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Cercle littéraire "Arcanes Lyriques" retranscription des réunions.
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Le joueur de flûte de Hamelin (2)

Publié le 01/07/2010 à 19:23 par arcaneslyriques
Le joueur de flûte de Hamelin (2)
Le joueur de flûte de Hamelin


Explication et analyse



Le joueur de flûte de Hamelin est une légende allemande qui a été retranscrite notamment par les frères Grimm en 1816 dans leur recueil « Légendes allemandes ». Cette légende est basée sur un fait divers qu’aurait connu la ville de Hamelin en Allemagne le 26 juin 1284.
En effet, en cette année 1284, la ville de Hamelin est envahit par les rats ce qui engendre la famine de ses habitants puis l’apparition de multiples maladies. Ayant pourtant tout essayé pour remédier à ce désastre grandissant, le Maire de la ville fait appel à un dératiseur mystérieux, habillé d’un long manteau multicolore, qui se prétend capable à lui seul de résoudre le problème. Le maire lui promet donc la somme de mille écus s’il réussit à débarrasser la ville de tous ses rats. L’homme en question prit alors sa flûte et se mit à jouer un air envoûtant, aussitôt les rats le suivirent et il les mena jusqu’à la rivière Weser qui arrose la ville et où ils se noyèrent sans aucune exception. Bien que la ville fût libérée de ces rongeurs malfaisants, pour des raisons obscures les habitants et le Maire ne voulurent pas payer le dératiseur. Sur le coup l’homme ne dit rien mais secrètement il préparait sa vengeance puisque après avoir quitté la ville quelques semaines, il revint le 26 juin cette fois-ci sous les traits d’un chasseur à l’allure effrayante, portant un grand chapeau rouge vif. Il entra dans l’église durant une messe, sortit sa flûte et se mit à jouer à l’intérieur de l’église puis dans les ruelles environnantes. Ensorcelés par la musique, les enfants accoururent de toute part et se mirent à le suivre. Il les conduisit par la porte de l’est en continuant de jouer sur le même ton et ils allèrent ainsi jusqu’à la montagne Koppelberg où il disparut avec eux pour toujours. Personne n’a su ce qu’ils étaient devenus.
La légende raconte pourtant que deux enfants auraient réussi à revenir parce qu’ils se seraient attardés sur le chemin. L’un d’eux étant aveugle il fut incapable de retrouver le chemin par où les enfants étaient passés et l’autre muet ne put dire un seul mot sur ce qui s’était vraiment passé. Parmi les habitants de la ville, certains prétendirent que les enfants avaient été conduits à une grotte d’où ils ressortirent dans la région de Siebenbuergen ; d’autres dirent qu’ils s’étaient sans doute noyés dans la Weser, dans tous les cas il est stipulé que 130 enfants ont disparus ce jour-là et qu’aucun d’entre eux n’est revenu.


Les premières mentions de cette histoire semblent remonter aux environs de 1300 sous la forme d’un vitrail placé dans l’église de Hamelin et décrit par la suite dans différents documents entre 14ème siècle et le 17ème siècle et qui fut détruit peu après. Inspirée des descriptions de l’époque, une reconstruction moderne de ce vitrail a été créée par Hans Dobbertin. Ce vitrail aurait été créé en mémoire du tragique événement survenu dans la ville.
Mais alors s’agit-il d’une simple légende ou d’une réalité ? Ce qui est sûr c’est qu’à cette époque nombreux sont les enfants ayant disparus sans laisser aucune trace même si plusieurs explications semblent plausibles :


- les enfants furent victimes d’un accident et se noyèrent dans la Weser ou alors furent ensevelis lors d’un glissement de terrain.


- Les enfants contractèrent une épidémie et furent alors conduits hors de la ville pour ne pas contaminer le reste de la population. Alors que les rats grouillent partout il serait tout à fait probable que la menace de la peste soit omniprésente et fortement contagieuse. Apportée par les rats infestés de puce, les puces passent alors aux humains qui en meurent à leur tour. Ou alors s’agirait-il d’une autre maladie tout à fait troublante comme la danse de Saint Guy (très présente au Moyen Age) par exemple qui est une lésion du cerveau et plus précisément d’une zone appelée le cops strié. Cette pathologie pouvant apparaître après contamination d’un germe entre 5 et 15 ans, entraînait chez l’enfant un œdème et une congestion des méninges, parfois même des lésions de l’écorce cérébrale. Les symptômes sont souvent progressifs mais peuvent parfois apparaître brutalement à la suite d’un traumatisme ou d’un choc émotif. Ils se caractérisent notamment par des insomnies, de la fièvre, des mouvements maladroits et involontaires qui commencent par les mains puis s’étendent au tronc et à la face. Ce qui reviendrait à dire que le joueur de flûte serait tout bêtement une personnification de cette maladie qui entraînerait les enfants dans une danse mortelle.

