Critiques de livres
Posté le 08.03.2008 par arcaneslyriques
BONE
Bone est une BD de l’Américain Jeff Smith. Elle comprend 11 volumes, sans compter les hors-série. L’histoire, plutôt comique au début, sombre vite dans la fantasy. Les dessins ont pour particularité d’entremêler des éléments stylisés et d’autres, beaucoup plus détaillés.
Les trois cousins Fone Bone, Phoney Bone et Smiley Bone sont chassés de leur ville à cause de la cupidité de Phoney. Ils se perdent dans le désert et finissent par découvrir une vallée luxuriante. Ils n’ont toutefois qu’une idée en tête : rentrer chez eux. Mais leurs rencontres vont en décider autrement.
Jeff Smith parvient à rendre presque tous les personnages attachants, malgré leurs -plus ou moins- nombreux défauts. Fone Bone est un héros à la fois gentil et naïf. Phoney Bone, quant à lui, est si cupide qu’il se met systématiquement dans des situations abracadabrantes (et ses cousins avec). Smiley Bone, enfin, continue malgré tout à suivre Phoney avec le même enthousiasme un peu benêt…
L’auteur s’est inspiré de Walt Disney et de Tolkien.
Voici le texte de la 4e de couverture :
il vaut mieux commencer par le Tome 1...
« Perdu dans une immense forêt, Fone Bone veut retrouver ses deux cousins et rentrer chez lui. Mais ses pas le mènent à de bien étranges rencontres : un dragon fumeur de cigarettes, des rats-garous mangeurs de quiche, une grand-mère capable de battre un troupeau de vaches à la course… De surprise en surprise, son périple se transforme en une fantastique épopée faite de grandes épreuves, de petits tracas et de savoureux moments. »
… Sachant qu’on ne pourra plus s’arrêter !
Les titres des 11 volumes :
1- La Forêt sans retour
2- La grande course
3- Rêves et cauchemars
4- La nuit des rats garous
5- Le pourfendeur de dragons
6- Le feu de la Saint Jean
7- Le seigneur des marches de l'est
8- La caverne du vieil homme
9- Les cercles fantômes
10- Chasseurs de trésor
11- La couronne d'aiguilles
Il existe des hors-série, mais je ne les ai pas vraiment appréciés, soit parce que je n’ai pas aimé les dessins (Rose), soit parce que l’histoire me rappelait trop la série (Big Johnson Bone contre les rats-garous).
Pour finir, quelques mots sur l’auteur Jeff Smith :
Jeff Smith est né le 27 février 1960. En 1986, il est devenu co-fondateur d’une agence de dessin animé. En juillet 1991, le premier épisode de Bone est sorti, auto-édité par Jeff Smith. Le bouche à oreille a fait grimper les ventes de cette série, qui a été largement récompensée depuis (prix de la meilleure bande dessinée étrangère à Angoulême en 1996).
Rachel Gibert, pour la réunion du 10/02/08
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Posté le 27.02.2008 par arcaneslyriques
La Métamorphose de Franz Kafka (1912)
Franz Kafka (1883-1924) est un écrivain tchèque de langue allemande qui a écrit entre autre « Le Procès » et « La colonie pénitentiaire » en 1914 et « Un artiste de la faim » en 1922. Souvent ses récits expriment l’angoisse humaine face à l’absurdité de l’existence et surtout face aux différentes institutions.
Dans « La Métamorphose » il raconte l’histoire de Gregor Samsa, petit représentant de commerce qui travaille pour assurer l’avenir de ses parents et de sa petite sœur. Sa vie est plutôt monotone, faite de routine pour un travail qui l’ennuie au plus au point.
Mais un matin, en se réveillant, Gregor constate qu’il est devenu un insecte monstrueux. Il croit d’abord à un rêve mais malheureusement pour lui ce n’en est pas un et là il commence à sérieusement s’inquiéter.
