Critiques de livres
Posté le 10.05.2008 par arcaneslyriques
ARCANES FEERIQUES
Carnet de voyage de Sinane l’Enchanteur
Mathieu Gaborit – Amandine Labarre
Est-il encore besoin de présenter l’écrivain Mathieu Gaborit - auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels deux trilogies célèbres,
Le Cycle des Féals et
Les chroniques des crépusculaires – et l’illustratrice Amandine Labarre – connue pour son
Herbier féerique, le grand grimoire des plantes magiques et esprits des bois, ainsi que pour ses
Carnets féeriques de l’herboriste ou encore ses couvertures d’ouvrages (comme celles réalisées pour
La chronique des immortels de Wolfgang Hohlbein) ?
C’est de leur collaboration qu’est né le très bel ouvrage intitulé
Arcanes féeriques – Carnet de voyage de Sinane l’enchanteur. En bref, il s’agit des aventures du farfadet Sinane, personnage tout à la fois magique et très humain, qui doit sauver Gaïa. Accompagné d’Oniros, un chat ailé, Sinane part à la rescousse des fées (chacune étant représentée par un arcane lié à la nature : la fée de la pluie, la fée de l’orage, la fée des forêts…).
D’un point de vue purement artistique, cet ouvrage retient l’attention à plusieurs égards. Tout d’abord, les illustrations d’Amandine Labarre contribuent à rendre le récit totalement atemporel grâce à un style éthéré et délicat, des jeux de lumière subtils, des contrastes entre zones floues et zones détaillées et, enfin, l’utilisation de teintes sépia. Ensuite, on découvre une nouvelle facette du talent de Mathieu Gaborit : ici, l’aventure et l’action s’effacent derrière l’ambiance et les émotions du personnage principal. Enfin, l’idée du carnet de voyage s’avère très intéressante puisqu’elle donne vie à une histoire qui aurait pu rester abstraite.
Outre ces qualités artistiques,
Arcanes féeriques présente un autre intérêt : il se prête à un second niveau de lecture, beaucoup plus pragmatique : le thème abordé - la tentative quasi désespérée d’un farfadet pour sauver la nature d’un péril certain dû aux hommes - et le message véhiculé – la nature recèle quelque chose de magique et donc d’irremplaçable qu’il faut sauvegarder – sont très actuels !
Enfin, on notera qu’Amandine Labarre et Mathieu Gaborit ont à nouveau réuni leurs talents pour créer (dans un registre plus urbain puisqu’il s’agit des aventures d’une jeune fille prénommée Brune dans un Paris insolite) un coffret intitulé
Faery City comprenant un livre et un jeu de tarot.
Sites Internet :
http://amandine.labarre.free.fr et
http://www.souffre-jour.com
Arianne de Blenniac.
Posté le 30.04.2008 par arcaneslyriques
ZARLA
Zarla #1: Guerrière impitoyable
Editions Dupuis, 2007
Scénario: Jean-Louis Janssens
Dessin: Guilhem
Couleur: Angélique Césano
Zarla est une petite fille courageuse, pleine d'entrain et peut-être pas très futée. C'est aussi la fille de chasseurs de dragons disparus. Elle vit chez son grand-père, ancien guerrier également. Ce milieu la décide pour son avenir: elle veut être chasseuse de dragons, et autant commencer tout de suite! Cela ne va pas sans inquiéter sa nourrice qui n'est autre qu'une géante.
Mais cela ne préoccupe pas outre mesure le grand-père qui encourage plutôt ce penchant de la gamine. Il faut dire qu'il sait lui que Hydromel, le chien nonchalant de celle-ci, n'est autre qu'un bull-guerrier! C'est-à-dire qu'en cas de besoin, il se transforme en guerrier monstrueux et redoutable qui saura bien tirer Zarla de toutes les situations, le tout sans qu'elle se doute une seconde de l'aide de son chien mollasson dans ses aventures…
Les rencontres diverses de Zarla avec les créatures fantastiques du petit monde de ces temps obscurs donnent lieu à d'amusantes situations et tout un bestiaire y passe: Ailfans redoutant les souris, fée empêtrée sur du papier tue-fées, centaure, ogre, loutreux… L'humour gentillet est de rigueur, Jean-Louis Janssens s'en tient à la description d'un univers assorti à la gentille frimousse dont Guilhem a doté l'héroïne de cette série de fantasy humoristique.