- Les disparitions seraient liées à la « croisade des enfants » qui est une expédition menée par des gens du peuple voulant partir en Terre sainte pour délivrer Jérusalem, à l'image des croisades de chevaliers. Cette expédition serait passée par la ville de Hamelin entraînant probablement des centaines d’enfants qui moururent au cours de ce long et difficile voyage.

- Les enfants voulaient abandonner leurs parents et la ville de Hamelin pour créer leur propre village à l’époque de la colonisation de l’Europe orientale. De nombreux villages et villes furent en effet fondés à cette époque dans l’Est de l’Europe, notamment par des colons allemands, venus de l’Europe Occidentale.

- Au 12ème siècle, la vile de Hamelin devint trop peuplée et on dû envoyer une partie de la jeune population s’établir en dehors. Les enfants quittèrent alors leurs parents sous la tutelle d’un chef symbolisé ici par le joueur de flûte.


Contrairement aux autres contes, celui de Hamelin donne des dates précises quoique contradictoires et l’on pourrait tout simplement penser que cette légende est en fait un amalgame entre réalité et mythe et que le récit original dû prendre de l’importance pour les gens de la ville à mesure que les enfants disparaissaient pour une raison ou pour une autre.
En dehors des débats sur la crédibilité ou non de cette histoire, il faut néanmoins souligner la puissance imaginale qu’à ce conte et son impact émotionnel. Une interprétation psychanalytique pourrait voir dans ce conte une sorte de fable où les habitants punis de leur trahison et radinerie se verraient privés de leur descendance, de la capacité de procréation. Faute de générosité, la ville deviendrait une zone déserte privée de lendemain.
Il est aussi à souligner que longtemps la peste fut considérée comme une punition divine infligée à une humanité pécheresse, ainsi qu’en témoigne la dure justice de ce conte et que rien ni personne ne pourrait gênée ou faire cesser cette « punition » infligée par les dieux.


On peut également percevoir dans cette histoire une sorte de mythe relatif au fonctionnement sociétal. Les rats porteurs de peste représentent le mal, le pouvoir civil ne suffit pas pour combattre ce mal car celui-ci est restreint « aux choses de ce monde ». Il fait donc appel à la magie, au charme d’une personne bien particulière contre une somme d’argent. Le lien entre le monde visible et matériel : l’argent est donc maintenu avec le monde de l’invisible, celui qu’on ne peut expliquer. Le contrat entre ces deux mondes n’étant pas respecté : le monde invisible est en effet sous-estimé, la punition n’en sera que plus terrible et permettra de déclarer que le monde invisible est supérieur au monde visible car jugé incontrôlable.


La légende du joueur de flûte de Hamelin se veut intrigante et dérangeante pour cette raison on la retrouve sous de nombreux aspects culturels :


En 1556, « De miraculis sui temporis » (texte en latin, À propos des merveilles de son époque) par Jobus Fincelius mentionne la légende. L'auteur identifie le joueur de flûte au diable.

Le plus vieux récit en anglais est celui de Richard Rowland Verstegan, un antiquaire et polémiste religieux, d'ascendance hollandaise, dans son ouvrage Restitution of Decayed Intelligence (Anvers, 1605). Malheureusement, il ne mentionne pas ses sources. Il y évoque les rats et l'idée que les enfants perdus se retrouvèrent en Transylvanie. Bizarrement, la date du drame est complètement différente de celle donnée plus haut : 22 juillet 1376. Le récit de Verstegan est intégré aux Wonders of the Visible World (1687) de Nathaniel Wanley, la source d'inspiration première du poème bien connu de Robert Browning (voir infra).

En 1803, Johann Wolfgang von Goethe écrit un poème inspiré de la légende. Il met plusieurs références à la légende dans sa version de Faust. La première partie du drame est publiée en 1808 et la seconde en 1832.

Les frères Grimm, Jacob et Wilhelm, incluent un récit de la légende dans leur collection Deutsche Sagen (légendes allemandes), publié pour la première fois en 1816. Ils citent onze sources. Selon leur récit, deux enfants restèrent en arrière, l'un étant aveugle et l'autre boiteux, et aucun des deux ne put suivre le groupe. Les autres se retrouvèrent en Transylvanie (Siebenbürgen en allemand).

Prosper Mérimée raconte à son tour la légende en 1829 dans le récit Les Reîtres, premier chapitre des Chronique du règne de Charles IX.

