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arcaneslyriques
Description du blog :
Cercle littéraire "Arcanes Lyriques" retranscription des réunions.
Catégorie :
Blog Littérature
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13.07.2007
Dernière mise à jour :
02.11.2009

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HOTE MELANCOLIQUE

Publié le 24/05/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
HOTE MELANCOLIQUE
HOTE MELANCOLIQUE

De Flaminio De Birague (1550- ?)


Hôte mélancolique
Des tombeaux et des croix,
J'errerai fantastique
Aux effroyables bois,
Compagnon des forêts
Et des démons secrets.

Les rochers solitaires,
Oreillers à mes sons,
Les Faunes et les Laires,
Rediront mes chansons,
Chansons tristes témoins
De mes funèbres soins.

Les Ombres éternelles
Des Mânes blêmissants
Sont beaucoup plus fidèles
A mes sens languissants
Que l'astre radieux
Qui redore les Cieux.

Hélas ce n'est moi-même
Qui forme ces accents !
Je suis là ombre blême,
Orphelin de mes sens,
Errant, idole affreuse,
Dans l'Orque ténébreux.

Vous donc Ombres sacrées
Des antres recélées,
Vous grottes emmurées,
De silence voilées,
Vous chenues forêts,
Assistez mes regrets.

Dans votre dure écorce,
Sous l'ombre de vos bras,
Gravez à toute force
Mon langoureux trépas,
Qui bornera mes voeux
Aux myrtes ombrageux...




JOURS DE COLERE

Publié le 21/05/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
JOURS DE COLERE
Jours de Colère


De Sylvie Germain


Jours de colère est un roman fascinant et presque surréaliste dont l’histoire se déroule au cœur des forêts sombres du Morvan. C’est là que nous suivrons les péripéties de ses personnages aux caractères bien affirmés comme notamment : Edmée, fascinée par la vierge Marie, Ambroise Mauperthuis, homme rempli de haine que rien n’arrête, La famille Corvol, Reinette la Grasse, les neuf frères…

La première scène, d’une brutalité extrême, marque le début de ce roman tragique où la beauté d’une nature en éveil va se confondre à la noirceur du cœur humain, toujours ballotté entre une folie grandissante et une envie de rédemption. En effet, nous y voyons une scène de ménage entre Catherine Corvol et son mari mais cette scène n’est pas banale puisque celle-ci va s’achever par le sang de Catherine, laissée pour morte égorgée. Ambroise Mauperthuis, ébahi et fasciné en même temps a tout vu, tout entendu et tout ressenti. Et ce qui devrait lui inspirer du dégoût va le remplir d’amour car à cet instant même il tombe éperdument amoureux de Catherine, de son corps mort, de son regard désormais vide, de sa gorge encore suintante de sang. Et comble de l’ironie, il ne cessera dès lors de la surnommer « La Vive » De cet amour débordant et morbide va naître la folie irréversible d’Ambroise qui tentera par la suite de s’approprier du corps de Catherine, de ses biens matériels et même de ses enfants. Il deviendra maître chanteur, manipulateur, rôdeur, monstre assoiffé de sang et rempli d’orgueil. Puis plus tard il transposera son amour malsain pour Catherine sur sa petite fille Camille qu’il décidera de couper du monde et d’enfermer dans sa folie.

Toutes les personnes qui seront à un moment donné impliqués dans la vie d’Ambroise seront touchés et victimes de sa folie, chacun replié sur ses propres souffrances par une malédiction invisible mais toujours présente en filigrane. Mais au-delà de la folie, de la dureté des conditions de vie des travailleurs de la forêt qu’ils soient bûcherons ou bouviers ; quelque chose de plus méprisable encore semble flotter au-dessus de ses personnages qui recherchent pourtant la pureté d’un amour magique mais qui ne rencontrent sur leur route qu’un amas de sentiments aliénants ou macabres.

C’est une histoire envoûtante et effrayante à la fois qui nous serait presque racontée comme un conte diabolique par une longue nuit d’hiver près d’un feu de cheminée. Le style de Sylvie Germain (écrivaine contemporaine très en vogue depuis le célèbre « Magnus ») très poétique et lyrique nous entraîne donc sur une pente sablonneuse semée d’embûches et de drames fatalement prévisibles. On ne pourrait ressortir tout à fait indemne de cette lecture tant l’intrigue est poignante, déroutante et dérangeante mais incroyablement captivante !

Odéliane



FANTASY URBAINE

Publié le 14/05/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
FANTASY URBAINE
Fantasy urbaine

Extraits du dossier paru dans Présences d’Esprits nº 47
Par Yohan Vasse



Si votre barman a la carrure d’un troll, si les punks qui squattent dans le métro ont les oreilles pointues, si une dryade cohabite avec votre plante d’appartement, c’est que le merveilleux vient d’entrer de plain-pied dans notre monde contemporain et son ère moderne. Adieu les forêts ancestrales, bienvenue en ville.