Si l'histoire se joue sur deux plans, la réalité et ce que croit que se passe la jeune fille, le graphisme est lui aussi partagé en deux styles selon ce qui se passe ou ce qu'elle imagine que feraient ses parents. Le choix est harmonieux et globalement les personnages et le décor sont vraiment adaptés au ton bon enfant qu'impose presque la fantaisiste Zarla. Les couleurs contribuent également à cette atmosphère sympathique qui règne tout le long du volume.
Bande annonce: http://www.dupuis.com/FR/divers/zarla/index.html
Karl Ambeln
http://fugace.free.fr/
Posté le 23.04.2008 par arcaneslyriques
Malhorne
Malhorne est une tétralogie écrite par Jérôme Camut et parue aux éditions Bragelonne entre 2004 et 2006. Elle mêle plusieurs styles, dont le roman historique, le thriller, le fantastique et la science fiction (avec super-héros), voire même la mythologie sumérienne.
Voici les noms des 4 tomes :
Malhorne – Livre 1 - Le Trait d’union des mondes (2004)
Malhorne – Livre 2 – Les eaux d’Aratta (2004)
Malhorne – Livre 3 – Anasdahala (2005)
Malhorne – Livre 4 – La Matière des songes (2006)
Jérôme Camut, l’auteur
Jérôme Camut est né en 1968 à Rueil-Malmaison (92). Il a grandi à Angoulême avant de revenir en région parisienne pour entrer à l’école de réalisation audiovisuelle de Paris. Il vit aujourd’hui à Paris où il écrit des scénarios pour le cinéma et la télévision. Malhorne, qu’il a commencé à écrire en 1997, est son premier roman. Nathalie Hug l’a contacté en 2004, après avoir lu Malhorne, et ils sont, depuis, inséparables au point d’écrire ensemble.
Jérôme Camut a écrit, avec sa compagne, Nathalie Hug :
Les voies de l’Ombre - Tome 1 - Prédation (2006)
Les voies de l’Ombre - Tome 2 – Stigmate (2007)
Le Tome 3 va sortir en octobre 2008
Ce cycle est publié par les éditions Télémaque.
Jérôme Camut et Nathalie Hug ont également fait publier par les éditions Calman-Lévy :
Les éveillés (2008)
Malhorne, la tétralogie
Tout commence avec la découverte, par l’ethnologue Franklin Adamov, d’une statue en Amazonie. Elle représente un homme de type européen assis et armé d’une épée. Elle porte une signature : Malhorne. La datation est formelle : elle a été sculptée au 16e siècle. Or, à cette époque, aucun Européen n’avait encore posé le pied en Amérique du Sud… Une deuxième statue est repérée à l’autre bout du monde. Elle est identique à la première et date du 18e siècle. D’après les examens, elle a été sculptée par la même personne, mais, donc, à deux siècles d’intervalle… Ceci n’est que le premier des nombreux mystères abordés par la tétralogie Malhorne.
Les thèmes évoqués sont nombreux et semblent à première vue très éloignés les uns des autres : la réincarnation, la protection de l’environnement, la disparition de l’homme de Neandertal, l’inconscient collectif, etc.
L’histoire est riche en rebondissements. Chaque question trouve sa réponse et pose à son tour une ou plusieurs autres questions. Le lecteur avance d’un mystère à l’autre, sans se perdre malgré la complexité globale de l’histoire, grâce à la grande rigueur de sa construction. Tout concourt à ce qu’on n’ait plus envie de poser les livres avant de les avoir finis.
Jérôme Camut développe au fil des tomes une théorie globale qui répond à de nombreuses questions fondamentales que se posent l’homme et qui s’inscrivent dans l’espace et le temps.
Pour qualifier la série Malhorne en quelques mots, je dirais qu’elle est imaginative, dense, foisonnante, teintée d’humour caustique et même, sous une grosse couche de pessimisme, d’espoir.
Par contre, dans le premier tome, il m’a semblé que la psychologie des personnages était plutôt ténue et les dialogues assez superficiels. Mais je n’ai plus eu ce sentiment ensuite.
En tout cas, les thèmes traités, comme la réincarnation, la –plus que nécessaire- protection de l’environnement et la disparition de l’homme de Neandertal, voire même l’inconscient collectif m’ont toujours intéressés et la manière dont ils sont traités correspondent assez à mes propres points de vue. L’existence d’un personnage de type super-héros a également contribué à l’intérêt que l’histoire a suscité chez moi.
