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arcaneslyriques
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Cercle littéraire "Arcanes Lyriques" retranscription des réunions.
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
13.07.2007
Dernière mise à jour :
05.07.2008
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Critiques de livres

EMMA

Posté le 26.09.2007 par Odéliane
EMMA de Boucher de Perthes

Boucher de Perthes (1788-1868) à la fois musicien, paléontologue, douanier, politicien et écrivain n’a cessé à travers son œuvre de s’intéresser à l’être humain et plus précisément à sa vie psychique et mentale. Son grand thème de prédilection étant la démence.

Emma est un ouvrage épistolaire de 130 lettres qu’une jeune fille envoie à son fiancé. Ainsi le lecteur ne voit que la partie féminine d’une correspondance amoureuse. Emma a tout pour plaire : elle est belle, riche, spirituelle mais voilà que malheureusement elle est complètement folle !
Très éprise de son fiancé, sa passion pour lui va peu à peu se métamorphoser en une terrifiante obsession, engendrée par la peur de le perdre. Tour à tour enjouée, désespérée, fébrile et morbide, ou faussement raisonnable, Emma va perdre pied dans les méandres de son esprit dérangé, exacerbé par la moindre émotion. On apprend ainsi au fil des pages qu’elle souffre de monomanie homicide c’est à dire qu’elle devient violente et dangereuse aussi bien pour elle-même que pour celui qu’elle aime, et de chaque crise elle ne garde aucun souvenir.
Les hallucinations sanglantes qui accompagnent les excès de son imagination sont d’ailleurs les premiers symptômes de cette folie naissante dont elle est consciente mais dont l’époque ignore tous les mécanismes. Ainsi Emma et Jules ont tout pour être heureux et vivre de leur amour mais la maladie d’Emma ne cesse de les séparer, de les mener à leur perte.

A travers ce livre, l’auteur décrit donc la folie d’un point de vue unique et entièrement subjectif. Il en profite à travers une Préface bien fournie de disserter sur la folie et ses mécanismes en expliquant qu’ « il ne faut qu’un grand chagrin, qu’un grand désir, qu’un choc quelconque physique ou moral, pour déranger la tête la mieux organisée… »


Emma de Boucher de Perthes, 1852
Editions José Corti.




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Green Manor

Posté le 24.09.2007 par PerCeVaL
GREEN MANOR

Green Manor c’est d’abord le talent conjugué de Denis Bodart (au crayon) et du scénariste Fabien Vehlman. Le concept de cette trilogie se présente sous la forme d’histoires courtes, distillées en cinq ou six chapitres de sept pages chacun.
Le trait d’union entre chaque Tome se fait par l’intermédiaire d’un ancien majordome appelé Thomas Bellowe, mémoire incarnée du vénérable club qu’est Green Manor, gardien des secrets les plus lourds des membres qui l’ont fréquenté. Son esprit saturé d’horreurs finit par disjoncter et le conduire tout droit dans un asile psychiatrique.
Appelé en renfort par le directeur de l’hôpital, le docteur Thorne se trouve vite confronté à l’étrangeté de son patient Thomas qui commence à hanter ses nuits.
Voulant soulager sa conscience, Thomas décide alors de conter au docteur les histoires les plus énigmatiques et surprenantes d’un des clubs les plus réputés de Londres. Serait-il possible que les élucubrations de ce vieux fou de Thomas soient vraies ? Comment les très estimés et respectables membres du sélecte club Green Manor aient pu commettre de telles ignominies ?
Plantons le décor, remontons le temps et arrêtons-nous à l’époque Victorienne, au beau milieu du 19ème siècle. C’était le temps pour les nantis et les aristocrates de fréquenter des clubs très fermés, réservés aux hommes et servant avant tout de lieu de détente mais surtout de causeries sur les Us et coutumes anglaises. C’est donc dans l’ambiance très raffinée du Green Manor Club que débute chaque histoire : point de départ d’un récit à l’humour toujours noir.
Attardons-nous maintenant sur les membres de ce fameux club et brassons leurs portraits : pétris d’orgueil, sûrs d’eux-mêmes, cyniques et rongés par l’ennui tous mettent un point d’honneur à vouloir détruire leur prochain.
Le meurtre est donc principalement l’axe central de l’esprit torturé et cupide de ses membres qu’il s’agisse d’un héritage, d’un pari ou d’une énigme. Ainsi par exemple un homme aura l’absurde sensation de pouvoir tuer en sifflotant une simple mélodie ou alors deux amis en manque d’adrénaline auront la bêtise de se lancer un terrible défi : à savoir qui aura la peau de l’autre en premier…
Voilà et ce n’est qu’un simple aperçu de ce que le cerveau humain peut concevoir de plus terrifiant dans la veine d’un Edgar Allan Poe ou d’un Conan Doyle.