Un titre et un nom évoquent immédiatement la fantasy urbaine : Neverwhere de Neil Gaiman, publié en 1996 en Angleterre. Pourtant, l’auteur n’est que l’un des derniers maillons d’un mouvement qui a émergé au milieu des années quatre-vingt dans le Nord des États-Unis, à Minneapolis sur les bords du Mississippi, près de la frontière canadienne. En ce sens, la fantasy urbaine est le dernier avatar du merveilleux au sens large. Un courant qui a déjà quelques années derrière lui et qui se caractérise par la prédominance de la ville moderne, mais aussi par une certaine esthétique, proche du fantastique contemporain. D’où parfois la difficulté de situer certaines de ses œuvres.


Fantasy héroïque, sombre, légère, burlesque, scientifique, urbaine…


Pour situer la fantasy urbaine au sein des autres courants du merveilleux, il est intéressant de se pencher sur la classification proposée par l’universitaire nord-américaine Farah Mendlesohn, qui prend en compte la nature de l’accès au merveilleux :


- Portal Fantasy, lorsqu’il existe un seuil à franchir entre notre monde et celui de la fantasy (le Monde de Narnia) ;

- Immersive Fantasy, lorsque le monde de fantasy développe un univers indépendant (les univers de David Eddings) ;

- Intrusive Fantasy, lorsque la fantasy s’introduit dans notre monde, souvent en opposition avec les lois naturelles ;

- Estranged Fantasy, lorsque les lois surnaturelles de la fantasy cohabitent dans notre monde avec ses lois naturelles. C’est à cette dernière catégorie que l’on peut rattacher la fantasy urbaine.

Les précurseurs


La fantasy urbaine est naturellement influencée par ce qui la précède. Et cela remonte au tout début du 20e siècle, lorsque Lord Dunsany fit interagir le monde magique de Pegana (et sa mythologie créée de toutes pièces) avec sa vision du Londres édouardien (dans Le Temps et les dieux). Un peu avant, sir James Matthew Barrie, avec son Peter Pan, avait déjà introduit une part de féerie dans un contexte urbain, celui de Londres (encore !) et de son parc de Kensington.

Un peu plus près de nous, en 1943, quelques prémices sont à chercher du côté de Fritz Leiber. Dans son roman Ballet de sorcières, il entremêle sorcières, magie ancestrale féminine et environnement urbain (celui d’un campus). En forçant son épouse à renoncer à des pratiques qu’il estime superstitieuses, Norman Saylor, professeur d’université, va se retrouver au cœur d’une guerre magique déterminante pour l’équilibre du monde.

En 1953, Roberta A. McAvoy écrit Tea with the Black Dragon, un étrange polar californien dans lequel l’un des personnages serait un ancien dragon chinois incarné en humain.

C’est cependant Roger Zelazny qui posera le dernier jalon, en livrant sa saga des Neuf Princes d’Ambre. Si l’univers d’Ambre et des Cours du Chaos est très loin des archétypes de la fantasy urbaine, Roger Zelazny en crée pourtant certains codes lorsque ses personnages agissent dans notre monde tout en employant leurs pouvoirs issus de la Marelle et du Logrus. La magie fait alors jeu égal avec la voiture, les pistolets automatiques et l’informatique.

Aux origines


À partir des années 1980, la ville de Minneapolis devient le centre d’un renouveau de la fantasy sous le principal patronage de Ellen Kushner, puis de l’illustratrice Terri Windling qui la remplace comme editor chez la maison d’édition Ace. Terri Windling va lancer l’une des premières et véritables collections de fantasy. Pour cela, elle fait appel à de nouveaux talents, et parmi eux les Scribblies, six auteurs qui viennent de se rassembler en atelier d’écriture : Nathan Bucklin, Emma Bull, Steven Brust, Pamela Dean, Will Shetterly et Patricia C.Wrede.


Ayant mis en place un univers partagé, sous la forme de la ville imaginaire de Liavek, les premiers Scribblies seront rejoints par quelques amis, et pas des moindres : Megan Lindholm (alias Robin Hobb), Charles de Lint, John M. Ford, Gene Wolfe ou encore le scénariste de comics Alan Moore. De son côté, toujours pour promouvoir la fantasy, Terri Windling crée un autre univers partagé pour sa collection jeunesse, Bordertown, reposant sur le concept en gestation de fantasy urbaine. La ville est donc déjà au cœur de ce courant en devenir. Avec cette collection, qui eut peu de succès, Midori Snyder (Les Innamorati, chez Folio SF), entre autres, rejoint la communauté des Scribblies. C’est au sein de ce petit groupe d’amis, composé de quelques-uns des auteurs de fantasy les plus intéressants d’aujourd’hui, que va se développer la fantasy urbaine. Chacun des Scribblies, ou presque, va s’essayer à un moment ou à un autre à ce courant.


Après avoir livré quelques romans d’une fantasy classique, Charles de Lint pose en 1984 la première pierre de la fantasy urbaine, en publiant Moonheart. Le récit mêle mythes amérindiens, magie (une maison dont les portes s’ouvrent sur d’autres mondes), une pointe d’horreur et le décor urbain d’Ottawa. Il continue son exploration en 1987 avec Jack the Giant Killer, qui met en scène la Chasse sauvage au bord de la Faërie, en plein Ottawa contemporain.