Bref, une tétralogie dont je recommande la lecture, car l’histoire est à la fois originale et passionnante.
Webographie
Site personnel de l’auteur et de Nathalie Hug :
http://www.jeromecamut.com/
Site de l’auteur lié au personnage Nemo de Malhorne :
http://www.nemo-onthenet.com/
Pages sur l’auteur et Malhorne sur le site de l’éditeur :
http://www.bragelonne.fr/auteurs.php?id_auteur=31
Interviews de l’auteur :
http://climaginaire.joueb.com/news/camut-jerome
http://www.lelitteraire.com/article2130.html
http://www.sfmag.net/article.php3?id_article=663
Rachel Gibert pour la réunion du 20 avril 2008
Posté le 05.04.2008 par arcaneslyriques
Jérôme Noirez
Tome 1 – Féerie pour les ténèbres
Tome 2 – Les Nuits vénéneuses
Tome 3 – Le Carnaval des abîmes
Cette première oeuvre de Jérôme Noirez a été initialement publiée aux éditions Nestiveqnen. Elle devrait être rééditée (et peut-être révisée pour l’occasion) dans la collection Lunes d’encre chez Denoël, qui a récemment édité son dernier roman : Leçons du monde fluctuant.
A contre-courant d’une fantasy française qui se cherche, Jérôme Noirez livre un récit qui prend aux tripes et n’hésite pas à secouer et mélanger les genres, les influences. L’univers présenté au départ pourrait être celui d’un médiéval fantastique classique, avec l’incontournable carte. Mais dès les premières pages, on a l’impression d’être sur un terrain instable prêt à se dérober pour nous entraîner dans un imaginaire fécond, original et décalé, si proche et pourtant terriblement différent de ce que l’on peut lire habituellement. C’est dense, foisonnant d’idées, nourri à un humour noir et inattendu.
D’abord, il y a l’étrange fusion entre un monde médiéval fantastique (ses royaumes, sa magie et ses religions, ses créatures et ses spadassins) et notre modernité sous la forme de la Technole. Ce dépotoir, émergeant à ciel ouvert des entrailles de la Terre, contient plein de choses bizarres, mais qui révolutionnent la vie des gens. C’est le plastique, les armes à feu, c’est de la technologie spontanée sans service après-vente. On baigne en plein paradoxe. Les féeurs, les lutins ou les destriers côtoient l’électricité, la télé, le train ou la voiture à essence. Mais qui connaît la provenance de tous ces rebuts ? Peut-être les rioteux qui vivent reclus dans les souterrains de l’En-Dessous. Ces êtres ne sont plus vraiment humains, à moins qu’un assemblage de bras ait plus de conscience qu’un homme. Malgré leur horrible tendance à charcuter tout ce qui passe à portée de leurs ongles, griffes et bouches, les rioteux portent un regard réaliste sur le monde qui les entoure. Machine à dépecer et philosophe : jubilatoire.
Cela pourrait être ridicule, mais Jérôme Noirez unifie tous ces éléments par une écriture maîtrisée et un contexte crédible. En dire plus, ce serait gâcher le plaisir de la découverte. C’est dans le fourmillement de ce premier tome que l’enquêteur royal Obicion tente d’élucider le meurtre d’une jeune femme dont les os sont… en plastique ! Et pas n’importe quelle jeune femme, mais la fille du plus grand féeur du comté d’Ando, dont la maîtresse, Dame Plommard, a l’écoute du roi de Caquehan, la plus importante inclusion de la Technole de tout le continent, véritable décharge à ciel ouvert au cœur de la ville. Et si cela cachait un mystérieux complot ?
Les chapitres s’enchaînent, nous faisant à chaque fois découvrir un pan de cet univers, de nouveaux personnages hauts en couleurs, et des lieux plus étranges les uns que les autres, comme autant de points de départ de différentes trames, différents appendices d’une sombre chose en marche. On ne s’ennuie pas une seconde, tant Jérôme Noirez sait rendre son univers captivant et réel, par petites touches et à l’aide de nombreuses anecdotes.
La conclusion est peut-être un peu courte, mais en fait, ce n’est pas tant la résolution de l’intrigue que le voyage effectué qui fait la force de ce premier roman.