Green Manor aux Editions Dupuis
Tome 1 : Gentleman et Assassin, 2001
Tome 2 : De l’inconvénient d’être mort, 2002
Tome 3 : Fantaisies meurtrières, 2005.

Paris Vampire ou Dracula Père et fils

Posté le 07.08.2007 par Erzebeth

Paris Vampire - Dracula père et fils

Claude Klotz


Imaginez donc un certain Ferdinand Poitevin, immigré fraîchement débarqué en France. Gagnant peu avec son emploi de gardien de nuit, il est obligé de loger dans une cave mal isolée sous des cartons, dans son maigre cercueil fait de bois de cagette. Ce pauvre vampire, fils d’un comte roumain et d’une belle française de basse extraction est bien embêté par sa condition . S’il veut survivre il doit boire le sang du cou d’une jeune damoiselle. C’est là que réside le problème, l’humanité de sa mère réside en lui comme autant de barrières qui l’empêchent de croquer les belles.
Le voilà qui fait alors la queue devant les abattoirs pour avoir un peu de sang animal, qui s’introduit dans une morgue pour essayer de soutirer une goutte à un cadavre congelé tout en y laissant une canine. Autant de mésaventures qui empêche Ferdinand de se remplumer autant pécuniairement que physiquement…


Paris vampire, roman de Claude Klotz, aborde le thème vampirique avec une facilité déconcertante. Jonglant avec l’humour noir sans problème il nous offre un roman simple et agréable à lire. On suit avec délice les aventure rocambolesque de ce pauvre immigré pas très dégourdi avec les femmes et on espère avec tendresse qu’il finira par goûter au sang des françaises.
Il fait un peu pitié dans sa cave mais son destin nous fait rire et ça, Klotz l’a compris et use de son humour si ce n’est avec parcimonie, avec la plus grande des tendresses pour son personnage.


Petite anedocte, ce roman a été adapté au cinéma avec Christopher Lee dans le rôle du père et Bernard Menez (le seul, l'unique) dans le rôle de Ferdinand Poitevin. Dans mes souvenirs c'est un film modeste mais un bon divertissement !

Paris Vampire, Claude Klotz
Réédité sous le titre Dracula, père et fils. Les deux versions sont épuisées.

Tous malades !

Posté le 01.08.2007 par Yohan Vasse
Tous malades ! – Un recueil de sales poèmes Présenté par Neil Gaiman et Stephen Jones
Illustré par Clive Barker, Boulet, Reno et Mélaka
Éditions Bragelonne
137 pages, 15 €

