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Posté le 14.05.2008 par arcaneslyriques
Fantasy urbaine
Extraits du dossier paru dans Présences d’Esprits nº 47
Par Yohan Vasse
Si votre barman a la carrure d’un troll, si les punks qui squattent dans le métro ont les oreilles pointues, si une dryade cohabite avec votre plante d’appartement, c’est que le merveilleux vient d’entrer de plain-pied dans notre monde contemporain et son ère moderne. Adieu les forêts ancestrales, bienvenue en ville.
Un titre et un nom évoquent immédiatement la fantasy urbaine : Neverwhere de Neil Gaiman, publié en 1996 en Angleterre. Pourtant, l’auteur n’est que l’un des derniers maillons d’un mouvement qui a émergé au milieu des années quatre-vingt dans le Nord des États-Unis, à Minneapolis sur les bords du Mississippi, près de la frontière canadienne. En ce sens, la fantasy urbaine est le dernier avatar du merveilleux au sens large. Un courant qui a déjà quelques années derrière lui et qui se caractérise par la prédominance de la ville moderne, mais aussi par une certaine esthétique, proche du fantastique contemporain. D’où parfois la difficulté de situer certaines de ses œuvres.
Fantasy héroïque, sombre, légère, burlesque, scientifique, urbaine…
Pour situer la fantasy urbaine au sein des autres courants du merveilleux, il est intéressant de se pencher sur la classification proposée par l’universitaire nord-américaine Farah Mendlesohn, qui prend en compte la nature de l’accès au merveilleux :
- Portal Fantasy, lorsqu’il existe un seuil à franchir entre notre monde et celui de la fantasy (le Monde de Narnia) ;
- Immersive Fantasy, lorsque le monde de fantasy développe un univers indépendant (les univers de David Eddings) ;
- Intrusive Fantasy, lorsque la fantasy s’introduit dans notre monde, souvent en opposition avec les lois naturelles ;
- Estranged Fantasy, lorsque les lois surnaturelles de la fantasy cohabitent dans notre monde avec ses lois naturelles. C’est à cette dernière catégorie que l’on peut rattacher la fantasy urbaine.
Les précurseurs
La fantasy urbaine est naturellement influencée par ce qui la précède. Et cela remonte au tout début du 20e siècle, lorsque Lord Dunsany fit interagir le monde magique de Pegana (et sa mythologie créée de toutes pièces) avec sa vision du Londres édouardien (dans Le Temps et les dieux). Un peu avant, sir James Matthew Barrie, avec son Peter Pan, avait déjà introduit une part de féerie dans un contexte urbain, celui de Londres (encore !) et de son parc de Kensington.
Un peu plus près de nous, en 1943, quelques prémices sont à chercher du côté de Fritz Leiber. Dans son roman Ballet de sorcières, il entremêle sorcières, magie ancestrale féminine et environnement urbain (celui d’un campus). En forçant son épouse à renoncer à des pratiques qu’il estime superstitieuses, Norman Saylor, professeur d’université, va se retrouver au cœur d’une guerre magique déterminante pour l’équilibre du monde.
En 1953, Roberta A. McAvoy écrit Tea with the Black Dragon, un étrange polar californien dans lequel l’un des personnages serait un ancien dragon chinois incarné en humain.
C’est cependant Roger Zelazny qui posera le dernier jalon, en livrant sa saga des Neuf Princes d’Ambre. Si l’univers d’Ambre et des Cours du Chaos est très loin des archétypes de la fantasy urbaine, Roger Zelazny en crée pourtant certains codes lorsque ses personnages agissent dans notre monde tout en employant leurs pouvoirs issus de la Marelle et du Logrus. La magie fait alors jeu égal avec la voiture, les pistolets automatiques et l’informatique.
Aux origines
À partir des années 1980, la ville de Minneapolis devient le centre d’un renouveau de la fantasy sous le principal patronage de Ellen Kushner, puis de l’illustratrice Terri Windling qui la remplace comme editor chez la maison d’édition Ace. Terri Windling va lancer l’une des premières et véritables collections de fantasy. Pour cela, elle fait appel à de nouveaux talents, et parmi eux les Scribblies, six auteurs qui viennent de se rassembler en atelier d’écriture : Nathan Bucklin, Emma Bull, Steven Brust, Pamela Dean, Will Shetterly et Patricia C.Wrede.
Ayant mis en place un univers partagé, sous la forme de la ville imaginaire de Liavek, les premiers Scribblies seront rejoints par quelques amis, et pas des moindres : Megan Lindholm (alias Robin Hobb), Charles de Lint, John M. Ford, Gene Wolfe ou encore le scénariste de comics Alan Moore. De son côté, toujours pour promouvoir la fantasy, Terri Windling crée un autre univers partagé pour sa collection jeunesse, Bordertown, reposant sur le concept en gestation de fantasy urbaine. La ville est donc déjà au cœur de ce courant en devenir. Avec cette collection, qui eut peu de succès, Midori Snyder (Les Innamorati, chez Folio SF), entre autres, rejoint la communauté des Scribblies. C’est au sein de ce petit groupe d’amis, composé de quelques-uns des auteurs de fantasy les plus intéressants d’aujourd’hui, que va se développer la fantasy urbaine. Chacun des Scribblies, ou presque, va s’essayer à un moment ou à un autre à ce courant.
Après avoir livré quelques romans d’une fantasy classique, Charles de Lint pose en 1984 la première pierre de la fantasy urbaine, en publiant Moonheart. Le récit mêle mythes amérindiens, magie (une maison dont les portes s’ouvrent sur d’autres mondes), une pointe d’horreur et le décor urbain d’Ottawa. Il continue son exploration en 1987 avec Jack the Giant Killer, qui met en scène la Chasse sauvage au bord de la Faërie, en plein Ottawa contemporain.
La même année, Emma Bull publie son roman War of the Oaks, dans lequel elle utilise les mythes celtes dans le cadre de Minneapolis.
Pamela Dean, quant à elle, transpose dans Tam-Lin une vieille ballade écossaise au sein d’une université nord-américaine des années 70, tandis que Megan Lindholm prend Seattle pour terrain de jeu de son Dernier Magicien. Elle écrira ensuite La Nuit du Prédateur en collaboration avec Steven Brust, qui cosignera aussi Freedom and Necessity avec Emma Bull.
Voilà pour les Scribblies. Mais ils ne furent pas les seuls à participer à la mise en place de ce courant. L’on peut ajouter Greg Bear (Songs of Earth and Power), Esther Friesner (New York by Knight et Elf Defense) ou encore Raymond E. Feist avec Faërie Tale (qui fut traduit en France sous le titre Faërie la Colline magique). Signalons enfin l’un des plus récents romans de ce courant, Le Royaume de l’été de James A. Hetley, publié en 2002.
Fantasy urbaine au futur : Troll hacker et nain technomage
On ne peut pas parler de fantasy urbaine sans évoquer un vétéran des jeux de rôle, Shadowrun, qui pousse l’alliance de la fantasy et du cyberpunk à un degré encore peu utilisé dans les littératures de genres. Au cours du 21e siècle, dans une société dominée par les corporations, où l’information transite via la matrice, un bouleversement a fait resurgir la magie ancestrale et renaître les créatures du merveilleux dans un processus de « gobelinisation » d’une partie de la population. C’est dans cette société de luttes de pouvoirs que les joueurs incarnent des coureurs de l’ombre, des mercenaires boostés aux implants cybernétiques et qui combattent à coup de piratages, d’invocations magiques ou de gros flingues.
La nuit, tous les elfes sont gris
La fantasy urbaine est avant tout un genre d’atmosphère et d’ambiance, ce qui rend difficile la détermination de ses éléments caractéristiques. D’autant plus qu’elle emprunte aussi bien à la fantasy classique, qu’au merveilleux, au polar ou, plus près d’elle, au fantastique.
La fantasy urbaine se nourrit de son environnement : urbanisation forcée, exclusion des pauvres, regain d’intérêt pour le merveilleux, émergence de nouveaux mouvements culturels et artistiques underground (comme le gothique), mais aussi retour de manifestations autour du médiéval.
Expression de la fantasy dans un cadre contemporain
La fantasy urbaine fonctionne essentiellement sur la redécouverte du merveilleux (ou autres figures mythologiques et mythiques) dans un milieu résolument urbain et contemporain. Il ne s’agit pas là d’une simple transcription d’histoires de fées dans une ville moderne. La ville n’est pas un simple décor interchangeable, elle sert réellement de toile de fond pour les intrigues, et permet aux auteurs de jouer sur le décalage entre féerie et éléments modernes. Ici, la féerie est une société bien réelle qui s’est édifiée la plupart du temps en marge des grandes villes (dans les zones industrielles par exemple).
Contrairement au malaise distillé par le fantastique, la fantasy urbaine guide doucement les pas du lecteur du bitume des trottoirs vers le merveilleux des zones cachées. La rencontre avec les éléments surnaturels de la fantasy se fait souvent au détour d’un chemin, dans des lieux propices au décalage d’avec le quotidien, métro désert, boîte de nuit, squat, parc...
Des fées au coin de la rue
Les créatures du merveilleux n'ont pas disparu, elles se sont tout simplement adaptées à la présence des hommes en vivant dans des espaces délaissés qu’elles ont faits leurs, à la manière des renards dans les banlieues de Londres. La frontière entre les deux « mondes» est bien sûr plus perméable qu’il n’y paraît. L’apparition du merveilleux dans notre vie citadine, avec tout ce qu’il peut avoir d’aliénant, est plus percutante dès qu’il s’inscrit dans un quotidien familier et banal. C’est la confrontation d’un fay et d’un témoin au sein d’un commissariat de quartier (mise en scène par Léa Silhol dans Arcane I : le Magicien). Une scène banale si ce n’était le pouvoir du fay (presque psychique) opposé à la brutalité policière (physique).
Cet apport des thématiques sociales et humaines, comme moteur du récit de fantasy, permet de poser un regard plus grave sur les maux de nos sociétés. Les êtres du merveilleux subissent la discrimination raciale, les magiciens sont des marginaux, et la violence urbaine couve dans les banlieues anonymes. Ces éléments apportent une touche sombre au courant, qui penche plus du côté du polar ou du roman noir que du fantastique horrifique.
La métropole dans le rôle principal
Dès les débuts de la fantasy urbaine, la métropole a joué un rôle si important que les villes réelles (Londres, Ottawa ou Seattle) ne suffisaient plus pour fournir un décor adéquat aux récits. Le courant est vivant, il a besoin d’espace pour s’exprimer, de zones d’ombres et de lumière. On l’a vu, les Scribblies avaient créé leur terrain de jeu idéal avec la ville de Liavek. Et Terri Windling suivit le même parcours avec Bordertown. Charles de Lint, au fur et à mesure de ses récits, mettra en place la ville de Newford, une ville nord-américaine de six millions d'âmes qui jouxte la réserve indienne de la tribu des Kickahas. C’est à Newford que le lecteur peut rencontrer le grand dieu Pan ou rêver des Parques, les sorcières y existent sous la forme de grands-mères inoffensives.
Enfin, c’est la cité de Frontier que les fays de Lea Silhol tentent de rejoindre pour échapper aux lois eugéniques qui les menacent.
Des villes imaginaires à l’image des nôtres, qui en prennent aussi bien l’architecture imposante que la solitude qui y règne. Plus qu’un décor, la ville devient souvent une entité presque vivante, capable tout autant d’emprisonner que de protéger. Son passé, l’accumulation des coutumes, des histoires – petites et grandes – qui l’ont forgé, ses figures historiques ou légendaires, tout cela participe à faire de la ville une entité autonome.
Dans les marges des villes
Si Neil Gaiman déploie un merveilleux étrange et fascinant, presque exubérant dans sa description du Londres d’En Bas de Neverwhere, à l’opposé, dans Le Dernier Magicien, Robin Hobb nous présente un merveilleux dramatiquement humain, pessimiste. La communauté des derniers enchanteurs dont font partie Raspoutine, Cassie et le Magicien, est une vision sans concession d’un combat quotidien contre l’exclusion au sein des centres urbains, ici Seattle. Car si le Magicien peut apporter des paroles de réconfort, le Savoir, aux inconnus qui viennent se confier à lui, c’est grâce au dépouillement de sa propre personne, une vie de SDF dénuée de richesse, d’envies ou de passion. Dans ses poches, un paquet de pop-corn pour les pigeons, juste assez de monnaie pour un café. Pas plus, au risque de provoquer un déséquilibre dans la magie. Une certaine mélancolie plane donc sur la fantasy urbaine, le sentiment d’un paradis perdu (le royaume de féerie). Les êtres de la féerie étant comme des exilés, des réfugiés déracinés au sein des grandes métropoles. C’est peut-être pourquoi ils tentent de recréer leur royaume dans les interstices des villes, dans ses zones d’ombre.