Sa mère, ne le voyant pas arriver pour ensuite aller à son travail, vient alors frapper à sa porte pour voir ce qui se passe. Gregor lui répond que ce n’est rien et qu’il va bientôt sortir de la chambre. Mais sa voix a beaucoup changé, sa mère est horrifié et informe donc les autres membres de sa famille. Evidemment tout le monde prend peur quand enfin Gregor se décide d’aller ouvrir, après de grands efforts physiques. C’est la panique, la mère hurle, le père est furieux et pense immédiatement aux conséquences : Gregor ne peut plus aller travailler, il ne ramènera donc plus d’argent à la maison. Les heures passent, le trouble s’installe et seule Grete, sa jeune sœur décide de prendre les devants en allant apporter à manger à Gregor. Ses parents lui sont reconnaissants d’autant plus qu’eux refusent d’approcher l’animal qui les terrorise au plus haut point. Après la peur, la tristesse et surtout l’absurdité de la situation, les parents ressentent un sentiment de honte. Il ne faut pas que quelqu’un apprenne ce qu’est devenu leur fils alors on congédie la bonne et bien sûr on enferme l’horrible insecte dans sa chambre.
Gregor se sent seul même si par l’entrebâillement de sa porte il arrive à capter les conversations de sa famille. Il est triste et sait bien que désormais il n’inspire que le dégoût, la honte. Il culpabilise aussi beaucoup car il sait qu’il ne pourra plus soutenir sa famille financièrement. Si au départ Grete accepte de lui parler, rapidement elle finit par se lasser de le faire et de lui apporter à manger d’autant plus que Gregor ne touche pas à son alimentation.
Il tente de s’échapper mais son père ira jusqu’à le frapper à coup de balais pour le faire revenir dans sa chambre. Aux douleurs psychologiques s’ajoutent donc les douleurs physiques qui ne font qu’affaiblir un peu plus le pauvre Gregor. Il va alors perdre l’envie de vivre et progressivement se laisser aller de façon irrémédiable…
De tous ses romans, « La Métamorphose » reste le plus énigmatique et si l’intrusion de l’élément surnaturel dans le quotidien est vécu comme quelque chose de naturel, il n’en est pas moins une très forte allégorie sur le handicap, la solitude et la culpabilité. En perdant son apparence physique et son langage, c’est son identité que Gregor enterre. Bien plus qu’une mise à l’écart par sa famille c’est bel et bien d’un abandon qu’il s’agit.
Le lecteur, oppressé par une action dans un lieu clos, ne sait pas si Gregor s’est transformé en cafard, en cancrelat ou en scarabée il sait juste qu’il est devenu une chose abjecte, un déchet que sa famille ne souhaite que balayer. A aucun moment les personnages ne s’interrogent sur le comment et le pourquoi de cette situation absurde, ni des solutions pouvant être envisagées. Gregor est encombrant et gênant, c’est tout et personne ne pourrait lui venir en aide, pas même sa famille qu’il a nourrit jusqu’à présent…
Odéliane.
Posté le 20.02.2008 par arcaneslyriques
Les Miasmes de la claustration
Olivier Déhenne
K-Inite éditions
Les Miasmes de la claustration. Tel est le titre évocateur du premier roman d’Olivier Déhenne.
Ce roman est, en réalité, le cahier rédigé par Louis, jeune homme de trente ans, lors de son internement dans un établissement psychiatrique, cahier qu’un médecin choisit de révéler au public, après le suicide de son auteur. Dès les premières pages, le lecteur sait à quoi s’attendre ; d’ailleurs, Louis - par l’habile procédé rhétorique de l’avertissement - le prévient : « Je vous méprise cher lecteur, engoncé comme vous l’êtes dans votre confort de petit juge bien pensant. Je ne dis pas vous par respect, mais en raison d’une volonté farouche de me tenir éloigné de ce qui me paraît le plus odieux, le plus détestable : la fausseté, les convenances, l’hypocrisie – Vous. Vous qui ne lirez ces lignes que pour vous divertir ou pour gonfler votre conscience d’une compassion abjecte. Vous qui quotidiennement dissimulez le besoin incontrôlable de plonger votre museau dans la fiente d’autrui sous des allures d’intérêt pseudo-intellectuel (…) »
Ce roman est une plongée sans concession dans le désœuvrement de Louis, qui vit reclus dans un appartement s’apparentant davantage à une poubelle qu’à un logis au sens traditionnel, et dont la fortune – son oisiveté est due au fait qu’il peut puiser comme il le souhaite dans le compte en banque familial – n’a d’équivalent que l’infortune morale et psychique.