En se basant sur la version des Frères Grimm, Robert Browning écrit un poème du même nom qui fut publié pour la première fois en 1849. Il situe l'événement le 22 juillet 1376.

Le 19 mars 1879, l'opéra Der Rattenfaenger des Hamelin composé par Victor Ernst Nessler est joué à Leipzig.
La légende du joueur de flûte inspire la poétesse russe Marina Tsvetaeva dans son poème The Ratcatcher, publié pour la première fois en 1925.

Une chanson d'Hugues Aufray, Le Joueur de pipeau (1966), reprend la même légende. Cependant, dans la chanson la mort des enfants est modifiée. Le joueur de pipeau ne les enferme pas dans une grotte, il les noie dans la rivière pendant la nuit.

Le film d'Atom Egoyan de 1997, De beaux lendemains (The Sweet Hereafter), utilise aussi la légende, en particulier la version de Browning, comme parabole. En 1972, le film de Jacques Demy, Le Joueur de flûte, adapte directement le conte.

Aux Pays-Bas, une série télévisée à succès dans les années 1970 s'inspire également de la légende : Kunt u mij de weg naar Hamelen vertellen, mijnheer? Qui peut se traduire par "Monsieur, pouvez-vous m'indiquer la route vers Hamelin).

Un roman de Terry Pratchett, Le Fabuleux Maurice et ses rongeurs savants, s'inspire de cette légende.
Le jeu vidéo Xenosaga Pied Piper s'inscrivant dans la série Xenosaga s'inspire également de cette légende.
Dans la bande dessinée Le Bal du rat mort, un vampire ne pourra maîtriser - un pêcheur lui demandant : "Où est votre flûte ?" - les rats qui envahissent la ville d'Ostende.

Dans le dessin animé S.O.S. Fantômes, la légende est reprise : un fantôme déguisé joue de la flûte et emmène les enfants de la ville de New York dans une décharge pour les noyer.

La chanson Symphony of destruction du groupe de thrash metal Megadeth se trouvant sur l'album Countdown to Extinction fait référence à cette légende.

La légende du joueur de flûte est reprise dans le film d'animation japonais de Sailormoon de 1995 : Sailor Moon Supers The Movie (Les 9 Sailor Senshi ensembles ! Miracle dans le Black Dream Hole) (セーラー9戦士集結! ブラック・ドリーム・ホールの奇跡), de Hiroki Shibata : ce film est centré sur les enlèvements d'enfants par de mystérieux joueurs de flûte. Résumé : le film commence avec un personnage joueur de flûte, sa musique magique est nommée "Sanji no Yosei" (le compte de trois heures). Il utilise sa flûte pour hypnotiser les enfants et les forcer à quitter leur maison pour le suivre. Chantant joyeusement, les enfants en pyjama suivent le musicien jusqu'à d'étranges vaisseaux volants et s'envolent dans le ciel. Sailormoon et ses amies devront libérer les enfants kidnappés.

La série animée "Hamelin no violin hiki" (le violoniste d'Hamelin) s'inspire très librement de la légende.
Et bien d’autres encore …

Quelque soit la véritable explication, la ville de Hamelin est restée marquée par cette légende. Par exemple, il fut longtemps interdit de jouer de la musique ou de manifester la moindre joie, dans la ruelle de la ville la Bungelosenstrabe (la rue sans tambour), ruelle qu’empruntèrent les enfants ensorcelés.


Odéliane, pour la réunion du 14/03/10


Peinture : Le joueur de flûte de Hamelin de Carl Plinke (1867) au Musée de Hamelin en Allemagne.




Le joueur de flûte de Hamelin

Publié le 01/07/2010 à 18:16 par arcaneslyriques
Le joueur de flûte de Hamelin
LE JOUEUR DE FLUTE DE HAMELIN


L'une de ces nombreuses versions...


Il était une fois, il y a bien longtemps, une ville d'Allemagne du nom de Hamelin [...] Ses habitants avaient tout pour y vivre heureux et la joie et la paix régnaient dans la cité.
Un jour cependant, ou plutôt une nuit, une drôle de chose se produisit. Des rats, venus d'on ne sait où, envahirent la ville : il y en avait des centaines, des milliers, des millions peut-être. Et lorsqu'au matin les habitants de Hamelin se réveillèrent, ils durent se rendre à l'évidence : les rats s'étaient infiltrés partout [...] En peu de temps, toute la ville fut infestée.