L’art de la magie et la magie des arts
Musique et graphisme sont au cœur des centres urbains, il n’est donc pas étonnant de retrouver ces références artistiques en fantasy urbaine. D’autant que l’art est aussi associé aux mythes celtiques, sources d’inspirations principales de la fantasy urbaine. Comme si la pratique ou le goût pour l’art permettait d’établir un lien avec le merveilleux dissimulé dans les marges de la vie quotidienne.
Et comment ne pas évoquer les graffitis et les tags, un langage étranger, qui répond souvent plus à un ordre esthétique que littéral, comme des incantations secrètes pour réveiller les forêts de barres d’immeubles. Quand la musique, la danse et les arts graphiques se mêlent dans un rituel de communion au sein d’un squat d’artistes, la magie des anciens n’est sûrement pas loin.
L’exception française
Alors que le steampunk, autre courant aux racines anglo-saxonnes a conquis rapidement les lecteurs et auteurs français, tant en littérature qu’en bandes dessinées, la fantasy urbaine reste jusqu’à présent plutôt confidentielle, avec peu de traductions et encore moins de créations francophones. Et ce, malgré les efforts constants des éditions Mnémos d’un côté, et des défuntes éditions de L’Oxymore de l’autre, menées par Léa Silhol, fer de lance des auteurs de fantasy urbaine francophone.
Chez l’Oxymore, c’est l’anthologie Traverses, publiée en 2002 qui a permis au lectorat français de découvrir toute l’étendue de la fantasy urbaine à travers une quinzaine de nouvelles, dont quelques textes d’auteurs francophones.
Aux limites de Frontier
Outre son travail d’éditeur, Léa Silhol, est aussi une auteure inspirée qui a trouvé sa propre voix au sein de la fantasy urbaine. Tout commence en 1999 avec Runaway qui raconte la fuite de Need (douze ans) et de Gift (son petit frère de cinq ans), vers l’Ouest. Vers la ville de Frontier. Car Gift est né différent, ses goûts ne sont pas ceux d’un enfant normal. Pour ses parents, il s’agit d’un changeling, comme il en apparaît d’autres au sein de diverses familles. Afin d’éviter que son petit frère ne soit abandonné dans un Centre (orphelinat, prison et maison de correction tout à la fois), Need préfère fuir vers une ville mythique située au bord du monde, un lieu qui pourra accueillir son frère. En substance, les fondations de Frontier sont déjà posées avec cette nouvelle : le droit à la différence, la sensibilité à la nature, la musique pop rock, la fuite, l’enfance et l’adolescence.
Guide de lecture à l’usage des curieux
De nombreux titres restent hélas encore à traduire et à publier, dont plusieurs récits fondateurs de la fantasy urbaine. Les titres sont présentés suivant la présentation chronologique du dossier.
Les Précurseurs
- Lord Dunsany, Le Temps et les dieux (Time and the Gods, 1906), éditions Terre de Brume 2003
- Sir James Matthew Barrie, Peter Pan (1902), Librio 2003
- Fritz Leiber, Ballet de sorcières (Conjure Wife, 1943), Le Masque fantastique (non réédité)
- Roberta A. McAvoy, Tea with the Black Dragon (1953), eReads.com 2001
- Roger Zelazny, la saga des Neuf Princes d’Ambre (1970 – 1991), Folio SF
Les Origines
- Steven Boyett, Ariel (1983), Ace Books 1986
- Charles de Lint, Moonheart (1984), Orb Books 1994
- Greg Bear, Songs of Earth and Power (1984-86), Leopard Books 1998
- Tappan King et Viido Polikarpus, Down Town (1985), Futura Pubns 1987
- Charles de Lint, Mulengro (1985) Pocket Terreur 1992 (non réédité)
- Esther Friesner, New York by Knight (1986), New Amer Library 1986
- Megan Lindholm, Le Dernier Magicien (Wizard of the Pigeons, 1986), Mnémos 2002
- Charles de Lint, Jack the Giant Killer (1987), Ace Books 1989
- Emma Bull, War of the Oaks (1987), Tor Books 2004
- Esther Friesner, Elf Defense (1988), New Amer Library 1988
- Raymond E. Feist, Faërie la colline magique (Faërie Tale, 1988), Presses de la Cité 2003
Autres Romans
- Christopher Fowler, Le Monde d’en-haut (Roofworld, 1988) J'ai lu 2000
- Pamela Dean, Tam-Lin (1991), Puffin Books 2006
- Steven Brust et Megan Lindholm, La Nuit du prédateur (Gypsy, 1992), Mnémos 2006
- Terry Windling, The Wood Wife (1996), Orb Books 2003
- Neil Gaiman, Neverwhere (1996), J’ai Lu 1996
- Steven Brust et Emma Bull, Freedom and Necessity (1997), Tor Books 1997
- Melisa Michaels, Cold Iron (1997), New Amer Library 1997
- Neil Gaiman, American Gods (2001), J’ai Lu 2004
- James A. Hetley, Le Royaume de l'été (The Summer Country, 2002), Mnémos 2004
- Johan Heliot, Faërie Hacker (2003), J’ai Lu 2005
- Léa Silhol, Musiques de Frontière (recueil de nouvelles), l’Oxymore 2004
- Johan Heliot, Faërie Thriller, Mnémos 2005
- Gary Killworth, La Compagnie des fées, Terre De Brume 2005
Quelques nouvelles publiées en France
- Traverses (anthologie de Léa Silhol), l’Oxymore 2002
- Peter S. Beagle, Julie et sa Licorne, dans Faëries n°2, 2000
- Bruno B. Bordier, L’Onyre du givre, dans Fées et Gestes, 1998
- Megan Lindholm, Chats errants, dans Faëries n°12, 2003
- Charles de Lint :
La Lune se noie quand je m'endors, dans Faëries n°2, 2000
Granny Weather, dans Emblèmes n° 4, 2001
Dans le Silence d'après minuit, dans Faëries n° 5, 2001
Le Tambour de pierre, dans Faëries n° 08, 2002
Sept pour un secret, dans Faëries n° 13, 2003
Ne brille que dans le Noir, dans Faëries n° 14, 2004
- S.P. Somtow, Une Soupe d’aileron de dragon, dans Fées et Gestes, 1998
- Michael Swanwick, La Voie du dragon, dans Aventures lointaines n°1, Denoël 1999
Sources : André-François Ruaud
- Cartographie du Merveilleux dans la collection Folio SF chez Gallimard, 2001
- Panorama illustré de la fantasy et du merveilleux aux Moutons électriques éditeurs, 2004
Black Sabbath, extrait de Fairy wear boots
Goin’ home late last night
Suddenly I got a fright
Yeah I looked through a window
And surprise what I saw
A fairy with boots on dancin’ with a dwarf
Alright now
Posté le 01.12.2007 par Erzebeth
QUID DE LA FANTASY ?
le travail qui vous est présenté s’inscrit dans la continuité de l'événement qui s’est déroulé à la bibliothèque François Rabelais en 2003 à propos de l’Heroic Fantasy. Le but est de vous faire découvrir ou redécouvrir un genre méconnu ou mal connu qui est, contre toute attente, bien plus ancien que vous ne le pensez…
Malgré les apparences, le terme anglo-saxon «Fantasy» n’est pas récent. Même si il ne figure pas dans les dictionnaires et qu’il est à la mode en ce moment avec les sorties cinématographique comme Le Seigneur des Anneaux ou Le monde de Narnia, ce terme est ancien. On peut dire que la naissance officielle de la Fantasy remonte à 1924 avec la publication de La fille du roi des Elfes par Lord Dunsany et que le genre sera définitivement ancré dans la littérature en 1937 avec la sortie de Bilbo le Hobbit par J.R.R Tolkien. Cependant, on peut faire remonter les origines de ce genre encore bien plus loin. On retrouve ses traces dès l’antiquité ou encore dans les romans merveilleux du Moyen-âge. En effet, la Fantasy s'inspire en premier lieu de tous les mythes et légendes qui ont forgés notre histoire culturelle. Les elfes, les korrigans, les trolls ou les dragons que nous rencontrons dans les histoires de Fantasy sont inspirés de nos traditions et de nos mythes. On retrouve également l’inspiration des chansons de geste et des veillées du Moyen-âge.
Les mythes arthuriens, celtes, nordiques ou gréco-romains ont ainsi été des éléments déclencheurs d’histoires de Fantasy. On retrouve souvent des mythes comme ceux de Prométhée ou de Pandore comme on découvre des personnages ressemblant à Odin ou Cúchulain. Arthur et ses chevalier ne sont pas en reste avec les évocations de quêtes sacrées et d’épées aux pouvoirs étonnants comme ceux d’Excalibur.
Ce qui caractérise un roman, un écrit de Fantasy, c’est sa part de merveilleux. Il n’y a, bien sûr, pas de définition précise car c'est un genre qui possède une multitude de sous-catégories. Toutefois, c’est toujours une littérature de l’imaginaire, de l’impossible rendu possible par les tours habiles que l’auteur utilise pour nous faire oublier notre réalité. On entre dans un monde entièrement inventé par son créateur pour y abandonner tout ce que l’on connaît de notre monde réel. L’écrivain nous présente un univers plein de magie, de créatures mythiques et d’aventures sans nous expliquer concrètement la présence de tous ces éléments improbables. Pourtant, le lecteur doit accepter ces nouveaux éléments pour pénétrer de plein pied dans l’aventure qui se prépare page après page. Lire de la Fantasy, c’est mettre de côté son incrédulité pour se laisser aller à la rêverie et au «fantasme» au sens premier du terme.
L’origine du terme «Fantasy» n’est pas attestée mais, deux sources étymologiques, latine : phantasma et grecque : phantasia se disputent sa naissance. Phantasma signifiait au départ illusion, et qu’est-ce qu’un écrit de Fantasy si ce n’est une illusion écrite ? Quant à phantasia, la source étymologique la plus probable, cela voulait dire apparence, image, perception ou encore imagination. La Fantasy est, comme dit précédemment, l’écrit de l’imaginaire où l’écrivain se joue des perceptions du lecteur…
Les mondes parallèles, comme Narnia ou Gaelia pour La Moira, présentés dans cette littérature participent d'une créance secondaire. Il faut comprendre que, pour mettre en place un monde de Fantasy l’auteur prend en compte deux facteurs : un monde premier et un monde secondaire. Le monde premier et celui que nous connaissons, c’est celui où nous vivons et travaillons tous les jours. Le monde secondaire est celui crée de toute pièce par l’auteur comme la Terre du Milieu par exemple. À partir de là, l’écrivain décide de commencer son histoire dans notre monde premier pour intégrer ensuite le monde secondaire grâce à un élément merveilleux, une armoire qui s’ouvre sur un autre univers pour Narnia ou un train qui conduit vers un monde parallèle pour Harry Potter, ou alors, il décide de nous plonger tout de suite dans un monde secondaire, entièrement détaché du notre pour favoriser plus rapidement notre capacité à oublier la réalité afin que nous intégrions sans sourciller les éléments improbables qui sont présents dans l’histoire.
C’est là que réside le principe de base de la Fantasy, faire que le lecteur accepte l’improbable, l’inimaginable, sans se poser la question de savoir comment ça marche. C’est une invention fictionnelle poussée à son maximum pour parer à toute incrédulité de la part du lecteur.