Alcoolique, cynique, dépressif, désenchanté, désabusé, haineux, marginalisé, Louis est tout cela. C’est aussi un être instable, plein de contradictions, qui cherche la pureté, l’Amour, et inspire tour à tour au lecteur pitié, compréhension, compassion et dégoût.
Chaque page est une souffrance ; chaque description est un cri, mi-révolté, mi-résigné ; chaque mésaventure de Louis est un désastre : si la beauté et l’espérance se laissent parfois apercevoir, c’est pour mieux disparaître derrière le voile irrémédiablement crasseux de la vie réelle.
On ne saurait évoquer les Miasmes de la Claustration, sans rappeler l’activité d’écriture d’Olivier Déhenne au sein du groupe atypique Eros nécropsique, fondé fin 1993, début 1994 à Reims.
Les textes, déclamés sur fond de musique sombre et épurée, sont à l’image des Miasmes de la Claustration : obscurs, empreints de colère (cf. « La Fable du lisier »), cyniques, crus, parfois malsains (cf. « Le Nécrophile »), mais toujours poétiques (cf. « Le mélodieux écoulement du temps ») et poignants (cf. le superbe « A l’ami décédé »). On y ressent l’influence de Lautréamont (notamment quant à la précision parfois triviale de certaines descriptions), ainsi que celle de Baudelaire (et de sa fameuse charogne !! cf. « L’appel de Dionysos ») et, plus généralement, du romantisme noir.
A découvrir, donc, ou à suivre !
Sources
- Eros Nécropsique - Charnelle transcendance
- Eros Nécropsique - Pathos
- Eros Nécropsique - Crises de lucidité
- www.erosnecropsique.net
- Elegy n° 29 – août-septembre 2003, « Eros nécropsique, la mort vous va si bien », p. 42 sq.
- Elegy n°34 – février-mars 2005 « Olivier Déhenne, les larmes d’Eros », p. 78 sq.
Arianne de Blenniac
Posté le 14.02.2008 par arcaneslyriques
WEENA
Wëena se présente actuellement sous la forme d’une bande-dessinée de cinq Tomes qui devrait au final en comporter huit.
Au commencement de cette série nous trouvons au scénario Eric Corbeyran et au dessin Alice Picard. La mise en couleur étant d’abord signée par Alice Picard (pour les Tomes 1 et 2) puis ensuite par Elsa Branto (pour les 3 autres Tomes).
Qui est Wëena ? Née de parents de haut lignage, Wëena est de prime abord une petite fille bien différente des autres enfants de son village. Son teint foncé, ses cheveux d’argent et aux reflets de cendres témoignent de son apparence unique. Il faut dire que le jour de sa naissance une terrible malédiction annoncée par Mohnowe la furie, dite la protectrice, s’est proférée non seulement sur le village d’Halaskini mais aussi sur sa propre famille !
Et pourquoi une telle prophétie destructrice ? Pour cela, remontons à la source c’est à dire au royaume de Nym-Bruyn où les premiers souverains eurent quatre enfants : Skoor, l’aîné qui fonda une dynastie dominatrice appelée « La branche maîtresse ». Puis Noor appelé le mal-aimé qui décida de quitter le royaume. C’est sa descendance métissée qui devint « La branche invisible » dont est issue Wëena. Ensuite il y eut Tengoor, le cadet, qui détestant ses frères prit la décision de s’enfuir avec sa petite sœur. Plus tard il lui fit un enfant et à partir de ce jour le magicien Ocd’ork leur jeta un sortilège condamnant leurs descendants à se reproduire entre eux à jamais. Cette branche maudite prit ainsi le nom de « Branche morte ».
Wëena, quant à elle, va atteindre l’âge de 16 ans dans l’insouciance d’une vie paisible faite de rires et de jeux. Néanmoins les belles choses ne durant qu’un temps, elle va rapidement voir son destin basculer de la plus brutale des façons car le terrible vautour Morckoor n’est jamais très loin pour la précipiter dans les plus périlleux dangers.
Eric Corbeyran nous offre donc avec ce magnifique scénario un des plus purs joyaux de la Fantasy avec ses personnages attachants, tour à tour émouvants et drôles, qui nous donnent l’envie de les accompagner jusqu’au bout de leurs aventures en essayant de braver la sombre malédiction qui semble flotter au-dessus de leurs têtes.