La même année, Emma Bull publie son roman War of the Oaks, dans lequel elle utilise les mythes celtes dans le cadre de Minneapolis.

Pamela Dean, quant à elle, transpose dans Tam-Lin une vieille ballade écossaise au sein d’une université nord-américaine des années 70, tandis que Megan Lindholm prend Seattle pour terrain de jeu de son Dernier Magicien. Elle écrira ensuite La Nuit du Prédateur en collaboration avec Steven Brust, qui cosignera aussi Freedom and Necessity avec Emma Bull.

Voilà pour les Scribblies. Mais ils ne furent pas les seuls à participer à la mise en place de ce courant. L’on peut ajouter Greg Bear (Songs of Earth and Power), Esther Friesner (New York by Knight et Elf Defense) ou encore Raymond E. Feist avec Faërie Tale (qui fut traduit en France sous le titre Faërie la Colline magique). Signalons enfin l’un des plus récents romans de ce courant, Le Royaume de l’été de James A. Hetley, publié en 2002.

Fantasy urbaine au futur : Troll hacker et nain technomage


On ne peut pas parler de fantasy urbaine sans évoquer un vétéran des jeux de rôle, Shadowrun, qui pousse l’alliance de la fantasy et du cyberpunk à un degré encore peu utilisé dans les littératures de genres. Au cours du 21e siècle, dans une société dominée par les corporations, où l’information transite via la matrice, un bouleversement a fait resurgir la magie ancestrale et renaître les créatures du merveilleux dans un processus de « gobelinisation » d’une partie de la population. C’est dans cette société de luttes de pouvoirs que les joueurs incarnent des coureurs de l’ombre, des mercenaires boostés aux implants cybernétiques et qui combattent à coup de piratages, d’invocations magiques ou de gros flingues.


La nuit, tous les elfes sont gris


La fantasy urbaine est avant tout un genre d’atmosphère et d’ambiance, ce qui rend difficile la détermination de ses éléments caractéristiques. D’autant plus qu’elle emprunte aussi bien à la fantasy classique, qu’au merveilleux, au polar ou, plus près d’elle, au fantastique.

La fantasy urbaine se nourrit de son environnement : urbanisation forcée, exclusion des pauvres, regain d’intérêt pour le merveilleux, émergence de nouveaux mouvements culturels et artistiques underground (comme le gothique), mais aussi retour de manifestations autour du médiéval.


Expression de la fantasy dans un cadre contemporain


La fantasy urbaine fonctionne essentiellement sur la redécouverte du merveilleux (ou autres figures mythologiques et mythiques) dans un milieu résolument urbain et contemporain. Il ne s’agit pas là d’une simple transcription d’histoires de fées dans une ville moderne. La ville n’est pas un simple décor interchangeable, elle sert réellement de toile de fond pour les intrigues, et permet aux auteurs de jouer sur le décalage entre féerie et éléments modernes. Ici, la féerie est une société bien réelle qui s’est édifiée la plupart du temps en marge des grandes villes (dans les zones industrielles par exemple).

Contrairement au malaise distillé par le fantastique, la fantasy urbaine guide doucement les pas du lecteur du bitume des trottoirs vers le merveilleux des zones cachées. La rencontre avec les éléments surnaturels de la fantasy se fait souvent au détour d’un chemin, dans des lieux propices au décalage d’avec le quotidien, métro désert, boîte de nuit, squat, parc...


Des fées au coin de la rue


Les créatures du merveilleux n'ont pas disparu, elles se sont tout simplement adaptées à la présence des hommes en vivant dans des espaces délaissés qu’elles ont faits leurs, à la manière des renards dans les banlieues de Londres. La frontière entre les deux « mondes» est bien sûr plus perméable qu’il n’y paraît. L’apparition du merveilleux dans notre vie citadine, avec tout ce qu’il peut avoir d’aliénant, est plus percutante dès qu’il s’inscrit dans un quotidien familier et banal. C’est la confrontation d’un fay et d’un témoin au sein d’un commissariat de quartier (mise en scène par Léa Silhol dans Arcane I : le Magicien). Une scène banale si ce n’était le pouvoir du fay (presque psychique) opposé à la brutalité policière (physique).

Cet apport des thématiques sociales et humaines, comme moteur du récit de fantasy, permet de poser un regard plus grave sur les maux de nos sociétés. Les êtres du merveilleux subissent la discrimination raciale, les magiciens sont des marginaux, et la violence urbaine couve dans les banlieues anonymes. Ces éléments apportent une touche sombre au courant, qui penche plus du côté du polar ou du roman noir que du fantastique horrifique.


La métropole dans le rôle principal


Dès les débuts de la fantasy urbaine, la métropole a joué un rôle si important que les villes réelles (Londres, Ottawa ou Seattle) ne suffisaient plus pour fournir un décor adéquat aux récits. Le courant est vivant, il a besoin d’espace pour s’exprimer, de zones d’ombres et de lumière. On l’a vu, les Scribblies avaient créé leur terrain de jeu idéal avec la ville de Liavek. Et Terri Windling suivit le même parcours avec Bordertown. Charles de Lint, au fur et à mesure de ses récits, mettra en place la ville de Newford, une ville nord-américaine de six millions d'âmes qui jouxte la réserve indienne de la tribu des Kickahas. C’est à Newford que le lecteur peut rencontrer le grand dieu Pan ou rêver des Parques, les sorcières y existent sous la forme de grands-mères inoffensives.

