des jouissances de la vie et se préparer au jugement divin.
Cette peur de dieu est orchestrée par les clercs et les prédicateurs en s’adressant aux faibles ainsi qu’aux puissants.


Allégories sur la mort au Moyen Age

Les représentations les plus variées prennent tour à tour des formes plus ou moins surprenantes avec entre autres : des ailes de chauve-souris au XIIe siècle, un moissonneur avec faucille, serpe, puis faux au XIIIe siècle, ou encore en chasseur avec filet, arc et flèche, sous la forme d’un musicien avec violon ou fifre au XIVe siècle, puis comme fossoyeur avec pic, pelle et cercueil au XVe siècle et se généralise enfin avec le début de la renaissance comme au XIIIe siècle sous la forme d’un moissonneur avec sa faux.

Les différentes veines littéraires sur la mort

Parmi les auteurs qui abordent ce sujet le premier semblerait être Boèce (480-524), puis suit au XIIe siècle Thibaut de Marly (1135-1190) qui nous décrit les affres de l’enfer ainsi que les points faibles de l’être : la cupidité et la méchanceté. Les puissants doivent donner l’exemple par leurs charités, ils insistent sur la vanité des honneurs et des richesses mais c’est surtout Hélinant de Froidmont qui écrivit une œuvre majeure vers 1194 - 1197 qui va poser les bases de ce qui deviendra plus tard les « Danses Macabres ».
Son œuvre intitulée « Vers de la mort » nous enseigne et surtout nous met en garde contre les vanités du monde et rappelle que l’on ne connaît ni le jour ni l’heure de sa mort.
Son message nous parle de l’égalité face à la mort qui touche chaque être humain ainsi que l’égale décomposition de son cadavre. Il convient de ne pas craindre la mort mais le jugement dernier.

Diverses familles d’oeuvres littéraires peuvent être classés : Tout d’abord la veine des « Vado Mori » poèmes Latin du XIIe siècle dont la traduction puis la particularité est de commencer et de finir par l’expression suivante : « Je vais mourir », et pose l’interrogation suivante « Où sont ceux qui avant nous vivaient ? » seul sont mis en scène des mourants contrairement au « Dit des trois vifs et des trois morts ».
On retrouve donc plusieurs personnages représentatifs de la société de l’époque avec par exemple : le roi, le pape, le chevalier, l’écrivain, le cordonnier, la danseuse etc…tous se plaignent qu’ils vont mourir bientôt.
Comme exemple on peut y lire : « Je vais mourir, les mourants s’assoupissent et les sourcils s’abaissent, les jeunes veillent, les vieillards s’endorment. Ayant été ainsi livrés à la souffrance, ils meurent, je vais mourir ».

Plusieurs poètes tel Deschamps, Chartier, Chastellain et surtout Villon avec son texte « Les belles dames du temps jadis » s’en inspirent et en sont véritablement obsédés.
Quand à Pierre de Nesson il évoque avec amertume et pessimisme la précarité de la vie et la déchéance qui l’accompagne avec cet extrait : « l’Homme n’est que charogne et sac à vermine ».

Autre veine, celle des « Artes Moriendi » qui s’adressent avant tout aux clercs plus qu’aux fidèles.

Ces œuvres évoquent les assauts que le mourant subit de la part des puissances infernales et l’aide qu’il peut recevoir des anges, elles sont contemporaines d’une dernière veine celle des « Danses Macabres » avec inclus dedans le « Dit des trois vifs et des trois morts ».

Le dit des trois vifs et des trois morts

C’est vers la fin du XIIIe siècle que l’on distingue cette œuvre avec celle des « Danses Macabres ».
La principale innovation du texte tient dans le dialogue entre des morts et des vivants, et se retrouve aussi sous forme de peinture murale.
Le dialogue se décompose comme suit : le premier vif raconte cette vision d’horreur, le deuxième comprend qu’il s’agit d’un miroir, thème très fréquent, qui fustige leur orgueil, le troisième décrit les morts en putréfaction.
Voyageant à pied et ne semblant guère horrifiés par cette rencontre les trois vifs représentés par des seigneurs sont emmenés à faire face aux macchabées un acte de contrition.
Le premier mort déclame « Ce que vous êtes, nous l’avons été, ce que nous sommes vous le serez », le deuxième décrit la mort et les tourments de l’enfer, le troisième invite les vifs à se tenir toujours prêts face à la mort inéluctable.
Les morts ont été envoyés par dieu pour que les trois vifs examinent leurs consciences, un épilogue exprime l’espoir que dieu écoutera la prière des vivants.

La Danse Macabre

Avec l’apparition de la peste noire vers 1348, cette « malédiction » frappe la moitié de la population en Europe et contribue à l’émergence d’une nouvelle œuvre littéraire sous forme de poème, mais surtout par des œuvres peintes exprimant ces poèmes sur les murs des églises ou dans les cimetières, seulement apparus au début du XVe siècle.
Il est intéressant de noter au passage le terme du mot « Macabre », qui oscille allégrement d’une origine à l’autre, on peut citer en exemple l’expression : « Mactorum chorea » traduit par « Danse des maigres » ou « Décharnés » ou par une onomatopée rappelant le choc des os. Mais le plus probable est le mot Arabe « Maqabir » qui signifie tombe, par contre l’origine de l’expression « Danse Macabre » peut être dû à une vieille légende de morts dansant sur les tombes.

Des origines littéraires on attribut la genèse de l’œuvre à Jean Le Fèvre (1322-1387) qui écrit en 1376 « Le respit de la mort » on peu y lire cette phrase « Je fistz de macabree la dance ». On pense qu’il écrit cette œuvre à cause de la peste auquel il échappe de peu.

