Poemes de nos membres
Posté le 05.03.2008 par arcaneslyriques
Nuée Ardente
De la fugacité de mes fièvres
Naît une éruption volcanique
Un bombardement sec,
Une détresse organique.
D’un violent retentissement
S’écroule un à un
Tous les remparts
Qui protégeaient ma vie.
Et la lave coule abondamment
Déversant son acide,
Déversant son chagrin.
C’est une révolution intérieure
Pour une guerre perdue d’avance
Mais c’est ma révolution
Contre un monde sans cœur,
en perte de sens.
De la violence de mes veilles
Naît une explosion sismique
Un cœur en exergue
Une tristesse sans limite.
D’un éclair foudroyant
Se déchire un à un
Tous les tissus
Qui enserraient ma vie.
Et la fumée monte avidement
Recouvrant mon air,
Recouvrant ma faim.
C’est une destruction intérieure
Qui n’a peut-être plus aucun sens
Mais c’est ma destruction
Face à l’indifférence…
Odéliane.
Posté le 20.02.2008 par arcaneslyriques
L’ATTACHEMENT
Je m’attache à des noms, à des visages
Je les apprends par cœur
Et je les collectionne
Comme des amulettes
Qui préservent du malheur.
Je m’attache à toi, je m’attache à eux
A cette étoile qui scintille
Qui bien trop fébrile
Disparaît dans la nuit immense.
Je m’attache à ces sons, à ces images
Je les apprends par cœur
Et je les collectionne
Comme des porte-bonheurs
Devenus protecteurs.
Je m’attache à toi, je m’attache à eux
A cette ombre projetée
Qui bien trop rapide
Disparaît sur le muret isolé.
Je tends la main à cet homme, à cette femme
A ce fantôme qui me sourit ;
Je préserve la flamme
De mon enfance attendrie,
Et je continue d’espérer
Jusqu’à ce qu’il n’y ai plus rien à espérer
Et je continue à rêver
Jusqu’à ce que le réveil sonne, habitué.
Et je cherche des yeux ton regard
Se posera t-il enfin sur moi ?
Odéliane.
Posté le 08.12.2007 par arcaneslyriques
Rétrogenèse
A l’aube, les bestiaux se mirent à périr,
Animaux se couchant pour se laisser mourir,
De l’âne au bouquetin.
Suivis par les serpents s’éteignant en silence
Malgré la reptation en longue pénitence.
Et il y eut un soir, il y eut un matin.
Les oiseaux sans un cri tombèrent à leur tour
Foudroyés en plein vol, de l’ibis au vautour,
En danse de pantin.
Le ventre des poissons effleura la surface,
Cadavres pourrissant de la fin d’une race.
Et il y eut un soir, il y eut un matin.
Notre grand lumignon ne s’en vint plus briller
Privant de ses rayons un ciel écarquillé
De voir terni son teint.
La nuit ne put trancher ayant perdu fortune
De l’éclat argenté de son croissant de lune.
Et il y eut un soir, il y eut un matin.
Les arbres pétrifiés en poses de martyrs
Laissèrent aux rameaux la récolte blettir
Vers son triste destin.
S’enfonça dans les mers le sec appelé terre
Faisant seules les eaux en derniers légataires.
Et il y eut un soir, il y eut un matin.
Le ciel dans un éclair disparut sans un bruit
Laissant partir les eaux tout au fond de la nuit
Dans l’espace lointain.
La terre de nouveau devint informe et vide
Planète sans couleurs aux ténèbres sordides.
Et il y eut un soir, il y eut un matin.
Alors la Voix tonna contre l’humanité
Ne sachant pas saisir les opportunités
Offertes dans l’espoir :
« Polluer, guerroyer, actions trop coutumières
Pour ces gens disparus. Je coupe la lumière ! »
Et il y eut un soir.
Patrick Duchez
Posté le 27.11.2007 par Patrick Duchez
LA MOLDAU
La Moldau (Vltava en Tchèque) est une rivière de la république Tchèque qui traverse la Bohème, passe à Prague avant de se jeter dans l'Elbe.
Le compositeur tchèque Bedrich Smetana (1824 - 1884) est l'auteur de poèmes symphoniques Ma Patrie parmi lesquels figure La Moldau. En écoutant son oeuvre symphonique, on peut suivre le cours de cette magnifique rivière, de sa naissance jusqu'à l'instant où elle se jette dans l'Elbe dont-elle est un des affluents.