Côté « méchants » la galerie ne manque par de personnages énigmatiques et effrayants comme par exemple un cartomancien sournois et implacable, un régicide avide et déterminé…
En conclusion Wëena nous entraîne dans une histoire habilement ficelée, s’enchaînant avec fluidité et intelligence avec des dessins somptueux et jouissifs qui offre au lecteur avide de sensations visuelles une multitude de détails venant illustrer à merveille une histoire trépidante. Tous les ingrédients de la Fantasy sont donc ici réunis pour que le lecteur puisse les consommer avec délice sans jamais en être rassasié !
Wëena d’Eric Corbeyran (scénario) et Alice Picard (dessin), éditions Delcourt.
Tome 1 : Atavisme (2003)
Tome 2 : Epreuve (2004)
Tome 3: Resurgence (2005)
Tome 4: Union (2005)
Tome 5: Bataille (2007)
PerCeVal
Posté le 13.02.2008 par arcaneslyriques
SILENCE de Comès
L’auteur :
Dieter COMÈS est né en 1942 dans un petit village belge, à la frontière allemande. Pendant l’Occupation, le village est annexé par l’Allemagne. A la Libération, son prénom est francisé : Dieter devient Didier, malgré lui. Il se définit dès lors comme « bâtard de 2 culture ». De plus, COMÈS s’avère être gaucher, mais à l’école on l’oblige à écrire de la main droite. Aujourd’hui, il écrit toujours de la main droite, mais dessine de la main gauche, ce qui participe à l’utilisation récurrente des ambivalences et des oppositions dans son œuvre. Ainsi le questionnement identitaire qui découle de sa propre histoire va guider sa plume et ses dessins pour raconter avec tendresse et poésie des personnages mal compris, méprisés, marginalisés.
Silence, dont le premier chapitre est publié en 1979 dans la revue A suivre, est l’œuvre magistrale de COMÈS. En noir et blanc, jouant avec les ombres et les lumières, cet ouvrage de 150 pages prend le temps d’être lu, regardé et savouré.
Le cadre :
BEAUSONGE, petit village du pays ardennais, dans les années 60’-70’, où la vie paysanne est rythmée par la sorcellerie telle qu’elle était pratiquée dans nos campagnes.
L’histoire :
« Silence », c’est le nom du personnage principal. Muet, Silence est attachant car simple et au cœur pur. Mais sa simplicité naïve pousse les villageois à se moquer de lui, à le mépriser, à l’exploiter. Silence ne comprend pas la méchanceté et jamais il ne se plaint. Il ne connaît pas la colère.
Son histoire est narrée à travers ses yeux. On lit ce qu’il pense… on entend sa voix intérieure (« Je mapel Silence é je sui genti. »). On voit ce qu’il regarde. Tout ce qu’il voit est beau, jusqu’au jour où « La Sorcière » éveille l’esprit de Silence à la réalité et parle au nom de leurs racines communes. Elle lui révèle qui il est et ce qui les unit tous deux dans un destin tragique.
3 personnages, 3 personnalités qui s’opposent ou se complètent, qui s’affrontent ou qui s’unissent :
• Silence, qui représente la bonté, l’amour pur et simple.
• Abel Mauvy, « le Maître », incarnation de la cruauté et de la violence.
• La Sorcière, Tzigane mise au ban du village, qui n’aspire qu’à la vengeance.
Avec ces 3 personnalités, COMÈS dresse un portrait exacerbé des sentiments humains en les mêlant à des pratiques oniriques.
La magie :
En effet, une trame fantastique se dessine adroitement dans un paysage rustique. La nature et ses éléments sont au cœur de l’histoire, merveilleusement illustrés. Par le fantastique, thème récurrent dans les ouvrages de COMÈS, celui-ci raconte le lien étroit qui existe entre l’homme et l’âme du monde, tel un passeur de rêves.