Enfin, c’est la cité de Frontier que les fays de Lea Silhol tentent de rejoindre pour échapper aux lois eugéniques qui les menacent.

Des villes imaginaires à l’image des nôtres, qui en prennent aussi bien l’architecture imposante que la solitude qui y règne. Plus qu’un décor, la ville devient souvent une entité presque vivante, capable tout autant d’emprisonner que de protéger. Son passé, l’accumulation des coutumes, des histoires – petites et grandes – qui l’ont forgé, ses figures historiques ou légendaires, tout cela participe à faire de la ville une entité autonome.


Dans les marges des villes


Si Neil Gaiman déploie un merveilleux étrange et fascinant, presque exubérant dans sa description du Londres d’En Bas de Neverwhere, à l’opposé, dans Le Dernier Magicien, Robin Hobb nous présente un merveilleux dramatiquement humain, pessimiste. La communauté des derniers enchanteurs dont font partie Raspoutine, Cassie et le Magicien, est une vision sans concession d’un combat quotidien contre l’exclusion au sein des centres urbains, ici Seattle. Car si le Magicien peut apporter des paroles de réconfort, le Savoir, aux inconnus qui viennent se confier à lui, c’est grâce au dépouillement de sa propre personne, une vie de SDF dénuée de richesse, d’envies ou de passion. Dans ses poches, un paquet de pop-corn pour les pigeons, juste assez de monnaie pour un café. Pas plus, au risque de provoquer un déséquilibre dans la magie. Une certaine mélancolie plane donc sur la fantasy urbaine, le sentiment d’un paradis perdu (le royaume de féerie). Les êtres de la féerie étant comme des exilés, des réfugiés déracinés au sein des grandes métropoles. C’est peut-être pourquoi ils tentent de recréer leur royaume dans les interstices des villes, dans ses zones d’ombre.


L’art de la magie et la magie des arts

Musique et graphisme sont au cœur des centres urbains, il n’est donc pas étonnant de retrouver ces références artistiques en fantasy urbaine. D’autant que l’art est aussi associé aux mythes celtiques, sources d’inspirations principales de la fantasy urbaine. Comme si la pratique ou le goût pour l’art permettait d’établir un lien avec le merveilleux dissimulé dans les marges de la vie quotidienne.
Et comment ne pas évoquer les graffitis et les tags, un langage étranger, qui répond souvent plus à un ordre esthétique que littéral, comme des incantations secrètes pour réveiller les forêts de barres d’immeubles. Quand la musique, la danse et les arts graphiques se mêlent dans un rituel de communion au sein d’un squat d’artistes, la magie des anciens n’est sûrement pas loin.


L’exception française


Alors que le steampunk, autre courant aux racines anglo-saxonnes a conquis rapidement les lecteurs et auteurs français, tant en littérature qu’en bandes dessinées, la fantasy urbaine reste jusqu’à présent plutôt confidentielle, avec peu de traductions et encore moins de créations francophones. Et ce, malgré les efforts constants des éditions Mnémos d’un côté, et des défuntes éditions de L’Oxymore de l’autre, menées par Léa Silhol, fer de lance des auteurs de fantasy urbaine francophone.

Chez l’Oxymore, c’est l’anthologie Traverses, publiée en 2002 qui a permis au lectorat français de découvrir toute l’étendue de la fantasy urbaine à travers une quinzaine de nouvelles, dont quelques textes d’auteurs francophones.


Aux limites de Frontier


Outre son travail d’éditeur, Léa Silhol, est aussi une auteure inspirée qui a trouvé sa propre voix au sein de la fantasy urbaine. Tout commence en 1999 avec Runaway qui raconte la fuite de Need (douze ans) et de Gift (son petit frère de cinq ans), vers l’Ouest. Vers la ville de Frontier. Car Gift est né différent, ses goûts ne sont pas ceux d’un enfant normal. Pour ses parents, il s’agit d’un changeling, comme il en apparaît d’autres au sein de diverses familles. Afin d’éviter que son petit frère ne soit abandonné dans un Centre (orphelinat, prison et maison de correction tout à la fois), Need préfère fuir vers une ville mythique située au bord du monde, un lieu qui pourra accueillir son frère. En substance, les fondations de Frontier sont déjà posées avec cette nouvelle : le droit à la différence, la sensibilité à la nature, la musique pop rock, la fuite, l’enfance et l’adolescence.


Guide de lecture à l’usage des curieux


De nombreux titres restent hélas encore à traduire et à publier, dont plusieurs récits fondateurs de la fantasy urbaine. Les titres sont présentés suivant la présentation chronologique du dossier.