Par moment, les éditions Bragelonne étonnent. Pour inaugurer l’arrivée de leur collection « horreur », ils nous ont proposé cet étrange et bel objet : un recueil de sales poèmes, dans un format inhabituel pour l’éditeur (13x20 cm), avec une couverture cartonnée imitation cuir du plus bel effet, sous une jaquette illustrée avec talent par Boulet. Cerise sur le gâteau, l’intérieur est agrémenté de petites illustrations fort sympathiques.
D’accord, mais mis à part le plumage, qu’en est-il du contenu ? Attendez-vous à un lot de surprises, car il s’agit d’un recueil rare par son thème (des poèmes macabres), et par ses auteurs. En effet, Neil Gaiman (on ne le présente plus) et Stephen Jones (auteur anglo-saxon de fantastique reconnu hors de nos frontières) ont réuni 29 auteurs d’horizons différents afin qu’ils rédigent chacun un poème tout à la fois humoristique et effrayant. Si Robert Bloch, Ramsey Campbell, James Herbert, S. P. Somtow, Kim Newman ou encore le scénariste de comics Alan Moore sont ici dans leur domaine de prédilection, nous retrouvons aussi Terry Pratchett, Gene Wolfe, Storm Constantine ou Diana Wynne Jone (plus connue pour ses romans jeunesse, dont Le Château de Hurle, adapté par Hayao Miyazaki). Et bien d’autres...
De l’introduction à l’épilogue, chaque texte est en vers et rimes. Plusieurs poèmes prennent les points de vues de sales mômes, qui assistent aux événements horribles touchant les grandes personnes ; quant ils ne les provoquent pas eux-mêmes ! Un monstre dans les vécés, des gamins satanistes manipulés par un nounours violeur, un menu de cantine pas très catholique, divers cas de cannibalismes, des apparitions de fantômes et autres revenants, etc. Bref une petite perle de comptines noires avec une bonne dose de frayeur et d’humour... noir bien entendu !

Yohan Vasse
Chronique parue initialement dans le n°50 – janvier 2007) du zine Présences d’Esprits

Impuretés

Posté le 28.07.2007 par Elissandre
Philippe Djian, Impuretés, Gallimard, 2005 ; Folio, 2006


C’est un peu comme dans une Amérique décadente, celle des écrivains drogués, des actrices sur le retour qui doivent coucher avec les vieux producteurs pour « décrocher » le rôle qui va relancer leur carrière. Mais c’est en France, on ne sait pas exactement où. L’automne est doux sur la colline, les maisons sont très confortables, l’argent ne manque pas et la vie se délite dans l’alcool, la drogue, le sexe triste et les désillusions.

Evy vient de perdre sa sœur aînée dans des circonstances peu claires, peut-être est-il responsable d’ailleurs. Accablé par ce deuil et par les insuffisances des adultes, il se réfugie dans le mutisme et la dévotion à une jeune femme qu’il veut aimer d’un amour platonique, laissant parents et grand-parents impuissants et désemparés.

C’est noir, presque insupportable de noirceur. Pas un seul personnage en qui croire, pas une lueur d’espoir. Et pourtant on ne lâche pas le roman et on sourit souvent, on rit : le cynisme de Djian est irrésistible. Son style aussi : cruel, impitoyable, avec l’expression, le mot qui rappelle à qui on a affaire au moment où on allait presque compatir, le mot qu’il fallait.

Un roman désabusé donc mais une écriture parfaitement maîtrisée et réjouissante.

Elissandre
Elissandre77@yahoo.fr Juillet 07


Quelques liens :

http://www.gallimard.fr/catalog/entretiens/01042394.htm
http://philippedjian.free.fr/critiques/impure/letemps.htm
http://www.ratsdebiblio.net/djianphilippeimpuretes.html
http://www.gallimard.fr/catalog/bon-feuilles/01042394.htm
http://www.lire.fr/critique.asp/idC=48134/idR=218/idG=3


Les idées noires

Posté le 25.07.2007 par Erzebeth
Les idées noires
de Franquin


"Lorsqu'après avoir lu une page d'Idées Noires de Franquin on ferme les yeux, l'obscurité qui suit est encore de Franquin." Sacha Guitry.