Les incompris :
Avec Silence, il cherche à « illustrer le problème de l’incommunicabilité, et plus précisément de la méfiance instinctive à l’égard des gens « différents », méfiance qui débouche souvent sur la violence. »
Les vrais amis de Silence sont les personnages rencontrés qui le comprennent, l’acceptent et l’aiment pour ce qu’il est et à qui il ressemble… tous des marginaux, des exclus. Alors que le mépris des villageois envers Silence, et plus largement envers les marginaux, nourrit le mal et la cruauté des uns envers les autres ; une solidarité et une amitié fortes naissent entre Silence et ces personnages exclus :
• La Sorcière, de qui il tombe amoureux et à qui il doit la vérité sur sa vie.
• Blanche-Neige, le Nain, qui devient son ami et son compagnon de route.
• Zelda, une naine travaillant dans un cirque, avec qui il partage le même amour sincère pour les serpents.
• Enfin le serpent, animal rejeté par les hommes, qui marquera le dénouement de l’histoire… la signature de Silence.
Autres ouvrages :
Ergün l’Errant (de 1974 à 1982), L’Ombre du Corbeau (1981), Les Cahiers de la BD (1983), La Belette (1983), Eva (de 1985 à 2003), L’arbre-Cœur (1988), Iris (1991), La Maison où Rêvent les Arbres (1995), Les Larmes du Tigre (2000), Dix de Der (2006).
Tatiana K.
Posté le 05.01.2008 par arcaneslyriques
Petit Verglas
Petit verglas est une série de Bande-dessinée en 3 Tomes qui mêle subtilement l’univers scientifique et rationnel au fantastique d’inspiration druidique et celtique.
C’est en Vendée, au début du 20ème siècle que l’histoire commence et nous dévoile l’enfance particulière d’une petite fille âgée de dix ans environ et surnommée « Petit verglas ». En effet, très vite l’on apprend que cet enfant sert de cobaye à une expérience scientifique mené par son père le professeur Bernard Mervent, qui dirige un asile d’aliénés. Selon lui, rien est héréditaire, aucun don ni aucune difficulté n’est transmissible d’une génération à une autre, tout est conditionné par l’environnement. Et afin de démontrer sa théorie à d’autres scientifiques, il retient sa fille isolée de tout contact extérieur dans une vaste bibliothèque et ceci depuis le début de sa jeune existence ! La petite fille est donc privée de parole, d’affection et de présence humaine. Seule Mathilde, domestique de la maison, a le droit d’approcher l’enfant pour lui apporter ses repas mais n’a bien sûr pas le droit de lui parler.
C’est expérience inhumaine fait semble t-il référence aux prémices de la psychanalyse du début de ce siècle où l’on s’interroge sur les mécanismes de l’apprentissage et de l’éternel débat entre l’acquis et l’inné.
Parallèlement à ce huis clos malsain et oppressant, le lecteur s’immisce dans l’existence de François, fils de paysan, qui mène une existence tout à fait normale jusqu’au jour où il va découvrir accidentellement qu’il possède un pouvoir de guérison par juxtaposition des mains et qu’il va décider de cultiver en toute humilité.
Son destin le mènera naturellement à rencontrer Petit Verglas mais saura t-il lui venir en aide ?
C’est donc avec un scénario solide et intrigant que Corbeyran distille des théories et des hypothèses scientifiques qui bientôt vont être bouleversées par des éléments surnaturels émergeants d’un mystérieux Dolmen. Quant aux dessins de Sattouf, ils renforcent à merveille les caractères attachants des deux principaux personnages et soulignent les traits tortueux des scientifiques en perte d’humanisme.
Petit Verglas, Edition Delcourt, 2001.
Scénario : Corbeyran
Illustration : Riad Sattouf
Tome 1 : l’enfance volée
Tome 2 : La table de Pierre
Tome 3 : le pacte du naufrageur
Odéliane.
Posté le 12.12.2007 par arcaneslyriques
L'oeuvre de Claude LOUIS-COMBET
Est-ce sa maîtrise de la langue, au service d’un style visionnaire et envoûtant, ou l’originalité des thèmes qu’il aborde – cheminements intérieurs d’êtres bouleversés et bouleversants, quêtes mystiques et érotiques - qui rendent les œuvres de Claude LOUIS-COMBET inoubliables ? Difficile de répondre à cette question ! Toujours est-il qu’on ne ressort pas indemne de la lecture de ses textes, chacun constituant à lui seul une expérience hors-norme de la littérature.