C’est en cela que la Fantasy diffère de la Science-fiction ou du Fantastique. La science-fiction présente des événements qui n’ont pas forcément lieu dans des endroits autres que le notre. Il peut y avoir des écarts temporels importants ou un voyage spatial mais pas d’immersion totale dans un monde où le merveilleux domine. Les éléments instillés dans les ouvrages de science-fiction et qui font toute la différence sont des objets scientifiques et technologiques dont la présence ou la création peuvent parfaitement être expliquées et compréhensibles par le lecteur. Les récits de science-fiction sont souvent basés sur une extrapolation de découvertes scientifiques qui sont reprises et utilisées dans une trame fictionnelle sophistiquée mais qui ne remets pas en cause le sentiment de réalité que peut ressentir le lecteur. Ce n’est pas l’avènement de l’impossible mais une sorte de manipulation compréhensible de la science.
En ce qui concerne le Fantastique, c’est encore autre chose. Le lecteur n’a pas besoin de découvrir un monde différent ou parallèle. Bien souvent, les actions d’un récit fantastique se déroule dans notre monde de tous les jours. Ce qui fait que le récit devient fantastique c'est l’intrusion d’un phénomène surnaturel, d’une créature, d’un monstre ou d’un objet sans explication rationnelle, le but étant, le plus souvent de susciter la peur du lecteur ou du moins de lui donner quelques frissons…
Ces deux genres n’ont finalement pas grand choses à voir avec celui qui nous concerne car, même si ils sont proches, leurs tenants et aboutissants sont différents. Il est vrai que, parfois, on peut retrouver un mélange de genre qui donne naissance à de la Science-Fantasy ou à de la Dark-Fantasy qui se rapproche du fantastique. Cependant, force est d’admettre que des écrits de nature fictionnels ne peuvent jamais être totalement dissociés.
De plus, la fantasy a cela de complexe qu’elle offre une multitude de sous-genres tous aussi variés. On retrouve la High Fantasy où l’auteur présente des personnages très détaillés, et dont le profil psychologique est complexe, on peut suivre leur quête et leur croissance intellectuelle au fil des pages. C’est le cas du Seigneur des Anneaux. L’Heroic Fantasy nous offre des héros plus stéréotypés comme Conan, un homme musclé, fort et sans peur qui bravera mille dangers pour tuer un dragons, trouver un trésors et sauver une belle dame en péril. Il y a également l'Escapist Fantasy ou Fantasy «échappatoire», comme le monde de Narnia, l’histoire débute dans notre monde où l’on découvre un portail, une porte qui s’ouvre sur un univers complètement différent. Ces exemples sont les genres les plus répandus dans la Fantasy et pourtant il en reste des dizaines à découvrir…
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à chaque fois qu’un auteur crée un univers de Fantasy, les personnages, les lieux et leur passé sont extrêmement développés, détaillés et complexes, ce qui explique les trilogies et sagas que l’on découvre sur les rayonnages de la bibliothèque. L’'écrivain attentionné prend soin, dans un monde secondaire, de décrire l’organisation sociale de chaque peuplade présentée et même de faire une description ethnologique des créatures que l’on rencontre au cours de l’aventure. Certains auteurs prennent même la peine de faire une cartographie de leur monde pour rendre leur univers plus réel encore. C’est aussi en cela que réside notre capacité à croire à ces lieux merveilleux qui existent sur le papier et qui sait ? Dans un monde lointain !
Convaincu ? non oui ? à vous de me le dire...
E.
Posté le 06.10.2007 par Rachel Gibert
La tuberculose, maladie romantique au XIXe siècle
Quelques héros de la littérature romantique atteints de tuberculose
I. INTRODUCTION
1. Définition du Romantisme
Le terme Romantisme désigne un ensemble de mouvements artistiques et littéraires qui se sont épanouis en Europe au XIXe siècle sur la base d’un rejet du rationalisme et du classicisme.
Le romantisme se caractérise par le libre cours donné à l’imagination et la sensibilité individuelles, qui le plus souvent traduisent un désir d’évasion et de rêve (réveil de la poésie lyrique, rupture avec les règles et les modèles, retour à la nature, recherche de la beauté dans ses aspects originaux et particuliers).
Après la période romantique, la littérature et l’art ont évolué vers le Réalisme.
2. Définition de la tuberculose
La tuberculose est une infection des poumons et d’autres organes. Elle est due à une bactérie qui détruit les tissus et crée des cavités.
La maladie serait aussi vieille que l’humanité ; elle est connue et décrite depuis l’Antiquité. Dans le cas de la tuberculose osseuse, le diagnostic est possible sur les ossements (par exemple sur les momies égyptiennes).
L’épidémie a atteint son apogée au XIXe siècle, où elle a été responsable de près d’un quart des décès des adultes en Europe.
Elle tue encore près de deux millions de personnes chaque année dans le monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) :
On compte dans le monde une nouvelle infection par le bacille tuberculeux chaque seconde
Un tiers de la population mondiale est actuellement infecté
De 5 à 10 % des sujets infectés (non infectés par le VIH) développent la maladie ou deviennent contagieux au cours de leur existence
3. Existe-t-il un lien entre Romantisme et tuberculose ?
Pour répondre à cette question, nous étudierons les symptômes de la tuberculose et les caractéristiques du Romantisme. Le lien apparaîtra grâce à la mise en parallèle des deux.
II. LA TUBERCULOSE AU XIXe SIÈCLE : IMAGE ET RÉALITÉ
Au XVIIIe et XIXe siècle, une personne sur quatre était atteinte de la tuberculose. L’épidémie a atteint son apogée au XIXe siècle. Première cause de mortalité aux Etats-Unis à l’époque, il était rare que, dans une famille, il n’y ait pas au moins un cas de tuberculose.
Le terme de « tuberculose » n’est d’ailleurs apparu qu’au XIXe siècle (après 1830 plus précisément). Auparavant, la maladie était appelée :
Phtisie (terme qui vient du grec et signifie « dépérissement »)
Consomption (de « consumer »)
Peste blanche
L’image de la tuberculose a été romantique pendant le XVIIIe siècle, lorsque la maladie n’était pas encore trop répandue, et jusqu’au milieu du XIXe siècle, où elle est devenue une épidémie. Cette image n’était pas seulement véhiculée par les écrivains et les peintres, mais aussi par les médecins. Avec la propagation massive de la tuberculose, plus particulièrement dans les classes laborieuses, l’image de la maladie a changé, bien que les deux images (maladie romantique et maladie du prolétariat) aient cohabité un certain temps.
Vers 1820, sous la Restauration, on pensait qu’elle était héréditaire, qu’elle frappait les êtres sensibles et fragiles et « consumait les êtres brûlants de passion ». C’est dans les années 1830, sous la Monarchie de Juillet, que l’on a remarqué que la maladie était plus fréquente dans les couches sociales les plus pauvres. Dans les années 1840, la femme atteinte de tuberculose était encore associée, dans certains milieux, à la vision romantique. De la fin des années 1860 au début des années 1880 (Troisième République), la probabilité de contagion était évoquée. Aux alentours de 1900, par contre, la tuberculose était considérée comme un fléau national et reconnue comme étant très contagieuse.
Au début du XIXe siècle, la tuberculose s’est répandue en masse en Angleterre et en particulier à Londres, à cause de l’industrialisation et ses conséquences (mauvaises conditions d’habitation, carences alimentaires, travail long et difficile). Puis elle a atteint les grandes villes du continent. Les personnes âgées de 20 à 40 ans, économiquement productives, étaient particulièrement touchées. Leur mort avait alors des retombées économiques.
Le diagnostic précoce de la maladie était primordial pour lutter contre la tuberculose. Une campagne d’information et de prévention a également été nécessaire. Des tracts ont été distribués et des affiches interdisant de cracher ont été accrochées dans les bâtiments publics et les transports en commun. L’information est passée non seulement au moyen de brochures et de livres, mais aussi par l’intermédiaire de films et de pièces de théâtre. La propreté, l’aération et l’ensoleillement ont aussi eu un rôle important dans la prévention et la lutte contre la tuberculose.
III. DESCRIPTION DE LA MALADIE
La tuberculose est une infection des poumons et d’autres organes.
Les autres organes qui peuvent être atteints sont :
La plèvre
Les os
L’appareil urinaire
L’appareil génital
Les méninges
Les ganglions lymphatiques
Les reins
Le tube digestif
La maladie est due à une mycobactérie acido-alcoolorésistante aérobie, Mycobacterium tuberculosis, ou bacille de Koch (BK). Elle a une taille de 1 à 4 µm de long et 0,2 µm de large et sa croissance est lente. Il existe deux autres vecteurs de la tuberculose, Mycobacterium africanum, qui est très proche du précédent, et qui est fréquent chez les malades d’Afrique de l’ouest et du centre, et Mycobacterium bovis, l’agent de la tuberculose bovine, qui peut infecter l’homme et d’autres animaux.
La transmission se fait par voie respiratoire ou alimentaire (lait contaminé) :
Par voie aérienne, les bactéries sont transmises par l’intermédiaire des sécrétions d’origine nasale, salivaire ou par les expectorations pulmonaires, lors d’éternuements ou de toux. Les bactéries pénètrent par le nez et la bouche et atteignent les poumons, à partir desquels les germes peuvent être disséminés par la circulation sanguine vers d’autres régions de l’organisme. Dans les semaines qui suivent l’infection, le système immunitaire réagit à la présence des germes et empêche dans 90 % des cas leur multiplication et leur dissémination. Certains cas seront porteurs de la bactérie toute leur vie.
Autrefois, la contamination était possible par consommation de lait contaminé, dans le cas de contamination par M. bovis. Dans ce cas, le temps d’incubation est de deux ans.
L’infection se fait en deux temps. Il y a d’abord la tuberculose primaire ou primo-infection : c’est le premier contact entre l’organisme et la bactérie. La primo-infection peut être latente (asymptomatique, 90 % des cas) ou patente (10 %). Dans le premier cas, il n’y a pas de symptômes apparents, seulement une réaction immunitaire. Dans 9 cas sur 10, la primo-infection évolue vers une guérison définitive de la maladie. Dans le cas contraire se développe la tuberculose de réinfection ou tuberculose-maladie.
Les symptômes de la tuberculose sont :
Fatigue
Perte de poids
Perte d’appétit
Toux grasse
Fièvre
Les symptômes de la maladie sont assez discrets et peuvent être confondus avec les symptômes d’autres maladies, ce qui empêche souvent la détection à un stade primaire. Ils sont liés à la production de lymphocytes par le corps.
Il existe plusieurs formes de tuberculose dont voici les plus fréquentes :
La tuberculose pulmonaire est la seule forme de tuberculose qui soit contagieuse. Elle représente 90 % des tuberculoses. Elle se traduit par une exsudation dans les alvéoles pulmonaires et dans l’espace pleural. Les bronches sont ensuite atteintes.
La diffusion du bacille par voie sanguine entraîne l’apparition de tuberculoses extra-pulmonaires. Elles sont très peu contagieuses. Parmi elles figurent la tuberculose osseuse, ganglionnaire, uro-génitale, pleurale, méningée, séreuse, rénale, articulaire, cutanée…
IV. PREMIERS DIAGNOSTICS ET TRAITEMENTS
Le diagnostic stéthoscopique a été réalisé pour la première fois par le médecin français René Laennec (l’inventeur du stéthoscope) en 1819.
En 1882, le chercheur allemand Robert Koch a isolé le bacille responsable de la maladie, Mycobacterium tuberculosis.
Le premier sanatorium gratuit a été fondé en Allemagne, le 15 août 1892, à la suite des lois sociales de Bismark qui, le premier en Europe, a mis en place un système d’assurances contre la maladie (1883).
En 1890, Koch a cru découvrir un traitement contre la tuberculose : la tuberculine. Mais les vaccinations à la tuberculine ont causé la mort de beaucoup de malades, et le discrédit de Koch. La tuberculine a ensuite été utilisée pour le diagnostic de la maladie.
Robert Koch a eu le prix Nobel de médecine en 1905 pour la découverte du vecteur de la tuberculose.
Ensuite, de nouvelles thérapies ont été utilisées, comme le pneumothorax thérapeutique (qui est un épanchement d’air dans la plèvre, la séreuse tapissant d’un côté la cage thoracique et de l’autre les poumons), utilisé jusqu’aux années 1950. Elles ont fait concurrence aux sanatoriums.
Les rayons X, découverts en 1895 par Wilhelm Conrad Röntgen, ont permis le diagnostic de la maladie et le contrôle de son évolution d’une manière plus exacte que la méthode de René Laennec.