Les Précurseurs

- Lord Dunsany, Le Temps et les dieux (Time and the Gods, 1906), éditions Terre de Brume 2003

- Sir James Matthew Barrie, Peter Pan (1902), Librio 2003

- Fritz Leiber, Ballet de sorcières (Conjure Wife, 1943), Le Masque fantastique (non réédité)

- Roberta A. McAvoy, Tea with the Black Dragon (1953), eReads.com 2001

- Roger Zelazny, la saga des Neuf Princes d’Ambre (1970 – 1991), Folio SF


Les Origines

- Steven Boyett, Ariel (1983), Ace Books 1986

- Charles de Lint, Moonheart (1984), Orb Books 1994

- Greg Bear, Songs of Earth and Power (1984-86), Leopard Books 1998

- Tappan King et Viido Polikarpus, Down Town (1985), Futura Pubns 1987

- Charles de Lint, Mulengro (1985) Pocket Terreur 1992 (non réédité)

- Esther Friesner, New York by Knight (1986), New Amer Library 1986

- Megan Lindholm, Le Dernier Magicien (Wizard of the Pigeons, 1986), Mnémos 2002

- Charles de Lint, Jack the Giant Killer (1987), Ace Books 1989

- Emma Bull, War of the Oaks (1987), Tor Books 2004

- Esther Friesner, Elf Defense (1988), New Amer Library 1988

- Raymond E. Feist, Faërie la colline magique (Faërie Tale, 1988), Presses de la Cité 2003


Autres Romans

- Christopher Fowler, Le Monde d’en-haut (Roofworld, 1988) J'ai lu 2000

- Pamela Dean, Tam-Lin (1991), Puffin Books 2006

- Steven Brust et Megan Lindholm, La Nuit du prédateur (Gypsy, 1992), Mnémos 2006

- Terry Windling, The Wood Wife (1996), Orb Books 2003

- Neil Gaiman, Neverwhere (1996), J’ai Lu 1996

- Steven Brust et Emma Bull, Freedom and Necessity (1997), Tor Books 1997

- Melisa Michaels, Cold Iron (1997), New Amer Library 1997

- Neil Gaiman, American Gods (2001), J’ai Lu 2004

- James A. Hetley, Le Royaume de l'été (The Summer Country, 2002), Mnémos 2004

- Johan Heliot, Faërie Hacker (2003), J’ai Lu 2005

- Léa Silhol, Musiques de Frontière (recueil de nouvelles), l’Oxymore 2004

- Johan Heliot, Faërie Thriller, Mnémos 2005

- Gary Killworth, La Compagnie des fées, Terre De Brume 2005


Quelques nouvelles publiées en France

- Traverses (anthologie de Léa Silhol), l’Oxymore 2002

- Peter S. Beagle, Julie et sa Licorne, dans Faëries n°2, 2000

- Bruno B. Bordier, L’Onyre du givre, dans Fées et Gestes, 1998

- Megan Lindholm, Chats errants, dans Faëries n°12, 2003

- Charles de Lint :

La Lune se noie quand je m'endors, dans Faëries n°2, 2000

Granny Weather, dans Emblèmes n° 4, 2001

Dans le Silence d'après minuit, dans Faëries n° 5, 2001

Le Tambour de pierre, dans Faëries n° 08, 2002

Sept pour un secret, dans Faëries n° 13, 2003

Ne brille que dans le Noir, dans Faëries n° 14, 2004

- S.P. Somtow, Une Soupe d’aileron de dragon, dans Fées et Gestes, 1998

- Michael Swanwick, La Voie du dragon, dans Aventures lointaines n°1, Denoël 1999


Sources : André-François Ruaud

- Cartographie du Merveilleux dans la collection Folio SF chez Gallimard, 2001

- Panorama illustré de la fantasy et du merveilleux aux Moutons électriques éditeurs, 2004



Black Sabbath, extrait de Fairy wear boots

Goin’ home late last night

Suddenly I got a fright

Yeah I looked through a window

And surprise what I saw

A fairy with boots on dancin’ with a dwarf

Alright now



LE SOMMEIL

Publié le 14/05/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LE SOMMEIL
Le Sommeil

D’Augustine Malvina Blanchecotte (1830-1895)

Les perdus, les absents, les morts que fait la vie,
Ces fantômes d'un jour si longuement pleurés,
Reparaissent en rêve avec leur voix amie,
Le piège étincelant des regards adorés.

Les amours prisonniers prennent tous leur volée,
La nuit tient la revanche éclatante du jour.
L'aveu brûle la lèvre un moment descellée.
Après le dur réel, l'idéal a son tour !

Ô vie en plein azur que le sommeil ramène,
Paradis où le cœur donne ses rendez-vous,
N'es-tu pas à ton heure une autre vie humaine,
Aussi vraie, aussi sûre, aussi palpable en nous,

Une vie invisible aussi pleine et vibrante
Que la visible vie où s'étouffent nos jours,
Cette vie incomplète, inassouvie, errante,
S'ouvrant sur l'infini, nous décevant toujours ?





ARCANES FEERIQUES

Publié le 10/05/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
ARCANES FEERIQUES
ARCANES FEERIQUES

Carnet de voyage de Sinane l’Enchanteur


Mathieu Gaborit – Amandine Labarre


Est-il encore besoin de présenter l’écrivain Mathieu Gaborit - auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels deux trilogies célèbres, Le Cycle des Féals et Les chroniques des crépusculaires – et l’illustratrice Amandine Labarre – connue pour son Herbier féerique, le grand grimoire des plantes magiques et esprits des bois, ainsi que pour ses Carnets féeriques de l’herboriste ou encore ses couvertures d’ouvrages (comme celles réalisées pour La chronique des immortels de Wolfgang Hohlbein) ?