On pourrait évoquer en détail chacun des ouvrages de Claude LOUIS-COMBET. Nous nous contenterons d’évoquer un instant deux d’entre eux, qui, semble-t-il, sont représentatifs de l’ensemble de son œuvre : Blesse, ronce noire et Les Errances Druon .
Blesse, ronce noire. Tels sont les mots que Claude LOUIS-COMBET fait prononcer à la sœur de Georg Trakl, poète allemand expressionniste, dans le poème Révélation et anéantissement, écrit peu avant sa mort en 1914, et à partir desquels Claude LOUIS-COMBET réinvente la tragique liaison incestueuse – faite de complicité charnelle et spirituelle ainsi que de culpabilité et de déréliction - que Georg Trakl entretint avec sa sœur Margarethe. Dans ce récit, l’auteur s’interroge sur la maturation de l’amour interdit, sur le processus d’écriture et sur la conjonction de ces deux phénomènes:
« L’écriture exigeait de sa part des conditions de plus en plus contraignantes, obsédantes. Il ne pouvait avancer un mot s’il n’avait, au fond de lui-même, l’assurance que sa sœur connaissait déjà le mot dont il allait user et qu’elle le lui inspirait. L’élaboration de tout poème s’accomplissait dans le cours d’un véritable dialogue intérieur où il s’entretenait avec elle, la proche-lointaine, l’amante, du sens à quêter, du hasard de l’aventure de l’inflexion du nombre, de la nécessité de l’image ; où il s’interrogeait sur le rythme, le symbole, la croissance interne du texte comme si ce fût celle-même qui eût à lui donner forme. Comme d’autres, les spirituels et, en général, les êtres épris d’idéal, de pureté morale, se tiennent à l’écoute de leur conscience qui leur transmet la voix de Dieu, lui, le poète, à l’écoute de son cœur, entendait la femme-sœur qui le stimulait et le guidait sur son propre chemin d’expression. Elle était sa conscience de la beauté, car elle était la beauté même, et la conscience de sa conscience, car elle était comme son inconscient – éveillant en lui la part inévitablement obscure de ses émotions antérieures et les amenant à la transparence du verbe ».
On retrouve la magie de Blesse, ronce noire dans Les Errances Druon, où, le narrateur, devenant mythobiographe, s’empare de la vie romanesque de Saint Druon, patron des bergers, né au XII ème siècle de la relation adultère de Marie d’Epinoy avec un prêtre, pour dévoiler au lecteur ses propres aspirations, comme s’il les devinait dans la vie du Saint : « Écrire, telle est l’aventure. Écrire de ces choses, aussi infiniment intimes et subtiles qu’elles ne peuvent être dites, autrement que par le personnage d’emprunt d’une légende toute fraternelle, telle est la démarche mythobiographique dont l’outrecuidance n’a d’égal, au regard de l’auteur, que sa modestie sans appel ».
Pour une biographie détaillée de Claude LOUIS-COMBET, voir le site internet de son éditeur, José Corti.
Claude LOUIS-COMBET a écrit des romans et nouvelles, mais aussi des essais, de la poésie…
Blesse, ronce noire, Paris, José Corti, 1995.
Les Errances Druon, Paris, José Corti, 2005.
Arianne De Blenniac.
Posté le 05.12.2007 par Odéliane
FEE ET TENDRES AUTOMATES
Fée et Tendres Automates est une série de Bande-dessinée magique qui se présente en triptyque original et poétique.
Le Scénario de Téhy, très bien écrit, rappelle par bien des aspects le fatalisme des tragédies grecques ou alors le romantisme littéraire du 19ème siècle. L’histoire se veut défiler tel un rêve animé qui plongerait le lecteur dans un monde féerique constitué de créatures imaginaires, de fées, de pantins en mouvement. Puis parallèlement à ce monde d’innocence et de pureté, un autre monde sordide viendrait affecter le lecteur en lui rappelant la violence et la décadence d’un monde qu’il ne connaît que trop bien : la réalité.