Les deux tomes suivants ne font que confirmer les qualités du premier, et entraînent le lecteur encore plus loin dans la folie de cet univers. Les événements du premier volume n’étaient que les prémices d’un bouleversement plus grand. Tout y est « plus » grand justement. Plus grand guignol, plus fantastique, plus fou, plus dantesque. Depuis H. P. Lovecraft, jamais un auteur n’était parvenu à me faire ressortir aussi bien les créatures indicibles qui hantent les recoins des autres dimensions.
Il faut dire que Noirez montre un véritable amour de la langue. Qu’il emploie les mots justes ou qu’il les triture afin d’en créer d’autres (archibouteuse, excrucieur...), il parvient toujours à faire passer des sensations, à véhiculer des images fortes, à faire de l’horreur une oeuvre d’art. A l’image de Barugal le fou, capitaine sanguinaire d’une troupe de mercenaires, qui se révèle être grand amateur de poésies et d’arts.
Au final, les trois romans dévoilent les folies d’un monde à travers ses déchets : physiques dans le premier avec les rebuts, idéologiques dans le second avec des doctrines et métaphysique dans le troisième.
Yohan Vasse
Posté le 02.04.2008 par arcaneslyriques
Chronique sur Pascal Croci
Chez Emmanuel Proust éditeur, Pascal Croci a réalisé trois albums gothiques. Un dessin tout en finesse et traits acérés. Chaque planche mise en couleur directe donne l’impression d’être un tableau. Pascal Croci a employé des lavis pastel avec peu de tonalités différentes, proches d’un camaïeu. Le graphisme est en parfaite adéquation avec le contexte des trois récits présentés ci-dessous.
Lady Tara Cornwall
Le récit se déroule en 1535 dans un manoir au bord des falaises écossaises. A la mort de leur mère, les jumeaux Tara et Hugo ont été recueillis par sir Cornwall. Celui-ci souhaite épouser Tara plutôt que sa fille adoptive Mary. Mais Tara aime Roman, le fils de son oncle Huntley. De plus, Tara a découvert des lettres de sa mère qui révèlent que Cornwall est son propre père. Durant la cérémonie, et devant l’ensemble des conseillers de Cornwall, Tara refuse le mariage. Tous les éléments de ce drame shakespearien sont alors en place. La jalouse Mary et l’intriguant abbé, homme de main de sir Cornwall, seront les complices de la chute de Tara.
Dracula, le prince valaque Vlad Tepes
1888. L’histoire débute par une mise en abîme : une discussion, entre un archiviste du British Museum et Bram Stoker, à propos de l’apparition récente dans un cimetière d’une personne qui pourrait être la princesse Cneajna, épouse de Vlad Tepes. A partir de là, le récit continue sur le testament de la princesse, rédigé en 1462. C’est donc un portrait de Vlad l’Empaleur vu à travers le regard de son épouse, un portrait qui mêle anecdotes historiques et fantastiques.
On peut considérer cette première rencontre avec le personnage qui inspira Dracula comme une introduction (qui peut se lire indépendamment) à l’album suivant.
Dacrula, le mythe raconté par Bram Stoker
Si adapter Dracula en BD n’a rien de vraiment original, tenter de rester fidèle à la narration de Bram Stoker est quelque chose de peu courant. En effet, bien qu’il donne son nom au roman, Bram Stoker ne prend jamais le point de vue de Dracula, qui n’est présent que par le regard des différents protagonistes et la retranscription de leurs journaux intimes (complétés par divers documents, comme des coupures de presse).
Suivant la trame du roman, Pascal Croci se concentre donc sur l’absence de la figure du vampire, ce qui donne lieu à une BD métaphorique. Ici, l’ombre d’une gargouille, là, les sculptures d’un porche s’associent à la voix off pour symboliser la présence de Dracula. Bien plus que sur ces deux albums précédents, le décor (forêt, château, cimetière) et le paysage (les montagnes des Carpates) sont omniprésents, peints dans des tons gris-bleu fantomatiques, comme plongés dans les brumes surnaturelles desquels surgit parfois une teinte plus colorée. L’association de la voix off et des images amène une lecture contemplative, presque onirique.
Sans être un triptyque, ces trois albums forment un ensemble homogène de par leur style graphique, leur ambiance et leurs thèmes.
Yohan Vasse
Posté le 08.03.2008 par arcaneslyriques
BONE
Bone est une BD de l’Américain Jeff Smith. Elle comprend 11 volumes, sans compter les hors-série. L’histoire, plutôt comique au début, sombre vite dans la fantasy. Les dessins ont pour particularité d’entremêler des éléments stylisés et d’autres, beaucoup plus détaillés.