C’est de leur collaboration qu’est né le très bel ouvrage intitulé Arcanes féeriques – Carnet de voyage de Sinane l’enchanteur. En bref, il s’agit des aventures du farfadet Sinane, personnage tout à la fois magique et très humain, qui doit sauver Gaïa. Accompagné d’Oniros, un chat ailé, Sinane part à la rescousse des fées (chacune étant représentée par un arcane lié à la nature : la fée de la pluie, la fée de l’orage, la fée des forêts…).


D’un point de vue purement artistique, cet ouvrage retient l’attention à plusieurs égards. Tout d’abord, les illustrations d’Amandine Labarre contribuent à rendre le récit totalement atemporel grâce à un style éthéré et délicat, des jeux de lumière subtils, des contrastes entre zones floues et zones détaillées et, enfin, l’utilisation de teintes sépia. Ensuite, on découvre une nouvelle facette du talent de Mathieu Gaborit : ici, l’aventure et l’action s’effacent derrière l’ambiance et les émotions du personnage principal. Enfin, l’idée du carnet de voyage s’avère très intéressante puisqu’elle donne vie à une histoire qui aurait pu rester abstraite.


Outre ces qualités artistiques, Arcanes féeriques présente un autre intérêt : il se prête à un second niveau de lecture, beaucoup plus pragmatique : le thème abordé - la tentative quasi désespérée d’un farfadet pour sauver la nature d’un péril certain dû aux hommes - et le message véhiculé – la nature recèle quelque chose de magique et donc d’irremplaçable qu’il faut sauvegarder – sont très actuels !



Enfin, on notera qu’Amandine Labarre et Mathieu Gaborit ont à nouveau réuni leurs talents pour créer (dans un registre plus urbain puisqu’il s’agit des aventures d’une jeune fille prénommée Brune dans un Paris insolite) un coffret intitulé Faery City comprenant un livre et un jeu de tarot.



Sites Internet : http://amandine.labarre.free.fr et http://www.souffre-jour.com


Arianne de Blenniac.



QNTAL

Publié le 10/05/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
QNTAL
QNTAL

Le groupe allemand QNTAL, souvent qualifié d’électro-médiéval, a su développer un style unique, d’emblée reconnaissable. Quelques notes – portées par la voie de la chanteuse Syrah – suffisent pour entrer dans un univers tout à la fois féerique, romantique, mélancolique, mystérieux ou encore épique.


Ce groupe se caractérise avant tout par un mélange de musique médiévale et de sons beaucoup plus contemporains. Electro-médiéval donc, mais pas uniquement.


QNTAL revisite non seulement la musique médiévale - comme les Carmina Burana ou les Cantigas de Santa Maria - mais encore la musique ancienne plus globalement : musique de la Renaissance, musique baroque… Citons par exemple le titre VII « Flow » de l’album Ozymandias qui s’inspire de J. Dowland ou encore le titre XI « Passaglia » de l’album Translucida qui rend hommage à A. Vivaldi.


En outre, les thématiques médiévales, à l’instar de celle de l’amour courtois présente dans l’album Tristan und Isolde, se teintent parfois de romantisme : Ozymandias est ainsi une référence explicite à un poème de Percy Shelley du XIXe siècle ; Emily Brontë est, quant à elle, à l’honneur dans Translucida (cf. titre VII « Words of light »).


Notons enfin que la place de l’électronique varie au gré des albums et des morceaux. Particulièrement audible dans les deux premiers albums, qui semblent d’ailleurs plus expérimentaux que les suivants, elle reste présente mais de manière moins ostensible dans les quatre autres albums.


Finalement, QNTAL est bien plus qu’un groupe d’électro-médiéval parmi d’autres. Syncrétiste, ce groupe allie magistralement musique ancienne et contemporaine. L’œuvre de QNTAL est un pont entre ses diverses sources d’inspiration : la variété des sons (qui sont parfois proches du bruitage) et des instruments ou encore la multiplicité des langues utilisées (français, allemand, anglais…) en témoignent.

Discographie :


1992 : QNTAL


1995 : QNTAL II


2003 : QNTAL III, Tristan und Isolde


2005 : QNTAL IV, Ozymandias


2006 : QNTAL V, Silver Swann


2008 : QNTAL VI, Translucida




Arianne de Blenniac pour la réunion du 20/04/08.






LE DAMNE

Publié le 07/05/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LE DAMNE
LE DAMNE

D’Alphonse Beauregard (1881-1924)


Je voudrais que la nuit fût opaque et figée,
Définitive et sourde, une nuit d'hypogée ;
J'oserais approcher, soudainement hardi,
De la femme pour qui je suis un grain de sable,
Et d'un mot lui crier mon rêve inguérissable.
Elle ne rirait pas, devinant un maudit.