Béatrice Tillier au dessin pour les deux premiers Tomes apporte un écho au romantisme du scénario avec des décors baroques et gigantesques et des automates dont l’humanité du regard contraste avec la folie des hommes. Frank Leclercq, ayant pris le relais pour le graphisme du 3ème Tome, va également dans ce sens pour ne pas dénaturer ce monde poétique qui dès les premières pages saute aux yeux.
L’histoire est celle de Jam, automate soi-disant raté par son créateur Maître Crumpett qui est à la recherche de « l’œil Fée » c’est à dire la pureté originelle dans le regard de ses pantins. C’est finalement Jam qui va découvrir cette Fée au regard particulier parmi les automates mis au rebus. Les deux protagonistes constatant que la Fée n’a pas été terminée (elle ne possède pas de bouche) vont vouloir se lancer dans sa finition mais vont hélas être interrompus par des hommes sanguinaires ayant fait irruption chez Mr Crumpett. Et de là une course-poursuite va se lancer car visiblement les hommes veulent s’emparer de la Fée et Jam déjà très amoureux de celle-ci fera tout pour la protéger et la mettre à l’abri. Plus tard, le lecteur apprendra que c’est la dynastie des Miyakes, sorte de despotes décadents qui veulent s’emparer de la Fée pour en faire un objet sexuel dégradant dans le but d’ôter toute pureté sur terre.
Tout au long de ce triptyque, il y a donc un combat entre le Mal représenté par les Miyakes et le Bien représenté par l’innocence de Jam qui aime sa fée d’un amour pur et sans limite et qui est prêt à mettre sa vie en danger pour la sauver.
Dans cette Bande-dessinée surprenante par la richesse de ses émotions, c’est une pincée de « Peter Pan » qui apparaît sous nos yeux admiratifs, un zeste de « Pinocchio » ou encore un clin d’œil à « Edward aux mains d’argent » de Tim Burton qui nous entraînent dans les méandres d’une imagination sublimée, pourtant salie par la folie des hommes toujours en manque de sensations perverses.
Fée et Tendres Automates, Ed. Vents d’Ouest, 2004.
Scénario : Téhy
Illustration : Béatrice Tillier, Frank Leclercq et Téhy. Couleurs : Le Prince.
Tome 1 : Jam
Tome 2 : Elle
Tome 3: Wolfgang Miyaké
Posté le 14.11.2007 par Karl Ambeln
Le Monde selon François #1 : Le Secret des écrivains
Editions Dupuis, Collection Punaise, 2007
Scénario: Vincent Zabus
Dessin: Renaud Collin
Couleur: Renaud Collin
François, c’est un petit gars sympathique, qui ne cesse de raconter des histoires. Il en invente à longueur de journée et les raconte à qui veut les entendre et même aux autres, ce qui ne va pas sans susciter quelques inconvénients : les camarades à l’école qui se moquent de ses élucubrations, les professeurs qui le punissent, ses parents qui lui reprochent d’être trop distrait… Et pour couronner le tout, François se rend bien compte qu’il y a quelque chose qui cloche: il remplit des cahiers et des cahiers avec ses histoires mais le résultat n’est pas à la hauteur de ses espérances, se rend-il compte à la relecture de ses œuvres.
Et puis tout va changer. En voulant faire table rase de cette ambition d’écriture, il va déclencher un phénomène des plus curieux : les lettres vont s’envoler et se mettre à le suivre. Deux rencontres vont également changer sa vie : celle de l’écrivain de best-seller Osborn qui se montre prétentieux au possible et celle d’une jeune femme qui détecte en notre jeune héros LE talent de l’imagination, qui ne demande qu’à s'épanouir…
Le récit un peu magique que Vincent Zabus nous a concoctés est certes destiné à la jeunesse (à partir de 6 ans, encore que le lettrage particulier et la quantité de texte risquent peut-être de rebuter les plus jeunes) mais devrait plaire aux autres, surtout ceux ayant quelques velléités d’écriture ou du moins une grande imagination. Et ce n’est pas le graphisme acidulé de Renaud Collin qui dépare, très abouti, et qui mériterait un format plus grand d’album. Ses choix de teintes et certaines physionomies ne sont pas sans rappeler les illustrations de Voutch, de par les caricatures (certes ici plus en volume et détaillées) et les couleurs vives, leur façon d’être apposées et la gestion des ombres. Une série séduisante et très prometteuse, espérons qu’elle se fera reconnaître aussi en dehors du public initialement visé, elle le mérite.