Le bourgmestre rassembla les notables et ils envisagèrent les moyens de se débarrasser de cette terrible engeance. Ils firent venir des chats, qui se lancèrent à la poursuite des rongeurs. Ils disposèrent des pièges et des souricières. Ils semaient de la mort-aux-rats et des grains empoisonnés. Peine perdue, rien n'y fit. Le fléau persistait, et les rats se multipliaient.

Un beau jour, un troubadour passa la porte de la ville. Il était maigre, tout de vert vêtu et il portait une besaces en bandoulière. Il se présenta à l'hôtel de ville où il demanda à parler au bourgmestre. Celui-ci le regarda d'abord d'un air soupçonneux. Mais lorsque le jeune homme lui annonça qu'il pouvait, à lui seul, débarrasser la ville de tous les rats, il le considéra d'un tout autre œil.
- Comment, vous pourriez faire cela ? Et tout seul ?
- Parfaitement. Mais pour ce travail, je veux recevoir mille écus d'or.
- Si vous réussissez, c’est un million qu'il faudra vous donner ! s'exclama le bourgmestre.
- Mille écus suffiront, dit l'étranger. Faites-les préparer. Je passerai les prendre dès que les rats auront quitté la ville. Et il redescendit l'escalier, sous les yeux du bourgmestre médusé.

Puis il se dirigea vers la grande place, sortit une petite flûte de bois noir de sa gibecière, la porta à ses lèvres et commença à jouer... Il en tirait tout en marchant une musique étrange, envoûtante et d'une grande tristesse. A peine avait-il émis quelques sons, que l'on vit arriver, de tous les coins et recoins de la ville, des centaines de rats qui se mirent à trotter derrière le joueur de flûte. [...]

Le joueur de flûte parcourut ainsi toute la ville. Il passa par toutes les rues, ruelles, impasses, en n'oubliant aucun passage. Enfin, lorsque tous les rats furent rassemblés en un cortège sans fin derrière lui, il prit le chemin de la rivière. Sur le rivage, il s'arrêta, mais il continua à jouer de son instrument, et les rats se précipitèrent dans l'eau. Ils se noyèrent tous jusqu'au dernier. Il n'y avait plus aucun rat dans la ville de Hamelin.

Alors le mystérieux musicien retourna à l'hôtel de ville pour recevoir ses pièces d'or.
Mais là, un drôle d'accueil l'attendait.
-Comment ? Mille pièces d'or ! Pour une petite musique ? s'exclama le bourgmestre. Mais tu es fou, ma parole ! Je peux te donner tout au plus cent écus, et encore, estime-toi heureux!
- Ce n'est pas ce qui était convenu entre nous, dit le joueur de flûte d'une voix calme. Vous m'aviez promis mille écus ...
- Eh bien, écoute, tu en auras cent. Et c'est bien assez... Maintenant, va-t'en!
- Puisque c'est ainsi, je ne veux rien, mais vous allez le regretter...

Il tourna les talons et quitta l'hôtel de ville. Une fois dans la rue, il prit sa flûte et commença à jouer un air joyeux.
Et cette fois, ce fut tous les enfants de la ville de Hamelin qui le suivirent par les rues et les ruelles. Les petits, les grands, les moins grands... Il en venait de toutes parts, qui se joignaient au cortège, et rien, ni personne ne put retenir un seul enfant.
Alors le joueur de flûte quitta la ville et tous les enfants le suivirent.


Illustration : Représentation la plus ancienne du Joueur de flûte (copiée du vitrail de l'église d'Hamelin)


CONTE DE BARBE BLEUE - Explications et Analyse

Publié le 16/12/2009 à 16:10 par arcaneslyriques
CONTE DE BARBE BLEUE - Explications et Analyse
BARBE BLEUE


Le personnage de Barbe Bleue est le plus souvent connu grâce au conteur Charles Perrault qui inséra ce conte dans son recueil « Les contes de ma mère L’Oye » datant de 1697. Mais ce conte se rattache également à deux autres variations de cette histoire. La première version se serait répandue au Canada puis dans le reste de l’Europe et elle raconterait la vie mouvementée d’un monstre qui aurait enlevé successivement trois sœurs pour les enfermer dans une même chambre. L’une parviendrait à s’échapper et donc à libérer ses deux sœurs. Tandis que l’autre version, née dans le centre de la France, raconterait une histoire similaire mais dans une forme beaucoup plus christianisée : Deux sœurs sont enlevées par un être diabolique mais des êtres divins arrivent à leur secours et les sauvent ainsi du Malin.