Les trois cousins Fone Bone, Phoney Bone et Smiley Bone sont chassés de leur ville à cause de la cupidité de Phoney. Ils se perdent dans le désert et finissent par découvrir une vallée luxuriante. Ils n’ont toutefois qu’une idée en tête : rentrer chez eux. Mais leurs rencontres vont en décider autrement.
Jeff Smith parvient à rendre presque tous les personnages attachants, malgré leurs -plus ou moins- nombreux défauts. Fone Bone est un héros à la fois gentil et naïf. Phoney Bone, quant à lui, est si cupide qu’il se met systématiquement dans des situations abracadabrantes (et ses cousins avec). Smiley Bone, enfin, continue malgré tout à suivre Phoney avec le même enthousiasme un peu benêt…
L’auteur s’est inspiré de Walt Disney et de Tolkien.
Voici le texte de la 4e de couverture :
il vaut mieux commencer par le Tome 1...
« Perdu dans une immense forêt, Fone Bone veut retrouver ses deux cousins et rentrer chez lui. Mais ses pas le mènent à de bien étranges rencontres : un dragon fumeur de cigarettes, des rats-garous mangeurs de quiche, une grand-mère capable de battre un troupeau de vaches à la course… De surprise en surprise, son périple se transforme en une fantastique épopée faite de grandes épreuves, de petits tracas et de savoureux moments. »
… Sachant qu’on ne pourra plus s’arrêter !
Les titres des 11 volumes :
1- La Forêt sans retour
2- La grande course
3- Rêves et cauchemars
4- La nuit des rats garous
5- Le pourfendeur de dragons
6- Le feu de la Saint Jean
7- Le seigneur des marches de l'est
8- La caverne du vieil homme
9- Les cercles fantômes
10- Chasseurs de trésor
11- La couronne d'aiguilles
Il existe des hors-série, mais je ne les ai pas vraiment appréciés, soit parce que je n’ai pas aimé les dessins (Rose), soit parce que l’histoire me rappelait trop la série (Big Johnson Bone contre les rats-garous).
Pour finir, quelques mots sur l’auteur Jeff Smith :
Jeff Smith est né le 27 février 1960. En 1986, il est devenu co-fondateur d’une agence de dessin animé. En juillet 1991, le premier épisode de Bone est sorti, auto-édité par Jeff Smith. Le bouche à oreille a fait grimper les ventes de cette série, qui a été largement récompensée depuis (prix de la meilleure bande dessinée étrangère à Angoulême en 1996).
Rachel Gibert, pour la réunion du 10/02/08
Posté le 27.02.2008 par arcaneslyriques
La Métamorphose de Franz Kafka (1912)
Franz Kafka (1883-1924) est un écrivain tchèque de langue allemande qui a écrit entre autre « Le Procès » et « La colonie pénitentiaire » en 1914 et « Un artiste de la faim » en 1922. Souvent ses récits expriment l’angoisse humaine face à l’absurdité de l’existence et surtout face aux différentes institutions.
Dans « La Métamorphose » il raconte l’histoire de Gregor Samsa, petit représentant de commerce qui travaille pour assurer l’avenir de ses parents et de sa petite sœur. Sa vie est plutôt monotone, faite de routine pour un travail qui l’ennuie au plus au point.
Mais un matin, en se réveillant, Gregor constate qu’il est devenu un insecte monstrueux. Il croit d’abord à un rêve mais malheureusement pour lui ce n’en est pas un et là il commence à sérieusement s’inquiéter.
Sa mère, ne le voyant pas arriver pour ensuite aller à son travail, vient alors frapper à sa porte pour voir ce qui se passe. Gregor lui répond que ce n’est rien et qu’il va bientôt sortir de la chambre. Mais sa voix a beaucoup changé, sa mère est horrifié et informe donc les autres membres de sa famille. Evidemment tout le monde prend peur quand enfin Gregor se décide d’aller ouvrir, après de grands efforts physiques. C’est la panique, la mère hurle, le père est furieux et pense immédiatement aux conséquences : Gregor ne peut plus aller travailler, il ne ramènera donc plus d’argent à la maison. Les heures passent, le trouble s’installe et seule Grete, sa jeune sœur décide de prendre les devants en allant apporter à manger à Gregor. Ses parents lui sont reconnaissants d’autant plus qu’eux refusent d’approcher l’animal qui les terrorise au plus haut point. Après la peur, la tristesse et surtout l’absurdité de la situation, les parents ressentent un sentiment de honte. Il ne faut pas que quelqu’un apprenne ce qu’est devenu leur fils alors on congédie la bonne et bien sûr on enferme l’horrible insecte dans sa chambre.
