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arcaneslyriques
Description du blog :
Cercle littéraire "Arcanes Lyriques" retranscription des réunions.
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
13.07.2007
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09.11.2009

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Auteurs

Interview de Valéry Coquant

Publié le 01/07/2009 à 12:07 par arcaneslyriques
Interview de Valéry Coquant
Interview de l'Auteur Valéry Coquant


Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?


Je suis né dans le Nord de la France, il y a une trentaine d’années. Je suis d’origine polonaise par ma mère, et méditerranéenne par mon père.

Mon parcours est plutôt atypique. Diplômé en Sciences Politiques, j’ai exercé plusieurs métiers… Agent immobilier, chargé de communication dans l’industrie automobile et dans le milieu associatif. Un temps, j’ai même été stagiaire dans l’administration.

Ces différentes expériences m’ont permis d’aiguiser mon regard sur le monde, sur les gens… Cela m’aide beaucoup dans l’écriture.


Quel chemin t’a conduit à l’écriture ?


Je suis venu à l’écriture tout naturellement. Pour moi, écrire, c’est comme respirer, ça coule de source.

Il faut dire aussi que j’ai très tôt baigné dans un milieu où l’on aime raconter des histoires. Enfant, je me suis nourri des anecdotes de mon grand-père. Comme il a eu une vie assez trépidante (né en Pologne, il est arrivé en France à l’âge de 14 ans), il avait de la matière. C’est lui qui m’a donné le goût des personnages, des rebondissements. En plus, il savait faire revivre tous ces moments. En comparaison, les contes de fée m’ont toujours parus un peu fades.

Sur cette base, s’ajoute la scolarité. Les rédactions au collège, les textes écrits pour le journal du lycée… C’est là que j’ai pris conscience d’aimer cela. Très vite, j’ai estimé que les quelques lignes accordées dans les pages de ce journal n’étaient pas suffisantes. Je voulais aller plus loin. Mon premier vrai manuscrit est né là.

J’y ai découvert une liberté… Je mettais en scène les personnages, je créais leur décor, façonnais l’intrigue. Et quel plaisir de constater que j’étais allé au bout… Tant pis pour les doutes, et autres difficultés ! Je devais avoir une quinzaine d’années. Une fois que l’on a goûté à toutes ces émotions…


Quels sont les auteurs que tu préfères et ceux qui t’ont réellement influencé ?


Sans réfléchir, je citerai trois écrivains : Romain Gary, Georges Simenon et Stephen King. Ils forment la trilogie sur laquelle je m’appuie. J’apprécie d’autres auteurs, comme Jacques Bergier, ou Tolkien. Mais eux, vraiment, je les place au dessus. En particulier Romain Gary. Je suis très sensible à sa trajectoire. Chez lui, l’œuvre est si imbriquée dans la vie, que souvent tout se mélange. On ne sait pas si c’est sa vie qui a débordé sur le roman, ou si c’est l’inverse.

Je veux dire par là que Gary était un écrivain très exigeant. Dans la vie, il était fidèle aux valeurs, aux idéaux qu’il défendait dans ses romans. Il était d’un bloc. Il n’admettait pas qu’on puisse être humaniste le stylo à la main, et qu’une fois sorti de son bureau, on se comporte comme un « salaud ». Forcément, une telle exigence a énervé pas mal de ses contemporains.

Et puis, Gary est un magicien. Il parle de l’existence avec une simplicité, une force. Le plus fort est que ses personnages sont en général des gens ordinaires. On peut donc s’y reconnaître très facilement. À partir de là, tout devient possible. Les histoires les plus folles, les plus fantasques, servies avec un humour au napalm… Gary va si loin que souvent, on a l’impression qu’il ne respecte personne. Il s’en prend même à lui-même, en jonglant avec un sens aigu de l’auto dérision.

Ma rencontre avec Gary a donc été un grand moment. À tel point que je me suis demandé ce que moi, petit scribouillard, je pourrais bien écrire après un type pareil. Pendant près d’un an, je suis resté sur ce constat. Avant de comprendre qu’un auteur est d’abord un témoin de son époque. Gary correspond à la seconde moitié du XXème siècle. Toute proportion gardée, moi, je témoigne d’une autre période.