En 1921, Albert Calmette et Camille Guérin ont essayé avec succès le premier vaccin contre la tuberculose, baptisé BCG. Cette découverte a permis de faire avancer considérablement les traitements antituberculeux.
La streptomycine, découverte par Selman A. Waksman en 1943, a été le premier antibiotique utilisé contre la tuberculose.
V. COMMENT UNE MALADIE MORTELLE PEUT-ELLE ETRE ROMANTIQUE ?
La tuberculose tue beaucoup mais discrètement, car lentement et « proprement ». En effet, la personne malade n’est pas physiquement enlaidie. Ce serait même l’inverse : la maladie peut lui apporter une certaine beauté, un certain charme. Par exemple, elle devient pâle, s’amincit, son regard devient brillant et ses gestes, traduisant sa faiblesse, peuvent montrer une certaine grâce. L’aspect fragile, lascif, tout comme celui, passionné, de ses yeux à l’éclat fiévreux, contribuent à l’attrait que donne la consomption. Bien que cette apparence ne traduise pas la réalité, ni la gravité de la maladie, elle a influencé les artistes de l’époque, qui ont fait de la femme phtisique une véritable icône.
1. Lien entre tuberculose et romantisme
A propos de la tuberculose, on peut dire que :
L’épidémie a atteint son apogée au XIXe siècle, à l’époque du Romantisme
La maladie a notamment les symptômes suivant :
Fatigue
Perte de poids
Perte d’appétit
Fièvre
Il n’y avait pas beaucoup de traitements à l’époque : l’issue était très souvent fatale…
Ainsi, les symptômes de la tuberculose sont proches de ceux du « Mal de vivre », très répandu au XIXe siècle et qui constitue caractéristique du romantisme, et de ceux de la dépression, dont le « Mal de vivre » est proche.
Les symptômes du « Mal de vivre » ou le « Mal du siècle » sont :
Désillusion
Insatisfaction
Pessimisme
Mélancolie (spleen)
Désespoir
Désir de mourir
Autodestruction
Et ceux de la dépression :
Humeur dépressive
Diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir
Troubles de l’alimentation
Troubles du sommeil
Agitation ou ralentissement psychomoteur
Fatigue ou perte d’énergie
Auto-dévalorisation ou sentiment de culpabilité excessive
Diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision
Pensées morbides (dans 60 % des cas)
Pensées suicidaires (dans 15 % des cas)
Par ses symptômes, la tuberculose s’inscrit donc parfaitement dans le mouvement romantique.
De plus, la passion, dont certaines manifestations physiques sont proches des symptômes de la tuberculose, est également caractéristique du romantisme.
Georges Gusdorf, philosophe et épistémologue français né en 1912 et mort en 2000, a très bien exprimé le lien entre tuberculose et romantisme lorsqu’il a écrit, dans L’homme romantique, ouvrage paru en 1984, qu’« avec le romantisme, l’atteinte au poumon est considérée comme une maladie de l’âme. La mort des tuberculeux prend ainsi une dimension esthétique. C’est une mort magnifique ».
VI. QUELQUES ARTISTES DU XIXe SIECLE VICTIMES DE LA TUBERCULOSE
Frédéric Chopin, compositeur et pianiste franco-polonais mort en 1849
Les sœurs Brontë :
Anne Brontë, romancière britannique décédée en 1849
Emily Jane Brontë, poétesse et romancière britannique décédée en 1848
Charlotte Brontë, romancière britannique décédée en 1855
Friedrich Von Schiller, poète et écrivain romantique allemand disparu en 1805
Rachel (Elisabeth Rachel Félix), actrice de théâtre suisse éteinte en 1858
Anton Tchekhov, nouvelliste et dramaturge russe mort en 1904
VII. LA LITTERATURE ROMANTIQUE ET LES PHTISIQUES
Les auteurs romantiques ont aimé mettre en scène des « poitrinaires », car ceux-ci étaient souvent des jeunes gens dont le destin était brisé par la maladie. Il s’agit surtout de femmes et ce n’est peut-être pas un hasard, car la tuberculose a tué plus de femmes que d’hommes pendant la majeure partie du XIXe siècle.
Nous allons découvrir quelques héroïnes romantiques atteintes de tuberculose, comme Marguerite Gautier, La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils (1848), Madame de Beaumont issue des Mémoires d’Outre-tombe de François-René de Chateaubriand (1848) et Fantine, l’un des personnages les plus misérables parmi Les Misérables de Victor Hugo (1862). Puis, dans un genre plus réaliste, Francine, dans les Scènes de la vie de bohème de Henry Murger (1851).
Après l’époque Romantique, d’autres romans ont décrit le destin tragique de personnages atteints de la tuberculose : Germinie Lacerteux (1865) et Madame Gervaisais (1869) d’Edmond et Jules de Goncourt et L’Aiglon d’Edmond Rostand (1900) en sont des exemples (non évoqués plus loin).
1. La Dame aux Camélias, Alexandre Dumas fils, 1848
La Dame aux camélias est un roman d’Alexandre Dumas fils publié en 1848.
Il raconte l’histoire d’amour d’une courtisane atteinte de la tuberculose, Marguerite Gautier et d’un jeune bourgeois, Armand Duval. Il s’agit d’un récit dans le récit, puisqu’Armand Duval narre son aventure au narrateur initial du roman.
Amoureux de Marguerite, Armand devient son amant et la convainc de renoncer à sa vie de courtisane pour venir habiter à la campagne avec lui. L’idylle est rompue quand le père d’Armand, soucieux de la réputation de sa famille, obtient de Marguerite qu’elle renonce à son fils. Ce dernier croit alors qu’elle n’était pas amoureuse de lui et qu’elle a un nouvel amant. Lorsqu’il comprend la tragique vérité, il se rend chez elle et arrive juste à temps pour recueillir ses derniers soupirs.
Le roman est inspiré d’un fait divers réel : l’amour d’Agénor de Gramont (1819-1880), duc de Guiche, futur ministre des Affaires étrangères de Napoléon III, pour la courtisane Marie Duplessis. Dans les faits, un oncle du jeune homme intervint pour mettre un terme à cette liaison jugée scandaleuse. Agénor de Gramont fut envoyé pour quelque temps à Londres, où il oublia Marie Duplessis. Celle-ci se maria avec le comte Édouard de Perrégaux et mourut de phtisie en février 1847.
Le roman a fait l’objet de nombreuses adaptations (ballet, opéra, théâtre, cinéma). On peut citer notamment le célèbre opéra de Giuseppe Verdi, La Traviata (1853). Au cinéma, de nombreuses adaptations ont été réalisées, dont Le Roman de Marguerite Gautier (Camille) de George Cukor, avec Greta Garbo et Robert Taylor (1936) et même Moulin Rouge, une adaptation libre de Baz Luhrmann, avec Nicole Kidman et Ewan Mc Gregor (2001).
Voici la description qu’Alexandre Dumas fils fait de Marguerite dans son roman :
« Or, il était impossible de voir une plus charmante beauté que celle de Marguerite.
Grande et mince jusqu’à l’exagération, elle possédait au suprême degré l’art de faire disparaître cet oubli de la nature par le simple arrangement des choses qu’elle revêtait. Son cachemire, dont la pointe touchait à terre, laissait échapper de chaque côté les larges volants d’une robe de soie, et l’épais manchon qui cachait ses mains et qu’elle appuyait contre sa poitrine, était entouré de plis si habilement ménagés, que l’œil n’avait rien à redire, si exigeant qu’il fut, au contour des lignes.
La tête, une merveille, était l’objet d’une coquetterie particulière. Elle était toute petite, et sa mère, comme dirait De Musset, semblait l’avoir faite ainsi pour la faire avec soin.
Dans un ovale d’une grâce indescriptible, mettez des yeux noirs surmontés de sourcils d’un arc si pur qu’il semblait peint ; voilez ces yeux de grands cils qui, lorsqu’ils s’abaissaient, jetaient de l’ombre sur la teinte rose des joues ; tracez un nez fin, droit, spirituel, aux narines un peu ouvertes par une aspiration ardente vers la vie sensuelle ; dessinez une bouche régulière, dont les lèvres s’ouvraient gracieusement sur des dents blanches comme du lait ; colorez la peau de ce velouté qui couvre les pêches qu’aucune main n’a touchées, et vous aurez l’ensemble de cette charmante tête.
Les cheveux noirs comme du jais, ondés naturellement ou non, s’ouvraient sur le front en deux larges bandeaux, et se perdaient derrière la tête, en laissant voir un bout des oreilles, auxquelles brillaient deux diamants d’une valeur de quatre à cinq mille francs chacun.
Comment sa vie ardente laissait-elle au visage de Marguerite l’expression virginale, enfantine même qui le caractérisait, c’est ce que nous sommes forcés de constater sans le comprendre. »
2. Mémoires d’Outre-tombe, François-René de Chateaubriand, 1848
Grâce à son roman René, publié en 1802, Chateaubriand est devenu un modèle pour les auteurs romantiques.
L’auteur a décidé d’écrire ses Mémoires après la mort de Madame de Beaumont, c’est-à-dire en 1803. Celle-ci est morte de la tuberculose. Les Mémoires d’Outre-tombe sont parues en 1848, après la mort de leur auteur.
Chateaubriand la décrit ainsi :
« Madame de Beaumont, plutôt mal que bien de figure est fort ressemblante dans un portrait fait par madame Lebrun. Son visage était amaigri et pâle ; ses yeux, coupés en amande, auraient peut-être jeté trop d’éclat, si une suavité extraordinaire n’eût éteint à demi ses regards en les faisant briller languissamment, comme un rayon de lumière s’adoucit en traversant le cristal de l’eau. Son caractère avait une sorte de raideur et d’impatience qui tenait à la force de ses sentiments et au mal intérieur qu’elle éprouvait. Ame élevée, courage grand, elle était née pour le monde d’où son esprit s’était retiré par choix et malheur ; mais quand une voix amie appelait au dehors cette intelligence solitaire, elle venait et vous disait quelques paroles du ciel. L’extrême faiblesse de madame de Beaumont rendait son expression lente, et cette lenteur touchait ; je n’ai connu cette femme affligée qu’au moment de sa fuite ; elle était déjà frappée de mort, et je me consacrai à ses douleurs. »
3. Les Misérables, Victor Hugo, 1862
Les Misérables, roman de Victor Hugo paru en 1862, est l’une des œuvres les plus populaires de la littérature française. C’est un roman historique, social et philosophique dans lequel on retrouve les idéaux du romantisme et ceux de Victor Hugo.
Le destin tragique de Fantine ouvre le roman (tome 1).
À Paris, Fantine est la maîtresse d’un riche et volage étudiant, Thomolyès, qui l’abandonne. Elle donne naissance à une fille : Cosette. En route pour Montreuil-sur-Mer, sa ville natale, elle est contrainte de laisser sa fille en garde chez des aubergistes de Montfermeil, les Thénardier, afin de pouvoir trouver du travail.
Malheureusement, les Thénardier, des individus peu recommandables, vont utiliser les moyens les plus sordides pour soutirer le plus d’argent à Fantine, prétextant des maladies de Cosette qui nécessiteraient des soins et des médicaments coûteux. Dans la réalité, ils ont fait de Cosette leur servante et la brutalisent. Fantine va s’épuiser à ne vivre que pour sa fille et, lorsqu’elle perdra son travail, durant les derniers mois de sa vie, elle vendra tout ce qu’elle a, y compris ses dents et ses cheveux. Enfin, à bout de ressources, elle se fait fille publique.
À la suite d’un incident dont elle n’est pas responsable, l’intransigeant inspecteur de police Javert l’arrête et veut l’incarcérer. Le maire de Montreuil, monsieur Madeleine (alias Jean Valjean), s’oppose à son emprisonnement et la prend sous sa protection, car elle est gravement malade. Il lui promet de lui ramener Cosette. Malheureusement, Fantine mourra sans avoir revu sa fille.
La fosse publique reçoit la fille publique…
La maladie est symboliquement associée à la maternité : « Fantine avait nourri sa fille ; cela lui avait fatigué la poitrine et elle toussait un peu ».