Pour m'imposer à sa pitié de curieuse,
Je ferais de mon corps une chose hideuse
Et m'en irais pourrir sur un lit d'hôpital.
Mais de plaisir son coeur est seulement avide,
Pour son linge elle craint une senteur d'acide.
Elle ne viendrait pas diviniser mon mal.

Ayant dit mon amour et ma désespérance,
Je me tuerais avec bonheur, en sa présence,
Pour la voir essayant d'un geste à m'arrêter.
Elle ne s'émeuvrait que la balle partie,
Et, contente d'avoir un drame dans sa vie,
Raconterait ma mort d'un faux air attristé.

Depuis longtemps le feu des damnés me possède,
L'enfer m'attend. Que nul ne prie ou n'intercède.
Qu'elle puisse me voir un instant, de son ciel,
Debout, grave et hautain, sur les rocs de porphyre,
Illuminé comme sa chair que je désire,
Je ne me plaindrai pas du supplice éternel.















ZARLA

Publié le 30/04/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
ZARLA
ZARLA

Zarla #1: Guerrière impitoyable

Editions Dupuis, 2007

Scénario: Jean-Louis Janssens

Dessin: Guilhem

Couleur: Angélique Césano


Zarla est une petite fille courageuse, pleine d'entrain et peut-être pas très futée. C'est aussi la fille de chasseurs de dragons disparus. Elle vit chez son grand-père, ancien guerrier également. Ce milieu la décide pour son avenir: elle veut être chasseuse de dragons, et autant commencer tout de suite! Cela ne va pas sans inquiéter sa nourrice qui n'est autre qu'une géante.


Mais cela ne préoccupe pas outre mesure le grand-père qui encourage plutôt ce penchant de la gamine. Il faut dire qu'il sait lui que Hydromel, le chien nonchalant de celle-ci, n'est autre qu'un bull-guerrier! C'est-à-dire qu'en cas de besoin, il se transforme en guerrier monstrueux et redoutable qui saura bien tirer Zarla de toutes les situations, le tout sans qu'elle se doute une seconde de l'aide de son chien mollasson dans ses aventures…


Les rencontres diverses de Zarla avec les créatures fantastiques du petit monde de ces temps obscurs donnent lieu à d'amusantes situations et tout un bestiaire y passe: Ailfans redoutant les souris, fée empêtrée sur du papier tue-fées, centaure, ogre, loutreux… L'humour gentillet est de rigueur, Jean-Louis Janssens s'en tient à la description d'un univers assorti à la gentille frimousse dont Guilhem a doté l'héroïne de cette série de fantasy humoristique.


Si l'histoire se joue sur deux plans, la réalité et ce que croit que se passe la jeune fille, le graphisme est lui aussi partagé en deux styles selon ce qui se passe ou ce qu'elle imagine que feraient ses parents. Le choix est harmonieux et globalement les personnages et le décor sont vraiment adaptés au ton bon enfant qu'impose presque la fantaisiste Zarla. Les couleurs contribuent également à cette atmosphère sympathique qui règne tout le long du volume.


Bande annonce: http://www.dupuis.com/FR/divers/zarla/index.html

Karl Ambeln
http://fugace.free.fr/






LA VOIX DU VENT

Publié le 30/04/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LA VOIX DU VENT
La voix du vent

De Maurice Rollinat (1846-1903)


Les nuits d'hiver quand le vent pleure,
Se plaint, hurle, siffle et vagit,
On ne sait quel drame surgit
Dans l'homme ainsi qu'en la demeure.

Sa grande musique mineure
Qui, tour à tour, grince et mugit,
Sur toute la pensée agit
Comme une voix intérieure.

Ces cris, cette clameur immense,
Chantent la rage, la démence,
La peur, le crime, le remord...

Et, voluptueux et funèbres,
Accompagnent dans les ténèbres
Les râles d'amour et de mort.



LE LORIALET

Publié le 23/04/2008 à 12:00 par arcaneslyriques
LE LORIALET
LE LORIALET


Le lorialet est un être surnaturel issu de la Mythologie européenne. Il est souvent décrit comme un enfant né de l’union d’une femme et d’un rayon de la lune, ou bien de celle d’un homme et de la lune incarnée pour l’occasion dans un corps de femme. Mais il existe d’autres sources, notamment celles de la mythologie gréco-romaine, qui stipulent que le Lorialet serait le descendant de l’unique fils de Séléné et d’Endymion parti vivre sur terre.