Ces vers mettent en scène quelques 25 personnages dont : le pape, l’empereur, le cardinal, le roi… alors représentatif de la population d’alors. Son message est conçu envers l’ensemble des conditions sociales, que l’homme soit riche et puissant, pauvre ou faible sans distinction d’âge et de sexe, tous seront inexorablement entraînés vers la mort dans une danse frénétique où personne n’y échappera.
Ce message doit faire preuve d’humilité concernant les riches et doit apporter aux pauvres le réconfort de voir les nobles et les prêtres soumis à la même loi. C’est aussi un appel à tous pour une vie responsable et pieuse. La mort insensible aux inégalités sociales, étend par la danse sa plus belle leçon et son magnifique triomphe.
Une des particularités des poèmes de la « Danse Macabre » est qu’ils furent joués et dansés devant le duc de Bourgogne en 1429 à Bourges mais aussi en d’autres occasions et peut-être même chantés !

La danse et son articulation : Le texte commence ainsi : le prédicateur entonne le message puis viennent les propos de quatre morts musiciens, suit le défilé des 30 couples morts et vivants, se poursuit par l’évocation d’un roi mort et se termine par la péroraison du prédicateur. Exemple de commentaire en vers sur un des personnages : l’Abbé

[i]Abbé, venez donc ! Vous fuyez !
N’ayez pas la mine ébahie.
Convient-il que vous fuyiez la mort ?
Combien donc l’avez-vous haïe !
Dites donc adieu à l’abbaye
Qui gros et gras vous a nourri.
Vous pourrirez vite : chez la mort le plus gras est premier pourri ![/i]

Les représentations picturales : Comme vu précédemment c’est surtout par une représentation peinte que toute la force de la « Danse macabre » prend son ampleur, malheureusement ces œuvres subiront au fil des siècles une dégradation due au jugement de certains qui les qualifient de barbares.

Une des premières fresques est apparue en France aux alentours de 1424 au cimetière des innocents à Paris. Cette œuvre peinte sur une longueur de 20 mètres environ correspond pour son époque à une période délicate de l’histoire de France. S’ensuit à partir de 1424 une grande diffusion de peinture à travers l’Europe suite au succès considérable de cette œuvre. Cette peinture disparaît définitivement en 1785 ne restant comme trace que des gravures. On peut aussi cité en exemple la fresque situé dans l’église de Meslay-le-Grenet (28) peinture daté vers 1490 malheureusement un peu dégradé mais très saisissante, à visiter absolument.

Toutes ces peintures furent très en vogue au cours du XVIe siècle et se développent de plus en plus, avec toutefois diverses variantes dans ses interprétations, mais elles s’estompent progressivement au XVIIe siècle et deviennent épisodiques jusqu’en 1932. Cela s’explique par un changement progressif des mentalités, les peintures ne revenant que lors d’une guerre ou d’un grand désastre. La mort s’exprime alors le plus souvent dans des tableaux ou dans des gravures.

L’époque moderne : Le romantisme ressuscite le phénomène du macabre au milieu du XIXe siècle et le poète Charles Baudelaire compose son poème « La Danse Macabre », bien qu’il soit toutefois qu’un air éloigné du thème originel, décrivant plutôt l’entité qu’est la mort.

Dans le domaine musical le compositeur Hector Berlioz inspiré des « Dis Irae » traduit par : « Jour de la colère » (oeuvre écrite au XIIIe siècle par Félix Haemmerlin qui l’introduit dans la messe des funérailles et qui figure dans les missels jusqu’a la fin du XVe siècle est un hymne médiéval traditionnellement chanté pour faciliter le passage de l’âme dans l’au-delà), compose en 1830 « Songe d’une nuit du sabbat » 5ème partie tirée de sa « Symphonie fantastique ». Autre grand compositeur, Frantz Listz s’inspirant lui aussi des « Dis Irae », compose une ouvre musicale intitulée « Totentanz », ainsi qu’une symphonie en 1861 intitulée « Faust » plus trois pièces de musique de bal « Méphisto Walzer » qui donnera plus tard son nom à un groupe goth en 1986. Il est à noter qu’un groupe Français de cold wave en 1983 prendra le nom de « Danse Macabre ». Le compositeur français Camille Saint-Saëns qu’en a lui, écrivit sa célèbre « Danse macabre » vers 1874, issu des « Poèmes symphoniques » inspiré par un poème du Français Jean Lahor connu aussi sous son vrai nom Jean Caselli.

D’autres compositeurs de musique classique ont écrits sur le thème de la « Danse des Morts » tels : l’Autrichien Gustav Mahler ou le Russe Dimitri Chostakovitch.
Quelques auteurs ont également écrit sur le sujet dont le Belge Georges Eekhaud avec « La danse macabre du pont de Lucerne » en 1920 ou encore Michel De Ghelderade et sa « Ballade du grand macabre » en 1934.

Sources utilisées :

- Livres à consulter :
L’ouvrage de référence sur le sujet des danses macabres à lire absolument pour approfondir sa culture : PUF Que sais-je ? André Corvisier 1998.

Sur la peste l’excellent livre : La peste : Histoire d’une épidémie Gallimard Jeunesse n° 15 Brigitte Coppin, Michaël Welply 2006.

- Sites Internet à visiter :
http://www.lamortdanslart.com/danse/danse.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Danse_macabre_(christianisme)

http://perso.wanadoo.fr/police.daniel/Riboul/Meslay.htm

La photo de ce dossier provient de l’église de Meslay-Le-Grenet dans le département 28, à découvrir absolument !


PerCeVal

Article également paru dans le numéro 7 de Reflets d’Ombres.