Gregor se sent seul même si par l’entrebâillement de sa porte il arrive à capter les conversations de sa famille. Il est triste et sait bien que désormais il n’inspire que le dégoût, la honte. Il culpabilise aussi beaucoup car il sait qu’il ne pourra plus soutenir sa famille financièrement. Si au départ Grete accepte de lui parler, rapidement elle finit par se lasser de le faire et de lui apporter à manger d’autant plus que Gregor ne touche pas à son alimentation.
Il tente de s’échapper mais son père ira jusqu’à le frapper à coup de balais pour le faire revenir dans sa chambre. Aux douleurs psychologiques s’ajoutent donc les douleurs physiques qui ne font qu’affaiblir un peu plus le pauvre Gregor. Il va alors perdre l’envie de vivre et progressivement se laisser aller de façon irrémédiable…
De tous ses romans, « La Métamorphose » reste le plus énigmatique et si l’intrusion de l’élément surnaturel dans le quotidien est vécu comme quelque chose de naturel, il n’en est pas moins une très forte allégorie sur le handicap, la solitude et la culpabilité. En perdant son apparence physique et son langage, c’est son identité que Gregor enterre. Bien plus qu’une mise à l’écart par sa famille c’est bel et bien d’un abandon qu’il s’agit.
Le lecteur, oppressé par une action dans un lieu clos, ne sait pas si Gregor s’est transformé en cafard, en cancrelat ou en scarabée il sait juste qu’il est devenu une chose abjecte, un déchet que sa famille ne souhaite que balayer. A aucun moment les personnages ne s’interrogent sur le comment et le pourquoi de cette situation absurde, ni des solutions pouvant être envisagées. Gregor est encombrant et gênant, c’est tout et personne ne pourrait lui venir en aide, pas même sa famille qu’il a nourrit jusqu’à présent…
Odéliane.
Posté le 20.02.2008 par arcaneslyriques
Les Miasmes de la claustration
Olivier Déhenne
K-Inite éditions
Les Miasmes de la claustration. Tel est le titre évocateur du premier roman d’Olivier Déhenne.
Ce roman est, en réalité, le cahier rédigé par Louis, jeune homme de trente ans, lors de son internement dans un établissement psychiatrique, cahier qu’un médecin choisit de révéler au public, après le suicide de son auteur. Dès les premières pages, le lecteur sait à quoi s’attendre ; d’ailleurs, Louis - par l’habile procédé rhétorique de l’avertissement - le prévient : « Je vous méprise cher lecteur, engoncé comme vous l’êtes dans votre confort de petit juge bien pensant. Je ne dis pas vous par respect, mais en raison d’une volonté farouche de me tenir éloigné de ce qui me paraît le plus odieux, le plus détestable : la fausseté, les convenances, l’hypocrisie – Vous. Vous qui ne lirez ces lignes que pour vous divertir ou pour gonfler votre conscience d’une compassion abjecte. Vous qui quotidiennement dissimulez le besoin incontrôlable de plonger votre museau dans la fiente d’autrui sous des allures d’intérêt pseudo-intellectuel (…) »
Ce roman est une plongée sans concession dans le désœuvrement de Louis, qui vit reclus dans un appartement s’apparentant davantage à une poubelle qu’à un logis au sens traditionnel, et dont la fortune – son oisiveté est due au fait qu’il peut puiser comme il le souhaite dans le compte en banque familial – n’a d’équivalent que l’infortune morale et psychique.
Alcoolique, cynique, dépressif, désenchanté, désabusé, haineux, marginalisé, Louis est tout cela. C’est aussi un être instable, plein de contradictions, qui cherche la pureté, l’Amour, et inspire tour à tour au lecteur pitié, compréhension, compassion et dégoût.
Chaque page est une souffrance ; chaque description est un cri, mi-révolté, mi-résigné ; chaque mésaventure de Louis est un désastre : si la beauté et l’espérance se laissent parfois apercevoir, c’est pour mieux disparaître derrière le voile irrémédiablement crasseux de la vie réelle.
On ne saurait évoquer les Miasmes de la Claustration, sans rappeler l’activité d’écriture d’Olivier Déhenne au sein du groupe atypique Eros nécropsique, fondé fin 1993, début 1994 à Reims.