Qui ne connait pas Franquin et son inoubliable Gaston Lagaffe ? Ses gaffes, ses inventions farfelues, la mouette rieuse, le chat, la souris (Cheese), le poisson (Bubulle) ?
Que de rires le grand Franquin nous a apporté avec son héros sans emploi...
Mais Franquin c'est aussi la révolte, révolte contre les grandes andouilles, contre les grenouilles de bénitiers, la bêtise universelle et... les chasseurs bêtes et méchants.
Franquin c'est aussi ces planches publiées sous le titre des Idées Noires chez Fluide Glacial.
Ces planches tirées minutieusement à la plume et à l'encre noire révèlent un univers sombre, réaliste et pourtant on trouve toujours sous la couche de desespoir un ressort comique qui nous touche en plein coeur même si les faits évoqués sont tragiques. Voilà le talent de Franquin. Il a su, à travers ses idées noires, faites d'ombres et de lumières, faire passer un message humaniste et ô combien salvateur.
Lorsque l'on referme alors à regret le recueil on ne broie pas du noir ou alors juste pour pleurer la disparition de ce dessinateur de talent.


Idées Noires, Franquin, Fluide Glacial.

La jeune fille suppliciée sur une étagère

Posté le 13.07.2007 par Erzebeth
La jeune fille suppliciée sur une étagère.

Elle a seize ans, elle vient de mourir. Allongée sur un tatami, elle voit deux hommes arriver et, contre son corps, offrir de l'argent à ses parents.
Dans une grande voiture noire, les deux messieurs déposent son cercueil. A travers les parois, elle voit sa mère s'éloigner, sa ruelle sordide, les passants, le ciel, puis plus tard le porche de l'hôpital. Lentement le long véhicule contourne le bâtiment et entre, discrètement,
par-derrière...

Ce livre est un recueil de nouvelles, deux pour être précise mais je pense que la première est mieux que la seconde même si cette dernière est intéressante. Peut-être est-elle plus bizarre et complexe ce qui ne facilite pas forcément son appréciation. En tout cas pour un premier essai dans la littérature japonaise je dois dire que j'ai été comblée...

La jeune fille suppliciée sur une étagère par Akira Yoshimura aux éditions Actes Sud. 13.60€

Macchabées, la vie mystérieuse des cadavres

Posté le 13.07.2007 par Erzebeth
Macchabées
La vie mystérieuse des cadavres

Mary Roach




On est toujours curieux de savoir ce qui va arriver à notre enveloppe charnelle quand on meurt. En effet, le corps humain à toujours fait l’objet de recherches et d’expérimentations diverses au cours des siècles. C'est en explorant cette enveloppe corporelle que les principales découvertes relatives à la chirurgie et à la médecine ont été faites. C’est en bravant les interdits de la dissection que des hommes comme Léonard de Vinci et Ambroise Paré ont pu (re)découvrir le fonctionnement du cœur ou la ligature des vaisseaux sanguins.
Dans cet ouvrage, Mary Roach, journaliste, s’attache à faire découvrir les études et expériences menées sur le corps humain au fil des siècles. Elle détaille tout, l'approche de la résurrection, les exercices «grandeur nature» des futurs chirurgiens esthétiques ou les études balistiques en lien avec la criminologie ou le monde automobile. Mary Roach a à cœur de ne négliger aucune piste et même le cannibalisme à «vertu thérapeutique» est abordé sans tabou. Il ne faut pas oublier les différentes méthodes d’inhumation, de conservation, d’incinération qui sont également détaillées avec beaucoup de soin. De plus, pour donner une tonalité pour le moins brute, Roach n’a pas hésité à décrire ses expériences face à des dissections ou des études de décomposition corporelle en plein air. Tout est décrit avec précision mais sans pour autant réserver l’ouvrage à des professionnels et l’auteur ne se prive pas de donner une petite touche d’humour noir pour dédramatiser les faits ou exorciser des peurs primales. Ainsi rien n’est épargné, de la chirurgie à l’incinération, tout y passe. Roach fini même par se demander ce qui sera le mieux pour son corps, un don à la médecine, un cercueil en chêne ou un tour au columbarium. La question reste en suspens et ce, même pour le lecteur.

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