As-tu d’autres sources d’inspiration, si oui, lesquelles ?


J’ai beaucoup d’intérêt pour le cinéma. Les films de Jean-Pierre Melville, ceux de Sergio Leone sont pour moi d’heureuses rencontres. Il y a un esthétisme de l’image… Et puis, il y a la musique… Bon sang !!!

Ce cinéma m’influence par sa sobriété. Chez Melville, il n’y a rien qui dépasse. Tout est calibré, chaque effet est à sa place. Le personnage n’a pas besoin de discourir pendant deux heures pour justifier son action. Il s’explique par ses gestes, par ses silences ou ses regards. Au final, on obtient quelque chose d’efficace, de prenant.

À mon sens, on a la même chose, mais en plus poétique, en moins tragique surtout, dans les films de Jacques Tati.


Pourrais-tu, si tu en as, nous dévoiler tes rituels d’écrivain ?


Je n’ai pas vraiment de rituel à proprement parler. Pas de stylo fétiche ni de goût particulier pour un papier spécial.

Je suis plus attentif à ce qu’il y ait une certaine tranquillité. J’écris donc plus facilement en fin de journée. Le téléphone ne sonne plus. Il y a moins de bruit dans l’air…

Je m’efforce de « travailler » chaque jour. Même si ce n’est pas pour écrire, il y a toujours une correction, une bricole à revoir. C’est une façon de faire le point sur l’histoire en cours.

Quand je suis en panne, je ne m’acharne pas. Je laisse passer jusqu’au moment où je retrouve le fil des idées. C’est parfois délicat…

Quand je commence à travailler sur une histoire, j’ai déjà une idée précise de la chute. Mais on ne peut pas vraiment parler de plan. En effet, je connais le début, je connais la fin, mais entre les deux, tout est possible.


Combien as-tu écrit de romans ou de nouvelles ? Pourrais-tu nous en parler brièvement ?


À ce jour, j’ai écrit cinq ouvrages. Un recueil de nouvelles, trois romans et un essai (sur devinez qui… Romain Gary !) Ça fait un peu inventaire à la Prévert. Mais bon… Je ne vois pas pourquoi je me mettrais des œillères, afin de rester dans un type d’écrits bien définis. Je vais là où j’ai envie d’aller.


Dans tes écrits, y a-t-il des thèmes récurrents ? (Personnages, sujets, ambiances…)


Mes livres fonctionnent indépendamment les uns des autres. Mais il y a des fils rouges. Le premier concerne les thèmes abordés. Mes fictions sont des histoires d’aujourd’hui. Avec des personnages simples, ordinaires, qui regardent le monde autour d’eux, et se posent des questions. Je suis très sensible à cet instant où tout bascule pour eux. Ils font une rencontre, ou font face à un événement qui chamboule tout… Et les voilà plongés dans une aventure qui va les obliger à se dépasser.

Je pense notamment à Maxime Jacoby, un jeune homme que l’on rencontre dans mon livre Hôtel de France. Il se rend compte que les études, franchement… Il ne se sent plus à l’aise dans sa famille. Sur un quiproquo, il est embauché par un curieux individu. Jacoby a une vingtaine d’années. Il ne vient pas des banlieux, il n’a jamais incendié de voitures. En même temps, il n’est pas issu d’une jeunesse dorée, fils d’acteur ou de milliardaire. Personne ne l’attend, et s’il veut s’en sortir, il devra faire ses preuves…

Je suis très frappé quand des lecteurs qui ont l’âge de Jacoby, m’expliquent qu’ils se sont reconnus dans les péripéties de ce type. Cela me touche.