Le lorialet est reconnaissable par sa petite taille car on dit qu’il pousse mal, par ses traits mélancoliques d’enfant toujours en quête de quelque chose. Son visage est souvent décrit comme rond et pâle, son regard est lointain et ses cheveux tout ébouriffés. Il porte des vêtements souvent peu soignés, portés de façon débraillée et négligée car il ne se soucie guère de son apparence. Sa durée de vie est variable, généralement il meurt avant d’atteindre l’âge adulte mais il peut tout de même atteindre ce stade à la condition qu’il s’expose suffisamment aux rayons de la lune. S’il réussit à devenir adulte son apparence vestimentaire sera soit complètement négligée soit au contraire il sera trop raffiné avec des allures de dandy mais toujours de façon exagérée et de peu de goût pour attirer sur lui les regards de la lune ou des fées. Ami de la faune et de la flore, il est souvent suivi par les vers luisants, les phalènes, les éphémères, les lucioles, les hérissons et les champignons.
Sa personnalité est complexe et empreinte d’une très forte mélancolie. Décrit comme quelqu’un de doux et de solitaire, de méditatif et de rêveur, le Lorialet ne se satisfait jamais de la terre et n’aspire qu’à retourner sur la lune qu’il considère comme son unique et véritable patrie. La plupart de ces êtres lunaires restent malheureux toute leur vie et n’arrivent jamais à connaître l’amour ou alors assez rarement. Si un Lorialet arrive à renoncer à la lune et à s’intégrer, exceptionnellement il aura la capacité de devenir un grand séducteur.

Le lorialet est doté d’un imaginaire foisonnant et en cela il sera doué pour la musique, la peinture et l’écriture de nouvelles. Il apprécie les lucarnes, les tours, les greniers, les clairières et les mares lunatiques. En fait tous les lieux de silence lui sont source d’inspiration. Poète, musicien, vagabond ou chercheur de fées ; il percevra l’invisible, le passé et l’avenir et ses sentiments pourront s’extérioriser par la pluie et le beau temps car en plus de sa nature artistique, certaines légendes très anciennes ont attribué aux lorialets des pouvoirs tempestiaires c’est à dire qu’ils influenceraient inconsciemment le temps en fonction de leur humeur et des cycles de la lune. C’est d’ailleurs de ces légendes que le terme « lunatique » a émergé pour désigner une personne qui change facilement d’humeur.

On pourrait penser que les Lorialets sont en fait une représentation des enfants rêveurs et délaissés qui ne perçoivent pas très bien la frontière entre le monde réel et imaginaire. Issus de la lune ils ne songent qu’à y retourner car aucun autre endroit sur Terre ne saurait les rassurer et les rendre heureux. En psychologie le terme de Lorialet peut être utilisé pour désigner un enfant autiste qui refuse de vivre dans la réalité. Après ce terme peut être connoté de manière plus légère pour quelqu’un qui est « toujours dans la lune » qui s’adapte mal au monde qui l’entoure et ne pouvant physiquement rejoindre la lune c’est par ses pensées qu’il va se relier à elle.

Parmi les sources écrites, le Lorialet a été pour la première fois évoqué dans les Chroniques Gargantuesques de Rabelais où celui-ci prétend qu’il s’agit d’un enfant mortel né ou conçu à la lumière de la lune, ou l’ayant regardée trop longtemps et qu’il pourrait être pourvu d’une fine pilosité nacrée et d’ailes invisibles ou simplement d’une apparence humaine. Ou pour les plus rêveurs d’entre nous on dit aussi que le Lorialet est mentionné dans le Légendaire des Astres écrit en l’an II de l’ère Elfique par Maître Herbarius.

De nos jours, la symbolique du Lorialet n’est que très peu répandue dans nos œuvres culturelles. On peut citer comme exemple le Pierrot lunaire dont l’imagerie est encore présente dans certaines chansons enfantines ou dans certains textes. L’apparence générale de Pierrot, à la fois mystérieuse et mélancolique est souvent représentée pour des figurines de collection ou pour des costumes de théâtre ou des déguisements.
La chanson « Hijo de la luna » du groupe espagnol Mecano s’en inspire également reprenant quelques légendes gitanes dans lesquelles une femme et son mari ne pouvant avoir d’enfant aurait demandé à la lune d’exaucer leurs prières. De cette demande tant espérée, la gitane aurait mis quelques mois plus tard un enfant au monde. Mais cet enfant aux yeux d’argent et ne ressemblant à aucun autre aurait semé le doute dans l’esprit de son père qui persuadé d’une infidélité de la part de sa compagne décide d’égorger celle-ci sous les yeux apeurés de l’enfant qui saura ensuite trouver refuge auprès de la lune…
La petite Ofelia, héroïne du film le « Labyrinthe de Pan » de Guillermo Del Toro pourrait aussi convenir à la définition du Lorialet par son aspect fragile, son envie d’échapper à une réalité bien trop brutale et son souhait désespéré de rejoindre le berceau originel…
Et puis aussi la série télévisée franco espagnole japonaise : « Marcelino » qui met en scène un petit garçon recueilli par des moines un soir de pleine lune et qui aura le pouvoir de parler aux animaux et donc d’en défendre la cause.

De ces quelques exemples, le Lorialet nous apparaît donc comme un être attachant, solitaire, rêveur et profondément mélancolique. Il ne recherche que la quiétude d’esprit qu’il pense retrouver auprès de sa mère ou plus généralement au sein de son essence et de ses racines. Ce pèlerinage lui est souvent difficile, douloureux et dans la plupart des cas inaccessible tout au long de cette vie terrestre qu’il refuse d’intégrer. Ainsi le Lorialet peut faire partie de la famille des artistes qualifiés de « maudits » qui ont comme lui cette frustration d’appartenir à un monde qu’ils ne comprennent pas et qu’ils n’ont pas choisi…


Odéliane.


Illustration : Natalie Shau.