La version de Perrault met davantage l’accent sur la vie maritale et ses devoirs. En effet, Barbe Bleue aurait l’apparence d’un homme riche et veuf qui cherche à se marier. Parvenu à ses fins, il deviendra un mari distant et méfiant. Mystérieux et secret, il décide un beau matin de partir pour ses affaires et donne des instructions strictes à sa femme avant son départ en lui remettant un trousseau de clé. Elle pourra donc aller et venir à sa guise dans les nombreuses pièces du château à l’exception d’une pièce qui doit à tout prix rester fermée. La jeune mariée acquiesce mais bien vite la curiosité la ronge et elle décide alors de désobéir à son mari en allant visiter cette mystérieuse salle. Elle ouvre donc la porte à l’aide d’une des clés et là ce qu’elle voit dépasse toutes ses craintes : des cadavres de femmes sont éparpillés dans la pièce, le sol est maculé de sang. La panique la prend et dans une sensation de vertige, elle laisse la clé tomber sans faire exprès. Puis elle se ressaisit, récupère la clé et ressort aussitôt de cette chambre de l’horreur. Tout pourrait se terminer ainsi mais voilà que la clé est tachée de sang et qu’après diverses tentatives pour la nettoyer elle n’y parvient pas, comme si la clé était magique et qu’elle symboliserait ainsi sa désobéissance. Barbe Bleue revient quelques jours après, elle se sent alors perdue mais avant qu’il n’ait pu corriger sa femme et lui faire subir le même sort qu’à ses autres femmes ; les Frères de la mariée surgissent, prévenus par on ne sait pas trop quel miracle(la jeune femme aurait probablement réussi à envoyer un message de détresse avant le retour de son mari), et viennent sauver leur sœur des griffes de cette bête sanguinaire. Barbe Bleue est alors assassiné et la jeune femme sauvée.


Aux temps de Charles Perrault, les contes et les chansons abordent souvent ce motif de l’époux meurtrier qui a les pleins pouvoirs sur sa femme. Dans ces histoires, les hommes sont d’ailleurs le plus souvent déguisés de manière symbolique en serpents, d’autres en loups mais qui auraient tout de même une apparence d’hommes.


Cette histoire aborde également d’autres thèmes :


- Celui du mariage forcé qui s’arrange en fonction des besoins des familles et où les sentiments des deux époux ne sont pas du tout pris en compte.

- Celui du devoir d’obéissance qu’une femme doit avoir à l’égard de son mari. D’ailleurs on peut penser que c’est la désobéissance des précédentes épouses qui les ont conduit à leur perte.

- Celui de la « terrible » curiosité des femmes qui est explicité par le péché originel d’Eve dans la Bible ou dans la Mythologie grecque avec la boîte de Pandore.


Bruno Bettelheim, dans son livre « La psychanalyse des contes de fées » explique que le Conte de Barbe Bleue reprend des thèmes anciens de contes russes ou scandinaves en traitant par exemple de la mise à l’épreuve de la femme et de la correction qu’un mari doit infliger à celle-ci si elle désobéit. Dans certains contes, l’infidélité conjugale autorisait même le mari à tuer sa femme. Le fait de demander à sa femme de ne pas ouvrir une certaine pièce sans lui en indiquer les raisons équivaudrait à une mise en garde pour celle-ci de ne pas fouiller dans son passé amoureux et de préserver son jardin secret.


Afin d’écrire son conte, il semblerait que Perrault ait puisé son inspiration dans des faits authentiques et anciens. En effet, le personnage de Barbe Bleue aurait été inspiré par le redoutable Gilles de Rais qui se rendit coupable d’une multitude de crimes dans son château de Tiffauges en Bretagne au 15ème siècle. Personnage démoniaque, il sacrifia des centaines d’enfants qu’il faisait enlever pour assouvir ses perversions. Egalement traité par l’écrivain J.K. Huysmans dans son roman « Là-bas » qui stipule que Barbe Bleue est bel et bien une sorte de descendant imaginaire de Gilles de Rais mais aussi du breton Comor, qui aurait la mauvaise réputation au VIème siècle d’égorger ses femmes. Fréquemment veuf, il aurait même demandé à Guerock, comte de Vannes de lui donner la main de sa fille Triphine, mais celui-ci aurait bien sûr refusé compte-tenu de sa mauvaise réputation.

D’autres personnages, bien réels, pourraient faire penser à Barbe Bleue comme Henri VIII par exemple qui épousa 6 femmes et en fit condamner deux à mort pour adultère et trahison : Anne Boleyn et Catherine Howard.

Henri Désiré Landru, célèbre tueur en série français fut aussi surnommé à maintes reprises Barbe Bleue pour avoir tué un nombre considérable de femmes qu’il séduisait et emmenait ensuite dans sa maison de campagne afin de les assassiner.