J'ai tenté l'exercice de retranscrire en vers les notes de cette symphonie. Les mélomanes jugeront du résultat.
La Moldau
Un air papillonnant d’une flûte en roseau,
Un léger pincement d’un doigt sur une corde
Et l’on entend déjà le petit chant de l’eau
Qu’un vent de violons enveloppe et déborde.
Et il descend, descend jusqu’au bout de l’archer,
Ce ruisseau ravissant traversant la Bohème
Qui valse sur un air tout bien endimanché
En faisant miroiter ses éclats de diadème.
Au milieu des forêts, gîtes des farfadets,
S’écoule son courant, étiré par un cuivre,
Où s’abreuve un grand cerf qui, roi des cervidés,
Entend le son du cor dans le bois le poursuivre.
Puis son onde frissonne aux accords guillerets
Annonçant sur la rive une fête champêtre,
Egayant les blés mûrs colorant les adrets
Et dont les chants joyeux s’en viennent la repaître.
La nuit tout en douceur tend son voile bleuté
En laissant s’échapper, des cordes de la harpe,
Les douces roussalkas qui, dans la pureté,
Portent pour seuls atours les astres en écharpe.
Saint-Jean est annoncé en torrent de hautbois,
Cymbales percutant les vagues sur la roche
Et écument les eaux, des remous aux abois,
Contre les percutions au son qui s’effiloche.
Le calme enfin revient, le flot majestueux
Avance dans son lit, orchestre sur la vague,
Salue Vysehrad d’un flux respectueux,
Brûle ses violons en l’honneur du vieux Prague.
Elle arrive sereine au bout de son destin,
Et s’en vient pour mourir au timbre de trompette
En jetant ses remous dans l’Elbe qui l’éteint
Apportant à ses eaux une gloire complète.
Patrick Duchez
Roussalkas : fées des bois
Vysehrad : vieux quartier de Prague
Posté le 03.10.2007 par Odéliane
L’INTROVERTI
Glissé derrière le rideau de la vie
On ne le regarde pas sinon il rougit,
Au sein de l’intimité préservée
Il déploie ses ailes fanées.
Il ignore tout des autres
Il ne se mélange pas
Il n’est que l’hôte
D’un monde qu’il ne comprend pas.
En quête de paroles murmurées
Il écoute le silence des nuits d’été.
Dans sa solitude, son retrait
Il croit avoir trouvé la paix
Mais dans son monde à lui
Rien n’est acquis, rien n’a de vie.
C’est de pas de sa faute à lui
S’il est comme ça, l’introverti.
Il observe la terre qui tourne sans lui
Il a mal au fond de lui
Mais ne le dit,
Puisqu’il ne parle pas
Puisque c’est mieux comme ça.
De toute façon lui-même
Ne comprend pas.
Il a toujours été comme ça, introverti.
Recroquevillé, bien à l’abri
Dans son petit nid solitaire
Il attend patiemment
Le jour où l’on voudra bien de lui.
Où l’on saura que son cœur n’est pas de pierre
Mais juste fait de sang et de chair.
C’est pourtant pas de sa faute à lui
Si personne ne comprend le mot « introverti ».
Le temps passa malgré lui
Et rien ne se passa pour améliorer sa vie
Alors un jour, une fenêtre très attirante
Son corps inerte sur le pavé froid
Il venait de tirer sa révérence
Et bien sûr personne ne le remarqua.
C’était pas de sa faute à lui
S’il était mort comme ça, introverti.
Odéliane
Posté le 26.09.2007 par Odéliane
NARCOTIQUE
Si être vivant c’est être vide
Si tout écorche, tout devient hostile
Tourner sa dernière haine contre soi
En se faisant mourir, mourir de froid…
Le corps anesthésié,
Les souvenirs confondus
Perdre toute moralité
L’esprit mis à nu.
Violé de peine, attendre son trépas
Dans un espoir létal, se laisser bercer.
L’oubli, puissant narcotique
Apaise la douleur, endort l’émoi.
Le cœur en apnée,
Les souvenirs confondus
Perdre toute faculté
L’esprit mis à nu.
Si être vivant c’est être vide
Si tout abîme, tout devient stérile
Tourner sa dernière haine contre soi
En se faisant mourir, mourir tout bas…
L’âme putréfiée
Les souvenirs confondus
Perdre toute pitié
L’esprit mis à nu.
Rempli de chagrin, faire un dernier pas
Dans une illusion légale, se laisser dorloter
L’oubli, puissant narcotique
Atténue la souffrance, endort le Moi.