« La phtisie sociale s’appelle misère »
4. Scènes de la vie de bohème, Henry Murger, 1851
Henry Murger (1822-1861) passe sa jeunesse parmi les « Buveurs d’Eau », un groupe d’artistes-bohémiens du Quartier Latin que fréquentera notamment le photographe Nadar. En 1851, il publie les Scènes de la vie de bohème, un feuilleton de l’École Réaliste dans lequel il met en scène ses amis, sous des noms les masquant à peine. Le compositeur italien Giacomo Puccini en tirera son fameux opéra, La Bohème, en 1896.
L’une des « scènes » raconte l’histoire d’amour entre Francine, atteinte de tuberculose, et Jacques, un artiste. Celle-ci minimise la gravité de sa maladie afin de passer les derniers temps qu’il lui reste à vivre le plus joyeusement possible avec l’homme qu’elle aime. Après sa mort, Jacques sera incapable d’achever une seule œuvre d’art.
Voici quelques passages de l’œuvre :
« Elle rencontra Jacques et elle l’aima. Leur liaison dura six mois. Ils s’étaient pris au printemps, ils se quittèrent à l’automne. Francine était poitrinaire, elle le savait, et son ami Jacques le savait aussi : quinze jours après s’être mis avec la jeune fille, il l’avait appris d’un de ses amis qui était médecin.
Elle s’en ira aux feuilles jaunes, avait dit celui-ci.
Francine avait entendu cette confidence, et s’aperçut du désespoir qu’elle causait à son ami.
- Qu’importent les feuilles jaunes ? Lui disait-elle, en mettant tout son amour dans un sourire ; qu’importe l’automne, nous sommes en été et les feuilles sont vertes : profitons-en, mon ami… »
« … nous irons demeurer dans un bois de sapins : les feuilles sont toujours vertes »
« C’était le matin du jour de la toussaint, Francine venait de mourir. »
VIII. CONCLUSION
Par ses symptômes, à la fois proches du « Mal de vivre » et de la passion, ainsi que par son issue fatale et sa manière de tuer « proprement », en embellissant, la tuberculose est la maladie idéale selon les artistes romantiques du XIXe siècle.
Jamais, probablement, une maladie n’a à ce point représenté les idéaux d’une époque.
Georges Gusdorf a écrit, dans L’homme romantique, que « les romantiques vieillissent mal, et sans doute les romantiques les plus authentiques sont-ils ceux qui ne vieillissent pas. La solution est de mourir jeune. La tuberculose, la consomption, maladie romantique par excellence, propose une issue radicale ; le poète jette son cri, et la maladie même atteste que l’existence, en sa banalité, a quelque chose d’insupportable ».
IX. SOURCES
1. Bibliographie
GIBERT, Rachel. Lepra und Tuberkulose: zwei Geißeln der Menschheit. Ein exemplarischer Exkurs zur Paläopathologie des prähistorischen Menschen unter besonderer Berücksichtung differentialdiagnostischer und epidemiologischer Aspekte. Mémoire de licence : Anthropologie : Mayence (Allemagne) : Université Johannes Gutenberg, 2000. 35 p.
2. Webographie
BARNES, David S. The Making of a Social Disease: Tuberculosis in Nineteenth-Century France. Berkeley: University of California Press, 1995.
http://content.cdlib.org/xtf/view?docId=ft8t1nb5rp&brand=eschol
Intervention de Louise CÔTÉ sur Radio-Canada le 18 mars 2001 :
http://archives.radio-canada.ca/IDC-0-16-1009-5666/sciences_technologies/tuberculose/
Conférence de Diana GASPARON (de la Société Belge d’Histoire de la Médecine) au Centre de culture scientifique de Charleroi le 13 avril 2005 :
www.ulb.ac.be/ccs/docs/epidemies.doc
Texte intégral de La Dame aux camélias d’Alexandre DUMAS Fils (1848) :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k88249f.notice
Texte intégral des Mémoires d’Outre-tombe de François-René de CHATEAUBRIAND (1848) :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1013503.notice
Texte intégral des Scènes de la vie de Bohème de Henry MURGER (1851) :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k89180j.notice
Texte intégral des Misérables de Victor HUGO (1862) :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72697r.notice
Posté le 25.07.2007 par Odéliane
Romantisme
I. Définition
Le romantisme est un courant littéraire, culturel et artistique européen dont les premières manifestations en Allemagne et en Angleterre, datent de la fin du 18ème siècle. C’est un courant de sensibilité et de pensée qui a influencé l’art et la culture de toute l’Europe.
Le romantisme se caractérise par une opposition au classicisme antique, païen et méridional. La raison, si chère aux classiques, est alors remplacée par l’émotion et la sensibilité.
Le mot « romantique » indique une conception de la vie digne du roman, faisant de l’homme un héros dont la sensibilité règne sur le monde. Il porte son attention sur l’individu (le Moi), recherche le dépaysement spatial (goût pour l’exotisme), temporel (goût pour l’histoire), social (intérêt pour le peuple) et religieux (goût pour le mysticisme).
Etre romantique signifie avant tout refuser l’ordre du monde, en pressentant que c’est ordre est un désordre qui n’intègre que les nantis et les conformistes. C’est choisir la révolte, la différence jusqu’à la mort ; c’est avoir l’intuition du tragique de la condition humaine. C’est préférer l’ombre à la lumière, le silence au bruit, la mélancolie au bonheur considéré comme inaccessible. C’est oser des révolutions tout en se sentant las de vivre. C’est se sentir mal adapté au monde qui nous entoure, c’est préférer se blottir dans des siècles passés, dans des mondes qui n’existent pas ou qui existent seulement dans le rêve, l’imagination. C’est ressentir de façon exacerbée tous les sentiments humains : l’amour, l’amitié, la haine, la solitude, la tristesse, la difficulté de vivre.. C’est aussi ne pas avoir peur de briser tous les tabous : de regarder la mort en face, de flirter avec le blasphème, d’agir avec pour seules limites les limites de son propre cœur.
Né dans l’Europe du Nord, en Allemagne avec des auteurs tels que Novalis, Tieck, Kleist, Madame de Staël et en Angleterre avec Blake, Wordsworth, Coleridge, Byron, Shelley, Keats au cours des 30 dernières années du 18ème siècle, le romantisme s’est largement développé en France avec Stendhal, Lamartine, Vigny, Hugo, Musset, Gautier après la révolution pour gagner ensuite les pays de l’Europe du sud, notamment l’Espagne et l’Italie avec Manzoni et Leopardi. Tous ces romantismes nationaux ont en commun d’être des mouvements destructeurs, rejetant les principes du rationalisme du siècle des Lumières et les canons esthétiques du classicisme.
Tous ces romantismes ont pour intérêt la période médiévale gothique, le goût pour les paysages d’Orient, l’évocation de la vie intérieure, pour l’imagination et l’individu perçu comme origine de la représentation.
Mais s’il est possible de dégager un certain nombre de caractéristiques communes aux romantismes des divers pays d’Europe, chacun n’en demeure pas moins très spécifique, en raison des conditions politiques et sociales particulières dans lesquelles il se développe.
II. Histoire et caractéristiques
1) En Allemagne
Dans les années 1770, le romantisme allemand manifeste son inscription dans une réalité socio-historique en plein bouleversement. C’est ainsi que le mouvement du Sturm Und Drang émerge et devient l’un des thèmes principal de la littérature du Nord.
En effet, Sturm Und Drang qui signifie en français « Tempête et élan » est un mouvement à la fois politique et littéraire essentiellement allemand de la deuxième moitié du 18ème siècle. Précurseur du romantisme, son nom vient d’une pièce de théâtre de Klinger et naît en réponse au rationalisme dominant. Il prône la supériorité des sentiments, préfère la passion à la raison mais c’est avant tout un mouvement de contestation mené par la jeunesse. De nombreux romans vont émerger de ce mouvement, mais c’est le roman «
Les souffrances du jeune Werther » de Goethe qui va le rendre immédiatement célèbre. Le mouvement s’inspire beaucoup de Jean-Jacques Rousseau et de William Shakespeare. Ses thèmes sont souvent rattachés à la nature qui apparaît comme forme de liberté et lieu privilégié pour toutes les émotions.
Dès lors, trois grandes périodes vont rythmer le romantisme allemand :
La première période, la plus connue mais aussi la plus importante est dite du romantisme d’Iéna de 1797 à 1801. Elle s’organise notamment autour des frères Schlegel et de la revue Athenäum. Influencé par le kantisme puis prolongé par les travaux de Fichte sur l’idéalisme, le romantisme d’Iéna était avant tout un projet, un programme tracé pour la littérature. Il fut en premier lieu une affirmation de la poésie, conçue comme une exploration des territoires de l’imagination transcendantale. Novalis parlait par exemple de former un monde poétique autour de soi pour vivre dans la poésie. (
Les Hymnes à la nuit, 1800.)
Pour les auteurs d’Iéna, l’œuvre romantique mêlait la représentation naïve à la représentation réfléchie, tout art dans son essence devait être analysé voire remis en question.
D’après Novalis, les romantiques d’Iéna sont les seuls qui aient véritablement compris qu’avec la révolution française un « monde », le monde peut-être avait disparu sous leurs yeux et qu’ils étaient destinés à errer au milieu des ruines. « Il n’y a plus de ciel. Il n’y a plus que le jour et la nuit, c’est à dire la lumière dans laquelle les choses apparaissent : et si la nuit devient si belle, si importante, c’est qu’elle est le jour que les choses projettent ; c’est qu’elle est l’autre jour, dans un monde brusquement plaqué à l’horizontal ».
La deuxième est celle du romantisme d’Heidelberg de 1804 à 1809 avec Achim von Arnim et Clemens Brentano (
le cor enchanté) où le projet romantique ne consistait pas à recouvrir d’un voile poétique une réalité dénuée de poésie mais à « romantiser » le monde, à tout transformer en poésie.
Puis la troisième période n’ayant pas d’appellation précise donne à l’âme romantique une ouverture au lointain, à l’inconnu, à l’étrange et au surnaturel. Ainsi s’ouvre une période intense où s’invente les mélanges des genres, où la contradiction apparaît comme la loi même de la création. Comme exemple à cette période, l’on peut citer «
les Contes » de Ludwig Tieck.
Jusqu’en 1810, le romantisme allemand est inventif : les premières années du 19ème siècle sont celles du retour aux sources légendaires de la nation allemande avec les contes de Grimm, les légendes du bas Rhin, celles du recours au fantastique d’Hoffmann dont les contes étranges auront une influence décisive sur Nodier, Gautier, Nerval et Balzac.
Tandis que Johann Paul Friedrich Richter dit Jean-Paul s’attache avec sensibilité aux mondes du rêve, deux auteurs solitaires s’imposent Friedrich Hölderlin (
Hyperion) et Heinrich von Kleist (
La cruche cassée).
2) En Angleterre
On considère généralement que le romantisme anglais prit naissance dans les dix dernières années du 18ème siècle, notamment avec les œuvres de James Thomson (
les Saisons) et d’Edward Young (
les Nuits) et surtout William blake.
Si le romantisme anglais entretint des rapports étroits avec le présent et la misère des pauvres, il n’en fut pas moins très fortement influencé par la nostalgie d’un passé médiéval. Les romans gothiques d’Ann Radcliffe (
L’italien 1797,
Les Mystères d’Udolphe, 1794) ceux d’Horace Walpole (
le château d’Otrante 1764) et les romans historiques de Walter Scott (
Waverley 1814,
Ivanhoé 1819) illustrent parfaitement ce goût pour le moyen-âge, pour l’étrange et le mystère. Et les poèmes de Macpherson montrent bien la fascination du 19ème pour un passé encore plus reculé. Le goût de l’étrange et du surnaturel, inséparable de l’évocation d’un « ailleurs » caractérise aussi les œuvres de Coleridge (
la ballade du vieux marin 1798). Quant à Byron, qui incarna à la perfection certains traits de la figure romantique, il mêle la peinture de l’Orient à un lyrisme méditatif dans un célèbre récit de voyage intitulé «
Childe Harold » en 1812.
Les romantiques anglais protestent non seulement contre les artifices de la civilisation, la férocité de l’histoire, mais encore contre les nouvelles formes de l’esclavage. Les démunis, les pauvres deviennent alors les interlocuteurs des poètes romantiques anglais et de leurs héros favoris.