Egalement proche de l’image de l’ogre, Barbe Bleue serait une sorte de Cronos et Médée de la mythologie grecque.

Au niveau de la symbolique des couleurs, on pourrait se demander pourquoi ce personnage terrifiant et extrêmement violent a une barbe bleue. En fait, il s’agirait plutôt d’un bleu corbeau donc très proche du noir et cette couleur est souvent associée à la cruauté.

Quant à la clé tâchée de sang indélébile elle est le symbole parfait de la défloration.


Mais plus qu’un simple conte, Barbe Bleue est aussi l’objet de nombreuses adaptations que ce soit au cinéma, à l’opéra ou au théâtre (Sources prises dans Wikipédia) :

Opéra :

Raoul Barbe-Bleue, opéra d'André Grétry, livret de Michel-Jean Sedaine (1789) est probablement le premier des nombreux opéras sur le personnage

Barbe-Bleue est un opéra-bouffe de Jacques Offenbach (livret de Meilhac et Halévy) de 1866. L'héroïne s'appelle Boulotte, tendance nymphomane ; Barbe-Bleue confie à un alchimiste (Popolani) le soin de faire disparaître ses épouses successives - ce qu'il fait, mais en les enfermant dans un gynécée à son usage.

Ariane et Barbe-Bleue est l'unique opéra de Paul Dukas sur un livret de Maurice Maeterlinck (1907)

Le Château de Barbe-Bleue est l'unique opéra de Béla Bartók (1911), livret de Béla Balázs. La Barbe bleue n'est pas ici le monstrueux personnage traditionnel, mais un idéaliste sombre et renfermé. C'est sa nouvelle fiancée (Judith) qui l'oblige à ouvrir les sept portes secrètes, pour découvrir dans la dernière les trois premières épouses de Barbe-Bleue, qu'elle ira rejoindre, laissant l'Homme à son éternelle solitude

La Huitième Femme de Barbe-Bleue (L'Ottava moglie de Barbablù) est un opéra de Frazzi (1940)
Ballet :

Barbe-Bleue est un ballet de Marius Petipa (1896)

Cinéma :

Barbe-Bleue, film muet réalisé par Georges Méliès, sorti en 1901

Barbe-Bleue, court-métrage réalisé par Jean Painlevé, sorti en 1936

La Huitième Femme de Barbe-Bleue (Blue Beard's Eighth Wife), comédie de Ernst Lubitsch avec Claudette Colbert et Gary Cooper

Barbe-Bleue, film réalisé par Christian-Jaque, sorti en 1951

Barbe-Bleue, film réalisé par Edward Dmytryk, sorti en 1972

Barbe-Bleue, court-métrage réalisé par Baptiste Belleudy, sorti en janvier 2008


Télévision :

Barbe-Bleue, téléfilm musical (réalisateur non connu), diffusé en 1972 à la télévision française

Barbe-Bleue, téléfilm musical, réalisé par Jean Bovon, diffusé en 1984 à la télévision française


Roman :

Les Sept femmes de la Barbe-Bleue et autres contes merveilleux est un recueil d'Anatole France (Paris, Calmann-Lévy, 1909).

L'Affaire Barbe-Bleue est un roman de Yak Rivais (2000)


Théâtre :

L'histoire de la Barbe bleue a été adaptée au théâtre sous le nom de Beards (« Barbes »)

La Petite Pièce en haut de l'escalier (2008), de Carole Fréchette, mise en scène de Lorraine Pintal, thriller contemporain inspiré du mythe de la Barbe bleue


Musique :

Barbablù : Barbe-Bleue est le nom d'une chanson d'Angelo Branduardi (Album « Pane E Rose » 1996) - chantée en Italien ou en Français


Sources : Wikipédia.



Odéliane, pour la réunion du 13/12/09


Illustration de Gillot pour La Barbe-Bleue par Charles Perrault. Épinal, imprimerie Pellerin, 1860.
BnF, Estampes et photographie.



Conte de Barbe Bleue

Publié le 14/12/2009 à 11:44 par arcaneslyriques
Conte de Barbe Bleue
Conte de Barbe Bleue

De Charles Perrault (1628- 1703)


Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la Campagne, de la vaisselle d'or et d'argent, des meubles en broderie, et des carrosses tout dorés ; mais par malheur cet homme avait la Barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu'il n'était ni femme ni fille qui ne s'enfuît de devant lui.