L’autre fil rouge, c’est qu’il n’est pas rare que des personnages principaux d’un livre, apparaissent dans une autre histoire. Ils donnent de leurs nouvelles. On les voit évoluer… Il y en a deux comme ça… Alexandre Kolin est au centre de mon roman Tous les Possibles. On le retrouve dans Reine d’Argent, où il est au second plan. Un autre est Camille Verjat, Il apparaît justement dans Hôtel de France. Il y tient un petit rôle assez ambigu d’ailleurs. Dans Reine d’Argent, c’est lui qui occupe le devant de la scène. C’est lui qui mène l’enquête…


Quel est le roman dont tu es le plus fier ?


Je suis toujours très fier du livre que je viens de terminer. Parce que c’est le petit nouveau, qu’on a passé pas mal de temps ensemble. Il y a le sentiment aussi d’avoir été au bout de la démarche. J’ai été capable de mener à bien une intrigue, et de gérer les personnages. Ouf !

Cela dure jusqu’au moment où l’on me transmet les épreuves. Là, je redécouvre le texte avec un œil neuf. Petit à petit, je me dis que ça et ça, j’aurais pu le traiter autrement, ou donner davantage de vigueur à tel passage… J’y pense beaucoup. Puis, une nouvelle idée prend forme et porte en elle un nouvel ouvrage. L’excitation revient, je passe à autre chose.


Parviens-tu à vivre de ta plume ?


Vivre de ma plume ? J’aimerais bien. Encore que… J’ai sur la question un avis nuancé. Dans un sens, vivre de sa plume, c’est accéder à une reconnaissance certaine. Donc, à première vue, c’est plutôt valorisant pour son œuvre.

Cette reconnaissance permet de se consacrer pleinement à son œuvre. Mais à ce stade, n’y a-t-il pas un risque de se couper de la réalité pour ne plus vivre que dans sa bulle ? À long terme, je pense que cela peut nuire à l’authenticité de la création. On ne s’intéresse plus qu’à ça. On perd de vue le reste.

À l’opposé, mener de front sa vie d’auteur, et une vie professionnelle, c’est la garantie de rester en prise directe avec son environnement. On est en phase avec ses contemporains. On voit la vie telle qu’elle est, avec ses joies, ses peines. Ses colères aussi.


En matière d’écriture, quels sont tes projets pour l’avenir ?


J’ai déposé chez mon éditeur un nouveau texte. Un polar. Un truc assez pesant, assez noir. On y trouvera encore une fois Verjat… Je pense que cette intrigue va le calmer. Nous verrons bien ce qu’en dit le comité… Si ça passe, rendez-vous en 2010, pour de nouvelles émotions !

Sinon, je commence à penser à un nouvel ouvrage. Une rencontre entre un jeune auteur et un éditeur un peu sur le retour. Là, ce sera beaucoup plus joyeux, plus vivant. Un peu plus fou aussi. Je crois fort que l’on va y croiser Alexandre Kolin.

Enfin, je serai présent du 20 au 22 novembre 2009 au Salon du Livre Indépendant, organisé à Paris. Bien entendu, ce sera un plaisir de vous y rencontrer.


À part l’écriture, quelles sont tes autres passions ?


J’adore déambuler sans but précis, en ville, essentiellement. Ce peut-être Paris, Lille, Anvers ou Athènes. Je me pose quelques jours, et je bats le pavé. C’est très différent des circuits touristiques expédiés à la va-vite. Je fais des rencontres, j’observe…

À part ça, j’ai une passion pour la bonne chair, accompagnée d’un vin sympathique. Avec des personnes de bonne compagnie, c’est plus rigolo.

Enfin, j’ai une passion pour les autos. Tout petit déjà, je repérais les voitures qui sortent, pour une raison ou une autre, de l’ordinaire. Certaines carrosseries trimbalent avec elles une poésie… Elles vous racontent des histoires. Cela commence dès l’énoncé de leur nom… Bugatti, Hispano-Suiza, Jaguar… Quand je n’écris pas, et que j’en ai marre des bouquins, je me penche sur une vieille 2CV à remettre en route. Il y a du boulot, mais d’ici 2175, je devrais y arriver…


Valéry Coquant, notre invité à la réunion du 7 juin 2009.
Photo : Valéry Coquant.