Le premier romantisme anglais est tourné vers la nature, le féminin, l’enfance, encore préservée des aléas du monde adulte, sur la beauté, l’innocence tandis que la seconde génération romantique menée par Lord Byron crie le mal de vivre ou chante les héros rebelles (
Mandfred 1817). C’est ainsi que Percy Shelley cherche une consolation pour l’homme dans la nature avec son «
Ode au vent d’Ouest » en 1820 ; que John Keats approfondit la résonance intérieure d’une âme angoissée en quête d’une spiritualité et d’une beauté qu’il pense trouver dans l’éternité de l’art grec tandis que Thomas De Quincey, dans son autobiographie «
Confessions d’un mangeur d’opium » en 1821 explore les thèmes de la douleur, de l’introspection, de l’abandon, du péché, des forces secrètes qui manipulent l’homme, et célèbre l’art de rêver.
3) En France
Avant la révolution française de 1789, c’est Jean-Jacques Rousseau qui ouvrit la voie du romantisme par ses «
Rêveries du promeneur solitaire » ou par ses grandes utopies romanesques comme «
la nouvelle Héloïse ». Mais la singularité de l’expérience française tient aux contradictions et aux déchirures que la révolution a laissées derrière elle.
En France, autour de 1800, alors que s’apprêtait à sortir «
Atala » et «
René » de Chateaubriand, la notion de romantisme n’existait guère que sous la forme de l’adjectif « romantic » tiré de l’anglais qui signifie « romanesque » et « pittoresque » ou de l’adjectif « Romantik en allemand où il est question de retrouver le génie des anciens peuples romans. Le terme de « Romantique » prend alors en France tout son sens grâce à l’ouvrage «
De l’Allemagne » de Madame de Staël qui est la première à décrire ce mouvement.
Socialement, les premiers romantiques français sont nobles : Chateaubriand, Lamartine, Vigny ou encore Musset. Ils semblent passéistes, souvent catholiques, en quête désespérée de valeurs nouvelles. Politiquement, ils sont souvent monarchistes. Esthétiquement, ils sont d’abord poètes, avec un goût des vers et des mots emprunts de la création hugolienne. Ils semblent en accord pour déclamer le tragique malaise d’une génération perdue, en quête d’idéaux et qui rencontre en guise de héros les premiers capitalistes. En outre, sur le plan thématique, les poètes romantiques utilisent souvent les mythes de l’antiquité grecque ou romaine.
Cette première génération romantique de 1830 se définie par son mal du siècle et son désenchantement.
Frappés du même mal de vivre, des romanciers tels que Stendhal, Balzac, George Sand, Dumas, Eugène Sue s’imposent en France et ont en commun ce que l’on a appelé la « Foi romantique ». Cette Foi, ce vouloir-vivre malgré tout on les retrouve chez le jeune Julien Sorel du «
rouge et noir », mais aussi chez Lucien de Rubempré dans «
Illusions perdues ».
Le romantisme français ne cesse de croître avec notamment la création de quelques salons littéraires comme celui de Nodier ou d’Hugo où ce dernier en profite pour rédiger le pamphlet anticlassique et proromantique dans la préface de
Cromwell en 1827. les règles du théâtre traditionnel ( règle de temps, de lieu et d’action )sont alors remises en question puis finalement complètement mises de côté par les romantiques. Et c’est encore avec le théâtre que le scandale advient lors de la mémorable « bataille d’Hernani » en 1830 où Hugo impose son esthétique nouvelle.
Passéiste ou résolument tourné vers le ciel contemporain, le romantisme est critique ; il ne s’accommode pas de ce qui existe, il dénonce la perte de foi, les solitudes nouvelles dans les grandes villes. Révolté et dynamique, mélancolique et enthousiaste, le romantisme apparaît comme un prodigieux créateur dans tous les domaines et tous les genres.
II. La sensibilité romantique
Si l’on veut chercher la base profonde du romantisme, le caractère où il se montre européen, il n’y faut pas voir une simple évolution des formes poétiques car c’est avant tout un état d’âme et une manière de sentir. La sensibilité romantique se compose d’émotions douces, de penchants, de rapports affectifs entretenus avec la famille, les amis, les êtres aimés, l’humanité, de souvenirs des êtres chers disparus, de pitié, d’attirance pour la beauté des paysages, pour l’ambiance de la nuit.
1) Le Mal du siècle
Cette expression désigne l’état d’incertitude et d’insatisfaction des deux premières générations romantiques. Ce trouble, souvent apparenté à la « vague des passions » vient du décalage entre les espoirs et la réalité historique ; il prend la forme d’une alternance d’enthousiasme et de chagrin, de vague à l’âme, d’épuisement.
Goethe disait « Le classicisme, c’est la santé ; le romantisme la maladie ». Des pâles figures alanguies de poètes lunatiques et de jeunes filles guettées par la phtisie hantent en effet les pages de la littérature romantique. Le mal du siècle est précurseur du « spleen » baudelairien mais aussi du terme moderne de « Mal de vivre ». les symptômes sont divers : inquiétude, mélancolie, vapeurs, sentiment de perte et de chute pour une quête de l’identité. Tous ces symptômes se rapportent à la même prise de conscience, à la découverte du vide et de l’insécurité à l’intérieur de l’être. Le néant se révèle par une double expérience : les marécages de l’ennui et les menaces, explicites ou confuses, venant du monde. Rêverie stérile, apathie, pulsions morbides, dégoût de la vie, sentiment du vide ou au contraire désirs désordonnés marquent une génération, souvent d’origine aristocratique, traumatisée par le cours vertigineux des événements et par la perte des repères spirituels et moraux liés à un christianisme mis à mal par les Lumières.
Les romantiques trop préoccupés par l’ennui de vivre, possédaient une sorte de fièvre en eux qui les poussaient à brûler leur vie toute entière en seulement dix ou vingt années d’existence adulte. D’ailleurs, le nombre de ceux qui sombrèrent dans la folie est plus grand qu’à aucune autre époque (Cowper, Hölderlin, Nerval…) et la liste des suicidés ou de morts jeunes est plus impressionnante encore. Comme le disait Musset dans ses «
stances à la Malibran » « Le seuil de notre siècle est pavé de tombeaux ». Car par tout un côté contradictoire, le romantisme est un plongeon vers le noir, le bas, le lugubre et même la démence alors qu’il ne cesse de se démener pour atteindre la beauté, l’infini. Mais pourquoi alors cet ennui de vivre est –il plus fort que l’envie de vivre ? Pourquoi préférer la destruction à la consolidation de son bonheur ? Le romantique ne désire pas parce qu’il est triste, ou s’ennuie mais il s’ennuie et il est triste parce qu’il désire. Effectivement la vie affective de tout homme s’agite entre désirer et jouir et chez l’individu considéré comme normal il existe, entre ces deux phénomènes, un certain rythme régulier ; on s’attarde un temps au plaisir avant de se remettre à désirer. Le romantique lui par contre est perpétuellement en désir : la jouissance que retient d’autres hommes ne le captive pas, il n’y est pas sensible. Il ne goûte qu’un instant à cette illusion du bonheur pour aussitôt tourner son appétit insatiable vers d’autres objets qui ne le contenteront pas davantage. Par ce fait il est instable et sans cesse tourmenté car il n’arrive jamais à contenter ses projets, ses aspirations, il veut toujours plus quitte à détruire tout ce qu’il a construit auparavant pour satisfaire un nouveau désir. Ainsi le romantique fait penser à l’enfant qui tend ses bras pour saisir la lune. Il tend à l’impossible, il désire ce qui ne peut pas se réaliser puis ensuite pleure d’être incompris.
« Je me suis mis à sonder mon cœur, à me demander ce que je désirais. Je ne le savais pas ; mais je crus tout à coup que les bois me seraient délicieux. »
René, Chateaubriand.
2) L’importance du Lyrisme
Un des traits principaux du Romantisme est l’exaltation du « Moi ». En effet, le poète romantique expose ses états d’âmes en un épanchement qui trouve un écho dans l’affectivité de son lecteur. Par exemple «
Les Nuits » de Musset ou «
Les Contemplations » de Hugo retracent certains épisodes douloureux de la vie de leur auteur. L’utilisation constante du « Je » fait de l’écriture romantique une sorte de miroir dans lequel le poète, en se racontant et en se souvenant, s’observe et s’analyse.
Cette sorte de sensibilité se rattache souvent aux thèmes du temps qui passe et de la nature, par exemple sur la nostalgie de l’enfance ou l’importance de la mémoire. Dans sa quête de consolation le poète trouvera dans la nature une confidente en accord avec sa propre sensibilité. Cette nature est souvent sauvage pour mieux refléter les tourments qui agitent l’esprit romantique : bords de mer et tempêtes, bois profonds, forêts mystérieuses, volcans en éruption…
Le romantique est enfermé dans son « moi » comme en un mur infranchissable, il lui manque la capacité de sortir, par la sensibilité, de se transporter dans celle d’autrui. Et c’est peut-être pour cela que son désir est si inquiet, son besoin de sentir si exigeant car celui qui a des attachements, des liens, n’a pas le cœur nostalgique, l’amour constant apaise son désir. Mais être capricieux, n’aimer rien d’une manière forte, c’est le fait de celui qui ne se détache pas de lui-même, qui s’emprisonne dans sa sensibilité propre, qui n’arrive pas à se « poser ». Le romantique aimerait s’attacher à l’autre mais par sa nature inconstante et trop tournée vers lui-même il n’y arrive pas et pour cette raison se croit à chaque instant irrémédiablement seul.
Déjà le fait de désirer sans arrêt, d’échapper au processus normal de la sensibilité, marque une disposition inquiétante ; mais les tendances dont elle s’accompagne, cet enfermement du « moi » incapable de s’unir à d’autres par sympathie, cet isolement progressif de l’individu replié sur ses propres sensations entraîne le romantique vers la folie, la maladie.
« Il y a des jours où j’ai une lassitude immense, et un sombre ennui m’enveloppe comme un linceul partout où je vais : ses plis m’embarrassent et me gênent, la vie me pèse comme un remord. Si jeune et si lassé de tout, quand il y en a qui sont vieux et encore pleins d’enthousiasme ! Et moi je suis si tombé, si désenchanté. Que faire ? »
Mémoires d’un fou, Gustave Flaubert.
3) La recherche de l’évasion
L’expression lyrique du mal de vivre s’accompagne de nombreuses tentatives d’évasion pour échapper au présent ou aux murs du quotidien. Un de leurs thèmes favoris est celui de l’évasion d’une prison symbolique ou réelle, leur cachot est l’univers et ils veulent lui échapper à tout prix.
Voyager apparaît donc comme le thème majeur des romantiques, que ce soit vers les pays méditerranéens, orientaux ou désertiques. Mais ces errants infatigables aiment bien souvent leur course pour elle-même, et ne se soucient plus de la terminer. Ils prennent plaisir au mouvement sans halte, à la fuite sans borne, comme on chérit la mélancolie qui ne devrait être que l’annonce du bonheur. Parmi les paysages privilégiés dominent les landes désolées des poèmes ossianiques, la montagne, particulièrement alpestre, les terres exotiques. Parmi les saisons, l’automne des brumes, de la chute des feuilles, de la nature mélancolique en harmonie avec l’âme du poète. Une place particulière est réservée aux jardins, surtout aux jardins à l’anglaise.
Le voyage dans le temps est également un thème récurrent car l’insatisfaction du présent est vraiment très forte. Le temps historique n’est plus réduit à une succession de moments ou d’époques, et les romantiques lui accordent une continuité interprétable, fondée sur la rupture révolutionnaire. Chaque période de l’histoire est susceptible d’une appréhension particulière, qui en fait revivre la spécificité, la couleur, la saveur ; l’histoire s’organise selon un devenir. Par exemple le Moyen-âge est l’époque la plus revisitée par Hugo, la Renaissance italienne inspire beaucoup Musset et Stendhal. Et de cette manière, la poésie va abandonner les cadres rigides du classicisme pour s’inspirer des autres formes littéraires des autres pays comme l’utilisation des vers libres à la place des alexandrins. Selon les romantiques, pour vivre il faut trouver des points d’ancrage. Le goût du passé peut alors se préciser comme primitivisme, comme désir de ressourcement dans l’origine. Ceci explique la promotion des mythes et légendes, le retour de la religion comprise comme retour au principe premier.