Les textes, déclamés sur fond de musique sombre et épurée, sont à l’image des Miasmes de la Claustration : obscurs, empreints de colère (cf. « La Fable du lisier »), cyniques, crus, parfois malsains (cf. « Le Nécrophile »), mais toujours poétiques (cf. « Le mélodieux écoulement du temps ») et poignants (cf. le superbe « A l’ami décédé »). On y ressent l’influence de Lautréamont (notamment quant à la précision parfois triviale de certaines descriptions), ainsi que celle de Baudelaire (et de sa fameuse charogne !! cf. « L’appel de Dionysos ») et, plus généralement, du romantisme noir.
A découvrir, donc, ou à suivre !
Sources
- Eros Nécropsique - Charnelle transcendance
- Eros Nécropsique - Pathos
- Eros Nécropsique - Crises de lucidité
- www.erosnecropsique.net
- Elegy n° 29 – août-septembre 2003, « Eros nécropsique, la mort vous va si bien », p. 42 sq.
- Elegy n°34 – février-mars 2005 « Olivier Déhenne, les larmes d’Eros », p. 78 sq.
Arianne de Blenniac
Posté le 14.02.2008 par arcaneslyriques
WEENA
Wëena se présente actuellement sous la forme d’une bande-dessinée de cinq Tomes qui devrait au final en comporter huit.
Au commencement de cette série nous trouvons au scénario Eric Corbeyran et au dessin Alice Picard. La mise en couleur étant d’abord signée par Alice Picard (pour les Tomes 1 et 2) puis ensuite par Elsa Branto (pour les 3 autres Tomes).
Qui est Wëena ? Née de parents de haut lignage, Wëena est de prime abord une petite fille bien différente des autres enfants de son village. Son teint foncé, ses cheveux d’argent et aux reflets de cendres témoignent de son apparence unique. Il faut dire que le jour de sa naissance une terrible malédiction annoncée par Mohnowe la furie, dite la protectrice, s’est proférée non seulement sur le village d’Halaskini mais aussi sur sa propre famille !
Et pourquoi une telle prophétie destructrice ? Pour cela, remontons à la source c’est à dire au royaume de Nym-Bruyn où les premiers souverains eurent quatre enfants : Skoor, l’aîné qui fonda une dynastie dominatrice appelée « La branche maîtresse ». Puis Noor appelé le mal-aimé qui décida de quitter le royaume. C’est sa descendance métissée qui devint « La branche invisible » dont est issue Wëena. Ensuite il y eut Tengoor, le cadet, qui détestant ses frères prit la décision de s’enfuir avec sa petite sœur. Plus tard il lui fit un enfant et à partir de ce jour le magicien Ocd’ork leur jeta un sortilège condamnant leurs descendants à se reproduire entre eux à jamais. Cette branche maudite prit ainsi le nom de « Branche morte ».
Wëena, quant à elle, va atteindre l’âge de 16 ans dans l’insouciance d’une vie paisible faite de rires et de jeux. Néanmoins les belles choses ne durant qu’un temps, elle va rapidement voir son destin basculer de la plus brutale des façons car le terrible vautour Morckoor n’est jamais très loin pour la précipiter dans les plus périlleux dangers.
Eric Corbeyran nous offre donc avec ce magnifique scénario un des plus purs joyaux de la Fantasy avec ses personnages attachants, tour à tour émouvants et drôles, qui nous donnent l’envie de les accompagner jusqu’au bout de leurs aventures en essayant de braver la sombre malédiction qui semble flotter au-dessus de leurs têtes.
Côté « méchants » la galerie ne manque par de personnages énigmatiques et effrayants comme par exemple un cartomancien sournois et implacable, un régicide avide et déterminé…
En conclusion Wëena nous entraîne dans une histoire habilement ficelée, s’enchaînant avec fluidité et intelligence avec des dessins somptueux et jouissifs qui offre au lecteur avide de sensations visuelles une multitude de détails venant illustrer à merveille une histoire trépidante. Tous les ingrédients de la Fantasy sont donc ici réunis pour que le lecteur puisse les consommer avec délice sans jamais en être rassasié !
Wëena d’Eric Corbeyran (scénario) et Alice Picard (dessin), éditions Delcourt.