Une de ses Voisines, Dame de qualité, avait deux filles parfaitement belles. Il lui en demanda une en Mariage, et lui laissa le choix de celle qu'elle voudrait lui donner. Elles n'en voulaient point toutes deux, et se le renvoyaient l'une à l'autre, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. Ce qui les dégoûtait encore, c'est qu'il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu'on ne savait ce que ces femmes étaient devenues. La Barbe bleue, pour faire connaissance, les mena avec leur Mère, et trois ou quatre de leurs meilleures amies, et quelques jeunes gens du voisinage, à une de ses maisons de Campagne, où on demeura huit jours entiers. Ce n'était que promenades, que parties de chasse et de pêche, que danses et festins, que collations : on ne dormait point, et on passait toute la nuit à se faire des malices les uns aux autres; enfin tout alla si bien, que la Cadette commença à trouver que le Maître du logis n'avait plus la barbe si bleue, et que c'était un fort honnête homme.


Dès qu'on fut de retour à la Ville, le Mariage se conclut. Au bout d'un mois la Barbe bleue dit à sa femme qu'il était obligé de faire un voyage en Province, de six semaines au moins, pour une affaire de conséquence ; qu'il la priait de se bien divertir pendant son absence, qu'elle fît venir ses bonnes amies, qu'elle les menât à la Campagne si elle voulait, que partout elle fît bonne chère. Voilà, lui dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles, voilà celles de la vaisselle d'or et d'argent qui ne sert pas tous les jours, voilà celles de mes coffres-forts, où est mon or et mon argent, celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements : Pour cette petite clef-ci, c'est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l'appartement bas : ouvrez tout, allez partout, mais pour ce petit cabinet, je vous défends d'y entrer, et je vous le défends de telle sorte, que s'il vous arrive de l'ouvrir il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. Elle promit d'observer exactement tout ce qui lui venait d'être ordonné ; et lui, après l'avoir embrassée, il monte dans son carrosse, et part pour son voyage.


Les voisines et les bonnes amies n'attendirent pas qu'on les envoyât quérir pour aller chez la jeune Mariée, tant elles avaient d'impatience de voir toutes les richesses de sa Maison, n'ayant osé y venir pendant que le Mari y était, à cause de sa Barbe bleue qui leur faisait peur. Les voilà aussitôt à parcourir les chambres, les cabinets, les gardes-robes, toutes plus belles et plus riches les unes que les autres. Elles montèrent ensuite aux gardes-meubles, où elles ne pouvaient assez admirer le nombre et la beauté des tapisseries, des lits, des sophas, des cabinets, des guéridons, des tables et des miroirs, où l'on se voyait depuis les pieds jusqu'à la tête et dont les bordures, les unes de glaces, les autres d'argent et de vermeil doré, étaient les plus belles et les plus magnifiques qu'on eût jamais vues. Elles ne cessaient d'exagérer et d'envier le bonheur de leur amie, qui cependant ne se divertissait point à voir toutes ces richesses, à cause de l'impatience qu'elle avait d'aller ouvrir le cabinet de l'appartement bas. Elle fut si pressée de sa curiosité, que sans considérer qu'il était malhonnête de quitter sa compagnie, elle y descendit par un petit escalier dérobé, et avec tant de précipitation, qu'elle pensa se rompre le cou deux ou trois fois.


Étant arrivée à la porte du cabinet, elle s'y arrêta quelque temps, songeant à la défense que son Mari lui avait faite, et considérant qu'il pourrait lui arriver malheur d'avoir été désobéissante ; mais la tentation était si forte qu'elle ne put la surmonter : elle prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet. D'abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées ; après quelques moments elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que dans ce sang se miraient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs (c'étaient toutes les femmes que la Barbe bleue avait épousées et qu'il avait égorgées l'une après l'autre).


Elle pensa mourir de peur, et la clef du cabinet qu'elle venait de retirer de la serrure lui tomba de la main.
Après avoir un peu repris ses esprits, elle ramassa la clef, referma la porte, et monta à sa chambre pour se remettre un peu ; mais elle n'en pouvait venir à bout, tant elle était émue. Ayant remarqué que la clef du cabinet était tachée de sang, elle l'essuya deux ou trois fois, mais le sang ne s'en allait point ; elle eut beau la laver et même la frotter avec du sablon et avec du grais, il y demeura toujours du sang, car la clef était Fée, et il n'y avait pas moyen de la nettoyer tout à fait : quand on ôtait le sang d'un côté, il revenait de l'autre.