Karl Ambeln
http://fugace.free.fr/
Posté le 03.10.2007 par Odéliane
Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, écrit en 1959.
Daniel Keyes est né à Brooklyn en 1927. D’abord rédacteur pour une revue d’anticipation, il devient professeur à l’université de L’Ohio.
Des Fleurs pour Algernon constitue son œuvre majeure et a connu un immense succès. Pour ce livre, il recevra le Prix Hugo en 1960 puis le Prix Nébula en 1966. Et c’est en 1968, que ce célèbre roman de science-fiction sera porté pour la première fois à l’écran sous le titre « Charlie » par le réalisateur Ralph Nelson.
Des fleurs pour Algernon, raconte l’histoire de Charlie Gordon, jeune homme de 30 ans et arriéré mental qui travaille comme apprenti dans une boulangerie. Parallèlement à son emploi, Charlie suit des cours du soir auprès du professeur et psychologue Alice Kinnian afin d’apprendre à lire et à écrire correctement. Un jour il est convoqué par les docteurs Strauss et Nemur pour subir une opération du cerveau qui doit lui permettre de démultiplier ses facultés mentales. L’intervention ayant déjà réussi avec une souris de Laboratoire appelée Algernon, les deux scientifiques veulent désormais tenter l’expérience avec un humain et pour cela ils choisissent Charlie qui ne demande qu’à devenir plus intelligent.
Dans un premier temps l’opération est une véritable réussite, Charlie progresse très rapidement, ses connaissances se font plus larges et plus approfondies et il apprend les choses avec une véritable aisance. Afin de suivre son parcours et ses évolutions, les deux chercheurs exigent de Charlie que celui-ci rédige chaque jour une sorte de journal intime pour mieux le comprendre et l’analyser. C’est d’ailleurs ce journal servant aussi de compte-rendus aux médecins que le lecteur va lui aussi constater les évolutions de Charlie. D’abord par sa maîtrise progressive de l’orthographe et de la grammaire et ensuite par la profondeur de ses interrogations et sentiments.
Très vite Charlie devient un véritable génie et si les nombreuses connaissances accumulées l’aident à développer son intelligence, sa santé morale, quant à elle subit des conséquences désagréables : à force de chercher qui il est vraiment il s’enferme dans un mutisme paralysant, ses nuits deviennent agitées de cauchemars et des souvenirs traumatisants liés à son enfance lui reviennent peu à peu en mémoire l’affectant donc inévitablement.
Son intelligence qui bien vite dépasse la moyenne va profondément le gêner dans sa relation avec l’autre et lui faire comprendre que le monde n’est certainement pas comme il l’avait imaginé, que la réalité est bien plus cruelle et que son avenir est incertain. Il s’aperçoit alors que des gens qu’il considérait comme ses amis ne pensaient en fait qu’à s’amuser à ses dépends, il va perdre son travail à cause de la jalousie de ses collègues, il va découvrir l’amour mais un amour tourmenté dont il n’arrivera pas à trouver d’équilibre.
Et puis, Algernon, la petite sourie de Laboratoire, commence à montrer des signes de dégénérescence, elle perd ses facultés mentales et sombre peu à peu dans une léthargie alarmante. Charlie connaîtra t-il le même sort ? Son intelligence serait donc réversible ? Arrivera t-il à faire la paix avec lui-même, avec son passé ?
Si cet ouvrage fait partie des grands classiques de la SF, c’est avant tout par sa riche réflexion sur l’intelligence, la différence, l’amour, la haine, le pardon et la souffrance. Il pose de nombreuses questions philosophiques quant au devenir des personnes handicapées, leur place dans la société et le regard que les autres ont sur elles. Il pose aussi des questions dérangeantes : Est-ce que l’accroissement des facultés mentales va obligatoirement de pair avec la diminution des qualités de cœur ? Est-ce que finalement nous ne sommes pas aimés uniquement pour notre apparence et non pour ce que nous sommes à l’intérieur ?
Autant de questions qui restent en suspens mais qui valent la peine de nous y attarder…
Des Fleurs pour Algernon de Daniel Keyes
Editions J’ai Lu, 1972.