Tome 1 : Atavisme (2003)
Tome 2 : Epreuve (2004)
Tome 3: Resurgence (2005)
Tome 4: Union (2005)
Tome 5: Bataille (2007)
PerCeVal
Posté le 13.02.2008 par arcaneslyriques
SILENCE de Comès
L’auteur :
Dieter COMÈS est né en 1942 dans un petit village belge, à la frontière allemande. Pendant l’Occupation, le village est annexé par l’Allemagne. A la Libération, son prénom est francisé : Dieter devient Didier, malgré lui. Il se définit dès lors comme « bâtard de 2 culture ». De plus, COMÈS s’avère être gaucher, mais à l’école on l’oblige à écrire de la main droite. Aujourd’hui, il écrit toujours de la main droite, mais dessine de la main gauche, ce qui participe à l’utilisation récurrente des ambivalences et des oppositions dans son œuvre. Ainsi le questionnement identitaire qui découle de sa propre histoire va guider sa plume et ses dessins pour raconter avec tendresse et poésie des personnages mal compris, méprisés, marginalisés.
Silence, dont le premier chapitre est publié en 1979 dans la revue A suivre, est l’œuvre magistrale de COMÈS. En noir et blanc, jouant avec les ombres et les lumières, cet ouvrage de 150 pages prend le temps d’être lu, regardé et savouré.
Le cadre :
BEAUSONGE, petit village du pays ardennais, dans les années 60’-70’, où la vie paysanne est rythmée par la sorcellerie telle qu’elle était pratiquée dans nos campagnes.
L’histoire :
« Silence », c’est le nom du personnage principal. Muet, Silence est attachant car simple et au cœur pur. Mais sa simplicité naïve pousse les villageois à se moquer de lui, à le mépriser, à l’exploiter. Silence ne comprend pas la méchanceté et jamais il ne se plaint. Il ne connaît pas la colère.
Son histoire est narrée à travers ses yeux. On lit ce qu’il pense… on entend sa voix intérieure (« Je mapel Silence é je sui genti. »). On voit ce qu’il regarde. Tout ce qu’il voit est beau, jusqu’au jour où « La Sorcière » éveille l’esprit de Silence à la réalité et parle au nom de leurs racines communes. Elle lui révèle qui il est et ce qui les unit tous deux dans un destin tragique.
3 personnages, 3 personnalités qui s’opposent ou se complètent, qui s’affrontent ou qui s’unissent :
• Silence, qui représente la bonté, l’amour pur et simple.
• Abel Mauvy, « le Maître », incarnation de la cruauté et de la violence.
• La Sorcière, Tzigane mise au ban du village, qui n’aspire qu’à la vengeance.
Avec ces 3 personnalités, COMÈS dresse un portrait exacerbé des sentiments humains en les mêlant à des pratiques oniriques.
La magie :
En effet, une trame fantastique se dessine adroitement dans un paysage rustique. La nature et ses éléments sont au cœur de l’histoire, merveilleusement illustrés. Par le fantastique, thème récurrent dans les ouvrages de COMÈS, celui-ci raconte le lien étroit qui existe entre l’homme et l’âme du monde, tel un passeur de rêves.
Les incompris :
Avec Silence, il cherche à « illustrer le problème de l’incommunicabilité, et plus précisément de la méfiance instinctive à l’égard des gens « différents », méfiance qui débouche souvent sur la violence. »
Les vrais amis de Silence sont les personnages rencontrés qui le comprennent, l’acceptent et l’aiment pour ce qu’il est et à qui il ressemble… tous des marginaux, des exclus. Alors que le mépris des villageois envers Silence, et plus largement envers les marginaux, nourrit le mal et la cruauté des uns envers les autres ; une solidarité et une amitié fortes naissent entre Silence et ces personnages exclus :
• La Sorcière, de qui il tombe amoureux et à qui il doit la vérité sur sa vie.
• Blanche-Neige, le Nain, qui devient son ami et son compagnon de route.
• Zelda, une naine travaillant dans un cirque, avec qui il partage le même amour sincère pour les serpents.
• Enfin le serpent, animal rejeté par les hommes, qui marquera le dénouement de l’histoire… la signature de Silence.
Autres ouvrages :
Ergün l’Errant (de 1974 à 1982), L’Ombre du Corbeau (1981), Les Cahiers de la BD (1983), La Belette (1983), Eva (de 1985 à 2003), L’arbre-Cœur (1988), Iris (1991), La Maison où Rêvent les Arbres (1995), Les Larmes du Tigre (2000), Dix de Der (2006).
Tatiana K.