Le voyage a donc lieu dans l’espace et le temps mais aussi dans le monde du rêve car à défaut de trouver des satisfactions dans un environnement trop marqué par le souci de la réussite matérielle, les romantiques cherchent refuge dans le rêve et la réminiscence. Par exemple, Nerval se remémore une autre vie et explore les frontières inconnues qui vont de la veille au sommeil. On aime la rêverie et la solitude, souvent par la douce souffrance qu’elles procurent et la preuve de supériorité qu’elles semblent conférer.
« Que tes temples, Seigneur, sont étroits pour mon âme !
tombez, murs impuissants, tombez !
laissez-moi voir ce ciel que vous me dérobez !
architecte divin, tes dômes sont de flammes !
que tes temples, Seigneur, sont étroits pour mon âme ! »
Hymnes à la nuit, Novalis.
4) Un nouveau type de Héros
Comme le soulignait Musset, le héros romantique est un être qui a conscience « d’être né trop tard dans un monde trop vieux » c’est à dire qui ne se sent pas maître de son destin.
Le héros a cette capacité de refuser les limites, de toucher chaque lecteur dans ce qu’il a de plus personnel. La quête de l’amour est seule capable d’apaiser ses souffrances mais conscient de son exigence et se connaissant versatile et inassouvissable, il désire l’amour ardent, exalté jusqu’au mysticisme.
D’ailleurs la plupart des héros romantiques qui voulurent l’amour à tout prix furent incapables d’aimer : le sentiment chez eux, tourne au platonisme le plus mince, devient une pure flamme intellectuelle ou se perd dans l’appétit grossier.
Leur prétendu amour du beau cache une infirmité secrète. Ainsi certains souffrent d’un désir de domination qu’ils ne satisfont pas parce qu’ils n’ont pas la force nécessaire ou d’autres souvent infidèles parce qu’ils sont incapables d’aimer.
Mais avant toutes ces considérations, le héros romantique se caractérise surtout par sa soif de liberté, par son envie de n’être dicté que par lui-même, libéré des contraintes sociales et politiques.
« Courez vous enfermer dans vos cités, allez vous soumettre à vos petites lois ; gagnez votre pain à la sueur de votre front, ou dévorez le pain du pauvre ; égorgez-vous pour un mot, pour un maître, doutez de l’existence de Dieu, ou adorez-le sous des formes superstitieuses : moi j’irai errant dans mes solitudes ; pas un seul battement de mon cœur ne sera comprimé, pas une seule de mes pensées ne sera enchaînée ; je serai libre comme la nature ; je ne reconnaîtrai que celui qui alluma la flamme des soleils et qui d’un coup de main fit rouler tous les mondes. »
Voyage en Amérique, Chateaubriand, 1827.
5) Intériorité et spiritualité
Si l’énergie entraîne l’individu vers tout ce qui lui est extérieur, à ce mouvement d’extraversion répond un cheminement inverse d’introversion. En effet, pour reprendre les termes de Baudelaire, le romantisme recouvre trois tendances : intimité, spiritualité et aspiration à l’infini.
Le romantisme est attiré par tout ce qui gravite autour de l’illuminisme, de l’ésotérisme et de l’occultisme. Ce penchant se manifeste en raison même des insuffisances reprochées à un catholicisme trop vite retombé dans le dogmatisme. Les spéculations ésotériques, mystiques, théologiques présentent bien des séductions car elles organisent du sens et proposent des visions différentes de l’universel. Elles fécondent le romantisme en lui fournissant de nombreux thèmes comme la palingénésie qui est une conception cyclique de l’histoire ouvrant sur la régénération.
Un intérêt croissant porté à l’inconscient se fait ressentir, il devient le « fond de l’âme » c’est à dire ce centre vers lequel le romantisme se tourne pour échapper à son isolement. Nodier ira même jusqu’à affirmer que le sommeil est « non seulement l’état le plus puissant, mais encore le plus lucide de la pensée…Il semble que l’esprit offusqué des ténèbres de la vie extérieure, ne s’en affranchit jamais avec plus de facilité que sous le doux empire de cette mort intermittente, où il lui reste permis de reposer dans sa propre essence et à l’abri de toutes le influences de la personnalité de convention que la société nous a faite. »
III. Le romantisme aujourd’hui, survie d’un mouvement
Dans bien des ouvrages le courant romantique est considéré comme terminé vers 1850, aussi pouvons-nous nous demander quelles sont les raisons de cet arrêt brutal, pourquoi à cet instant précisément ?
En France, c’est l’échec de la pièce d’Hugo «
Les Burgraves » en 1843 qui marqua la fin de la période romantique. En effet, cet échec retentissant au théâtre frappa la foule et les critiques littéraires, très attachés au classicisme, qui profitèrent de l’occasion pour attaquer sans demi-mesure le courant romantique très essoufflé. Les lecteurs commencent à se lasser de ces vers et de cette prose angoissée tandis que d’autres courants considérés comme plus attirants et beaucoup moins torturés apparaissent comme le courant Parnassien par exemple.
Cependant, même officiellement mort aux alentours de 1850 dans les pays d’Europe, le romantisme a pourtant survécu par l’influence affichée ou souterraine, qu’il exerça sur les choix thématiques et sur la sensibilité des auteurs modernes. C’est le cas notamment de Baudelaire, Rimbaud, Lautréamont, André Breton et Julien Gracq au XXème siècle qui refusèrent l’antihumanisme technologique, la mécanisation, la loi du marché… qui ne voulurent accepter que la passion meure, que la poésie et l’imagination soient vaincues par le calcul froid et la raison capitaliste. Beaucoup d’artistes hantés par le passé, sensibles à la fêlure dans l’autre et à la qualité d’une émotion vont maintenir la flamme romantique dans leurs œuvres et constituer une véritable culture. Par exemple, toute l’œuvre de Proust est le refus d’un accord entre la conscience et le monde , c’est la construction d’un édifice : celui de l’art. Pierre Reverdy, pourtant le moins porté aux effusions des poètes de son siècle déclare : « on a voulu tuer le romantisme mais il a la vie dure…et est revenu sous d’autres formes d’appellation. » Ainsi, le roman appelé « Gothique » n’est en fait qu’un prolongement du romantisme, la partie la plus sombre, celle qui provoque le plus de réaction auprès des lecteurs. Beaucoup de romans deviennent alors difficilement classables comme les romans d’Anne radcliffe ou de Mathurin qui chez certains libraires peuvent être classés comme « roman romantique », ou « roman gothique ou fantastique ». Le terme même de « Romantisme noir » vient alors semer le doute, qu’est-ce qui différencie « le romantisme noir » du « roman gothique » ? la réponse est assez ambiguë et mène à la conclusion que c’est deux termes mettent en avant les mêmes types d’ouvrages, à la différence près que certains romans considérés comme « gothiques » n’ont pas du tout les caractéristiques du romantisme et entraînent plutôt le lecteur vers l’Horreur et le Surnaturel.
Dans un style complètement différent, les biographies d’écrivains toujours plus nombreuses et très présentes durant les trente dernières années ont montré combien l’importance donné au « Moi » se fait ressentir. Les auteurs n’ont plus honte d’avouer leurs sentiments sans se cacher derrière un personnage, ils se donnent tout entier à l’écriture sans ne rien dissimuler comme le faisaient les auteurs romantiques.
Le Romantisme littéraire existe donc toujours mais il a pris d’autres formes et si les critiques faites à ses extravagances ont été très dures, elles n’en ont pas moins corrigés ce qu’il y avait de trop facile dans le théâtre romantique, la forme d’art où il a accumulé le plus d’échecs. Elles ont également souligné le sentimentalisme et la mollesse de nombreux poèmes ; elles contribuèrent à éviter aux poètes de sombrer dans le mélodramatique en ennuyant ses lecteurs, ou à force de décadentisme de tomber dans le ridicule et l’absurde. Ces critiques ont donc été constructives et ont permis aux nouveaux auteurs de ne s’inspirer que du meilleur dans le romantisme c’est à dire de l’importance donnée aux temps anciens, aux mythes et légendes universels, à décrire avec précision tous les sentiments humains, à rendre de la valeur aux liens familiaux et amicaux, à se servir des pouvoirs de l’imagination et des voyages intérieurs, à protéger la nature des avancées technologiques, à trouver une certaine beauté dans ce qui n’en a pas à première vue, à faire de la différence de chacun une force nécessaire à notre survie et à vouloir faire de notre vie un rêve inachevé...
Posté le 13.07.2007 par Erzebeth
De la mythologie à la médecine, le sang à l'honneur.
Le sang est, depuis la nuit des temps, le sujet de beaucoup de croyances, mythes, légendes et faits de tout genre. C'est un fluide qui attire l'attention rien que par la symbolique qu'il revêt, et ce, dans n'importe quelle civilisation. De plus c'est un vecteur potentiel de bien des maladies et affections transmissibles ou non, ce qui en fait l'objet, à la fois, d'admiration, d'envie et de crainte.
Ainsi, les sentiments que les hommes éprouvent à l'égard du sang sont diversifiés. Ce qui entraîne le dégoût chez l'un, peut très bien donner lieu à de l'envie et de la convoitise chez l'autre.
Comme dit auparavant, le sang joue un rôle dans bien des domaines et ce, depuis la nuit des temps.
Il est toujours intéressant de se pencher un peu plus sur des mythes et légendes ainsi que sur des faits historiques plus ou moins glorieux pour nourrir un peu plus notre curiosité sanguine qui est bien naturelle puisque ce fluide répulsif ou attractif nous fait vivre chaque jour…
I Des Scandinaves aux Celtes, un sang chargé d'histoires.
Le monde entier regorge de mythes et légendes concernant le sang, sa symbolique et son usage. Toutes les périodes historiques ont donné le jour à des légendes et des pratiques qui nous intriguent et nous fascinent encore aujourd'hui. Des civilisations précolombiennes, au Moyen-âge en passant par l'Antiquité ou encore le Néolithique, le sang est un déclencheur universel de bien des faits.
Il serait trop long pour l'heure d'établir une chronologie exhaustive des croyances et actes liés au sang de par le monde. C'est pourquoi nous allons nous intéresser essentiellement aux civilisations Nordiques partageant notre héritage Indo-Européen.
Intéressons nous donc rapidement à quelques mythes scandinaves qui ont formé les croyances de bien des peuples en matière de cosmogonie.
Il est dit dans l'Edda et dans la mythologie nordique en général, que l'origine du monde tel que nous le connaissons passe par la création de Midgard (qui signifie en gros Terre du Milieu) par Odin et ses frère. Cependant, on connaît moins souvent l'origine de la formation de Midgard.
Au départ était le néant comme dans beaucoup de cosmogonies, c'est presque un principe universel de la démiurgie, puis vint la naissance d'Ymir issue des gouttes que produisit la rencontre entre le souffle chaud de la lave en fusion et du givre. Ymir était le premier des géants du givre. C'était un être mauvais de même que tous ses descendants.
Les fils de Bor, (né de la digestion de la vache Audhumla), Odin, Vili et Vé décidèrent de se débarrasser de la cruauté d'Ymir en le tuant. Lorsqu'ils le tuèrent, il jaillit tellement de sang de ses blessures qu'ils noyèrent toute la race des géants du givre (sauf deux qui seront là pour le Ragnarok). Odin et ses frères prirent ensuite ce sang pour créer les lacs et la mer de leur monde, Midgard. Ils utilisèrent le sang qui coulait en abondance du cadavre du géant pour ceindre la Terre (composée de la chair d'Ymir) et la maintenir en place. Ainsi donc on apprends que la grande mer qui entoure le monde est à l'origine le sang d'Ymir. C'est pourquoi, les hommes considéraient qu'il était impossible de traverser la mer.
La naissance du monde selon la mythologie nordique est très organique puisque chaque élément qui forme la Terre est issu du cadavre du géant, comme le résume le poème issu de l'Edda de Snorri Sturluson :
De la chair d'Ymir
La Terre fut créée,
De son sang la mer,
De ses os les montagnes,
De ses cheveux les arbres,
Et de son crâne le ciel.