La Barbe bleue revint de son voyage dès le soir même, et dit qu'il avait reçu des lettres dans le chemin, qui lui avaient appris que l'affaire pour laquelle il était parti venait d'être terminée à son avantage. Sa femme fit tout ce qu'elle put pour lui témoigner qu'elle était ravie de son prompt retour. Le lendemain il lui redemanda les clefs, et elle les lui donna, mais d'une main si tremblante, qu'il devina sans peine tout ce qui s'était passé. D'où vient, lui dit-il, que la clef du cabinet n'est point avec les autres ? Il faut, dit-elle, que je l'aie laissée là-haut sur ma table. Ne manquez pas, dit la Barbe bleue, de me la donner tantôt. Après plusieurs remises, il fallut apporter la clef. La Barbe bleue, l'ayant considérée, dit à sa femme : Pourquoi y a-t-il du sang sur cette clef ? Je n'en sais rien, répondit la pauvre femme, plus pâle que la mort. Vous n'en savez rien, reprit la Barbe bleue, je le sais bien, moi ; vous avez voulu entrer dans le cabinet ! Hé bien, Madame, vous y entrerez, et irez prendre votre place auprès des Dames que vous y avez vues. Elle se jeta aux pieds de son Mari, en pleurant et en lui demandant pardon, avec toutes les marques d'un vrai repentir de n'avoir pas été obéissante.


Elle aurait attendri un rocher belle et affligée comme elle était; mais la Barbe bleue avait le coeur plus dur qu'un rocher Il faut mourir Madame, lui dit-il, et tout à l'heure. Puisqu'il faut mourir, répondit-elle, en le regardant les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu. Je vous donne un quart d'heure, reprit la Barbe bleue, mais pas un moment davantage.


Lorsqu'elle fut seule, elle appela sa soeur, et lui dit : Ma soeur Anne (car elle s'appelait ainsi), monte, je te prie, sur le haut de la Tour pour voir si mes frères ne viennent point; ils m'ont promis qu'ils me viendraient voir aujourd'hui, et si tu les vois, fais-leur signe de se hâter.
La soeur Anne monta sur le haut de la Tour, et la pauvre affligée lui criait de temps en temps : Anne, ma soeur ne vois-tu rien venir ? Et la soeur Anne lui répondait : Je ne vois rien que le Soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie.


Cependant la Barbe bleue, tenant un grand coutelas à sa main, criait de toute sa force à sa femme : Descends vite ou je monterai là-haut. Encore un moment, s'il vous plaît, lui répondait sa femme ; et aussitôt elle criait tout bas : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? Et la soeur Anne répondait: Je ne vois rien que le Soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie. Descends donc vite, criait la Barbe bleue, ou je monterai là-haut. Je m'en vais, répondait sa femme, et puis elle criait : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir? Je vois, répondit la soeur Anne, une grosse poussière qui vient de ce côté-ci. Sont ce mes frères ? Hélas ! non, ma soeur, c'est un Troupeau de Moutons. Ne veux-tu pas descendre ? criait la Barbe bleue. Encore un moment, répondait sa femme ; et puis elle criait : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? Je vois, répondit-elle, deux Cavaliers qui viennent de ce côté-ci, mais ils sont bien loin encore : Dieu soit loué, s'écria-t-elle un moment après, ce sont mes frères, je leur fais signe tant que je puis de se hâter. La Barbe bleue se mit à crier si fort que toute la maison en trembla. La pauvre femme descendit, et alla se jeter à ses pieds toute épleurée et toute échevelée. Cela ne sert de rien, dit la Barbe bleue, il faut mourir, puis la prenant d'une main par les cheveux, et de l'autre levant le coutelas en l'air, il allait lui abattre la tête. La pauvre femme se tournant vers lui, et le regardant avec des yeux mourants, le pria de lui donner un petit moment pour se recueillir. Non, non, dit-il, recommande-toi bien à Dieu ; et levant son bras...


Dans ce moment on heurta si fort à la porte, que la Barbe bleue s'arrêta tout court : on ouvrit, et aussitôt on vit entrer deux Cavaliers, qui mettant l'épée à la main, coururent droit à la Barbe bleue. Il reconnut que c'était les frères de sa femme, l'un Dragon et l'autre Mousquetaire, de sorte qu'il s'enfuit aussitôt pour se sauver ; mais les deux frères le poursuivirent de si près, qu'ils l'attrapèrent avant qu'il pût gagner le perron. Ils lui passèrent leur épée au travers du corps, et le laissèrent mort. La pauvre femme était presque aussi morte que son Mari, et n'avait pas la force de se lever pour embrasser ses Frères.


Il se trouva que la Barbe bleue n'avait point d'héritiers, et qu'ainsi sa femme demeura maîtresse de tous ses biens.


Elle en employa une grande partie à marier sa soeur Anne avec un jeune Gentilhomme, dont elle était aimée depuis longtemps; une autre partie à acheter des Charges de Capitaine à ses deux frères ; et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu'elle avait passé avec la Barbe bleue.