Si être vivant c’est être vide
Si tout se fend, tout devient futile
Tourner sa dernière haine contre soi
En se faisant mourir, mourir parfois…
Odéliane
Posté le 24.09.2007 par PerCeVaL
LUCIDE DIVAGATION
Fertile magma est mon sang,
Pour abreuver tes sillons d’amour,
Et voir pousser jour après jour,
Notre rose rouge, sans colorant.
Atteints par ton fauvisme éclatant,
Reflet multicolore du prisme de tes yeux flamboyants,
J’en aspire leurs couleurs pour dessiner les contours,
De ton corps jusqu'à m’en rendre sourd.
Dans mon élan de folie où règne tour à tour,
Mes mots, mes gestes, mes regards, mes pensées,
Expression symphonique de mon cœur de tambour,
Tu résonnes par roulement saccadés,
Vers les sommets ultimes, hymne à ta beauté,
Qui rendrait jalouse les princesses des contes de fées.
Tel un paon d’or et d’argent,
Qui parade en roue fièrement,
Moi l’oiseau je fais ma cour,
Paré de mes plus beaux atours,
Et dépose à tes pieds de velours,
Ma plus belle chanson d’amour.
Ô mon étoile, ô mon astre de passion,
Te donner le soleil et la lune sont pour moi un jeu d’enfant,
Anobli par ton cœur j’en suis le gardien maintenant,
Je veux être le livre que tu dévores page après page en dévotion.
En pâmoison, j’ai de lucides divagations.
PerCeVal
Posté le 08.08.2007 par Odéliane
LA PLAIE AU CŒUR
Une plaie s’est formée au milieu de son cœur
Blessure étrange et peut-être même mortelle
Tant qu’elle ne sera pas refermée…
Elle demeure immobile et son corps abattu
Cède aux coups qui la tue, à petits feux ;
Mais elle se laisse faire…
Puisqu’elle n’a plus rien à perdre
Elle n’a de toute façon, que ça à faire
Recevoir et se taire…
Tout son être tremble sous la violence des coups
Mais elle ne pleure pas, a l’habitude
Qu’on la traîne à genoux…
Elle demeure pensive et son âme résignée
Cède aux jurons qui la brise, à petits feux ;
Mais elle ne rétorque pas…
Puisqu’elle n’a plus rien à perdre
Elle n’a de toute façon plus que ça à faire
Recevoir et se taire…
Une plaie s’est formée au milieu de son cœur
Blessure profonde et sûrement mortelle
Tant qu’elle continuera à saigner…
Odéliane.
Posté le 25.07.2007 par Odéliane
Solitude Lunaire
On se sent seul parfois
Penché, tourmenté au bord du moi
Quand les yeux n’ont plus de fond…
Lorsque ce quelqu’un vous manque
Et dans l’horrible attente
D’une dernière illusion…
Le vide sourd vient alors vous ronger
Aux heures sans nom, aux lumières sans clarté.
On se sent seul parfois
Privé, désarmé, à bout de soi,
Dans ce boulevard désert où l’on déambule…
Lorsque cet être vous manque
Et dans l’envie latente
D’un espoir dissolu…
La solitude lunaire devient alors
Votre meilleure alliée
Aux questions sans réponse,
Aux lumières qui s’estompent.
Odéliane
Posté le 23.07.2007 par PerCeVaL
Mes Mots Prisonniers
Dans le bruit lointain des mots qui meurent,
Qui agonisent dans la douleur,
Nés en mon sein, gisent par tant de peurs,
De n’avoir laissé si peu de traces,
Dans les regards glacés aux sombres couleurs.
Ma plume s’endort dans mes mains fatiguées
Qui tremblent pourtant rien qu’à l’idée
D’écrire encore mon désespoir, tout en pleurant dépité
De n’avoir laissé si peu de traces
Dans les feuillets secrets des torturés.
Sur mes lèvres desséchées par le soleil noir des idées,
Qui brûle mes paroles comme on brûle sur les bûchers ;
Les belles flammes qui dansent sur des airs regrettés,
De n’avoir laissé si peu de traces,
Dans les esprits bons ou mauvais des condamnés.
Cataracte sombre de l’ennui,
Ne laissant que le goût amer des incompris,
Déferlent en cascades la nuit,
Trouble ma conscience qui s’évanouit
Vers les noces cristallines
De la mort et du néant
Qui se disputent âprement
Les restes de ma vie,
Voués à la mort,
Voués au néant.
Perceval.