De ses cils, ils firent,
Les dieux cléments, Midgard
Pour les fils des hommes.
Mais de son cerveau
Furent crées
Tous les nuages cruels.
Ainsi donc dès la naissance du monde, la mythologie nordique donne une importance primordiale au sang, qui sera présent dans plusieurs aventures mythiques par la suite. Le sang est alors soit bénéfique ou mauvais selon sa provenance. Du Géant Ymir jaillit un torrent de sang qui sera la perte de toute sa race et la frontière tantôt rassurante tantôt effrayante du monde d'Odin. Mais le sang qui s'écoulent des plaies d'un dragon peut lui s'avérer être un don pour celui qui s'y baigne.
C'est ce que raconte le Nibelungenlied avec la lutte entre Siegfried et Fafner (ou Fafnir) le dragon. Siegfried est confié, à la mort de sa mère, au nain Alberic, personnage cupide et malsain si il en est. Siegfried est un enfant né d'un amour incestueux. Il est voué à un destin tragique qui le lie à Odin et à sa fille Brunehilde la Walkyrie. C'est poussé par la cupidité et les pulsions meurtrière du nain Alberic que Siegfried va affronter le dragon Fafner. Et c'est en répendant son sang et en s'y baignant qu'il va recevoir l'immortalité et l'invulnérabilité tout comme Achille la reçu des eaux du Styx, seule une partie de son corps sera vulnérable, là où une feuille s'est déposé durant le bain, entre les omoplates, privant ainsi le héros de protection à ce niveau là. L'histoire de Siegfried et de sa destinée est profondément tournée vers les luttes fratricides et le meurtre. Rien ne peut se dérouler sans l'épanchement de sang. Sa mort conduira même sa veuve Kriemhilde à commettre un sacrifice et a offrir son fils en repas à son nouveau mari, par folie et colère.
Les cultures scandinaves ont souvent été considérée, à leurs origines, comme barbare à juste titre lorsque l'on considère ces quelques données mythologiques et certaines traditions Vikings.
Pour exemple, sans passer par l'ingestion de sang des vaincus servi dans leurs crânes, on peut citer la tradition funéraire, proche de celle du Sâti en Inde, qui était de mise lors de la mort d'un chef de guerre viking. Afin que ce dernier puisse passer le restant de ses jours dans le Whalalla, à festoyer en permanence en compagnie d'Odin, les guerriers devaient, tandis que l'enveloppe charnelle du chef brûlait sur un bûcher, violer sa veuve et l'égorger afin d'assurer le passage de l'âme sans encombre vers le domaine d'Asgard. Seul le sang répandu de sa femme sacrifiée pouvait permettre une telle récompense au chef guerrier.
On admettra facilement que c'était assez cruel, cependant, les vikings n'étaient pas les seuls à pratiquer les sacrifices et à apporter une importance primordiale au sang versé.
Les Celtes, proches des vikings par leurs origines, considéraient le sang comme un principe vital par excellence, le dépositaire de l'âme et de l'énergie d'un être. Le sang associait, pour eux, les principes lunaires et solaires, le liquide et le feu, l'humain et l'universel.
Ces considérations formaient les bases de la religion celte : le Druidisme. Le système de gouvernement scindait le pouvoir entre le spirituel et le temporel. Le spirituel étant bien sûr administré par les Druides (qui étaient à la fois prêtres, sacrificateurs, enseignants, devins, médecins, généalogistes, musiciens, poètes, architectes…). Les sacrifices, que les druides ne pratiquaient de leurs mains pour ne pas souiller leur âme et leur corps, rythmaient la vie des celtes tout au long de l'année. Ils étaient considérés comme un pilier fondateur de la société. Le plus souvent on se servait d'animaux et de leur fluide vital pour officier mais on pouvait aussi utiliser des hommes, victimes consentantes, prisonniers de guerre, femmes et enfants selon la symbolique que revêtait le sacrifice au moment de son exécution.
Parfois le sang répandu étaient utilisés pour asperger des criminels en vue de les purifier. Il pouvait également être utilisé comme outil de divination selon la façon dont il s'épanchait du corps du sacrifié. On offrait hommes et animaux après une victoire guerrière ou avant une guerre au dieu Ogme. On sacrifiait femme, enfant ou homme pour Samain (Samonios) qui correspond à la Toussaint de nos jours, pour Fêter la rencontre de la fin de l'année et du début de la nouvelle. L'année commençant le premier novembre chez les celtes, Samain avait un effet purificateur et salvateur. Offrir le corps et le sang d'un humain le jour de la nouvelle année évitait les problèmes avec les morts et offrait des perspectives positives pour les mois à venir.
On peut se dire en pensant aux celtes, que les sacrifices druidiques n'ont plus cours de nos jours, pourtant, même si le Druidisme est à l'agonie et ne regroupe plus que quelques adorateurs cueillant du gui de temps en temps (à part quelques exceptions), Ce n'est qu'au début du 20ème siècle avec l'emprise du gouvernement que les Bretons ont pratiquement fini de rejeter les sacrifices et les coutumes liées au sang. En parcourant La légende de la mort chez les Bretons Armoricain d'Anatole Le braz, on se rend compte que les sacrifices avaient lieu il n'y a pas encore si longtemps.
Dans la région de Quimperlé, par exemple, il était de coutume de sacrifier un coq et d'arroser ensuite les fondations d'une maison neuve pour éviter que l'Ankou n'emporte la première âme qui traverserait le seuil de la construction. Cette coutume est commune à toutes les régions de Bretagne mais avec des variantes selon que l'on se retrouve dans l'Armor ou ailleurs.
De plus, les Bretons utilisaient beaucoup les intersignes, des signes annonciateurs de la mort d'un parent et l'un deux veut toujours que trois gouttes de sang froid tombant du nez annoncent la mort d'un parent proche dans les prochain jours. Il faut d'ailleurs préciser que cet intersigne est également utilisé en Ecosse.
De fait, le sang est, chez les celtes comme chez les scandinaves un élément fondamental de leur culture. Quelle soit d'aujourd'hui ou d'hier. La mythologie et la réalité se sont toujours entremêlées de diverse façon concernant des éléments théologiques, ethnologiques ou autres et le sang n'échappe pas à la règle. Nombreux sont les témoignages, légendes et faits que l'on retrouve dans La légende de la mort ou d'autres ouvrages qui ont été et sont encore narrés avec réalisme et foi.
II Le sang vecteur de mythes mais aussi d'affections.
Il est toujours intéressant de voir combien le sang fait partie de nos cultures et de nos histoires. Cependant, ce qui est plus intéressant encore et d'observer ce que le sang à de primordial dans notre vie. Il ne faut quand même pas oublier que c'est le fluide corporel qui irrigue tous les tissus et y transporte oxygène et nutriments ! Ainsi donc nous allons nous intéresser à l'hématologie pour observer les fonctions du sang et surtout ce qu'il peut générer comme désagrément si sa synthèse est déficiente.
On peut décomposer le sang en lui-même en quatre partie. La partie liquide qui est le plasma et contient les autres éléments qui forment ce fluide. Les particules en suspension dans le plasma sont les leucocytes ou globules blancs (qui se décompose en plusieurs familles et interviennent au niveau du système immunitaire), les thrombocytes ou plaquettes et surtout, ce qui nous intéresse le plus ici, les hématies ou globules rouges qui sont composés d'une partie protéique, la globine et d'une partie ferrique, l'hème. Ces deux éléments combiné forment l'hémoglobine.
L'hémoglobine n'est donc pas un synonyme générique du sang mais bien l'un des éléments qui entre dans la composition de notre fluide vital.
Il faut également savoir que c'est l'élément le plus présent dans le sang car si l'on considère un millimètre cube de sang, on trouve cinq millions de globules rouges contre cinq à dix mille leucocytes et deux à trois cent mille thrombocytes… De plus c'est l'hémoglobine qui pigmente notre sang et transporte l'oxygène.
Pour revenir à la composition de l'hémoglobine, on va s'intéresser de plus près à la partie non protéique contenu dans l'hématie. L'hème donc, qui renferme un atome de fer à l'état ferreux et de la porphyrine (une molécule organique) est une composante primordiale pour fixer l'oxygène dans le sang. Elle peut être responsable, si elle est déficiente, d'une maladie que certains appellent la maladie des vampires : la porphyrie ou plutôt les porphyries.
Les porphyries sont des maladies génétiques héréditaires rares dues à des déficiences enzymatiques qui gênent la fabrication de l'hème. En effet, pour que l'hème soit synthétisé et associée à la globine sans encombre, il faut l'action combiné de huit enzymes. Si l'une des huit enzymes est manquante, la fabrication de l'hème devient problématique. 85% des enzymes entrant dans la composition de l'hème proviennent de la moelle épinière, les 15% restant sont fabriquées au niveau du foie.
C'est grâce à cette dissociation que l'on peut différencier deux grandes familles de porphyries.
Les porphyries hépatiques, induisant donc la déficience d'une enzyme créée au niveau du foie et les porphyries érythropoïetiques qui sont relative au manque d'une enzyme produite au niveau de la moelle.
Ces deux grands groupes de porphyries se ramifient ensuite en sous groupes que nous n'évoqueront pas ici pour simplifier l'explication. Les porphyries hépatiques s'accompagnent généralement de troubles neurologiques avec des faiblesse musculaires, visuelles, de douleurs abdominales et de nausées ainsi que de troubles mentaux. (Il faut rappeler que l'hème étant essentielle au transport de l'oxygène dans le sang, si elle devient déficiente, entraîne forcément une mauvaise oxygénation du cerveau et donc des troubles mentaux…).
Les porphyries érythropoïetiques entraînent quant à elles plus souvent des troubles cutanés, une pâleur excessive, une extrême photosensibilité en partie due au manque de pigmentation de l'hémoglobine.
Toutefois, on constate généralement chez les personnes atteintes de porphyries, l'apparition de nausées, de reflux gastro-œsophagiens, de dérèglements hormonaux (forte pilosité), d'asthénie intense, de pâleur ou encore de photosensibilité très douloureuse qui peut, à plus ou moins long terme, mettre le pronostique vital du malade en danger si il reste trop longtemps au soleil. Les radiations provoquent une atrophie de la peau qui peut mener à la perte des oreilles, de phalanges, de doigts, de la main entière ou encore des pieds.
Les malades atteints de porphyries le sont dès la naissance et souffrent de crises plus ou moins aigües. C'est lors de ces crises que les malades doivent recevoir des soins hospitaliers avec administration intraveineuse de sérum glucosé pour la ré-hydratation, d'antispamodique (type spafon) pour calmer les douleurs stomacales, de morphine pour les douleurs et spasmes musculaires, d'antiémétique pour calmer les nausées…
On peut également administrer du normosang au patient. Mais ceci reste encore rare puisque le laboratoire fournissant ce produit est situé en Finlande, qu'il est légal en France depuis 1995 seulement et reste encore inconnu dans bon nombre de pays. Le normosang est un substitut à l'hème qui est administré en perfusion. Cependant, le normosang reste un produit difficile à administrer dans la mesure où il faut avoir des veines saines pour le recevoir et qu'il faut rincer la veine qui à servit à la perfusion avec du sérum physiologique puisque le produit est invasif est donc agressif envers l'organisme.
L'origine étymologique du mot "porphyrie" vient du terme grec signifiant pourpre car les personnes atteintes de cette maladie ont les urines qui sont teintées de rouge foncé lors des crises. Le premier cas à avoir été recensée par le corps médical date de 1920. Toutefois, un pavé fut jeté dans la mare lorsqu'en 1985, le professeur David Dolphin présenta une théorie selon laquelle les malades atteints de porphyrie sont à l'origine des peurs et hystéries médiévales concernant les vampires. Le professeur arguait que les malades du Moyen-âge présentant tous les stigmates du vampire (pâleurs déformations physique, pilosité très développé, dents allongées, photosensibilité, etc.) n'avaient alors d'autre solution que de boire du sang humain pour tenter de calmer les douleurs et effets pervers du mal et attiraient immanquablement l'attention de par leur aspect. Cette théorie fut à l'époque très critiquée et huée.
Pour information, la famille Stuart compte trois personnes atteintes de ce mal, La reine Anne, George III et George IV d'Angleterre. Fréderic II de Prusse était également atteint de porphyrie.